Alexandre VII
4. De graves difficultés s'étant élevées entre la république de Venise et lo pape Paul V en 1605, celui-ci rappela le nonce qu'il
l'État de la république, et combien il importoit à la réputation du roi ([[ï'û y eût part, après tant d'instances de mes prédécesseurs, j'eus ordre d'y intervenir, mais de façon, toutefois, que Sa Majesté n'en eût point un refus. Ce commandement étoit délicat, et de très difficile exécution, à cause du secret^ qu'observe le Sénat aux affaires de conséquence et de la nécessité qu'il y avoit d'être bien averti. Néanmoins, je le fus si ponctuellement de tout ce qui s'avançoit en celle-là que j'appris à sept heures du soir qu'elle devoit se terminer le lendemain en pregadi^, et que la faction contraire prenoit comme un expédient infaillible de Fem-
cntretenait à Venise et excommunia la république (1606). Les Jésuites quittèrent alors le territoire de Venise et le Sénat les déclara bannis à perpétuité. Le cardinal de Joyeuse intervint sans succès en leur faveur, en 1607, auprès de la seigneurie de Venise.
1. « Toute sorte de correspondance avec les ambassadeurs et les « autres ministres étrangers est défendue aux nobles, sous peine « de la vie... Si un noble se rencontroit quelque part avec un gen- « tilhomme ou quelque autre personne de la maison d'un ambas- « sadeur, et que cela vînt à la connaissance des inquisiteurs d'État « avant sa déposition, il ne seroit pas on vie deux boures après... f Un jour, un sénateur de la maison Tron (Trono), m'ayant trouvé « chez le curé de Sancla Maria Maler Domini, s'enfuit comme si « la contagion eût été dans le logis... Cette défense, que l'on comc mençoit à négliger, fut renouvelée en l'année 1018, après la « découverte de la conjuration du triumvirat espagnol contre la « république, qui, depuis ce temps-là, en a use avec tous les « ambassadeurs des princes comme avec des ennemis couverts et « des espions honorables. » {Histoire du gouvernement de Venise, par Amelot de la Houssaie, 1695, t. I, p. 28-30.)
2. En séance du Sénat. On avait donné ce nom de Pregadi (les Priés) au Sénat, parce que, dans les premiers temps de la république, ceux qui composaient cette assemblée étaient priés dans leurs maisons, lorsqu'il y avait besoin qu'ils se réunissent pour tenir conseil.
pêcher, en y adhérant, de dire qu'on ne pouvoit, à la vérité, refuser cette grâce aux instances d'un si grand pape, surtout en une conjoncture où la république avoit tant de besoin des siennes ; mais qu'il falloit prendre garde, en même temps, à ne pas offenser la France, qui avoit fait faire tant de démarches inutilement à ce sujet par ses ambassadeurs, entre lesquels il y en avoit eu trois extraordinaires ; qu'il en falloit écrire à M. Giustiniani et attendre son avis et sa réponse là-dessus avant que passer outre, ce qui eût apparemment été suivi.
Étant informé de tout cela, je vis bien que la balle me venoit et que je pouvois jouer à jeu sûr, de sorte qu'ayant aussitôt dressé mon office je me résolus d'aller le matin ensuivant en collège, où je levai toutes les difficultés. Je fis tomber les armes des mains à ceux qui prétendoient de s'en servir pour accrocher l'affaire, ce qui vouloit dire la ruiner entièrement. En effet, toute la quarantie criminelle^ qui étoit favorable, et la moitié du collège qui l'étoit aussi, ayant à changer deux jours après, et ceux qui entroient en leurs places, au nombre de cinquante-trois voix, devant être tous contraires, il est évident que la proposition ou, pour le dire en propres termes, la parte^
1. La quarantie (quarantia) criminoUe était un conseil composé de quarante magistrats, juges suprêmes des affaires criminelles, sauf les cas qui étaient du ressort de la justice des Dix. Les membres de la quarantie criminelle prenaient part aux délibérations du Sénat.
