‹ Mémoires de Du Plessis-BesançonChapitre 38 sur 146 · La Sègre · texte numérisé non relu

La Sègre

3. D'après un autre récit donné jikis loin à l'appendice, l'idée de ce pont suspendu aurait été suggérée par deux prêtres catalans.

\. Los Mcnwircs de Monlglat racontent do la fanon suivante ce passage de la Sègre : « Le comte d'Harcourt envoya Saint-Aunais

moins utile, commandant le corps de réserve; dix mille hommes assiégés dans Balaguer, où ils périrent presque tous ; Flix, place importante sur l'Èbre, reprise de vigueur et tous ceux qui la venoient de prendre chassés par la même ouverture qu'ils y étoient entrés ; la réduction de la première de ces places aux conditions qu'il plut au vainqueur et tous les convois qu'on y vouloit jeter pris ou défaits ; grand nombre de combats considérables et d'attaques repoussées ; six à sept mille prisonniers, entre lesquels il se trouva bien mille officiers et quasi tous les généraux à la réserve de don André Cantelme^ : telles furent les actions des particuliers, les victoires de l'armée du roi et les trophées qui précédèrent le retour du comte d'Harcourt à Barcelone. Ce qui fit dire deux ans après à un des plus fameux capitaines"^ du siècle, ayant appris et vérifié

« et le Plessis-Besançon pour tenter un passage : ce qu'ils firent « avec un pont de cordes sur lequel ils firent passer l'infanterie et « la cavalerie à la nage, puis ils prirent par derrière ceux qui « défendaient la rivière, laquelle ils forcèrent d'abandonner, et, y « ayant fait faire un pont de bateaux, toute l'armée passa dessus « et monta sur la montagne, qui est de l'autre côté de la rivière. » Dans une lettre du 14 août 1645, le comte d'Harcourt écrivit à Mazarin : « Je ne puis éviter de témoigner à Votre Éminence le « ressentiment que j'ai des mauvais offices que l'on m'a dit avoir « été rendus à M. du Plessis, touchant notre passage de la Sègre. « Je dois rendre ce témoignage à Votre Éminence qu'en la réso- « lution et l'exécution il s'y porta aussi bien que qui que ce soit. » (Affaires étrangères, Espagne, XXVI, 177.)

1. Andréa Cantelmi, Napolitain, fils du duc de Popoli. Après avoir été mestre de camp général en Flandre, il commanda en Catalogne et fut défait par le comte d'Harcourt.

2. Du Plessis-Besançon fait sans doute ici allusion à quelque propos du grand Condé, qui vint eff'ectivement commander en chef en 1647 l'armée de Catalogne, et dont la campagne fut loin d'être aussi heureuse que celle de 1645.

toutes choses sur les lieux, qu'il auroit volontiers changé la gloire de plusieurs de ses campagnes pour celle-là toute seule, tant il la trouva belle. Et elle fut extraordinaire en effet, non moins par le nombre que par la qualité des choses qui s'y firent, où j'eus le bonheur d'avoir autant de part que nul autre^

1646. — Au commencement de l'année 1646, Son Éminence, au lieu de me renvoyer servir en Catalogne, jugea plus à propos de me faire passer en Piémont

vers Leurs Altesses Royales de Savoie J'accomplis

cette mission utilement et selon le goiit de M. le cardinal. Le succès de mon emploi ne fut pas moins à la satisfaction de Son Éminence que de ceux àquij'étois envoyé, jusqu'au point que Madame Royale et M. le prince Thomas me firent, s'il faut ainsi dire, l'arbitre des intérêts qu'ils avoient à démêler ensemble. Ensuite de quoi je servis de maréchal de camp avec le défunt marquis Ville ^, et continuai sous le maréchal du Plcssis-Praslin \ au retour de son voyage d'Orbitello, pour

1. La Barde, dans son ouvrage De rébus gallicis (p. 134-144), donne des détails assez complets sur ces événements et fait jouer un rôle important à du Plessis-Besanr.on.

2. Guido, marquis Ville, colonel général de la cavalerie du duc de Savoie. Ce prince étant devenu l'allié de la France, ses troupes opérèrent en Italie conjointement avec les nôtres. Le marquis Ville fut nommé maréchal de camp en 1636, lieutenant gênerai des armées du roi en lGi3, et commandant en chef de l'armée de Piémont en 1046; il mourut en 1648.

3. César de Choiseul, comte du Plessis-Praslin, maréchal de camp en 1635, lieutenant général en 16'r2, maréchal de France le '20 juin 1645, commandant en chef l'armée d'Italie sous le prince Thomas de Savoie (l(')4ô-1646), ministre d'Etat en 1652, duc du Plessis-Praslin en 1665.

faire passer un corps de six mille hommes de pied du côté d'Oneille^, où ils furent embarqués sur l'armée navale que le maréchal de la Meilleraye y avoit amenée de Provence pour le siège de Porto-Longone, auquel ils furent tous deux. Cependant, au lieu d'être de la partie, j'eus ordre du roi d'aller vers le duc de Parme Odoardo^, pour lui demander un passage de deux mille chevaux sur ses États ; mais j'appris à Gênes qu'il étoit mort peu de jours auparavant. Néanmoins, ma dépêche étant pour le duc de Parme, qui vivoit en la personne de son fils^, non pour Odoardo seulement, je poursuivis mon voyage et obtins de Son Altesse tout ce que j'avois à lui demander, ce que je fis d'une manière si accorte que, sans abuser de la confiance ni m'expliquer autrement, je donnai lieu de juger que le dessein de notre armée pouvoit être de retourner à Orbitello, ce qui engagea les ennemis d'y jeter le renfort qu'ils avoient destiné pour Porto-Longone, d'où l'on a cru même qu'ils tirèrent des hommes pour les faire passer à la première.

L'opinion qu'ils en eurent étoit assez vraisemblable, puisqu'il y avoit un corps de cavalerie en Piémont, tout prêt à marcher, qui ne pouvoit apparemment servir à autre chose, et que le défaut de ce genre de miUce avoit beaucoup contribué à la levée du siège de la place qu'on venoit de manquer^, comme il arrive

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