‹ Mémoires de Du Plessis-BesançonChapitre 35 sur 146 · Les sieurs Fournier et Tliomas · texte numérisé non relu

Les sieurs Fournier et Tliomas

^i6 MÉMOIRES DE DU PLESSIS-BESANÇON. [1644

quartiers et fait quelques prisonniers, au préjudice de ce qui avoit été convenu. A quoi il fut répondu que, si cela étoit, ç avoit été avant qu'on eût pu donner avis aux gouverneurs des places de ce qui s'étoit passé, de façon qu'il n'y avoit pas lieu d'en former un mécontentement, vu que la garnison de la Motlie avoit bien fait pis, ayant brûlé deux villages en Champagne sous prétexte qu'ils ne payoient pas assez tôt leurs contributions;

T Qu'il avoit charge de me dire que Son Altesse avoit toutes les envies du monde de me voir, mais que le grand bruit qu'on avoit fait à Paris et ailleurs de son accommodement, contre le secret qui s'y devoit garder, ayant donné lieu aux Espagnols de lui en faire de grands reproches, elle avoit été contrainte de faire quelques marches dans le Luxembourg avec ses troupes pour justifier le contraire, et (ju'ainsi les difficultés qu'il y auroit pour moi d'aller où elle étoit, tant à cause du péril à l'égard des ennemis que pour son grand éloignement, faisoient qu'il n'osoit me convier de faire ce voyage ;

3° Et, en dernier lieu, que Son Altesse étoit toujours libre de faire ce qu'elle voudroit et le scroit jusques à la (in d'août pour obéir à tout ce que la reine lui voudroit commander; que, pour cet effet, sadite Altesse n'avoit point voulu prendre d'argent et n'en prendroit point des ennemis, (|u'elle s'en alloit en attendant vers le pays de Liège pour se faire payer des contributions qui lui étoient ducs de reste de son quartier d'hiver et qu'elle n'avoit point encore vu le sieur Fournier.

Voyant que le sieur de Viler n'avoit pas autre chose à me dire et qu'il ne savoit rien du fond des affaires,

je me contentai de lui témoigner en général le sujet que j'avois d'être surpris du procédé de Son Altesse et d'écrire à M°^® de Cantecroix aux termes que j'estimai convenables pour ne rien gâter. En suite de quoi, le sieur Thomas ayant témoigné d'être encore plus étonné que moi, dès le même jour nous nous en revînmes à Metz, le dernier en résolution d'aller joindre Son Altesse par le chemin de Longwy, comme le plus court et le plus sûr, pour l'informer du bon état auquel étoient les affaires, ne doutant point que sadite Altesse ne fût toujours en même résolution de s'accommoder et qu'elle ne se portât facilement à tout ce qui avoit été convenu. Sur quoi, je jugeai qu'il étoit expédient de ne retarder point mon voyage, et, trouvant à propos de passer à l'armée de M. le duc d'Anguien pour l'informer de l'état de cette affaire et, de là, dépêcher à la cour, j'accompagnai ledit sieur Thomas jusques à deux lieues de Longwy, où une escorte dudit Longwy le vint recevoir, lui donnant de plus un tambour de Metz pour me rapporter les avis de ce qu'il apprendroit de Son Altesse.

J'écrivis au duc Charles par ledit sieur Thomas lequel se chargea de me donner des nouvelles décisives dans le dernier de juillet, qui étoit le terme prescrit pour cet effet par ma lettre à Son Altesse; et, le tambour de Metz ne revenant pas, j'en renvoyai un autre à Longwy, craignant que le premier n'eût été pris ou tué des ennemis en revenant, et peut-être le sieur Thomas même, parce qu'un autre tambour dudit Longwy, venant ramener quelques prisonniers à M. le duc d'Anguien, lui dit qu'il avoit rencontré un escadron des ennemis, lequel, ayant trouvé l'escorte

dudit sieur Thomas, peu s'en étoit fallu qu'ils ne l'eussent chargée. Le même tambour ajouta que Son Altesse marchoit sur Longwy et que ses troupes s'accommodoient de tout ce qu'elles pouvoient attraper en Luxembourg; qu'il étoit vrai qu'elles avoient fait montre de six à sept mille hommes devant les commissaires espagnols, mais que Son Altesse n'avoit point voulu prendre d'argent.

Le 23 juillet, ayant appris qu'un parti de Montmédy avoit assassiné le tambour de Metz qui avoit conduit le sieur Thomas, en revenant rejoindre l'armée avec un billet dudit sieur Thomas pour moi, le sieur Thouvenin, gouverneur de Longwy, dépêcha un autre tambour à M. le duc d'Anguien avec une lettre portant que le sens dudit billet étoit que Son Altesse étoit aux environs de Marche-en -Famine \ attendant des nouvelles et qu'il croyoit que tout iroit bien. Selon la lettre dudit sieur Thouvenin à mondit sieur le duc, le sieur Thomas devoit joindre Son Altesse dès le vingtcinquième de bonne heure, de sorte que, dans le trentième au plus tard, jepourrois avoir réponse dudit sieur Thomas.

Tous les avis qu'on avoit alors du Luxembourg portoient que le duc Charles avoit certainement reçu de l'argent des Espagnols et qu'il étoit engagé dans leur service en qualité de généralissime ; mais tous ses gens et ceux qui disoient savoir beaucoup de ses affaires assuroient que tout ce qu'il avoit fait depuis quinze jours n'étoit (jue pour tirer tout l'argent qu'il pourroit des ennemis, faire son parti meilleur avec la

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