Bellegarde ou Seurre, petite ville sur la Saône
3. Jean Bouchu, seigneur de Lessar, conseiller du roi en ses conseils d'État et privé , premier président du parlement de Bourgogne par lettres du 19 août 164i. Après sa mort, Louis Laîné, seigneur de la Marguerie, lui succéda dans cette charge, le 7 janvier 1654.
mieux informée, elle m'y dépêcha le sieur de la Prugne avec créance, duquel j'appris qu'on avoit résolu d'y envoyer le maréchal de Villeroy pour y commander par provision. Sur quoi je pris la liberté d'écrire à M. le cardinal que le moyen étoit foible pour la contenir; qu'il falloit que la cour vînt elle-même et bientôt, sinon, que la province couroit fortune de se perdre, si on laissoit accroître le mal et prendre vigueur et crédit aux factieux; mais que, si Leurs Majestés venoient avec des forces un peu considérables, on se rendroit maître de tout en peu de temps par l'étourdissement et la confusion où la prison des princes avoit mis toutes choses, ce parti naissant n'ayant point de chef, pour en avoir trop, qui ne pouvoient convenir d'un seul commandement.
Enfin, la destination du maréchal de Villeroy ayant changé, M. de Vendôme y fut envoyé à sa place, et Son Éminence lui fit l'honneur de lui dire en partant que j'étois quasi l'unique dont il pût faire capital dans la province pour les avis et la fidélité. Aussi, en usat-il fort confidemment avec moi, qui me rendis à Dijon dès que je sus son arrivée. Ensuite de quoi, celui qui commandoit au château le remit entre ses mains, sans aucune résistance, étant dépourvu de soldats et de choses nécessaires à sa défense, aussi bien que les autres places. En cette occasion, l'avocat général du parlement, appelé Millotet^ qui se trouva maire de la ville, et de faction contraire au premier président, servit fort dignement le roi , et je ne me trou-
i. iMarc-Antoine Millotet, conseiller du roi et avocat général au parlement, pourvu de cette charge sur la résignation de son père le 14 mars 1633, et reçu le 16 janvier 1635.
vai pas inutile pour obliger ceux qui commandoient à Saint-Jean-de-Losne de suivre le bon exemple d'Auxonne, ce qui fut un service de quelque considération pour faciliter le succès de ce qu'on vouloit entreprendre.
La cour étant arrivée à Dijon, où j'avois eu ordre de me trouver, on y résolut aussitôt le siège de Bellegarde, auquel on jugea que je serois d'autant plus utile qu'un de mes lieutenants à Auxonne, assez passablement entendu aux fortifications, y avoit fait travailler sur mes dessins. Ayant l'avantage d'être le plus ancien, j'eus l'honneur d'y servir de premier maréchal de camp, et même d'avoir un quartier séparé de l'autre côté de la rivière^, d'où je partis pour aller ouvrir la tranchée avec les gardes, à l'attaque de M. de Vendôme. Et, comme je connoissois bien le plus foible de la place, je la disposai d'un côté qui aida notablement à presser ceux qui la dévoient défendre de capituler dès le soir même, sans en attendre la suite; l'intelligence que Son Éminence avoit dedans, ainsi qu'elle m'avoit fait l'honneur de m'en dire quelque chose quatre heures auparavant, y contribua beaucoup plus encore. Étant vrai de dire d'ailleurs que les principaux chefs firent valoir auprès de M. le Prince, entre les causes de cette reddition, que c'étoit moi qui conduisoit l'attaque, dont il m'a su tout le mauvais gré qui se peut imaginer, et d'avoir été cause que la cour fût venue en Bourgogne. Mais tout cela m'étoit glorieux, aussi bien (|ue les persécutions que j'en reçus depuis, ne pouvant douter que Son Altesse ne m'en