2. On appelait jmrle un arrêt du Sénat, du grand conseil ou du conseil des Dix. C'est ainsi que, pour indiquer qu'une résolution avait été prise par l'une de ces assemblées, on disait : Fu presa la parte .
du retour de ces bons Pères fut assurément tombée, puisqu'elle ne passa qu'avec trente-cinq voix de plus qu'il ne falloit ; d'où l'on peut inférer de combien il sert, en pareilles occasions, d'être bien averti, surtout dans une affaire épineuse et contestée avec non moins d'art que de puissance. Ainsi, selon l'intention du maître, mes soins et mon office furent les principales causes du retour des Jésuites à Venise, sans courir fortune d'avoir à essuyer un refusa
Environ le commencement de carême de la même année 57, comme j'étois sur le point de fermer ma dépêche à la cour, j'en reçus deux de M. le duc de Modène, presqu'en même instant, par voies extraordinaires, par où Son Altesse me faisoit connoître qu'il étoit de la dernière conséquence que, sans perdre un seul moment de temps, je me rendisse incessamment à Mantoue, parce que ce prince avoit, s'il faut ainsi dire, la plume à la main pour signer un traité tout à fait désavantageux à la France avec les ministres de l'empereur et du roi d'Espagne ; à quoi Madame sa mère et les siens, qui avoient été gagnés de la crainte ou de l'intérêt, se portoient de toute leur puissance, à moins que j'arrêtasse le coup. Si je pouvois obtenir de lui
1. Amelot de la Iloussaio, dans son Uistoirc du (jouvcrncmeni de Venise, attribue cette décision, prise par le Sénat on faveur des Jésuites, à l'intervention énergique et pressante de Jean Pesaro, qui était alors doge. Ce personnage était le plus habile homme de tout le Sénat et jouissait d'un crédit considérable. Il avait été ambassadeur en Savoie en 1020, en France en 1022, k Rome en 1641, à la diète de Cologne en 1636, une seconde fois à Home en 1655. Élu vingt-quatre fois sage-grand, il fut nommé, en 1643, général en terre ferme. Il appartenait à une famille illustre et puissante de Venise, et fut élu doge en 1657.
que, dans certain temps court et précis, il se rendît à Casai, libre de tout engagement positif qui nous fût contraire, ce seroit rendre à Sa Majesté un service qui ne seroit pas de petite importance, d'autant que toutes les choses s'accommoderoient moyennant cela, et qu'autrement la plupart de nos mesures étoient rompues.
L'affaire paroissoit difficile, quasi jusques à l'impossibilité, allant faire ce voyage les mains vides, et d'autant plus que ceux qui agissoient auprès du duc de Mantoue de la part des ennemis étoient puissants et lui ofïroient des conditions présentes et favorables ; outre que l'émulation qu'il avoit toujours eue pour Modène ayant dégénéré en quelque espèce d'aversion approchant de la haine, le succès de ce que l'on désiroit de mon entremise en devenoit incomparablement plus délicat à négocier. Néanmoins, sans délibérer davantage là-dessus, voyant que la chose pressoit, je me résolus de partir dès le matin ensuivant. Et, ne pouvant prendre congé du Sénat, à cause que c'étoit un dimanche, je donnai ordre au secrétaire italien de l'ambassade qu'il y suppléât en mon nom dans la forme convenable, et fit part à Sa Sérénité de l'avis que je venois de recevoir de la restitution de la citadelle de Turin à M""® Royale, sans aucune réserve et de la pure générosité du roi, pour montrer à tout le monde, par une action si désintéressée, que Sa Majesté ne prétendoit en Italie que la gloire d'y avoir abaissé la trop grande puissance des Espagnols et assuré la Uberté de ses princes.
Je fus donc à Mantoue en deux jours et demi, fort bien accompagné, m'étant fait précéder d'un courrier
extraordinaire pour ne laisser point d'excuse à la manière de ma réception et faire la chose avec dignité. Tout s'y passa dans les formes et honneurs accoutumés, ayant eu le même appartement de la reine de Suède; et, le duc m'ayant accompagné dans ma chambre, dès le soir même j'entrai en matière avec lui, qui se trouva dure à digérer à son égard et très difficile à surmonter au mien. Mais, finalement, après quantité d'audiences publiques et secrètes, où je lui dis fortement tout ce qui pouvoit servir non moins à le détourner du mal que nous craignions qu'à parvenir à mes tins, et qu'il m'eût festiné publiquement à la ducale, j'estimai nécessaire d'en faire un écrit à part, que je lui donnai pour faire plus d'impression sur son esprit par une lecture familière et réitérée.
