D'Espenayi et du PlessiS' Besançon à Richelieu
Barcelone, le 16 décembre 1640.
Nous n'avons perdu aucun temps ni omis aucune chose dont
nous puissions être capables pour porter l'atîaire où nous sommes employés aux points qui nous ont été prescrits par les instructions du roi et par vos commandements. Le traité de la Hermandad entre France et Catalogne a été signé seulement aujourd'hui, selon les derniers sentiments de Votre Éminence. Nous l'envoyons à M. de Noyers avec cette dépêche, par le sieur du Verger, vous assurant qu'encore que ce qui est contenu dedans soit assez important, ce n'est pourtant rien au prix de la suite qu'aura cette affaire. Je connois déjà à peu près ce que peut cette province, mais, avec tout cela, sans la prompte assistance du roi, il seroit à craindre qu'elle ne fût accablée de ses ennemis avant que les bons desseins
qu'elle a pussent réussir Cependant, nous sommes obligés de
dire à Votre Éminence qu'il est important qu'elle envoie ici quelqu'un de sa part pour échaulTer et animer le monde, et nous estimons que le sieur d'Houdinière^ seroit bien propre à cela, si l'assiduité du service qu'il doit auprès de la personne de Votre Éminence et sa santé propre le pouvoient permettre. Il s'en retourneroit bien informé de plusieurs choses (jui ne se peuvent commettre qu'à la confiance d'un homme de sa fidélité
(Original. Affaires étrangères, fonds France, mémoires et documents, MDGXXXUl, 17.)
15. Mémoire du sieur du PlcssiS'Dcsançon sur l'état des affaires de Catalogne.
Décembre 1640.
Le roi d'Espagne tient présentement en Roussillon le port de Collioure et le château de Saint-Elme (jui le domine, la ville d'Elne, Perpignan, Salses et Millas; mais il n'y a que le château Saint-Elme, Collioure, Perpignan et Salsos qui se puissent garder. Les catalans tiennent tout le reste. Les castillans ont entièrement désolé tous les lieux où ils ont pu mettre le pied, et n'ont pour toutes forces audit Roussillon que les doux régiments du comteduc, celui des irlandois, ceux do Léonard de Mole et do Toutavilla,
1. Claude de Goyon «lu Plcssis-Henard, seigneur de la Houdinière, capitaine des gardes du cardinal de. Ilirhelicu, maréchal des camps et armées du roi en 1652, morl en 1663.
napolitains, celui des Wallons et un autre régiment espagnol, qui, tous ensemble, peuvent monter à cinq mille hommes de pied; outre cela, ils ont environ quatre à cinq cents chevaux : tout cela d'assez bonnes troupes, réparties en divers lieux.
Pour ce qui est de la Catalogne, le roi d'Espagne y tient le port de Roses et le château de la Trinité, qui le domine, avec le bourg de Roses fortifié de cinq bastions ; plus le port des Alfaques de Tortose à l'embouchure de l'Ebro, dominé par une tour; ledit poste est assez grand, mais il est peu sûr en hiver, et notamment pour des galères. Plus la ville de Tortose, qui a un pont sur l'Ebro. Les catalans tiennent absolument tout le reste de la Catalogne, qui est presque toute environnée de la France, de la mer et des monts Pyrénées, de l'Ebro et de la Segre. Lesdits catalans ne craignent rien du côté dudit Tortose, parce que cet endroit est séparé de leur pays par une lisière de montagnes très hautes, stériles et difficiles à passer durant huit ou dix lieues de traverse. Ils ne craignent aussi rien présentement du côté de Roses, à cause de la saison, et qu'ils ont une ville nommée Castellon, à une lieue de là, qui couvre leur pays en cet endroit; néanmoins, s'ils ne se rendent maîtres dudit Roses pendant cet hiver, je tiens que c'est le lieu d'oii ils peuvent recevoir autant de mal à cause du voisinage du Roussillon, et qu'il est tout à fait dans la plaine de Catalogne. Les catalans tiennent tous les passages des montagnes qui séparent le Roussillon de la Catalogne, et, apparemment, ils n'y peuvent être forcés. Il semble que l'endroit d'où ils ont le plus à craindre est du côté de la ville de Lleyde^ parce que c'est pays de plaine, sans forteresses, et l'avenue d'Aragon et Castille; néanmoins, cette avenue est couverte de la rivière de Segre, qui ne se guée point, et, pour empêcher le passage durant sept ou huit lieues, ils établissent deux places d'armes de douze à quinze mille hommes chacune, l'une à Bellpuig, au deçà de la Segre, et l'autre à Balaguer, au delà de ladite rivière, de façon que, s'ils ont temps de retrancher un camp à la tête de Lérida, qui est une bonne ville, les ennemis auront beaucoup à hasarder pour entrer dans leur pays.
Le roi d'Espagne avoit à Fraga (qui n'est qu'à quatre lieues dudit Lérida) environ trois ou quatre mille hommes de pied et quatre cents chevaux, quand je suis parti de Barcelone, et l'on tenoit pour assuré qu'il venoit encore jusques à dix mille hommes de pied et douze cents chevaux du côté de Saragosse, mais presque