LIeida, Lérida, place forte sur la Segre
tous besoigneux ou milices. On tenoit aussi que l'artillerie étoit déjà partie dudit Saragosse, que le roi d'Espagne y venoit en personne, et même que ses chevaux y étoient déjà. La place d'armes de l'armée espagnole doit être audit Fraga, petite ville d'Aragon sur la rivière de Ginca, où l'on croit que les ennemis feront passer de leurs bonnes troupes de Roussillon, par le moyen de leurs galères et des ports de CoUioure et des Alfaques de Tortose.
On estime que, si les troupes françoises peuvent arriver assez à temps à Lérida, il sera très difficile aux castillans de passer la Segre, et que, si on les peut acculer seulement un mois audit Fraga, ils ne sauroient vivre avec une armée de ce côte-là, parce que tout le pays qu'ils auront derrière eux est extrêmement stérile et que la mer en est éloignée de vingt-cinq ou trente lieues d'Espagne. Au premier mauvais temps, il faut que les galères ennemies quittent tous les ports de Roussillon et Catalogne et s'en aillent prendre leur retraite d'hiver en Garthagène, qui est soixante-dix ou quatre-vingt lieues plus bas que l'embouchure de l'Ebro.
Les catalans établissent une place d'armes à Figuères pour soutenir et garder les passages de Roussillon et l'avenue de Gastellon et de Roses. Ils en établissent çncore une autre à Granollers, petite ville à six lieues de Barcelone, pour avoir l'œil le long de la côte et aux nécessités de ladite ville de Barcelone, en chacune desquelles ils veulent tenir jusquos à dix mille hommes. Jusques ici, toutes leurs troupes sont commandées par leurs députés militaires; ils réduisent leurs forces en régiments, et les font commander par des mestres de camp, qui ont servi au siège de Salses et en d'autres occasions pour le roi d'Espagne, la plupart cavaliers de bonne condition. Ils peuvent mettre sur pied plus de deux mille chevaux et en ont déjà huit cents ou mille d'assez bonne cavalerie. Quant à l'infanterie, si elle étoit bonne comme ils disent, ils seroient puissants, car il est certain qu'ils en ont beaucoup et bien armée à leur mode ; mais, avec cela, s'ils ne sont assistés promptement des troupes du roi, je tiens leurs alTaires en assez mauvais état, si on les presse vivement de plusieurs côtés, ainsi qu'ils en sont menacés.
En la situation que se trouvent la Catalogne, Roussillon et Cerdagnc, s'ils se peuvent défendre des premiers elTorts du roi d'Espagne, tous ces pays-là seront faciles à garder après.
(Original. Att'aires rlrani^ères, Espagne, siipplémenl, IV.)
16. Ordre du jour du comte d'Espenan avant la capitulation de Tarragone.
Tarragone, le 21 décembre 1640.
Le sieur d'Espenan, maréchal des camps et armées du roi et mestre de camp général de l'armée de Catalogne,
Nous avons ordonné au sieur du Plessis-Besançon, maréchal de bataille, de s'en aller présentement à Barcelone pour assembler toutes les troupes françoises qui sont en Catalogne pour le service du pays, et joindre avec elles tout ce qu'il pourra des forces de Catalogne pour venir secourir cette place, ordonnant à tous les chefs et officiers des troupes françoises de lui obéir, et faire tout ce qui leur sera par lui ordonné ; ledit sieur du Plessis-Besançon fera, au surplus, tout ce qu'il verra être plus à propos pour le service du roi et avantage de cette province, dont il consultera avec messieurs de la députation et conseillers de la ville de Barcelone. (Affaires étrangères, Espagne, supplément, IV.)