Je ne fus point trompé dans le jugement que j'en fis, car la veille de mon départ je conclus avec Son Altesse un petit traité contenant en substance l'engagement solennel, sous foi et parole de prince, de tout ce ([u'on avoit désiré que j'ol)tinsse de lui ; duquel il fut fait deux originaux semblables dont il garda l'un et moi l'autre. Il dépêcha ensuite un courrier exprès à la cour, par lequel il confirmoit au roi et à M. le cardinal tout ce que nous avions fait ensemble, et qui fut aussi chargé de mes dépêches pour Son Émincnce et pour M. le duc de Modène, où je m'en explicjuai amplement.
J'aurois sans doute pu faire davantage, si j'eusse eu les mains libres ; mais j'aimai mieux m'en tenir ponctuellement à mes ordres, (jui étoicnl fort |)récis, que de m'avancer au delà de ce (]u'ils conlenoient. Ainsi, n'ayant plus rien à négocier à Manloue, j'en partis pour Venise, et feignis, de concert, que c'étoit avec
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peu de contentement, pour lever aux Espagnols la jalousie que mon voyage leur avoit donnée, et que Son Altesse trouvât plus de sûreté à son passage par le Milanois, n'ayant pu gagner qu'elle prît une autre route. Mais, à peine étois-je de retour et son courrier à Lyon qu'elle changea du blanc au noir à Milan, où elle s'étoit fait devancer par le secrétaire Carachie, duquel j'avois toujours eu mauvaise opinion.
Quelqu'un a voulu dire que tout étoit arrêté avec les ennemis avant mon départ, et que ce n'avoit été que pour ne me laisser point aller tout à fait malcontent, et payer d'une apparence la peine que j'avois prise, ou faire son parti meilleur avec eux, que ce prince en étoit venu jusque-là. Mais pourquoi se vouloir rendre coupable d'un manquement de parole envers le roi et s'attirer tant de reproches et de malheurs, puisque, pour se défaire de moi, il n'avoit qu'à me demander où étoit ma créance et, faute d'en avoir, me renvoyer comme j'étois venu ?
Mais, quoi qui ait réussi de cette affaire par la légèreté de ce prince, il est certain, néanmoins, qu'aucune autre ne m' avoit jamais donné tant de satisfaction, parce qu'il étoit assez extraordinaire que, l'ayant trouvé dans un si grand penchant et faisant ce voyage sur la seule confiance de ma personne et de mon caractère (qui n'étoit valable qu'à Venise), je n'aie pas laissé d'y faire tout ce qu'on avoit désiré de moi, dont je remportai le témoignage signé de la main de Son Altesse, sans m'être relâché de la moindre chose. Mais qui se peut assurer de la mauvaise foi de qui est en pouvoir et en volonté d'y manquer, quand il en veut ignorer ou mépriser les suites, qui lui sont depuis
arrivées en tout et partout telles que je les lui avois prédites, comme si l'avenir eût été aussi clair dans mon esprit que le passé, et jugeant bien dès lors que le roi, qui le pourroit, ne manqueroit pas d'en avoir le ressentiment convenable^?
1 658. — Le dernier service que j'ai rendu à Venise contient deux chefs : le premier, d'avoir si puissamment justifié les motifs des armes du roi sur la marche que prirent ses troupes et les quartiers qu'elles vinrent occuper dans le Mantouan, que la république n'en prit aucun ombrage, quoi que les Espagnols pussent faire pour lui en donner, et qu'il n'y ait point de gens au monde si capables d'en prendre et si jaloux de leurs frontières que les Vénitiens, surtout en un temps où leur foiblessc les rend beaucoup plus délicats qu'en un autre. Cependant, il eût été fort difficile de se maintenir si près d'eux sans établir solidement avec eux une parfaite confiance, tant par le besoin que nous avions de tirer plusieurs assistances de leur État (le chemin étant impraticable en hiver et manquant d'abondance et d'étendue pour y fournir) que pour diverses autres considérations.
