‹ Mémoires de Du Plessis-BesançonChapitre 66 sur 146 · Du Plessis-Besançon au prince de Condé · texte numérisé non relu

Du Plessis-Besançon au prince de Condé

Barcelone, le 4 janvier 1641.

La plupart de la cavalerie qui étoit dans Tarragone et les

régiments d'Anguien et d'Espenan étant obligés par la capitulation de retourner en France avec le sieur d'Espenan avant que pouvoir servir davantage en ce pays, le scrupule les intimide et retient de telle sorte (étant réduits à combattre contre la parole donnée, vu que les catalans ne veulent point souffrir ladite retraite) que, non sans sujet, ils craignent de tomber après cela entre les mains des ennemis. M. d'Espenan lui-même y est bien empêché, quoiqu'il soit résolu de demeurer avec eux et d'en passer par là, de façon que si, du côté de la cour, il ne se trouve expédient d'y remédier en envoyant de deçà quelque personne d'éminente qualité et autorité, avec des forces dignes de la protection du roi, je ne sais ce qui arrivera de tout ceci. Maintenant, toutes les forces s'assemblent à Martorell, à cinq lieues de cette ville, du côté de Monserrat; c'est un passage qui se pourra garder, Dieu aidant, si les ennemis donnent encore quatre ou cinq jours de temps pour s'y fortifier, comme on fait; par ce moyen, arrêtant le progrès des ennemis de ce côté, les affaires pourront se rétablir et les armes se dissiper, de sorte que Sa Majesté aura temps d'assister cette province, en l'établissement de laquelle les royaumes de Valence

et d'Aragon prendront un exemple qui suivra le même train, avec des conditions entièrement avantageuses et au choix de Sa Majesté. Si nous eussions pu arriver six jours plus tôt, nous aurions maintenant coudées franches et quatre cents hommes auroient empêché toute l'Espagne et forcé le passage par où les ennemis sont entrés; et plût à Dieu qu'on m'eût aussi voulu mieux écouter et croire sur le sujet de l'armée navale ! Nous l'attendons d'heure à autre, et, quoiqu'elle arrive tard, ce qu'elle pourra encore faire produira un merveilleux effet; j'en ai déjà trois fois écrit à M. de Bordeaux Il y a plus d'espérance que jamais que cette affaire de

Catalogne est sans accommodement. La duchesse de Cardone et ses enfants sont comme arrêtés on cette ville, qui, étant maintenant jointe avec la députation, dans quatre ou cinq jours, l'assemblée générale du pays résoudra de se mettre entièrement sous la protection du roi à des conditions dont Sa Majesté sera le maître; et déjà l'ambassadeur qui doit aller à Paris est nommé, lequel, de là, doit passer à Rome. Je ne puis pas voir le fond de tout ceci, mais les apparences en sont quasi toutes claires et que jamais le roi d'Espagne ne régnera en ce pays qu'il ne l'ait conquis auparavant.

(Original. Archives des Condé, série M, XXII, 18.)

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