‹ Mémoires de Du Plessis-BesançonChapitre 59 sur 146 · Du Plessis- Besançon à d'Espenan · texte numérisé non relu

Du Plessis- Besançon à d'Espenan

Barcelone, le 21 octobre 1640.

Je suis arrivé en cette ville dès hier en parfaite santé. On m'y a bien reçu tout ce qui se peut, et vous n'avez jamais vu tant d'acclamations publiques. Tous les ordres de la ville, le corps de la maison de ville et MM. les députés m'ont envoyé visiter en mon logis et me sont venus recevoir à une lieue de la ville. Ce matin, je suis allé au consistoire, où j'ai dit ce que j'avois à dire et que je mets par écrit pour le donner aujourd'hui, sur quoi ils prendront leurs résolutions. Enfin, j'estime qu'ils auront trouvé si raisonnable ce que je leur ai dit que la chose en passera par là. Ils doivent nommer des commissaires pour traiter avec moi en particulier de toutes choses, ensuite de quoi, peut-être que j'irai jusques à la frontière du côté de Lérida. Ils ne font pas grand cas que les castillans aient pris Tortose; le député, qui étoit venu ici de la part des aragonois pour essayer de faire quelque tentative et les porter de faire parler au roi d'Espagne et se soumettre un peu, s'en retourne assez mal satisfait pour ce regard. Ils continuent toujours leurs levées jusques à trente six régiments et se préparent tout de bon à la guerre. C'est tout ce que je vous puis mander ; aussitôt que les choses seront résolues, le général de Vileplana s'en retournera ; cependant, avancez, s'il vous plaît, toutes choses et faites que M. de la Roullerie s'avance en Languedoc avec des olïiciers d'artillerie de toutes sortes, pour un équipage de douze

canons et toute la cavalerie de la frontière Vous ne sauriez

croire l'estime en laquelle vous êtes de deçà et combien ils espèrent des services que nous leur pouvons rendre. Je n'ai jamais rien vu de plus uni et de plus général que la haine qu'ils ont contre les castillans, ni plus de résolution à se bien défendre et môme à

passer plus avant pour s'assurer toujours davantage. Le signer chanoine Paul Claris ^ est un excellent homme.

(Copie. Archives des Condé, série M, XXI, 92.)

10. Résolution du roi sur la manière de coucher certains articles du traité qui se doit faire avec les catalans touchant les places de Roussillon.

Saint-Germain-en-Laye, 16 novembre 164U.

« Pour M. Duplessis-Besançon. »

Les catalans offrent de passer le traité de la Hermandad, et, par icelui, s'obliger à ne prendre jamais les armes contre la France, moyennant qu'il plaise à Sa Majesté leur promettre de ne prendre aussi jamais les armes contre la Catalogne, comtés de Roussillon et Gerdagne, qui leur appartiennent, et que Sa Majesté, faisant sa paix avec l'Espagne, se réserve le pouvoir de les assister en quelque occasion que ce soit.

Et, d'autant que cette condition de n'attaquer le Roussillon a été trouvée déraisonnable par ceux à qui elle a été faite, particulièrement en ce qui concerne les places de Perpignan, Salses et CoUioure, que le roi d'Espagne occupe aujourd'hui, il a été proposé au sieur de Vileplana par les sieurs d'Espenan et Plessis- Besançon, de l'avis de M. le Prince, que l'on pourroit coucher cet article en l'une de ces trois sortes :

1. Que le principal de Catalogne s'oblige de n'entreprendre jamais rien contre la PVance, de ne donner aussi jamais aucun secours ni assistance à qui que ce soit pour y entreprendre et de ne se départir jamais d'aucune des conditions du présent traite, quelque accommodement qu'ils puissent faire d'ailleurs avec leurs ennemis, mais, au contraire, promettront de les garder toutes inviolablement.

Le roi se doit aussi obliger réciproquement (s'il lui plaît) à ne prendre jamais le premier les armes contre les catalans et de se réserver la faculté de les assister en toute autre occasion, lorsqu'il fera la paix avec le roi d'Espagne, ainsi qu'il est dit ci-dessus.

Et, pour ce qui regarde les places que le roi d'Espagne tient encore en Roussillon, (|ue ledit principal s'obligera à les prendre et s'en rendre mailre dans un an, et d'empèciier cependant que les ennemis entreprennent rien contre la France par la frontière dudit Roussillon, lo([uel temps d'un an passé, il sera licite audit

Page 1