Le second chef du môme service consiste d'avoir obtenu de la république, avec notre argent, toutes les choses que je lui ai demandées pour les troupes de
1. L'année suivante, les armées coalisées de France, de Savoie et de Modène remportèrent divers succès en Italie, et s'emparèrent de Trino et de Mortara. Le duc de Mautoue se vit contraint d'abandonner le parti des Espagnols et de signer avec la France un traité de neutralité, le 9 juillet 1G58. Cet acte a été publié dans le Recueil de Dumonl, VI, deuxième partie, 225.
Sa Majesté comme vivres, achat de chevaux pour remonter la cavalerie, et généralement toutes sortes d'armes et de munitions de guerre, non par tolérance et à la sourdine seulement, mais par une parte du Sénat, sous prétexte de commerce de marchand à marchand, qui me fut donnée en forme de réponse; et, de plus, j'obtins la permission du passage de certaines recrues de Suisses et d'Allemands à travers du Bergamasque et du Bressan. A quoi les Vénitiens ajoutèrent l'ouverture qu'ils me firent en collège du traité qui s'est conclu depuis avec le duc de Mantoue'^, d'où il est aisé de voir en quelle créance j'étois auprès de la république. Elle exécuta tout ce qu'elle m'avoit promis durant mon séjour, et, après mon départ, les autres instances qui lui ont été adressées depuis, bien que de beaucoup moindre considération, n'ont pas eu la bonne fortune des miennes.
Enfin, ayant fait connoître à M. le cardinal que je serois bien aise de ne remplir pas cette ambassade plus longtemps que le terme ordinaire, si Son Éminence n'en ordonnoit autrement, pour les raisons que je pris la liberté de lui écrire, je reçus par deux lettres du roi, l'une à la république et l'autre à moi, le congé de m'en retirer, toutes deux si obhgeantes qu'elles montroient assez l'estime dont Sa Majesté me faisoit la grâce de m' honorer, et la satisfaction qui lui restoit de ma conduite et de mes services, traitement qui
1. Le duc de Mantoue eut recours aux bons offices de la république de Venise pour se réconcilier avec la France. Les premières ouvertures faites à du Plessis-Besançon à ce sujet, par le Sénat de Venise, eurent lieu au mois de février 1658. (Affaires étrangères, Venise, LXXIX.)
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m'étoit d'autant plus agréable que j'avois lieu de croire, qu'outre l'inclination de M. de Brienne à m'obliger, Son Éminence avoit bien voulu lui témoigner quelque chose de son intention là-dessus pour me donner par avance, en attendant mieux, ces premières marques de l'approbation qu'elle y donnoit et de l'honneur de sa bienveillance De la part de la république on me fit, quand je pris congé, plus d'une
tentative pour des grâces extraordinaires J'eus
besoin de toute ma modération pour m'en détendre ^ J'aurois ensuite pris le chemin de mon retour par Trente et par la Suisse, comme le plus court, pour éviter l'embarras de diverses cours et de l'État de Milan. Mais je fus obligé de le prendre par ceux des ducs de Modène et de Parme, le premier de ces princes l'ayant ainsi désiré pour me donner des marques non communes de l'approbation dont il vouloit favoriser la conduite que j'avois tenue à son égard durant mon ambassade, me participer ses sentiments, avoir les miens sur les desseins de la future campagne, et se servir de mon ministère pour conclure avec plus d'avantages et moins de bruit, dans l'occasion de mon passage'*^, le traité qui n'étoit encore qu'en projet avec
1. La Gazette de France, dans une corrospondanco datée de Venise, mentionne en ces termes le départ de du IMossis-Besançon : « 27 avril 1G58. Le sieur du Plessis-Besançon, ayant achevé « le temps de son ambassade et pris congé du Sénat, qui lui a fait « présent d'une chaîne d'or de mille écus, partit, le 23 de ce mois, « pour s'en retourner en France. »
2. Le passage de du Plessis-Besançon à Modène est signalé de la façon suivante dans la Gazette de France du 18 mai 1658 : « De « Modène, le 29 avril 1658. Le 26 de ce mois, le sieur du Plessis- « Besançon, ambassadeur de France à Venise, accompagné du
le duc de Parme, puisque les principaux points ne furent accordés qu'à mes instances^.
