‹ Mémoires de Du Plessis-BesançonChapitre 40 sur 146 · Michel Le Tellier, ministre et secrétaire d'Ktat · texte numérisé non relu

Michel Le Tellier, ministre et secrétaire d'Ktat

n'en manquoit pas pour la guerre, où d'ailleurs elle perdoit journellement les meilleurs et les plus chers de ses amis, ainsi qu elle m'en nomma plusieurs.

Je ne répliquai point et me rendis, comme j'ai toujours fait, aux volontés de Son Éminence, quoique l'argument qu'elle soutenoit m'en donnât assez de matière, puisque la plupart des commandants qui font la guerre s'en acquittent si médiocrement, faute de génie convenable, qu'à peine en remarquons-nous trois ou quatre de notre nation , en tout un siècle , qui méritent l'honneur du premier commandement, dont nous n'avons que trop d'expérience. Car, bien que le grand cœur soit une partie absolument nécessaire en un général, ce n'est pas pourtant la principale, puisque nous voyons plus souvent faire des fautes irréparables par emportement à ceux qui s'y laissent aller qu'aux généraux qui ont le talent du choix des occasions et qui le savent modérer par leur prudence. Mais, pour revenir à ce qui me regarde, je n'ai que trop éprouvé depuis douze ans à mon dommage la vérité du jugement que j'en fis dès lors, ayant vu passer devant moi quantité de gens qui étoient à mes côtés et bien loin derrière, sans que j'aie pu rehausser ma condition qu'en apparence, bien qu'on n'y voie autre différence à mon désavantage que celle de la bonne fortune.

1647. — Au commencement de l'année 1647, le dessein d'agir en Italie se réchauffant de plus en plus par la conquête de Porto-Longone, et Son Éminence jugeant que, pour y bien réussir. Sa Majesté devoit s'acquérir le plus grand nombre d'adhérents qui se pourroit parmi les princes de Lombardie, la cause

apparente de m'y renvoyer fut la condoléance de la mort du duc de Parme Odoardo^ qui me donnoit occasion d'aller aussi voir ceux de Modène^ et de Mantoue^, et celui-ci particulièrement pour ajuster certains différends qu'il avoit avec Parme sur le sujet de leurs confins souvent accrus et retranchés par les croissances du Pô, outre la fin générale de mon voyage qui les regardoit tous trois. Néanmoins, l'aversion qui étoit lors entre ces deux-là et l'artifice des Espagnols, qui, pour des fins contraires aux nôtres, travaillèrent à les tenir divisés, m'empêchèrent de réussir en ce dessein, qui n'étoit qu'une affaire de bienséance. Je contribuai, au contraire, à attirer le duc de Modène dans nos intérêts, ce prince ayant bien jugé d'ailleurs du besoin qu'il auroit de la protection de France pour se défendre des résolutions violentes qu'ils avoient prises de l'opprimer et de le prévenir ; ce que son grand cœur et sa générosité ne pouvoient dissimuler davantage, non plus que son ressentiment pour les mauvais traitements qu'il en avoit déjà reçus en plusieurs occasions.

Je le vis pour la première fois à Modène, où les choses ne furent qu'ébauchées en termes généraux ;

1. Les instructions données pour cotte mission à du IMcssis- Besanr.on sont du 20 mars 1647.

2. François I*^'" d'Esto, duc de Modène (10-29-1658). Son lils Alphonse IV l'ut généralissime des armées françaises, et épousa, en 1655, Laura Martinozzi, nièce du cardinal Mazarin et sieur de la princesse de Conti.

3. Charles III de Gonzague, duc de Mantoue et de Montferrat, né en 1629. Sa mère, Marie de Gonzague, exerçait alors en réalité le pouvoir en son nom. Par suite de relations de famille, l'influence autrichienne était très puissante à la cour de Mantoue.

la seconde et la troisième à Guattieri'^ et à Sassuolo^, où l'on passa plus avant dans les conditions, et plus encore à Bologne^, où j'avois pris ma résidence et où la négociation se continua par des envois réciproques et par lettres durant plus d'un mois : en sorte que le marquis Galcagnini^, son principal ministre, de sa part, et moi, au nom du roi, nous étant trouvés de concert à Gênes, toutes choses furent conclues et arrêtées^ avec M. le cardinal Grimaldi*", qui avoit la plénipotence de Sa Majesté pour cet effet '. Ensuite de quoi, M. d'Estrades^,

1. Petite localité du duché de Modène, non loin de Guastalla.

2. Petite ville du duché de Modène, où le duc avait une habitation de plaisance.

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