‹ Mémoires de Du Plessis-BesançonChapitre 54 sur 146 · Du PlessiS'Besançon au prince de Condé · texte numérisé non relu

Du PlessiS'Besançon au prince de Condé

La Tour, le 18 septembre 1640.

On est bien en peine de mon arrivée en cette province, où j'ai trouvé l'alarme si grande qu'à peine pouvois-je penser que je pusse entrer dans Narbonne pour les nouvelles qu'on en avoit envoyées vers Toulouse, quoique la foiblesse des ennemis ne dût pas faire appréhender cela et que les affaires qui m'ont fait venir ici soient en tel état qu'il ne s'y peut rien désirer que la continuation, qui en est inévitable, les Catalans ayant tout à fait levé le masque en l'assemblée générale qu'ils ont tenue à Barcelone, où ils ont résolu non seulement de chasser les espagnols hors de leur pays, mais de porter la guerre dans le reste de l'Espagne avec l'assistance et protection de France. C'est à quoi Votre Altesse juge bien que je les dois toujours porter davantage, et c'est aussi ce que je ferai aussitôt que j'aurai reçu d'eux les choses nécessaires pour entrer dans leur pays avec la bienséance et sûreté que mon envoi requiert et que j'attends dans dimanche 23^.

Les castillans ne tiennent plus en Roussillon que Perpignan, Salses et Collioure, les catalans les ayant chassés de tout le reste et fait défense à peine de la vie de leur rien porter ; on en fait de même à cette frontière, si ce n'est à l'égard d'Opouls. Ainsi n'ayant plus que CoUioure pour toute porte, si on leur ferme, ce sont des gens perdus, et, comme pour cela il n'y a point de temps à perdre pour les assister puissamment, nous estimons qu'il faut faire approcher toutes les troupes qui sont inutiles en Guyenne et Languedoc pour s'en servir selon l'occurrence et même que Votre Altesse s'y rende au plus tôt, afin que la présence et autorité de sa personne, jointe à la bonne conduite de son jugement, puissent porter cette affaire où il est à désirer. J'écris à peu près dans ces termes à M. de Noyers, estimant que Votre Altesse l'aura pour agréable et que ce voyage est utile à diverses choses qui la peuvent

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(Original. Archives des Condé, série M, XX, 376.)

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