M. le duc de Modène en fit tant de cas et m'en sut tant de gré, vu la nature des choses que j'avois obtenues et l'importance de la conjoncture, que je ne saurois lire sans confusion les lettres que Son Altesse me fit l'honneur de m'écrire sur ce sujet, bien que, par des considérations pressantes, j'aie été contraint d'accompagner de leurs copies un des originaux du même traité que j'ai consigné entre les mains de Bernoin^ pour le remettre en celles de Son Éminence, et c'est par ce dernier service que j'ai terminé mon emploi, encore que je pusse bien compter pour quelque chose les observations que je fis, à mon passage par le Milanois, dont je donnai part à Turin, à qui je le devois faire ^.
« prince Alméric, fils du duc de Modène qui était allé bien loin « au-devant de lui avec bon nombre d'officiers, arriva en cette « ville et y fut très bien reçu par Son Altesse, qui le logea dans « un des appartements de son château, où il est régalé fort splen- « didement, et cette cour lui fait prendre tous les divertissements « possibles. »
1. Ce traité accordait à la France le droit d'établir des entrepôts de munition dans la ville de Plaisance et diverses facilités pour les passages des troupes, les vivres et les transports. 11 a été imprimé dans le Recueil de Dumont, VI, II, 217, et porte pour titre : « Articles accordés entre M. le duc de Parme et M. du Plessis- « Besançon, ambassadeur du roi, substitué de M. le duc de Modène; « signés à Parme le 4 mai 1658. »
2. Bernoin, valet de chambre de confiance du cardinal Mazarin. Il assista le cardinal à son lit de mort. {Mémoires de il/™^ de Motteville, collection Michaud et Poujoulat, 2« série, t. X, p. 505.)
3. La Gazette de France du l'^'' juin 1G58 donne les détails suivants sur le passage de du Plessis-Besançon à Turin : « Turin, le « 18 mai 1658. Le 16, le sieur du Plessis-Besançon, ci-devant
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Que, si, par mon peu de suffisance ou par le défaut de pouvoir et de matière, je n'ai pas rendu de services plus considérables, je suis assuré du moins qu'on ne me sauroit accuser d'avoir manqué d'application ni de zèle, puisque, n'ayant pour objet principal que mon devoir, ni aucun autre plaisir si essentiel (jue d'y bien satisfaire, je n'avois point aussi d'occupation plus divertissante que celle de mon cabinet et des affaires publiques.
Mais, comme les plus grands et les heureux généraux d'armée ne rencontrent que rarement les occasions de gagner des batailles ou d'exécuter des entreprises signalées, de même les plus habiles ambassadeurs n'ont pas souvent des traités à faire ni des choses importantes à négocier; et, quand il s'en rencontre deux ou trois durant une longue ambassade, elle est signalée entre plusieurs, et tire ceux qui en ont heureusement profité de la commune catégorie de leurs confrères.
Du reste, les ambassadeurs sont des surveillants par office, pour ne pas dire d'honnêtes espions de ce qui se passe là où ils peuvent étendre leur observation, et des ministres de dehors pour entretenir et lier de plus en plus la bonne correspondance avec les alliés de leurs maitres, qui satisfont assez à ce qu'ils doivent lorsqu'ils en soutiennent dignement la réputation, qu'ils doiment des avis sincères et véritables, qu'ils suivent ponctuellement leurs instructions (encore qu'ils eussent
« ambassadeur de Franct' près la républiijuc de Venise, arriva ici « de l^arrne, accompagné du marquis Ville, (jui était allé au-devant « de lui avec les gardes de Leurs Altesses Royales qui lui font « rendre tous les honneurs possibles, i
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occasion d'en user autrement, parce qu'ils n'ont pas assez de connoissance du plan général des affaires), qu'ils savent se prévaloir avec jugement des occasions qui se présentent, et détourner prudemment l'effet et les mauvaises conséquences des autres.
Voilà quelles ont été mes fins et ce que j'ai continuellement essayé de faire dans ce dernier emploi, aussi bien que dans tous les autres, avec une fidélité constante et désintéressée, pouvant dire, sans m'éloigner de la vérité, qu'à la guerre l'événement des entreprises et des sièges où je me suis trouvé n'a jamais été si prospère que quand on m'y a donné la créance qui m'étoit nécessaire, et, qu'à l'égard des négociations qui m'ont été commises, elles ont presque toujours d'autant mieux réussi que je me suis trouvé plus instruit de la cour, et qu'on a laissé le champ plus libre à ma conduite pour l'exécution particulière des ordres que je recevois