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il se jeta dans le parti des mécontents dont Monsieur était le chef. Quelqu'imprudence, sans doute, ayant attiré sur sa tête les colères de Richelieu, il fut de nouveau arrêté et reconduit dans sa prison. Mais cette fois encore, la connivence de ses parents et de ses amis lui permit de reconquérir promptement sa liberté.
Une belle occasion s'offrit bientôt à lui de venger ses anciennes injures. Le maréchal d'Estrées avait été chargé par le cardinal de veiller à la garde de la reine mère qui se trouvait alors retenue, à peu près comme une prisonnière, à Compiègne. Le récit suivant, dont l'auteur paraît avoir été bien renseigné, nous apprend comment, à l'aide de Besançon et de quelques affidés, Marie de Médicis parvint à s'enfuir et à tromper la surveillance du maréchal. Tout avait été préparé d'avance. Elle devait se jeter dans la Gapelle dont la garnison était gagnée à sa cause. De là, appuyée par les armées espagnoles des Flandres, elle s'imaginait pouvoir traiter d'égale à égal avec le tout- puissant ministre de Louis XIII :
Le 14 juillet, M. le maréchal d'Estrées vint en cour, apportant nouvelles de la reine mère... Elle continuoit à tromper tout le monde, ayant dans son cœur le dessein de sortir comme l'événement le montra. Celui qui conduisoit l'affaire étoit Besançon, homme de cœur et de courage, qui s'étoit échappé de prison, où le maréchal d'Estrées l'avoit fait mettre à cause de la vieille querelle, en sorte qu'il n'osoit plus se montrer, et, étant homme agissant et ambitieux de parvenir, ne se peut tenir à rien faire, outre que c'étoit pour faire affront au maréchal d'Estrées, son ennemi, qui étoit auprès de la reine de la part du roi, que de la faire échapper. Il fit toutes les négociations, allées et venues, avec le marquis de Vardes, le jeune, qui étoit dans la Capelle avec sa femme, la comtesse de Moret, où il commandoit en l'absence de son père. L'entreprise se devoit exécuter le mardi 16 juillet, que la reine devoit partir... Mais, à cause de quelques gens de guerre qui étoient encore aux passages de la rivière, elle ne put faire son coup que le jeudi au soir 18. Cependant, le roi ayant eu quelque vent de ce qui se tramoit contre son service, manda au
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marquis de Vardes, le père, qui étoit en sa maison près Beauvais, qu'il eût à s'en aller à la Gapelle à toute bride pour empêcher les intelligences que son (ils avoit avec sa mère sur cette place, ce qu'il lit en telle diligence qu'il y arriva le soir du jeudi et la reine y passa le samedi au matin... Elle fut bien étonnée quand un gentilhomme, de la part du marquis de Vardes, la vint avertir que le père étoit dans la place; elle reçut cette nouvelle à, Sains, petit village où elle coucha la nuit du vendredi, à quatre lieues de la Gapelle... Le samedi, sur les sept heures du matin, la reine passa. Le père Vardes, l'ayant reconnue de loin à ses chevaux blancs, fit sonner le tocsin et les tambours, ce qui effraya fort la reine et la fit reculer de la Gapelle d'où elle alla coucher à Avesnes... Le marquis de Vardes envoya aussitôt au roi pour l'avertir de ce qui sétoit passée Le roi envoya M. deNesmond^, maître des requêtes, sur la piste qu'avoit tenue la reine pour apprendre ce qui s'étoit passé dans sa route 3.
Les documents qui vont suivre corroborent et complètent ce récit. Rapprochés, en outre, des divers événements qui marquèrent, à cette époque, l'existence de Besançon et que nous allons relater, ils réduisent à néant les soupçons de Brienne et de Gaston d'Orléans qui, dans leurs Mémoires, paraissent croire que Besançon joua double jeu en cette circonstance et, en entraînant la reine mère dans les Flandres, servit sciemment les intérêts du cardinal.
Le maréchal d'Estrécs au cardinal de Richelieu.
Laon, le 21 juillet 1631.
Je vous mandai hier de Gompiègne comme j'avois dépêché à la Gapelle un gentilhomme qui étoit avec moi... Le carrosse qui
1. Dans la lettre qu'il adressa au roi, le 20 juillet 1631, le marquis de Vardes conlirme tous ces détails. D'après lui, toutefois, la reine mère passa en vue de la Gapelle à cinq heures du soir. (Aftairos étrangères, fonds France, DGGG, 231.)
2. L'enquête faite par Nesmond a été imprimée dans les Mémoires pour l'histoire du cardinal de Richelieu, tomo I, page 370. Elle mentionne à plusieurs reprises le nom de Besançon.
3. Journal de la cour sous Louis XIIJ, manuscrit de la bibliothèque de l'Institut, collection Godefroy, CCLXXXV, folio 42 et suivants.
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attendoit la reine mère auprès de Rouy étoit à Besançon et sa femme étoit dès dimanche, attendant son passage, en la maison d'un de ses oncles appelé Maupas... Gomme je finis cette lettre, j'en reçois une du sieur de la Bourdonnière qui est celui que je dépêchai hier de Gompiègne, laquelle je vous envoie*.
La BoiH'donnière au maréchal d'Estrées.
Mons-en-?..., le 20 juillet [1631].
Je viens d'apprendre, par une personne de croyance, que la reine est à Avesnes. Elle n'a pas entré à la Gapelle... G'est Besançon qui l'a enlevée. Ses filles ont couché à Rouy chez un gentilhomme qui est neveu de Besançon 2...
Le marquis de Vardes, gouverneur de la Capelle, à La Vrillière, secrétaire des commandements du roi.
La Gapelle, le 24 juillet 1631.
... La reine mère est à Avesnes, trois heues d'ici, et n'a pas grands gens avec elle. Un de ses gouverneurs est Besançon, lequel m'a ruiné mon fils, qui s'en va désespéré... G'est ce Besançon qui me l'a perdu. La reine mère, à ce que l'on dit, voudroit qu'il lui eût coûté un million d'or et avoir été en cette place, qu'elle y étant, elle y eût pu trouver sûreté, et, le roi l'y laissant, qu'elle y eût pu traiter pour elle et pour M. son fils. Je vous écris les bruits qui courent parmi eux. Gependant, j'eus hier avis qu'elle a répandu quelque argent parmi cette garnison et cela me met en peine. Encore cette nuit passée, j'y ai donné si bon ordre que, s'ils y fussent venus, je les eusse battus sans doute. Mais je vois bien que cela ne se peut pas continuer... J'ai grand'peine d'être ainsi sans soulagement, car je suis en peine du dedans. Ge Besançon a persécuté mes soldats 3.
Réfugié en Flandre avec la reine mère, Charles de Besançon ne renonça pas à sa vie d'aventures. Son frère Bernard,
1. Affaires étrangères, fands France, mémoires et documents, DGGLXLIX, 63.
2. Affaires étrangères, fonds France, mémoires et documents, DGGLXLIX, 49.
3. Affaires étrangères, fonds France, mémoires et documents, DGGG, 246.
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dont on redoutait sans doute la complicité, fut arrêté inopinément et incarcéré à la Bastille. Deux billets anonymes conservés aux Archives des affaires étrangères, dans la correspondance politique de Richelieu relative à l'année 1631 S et qui provenaient, selon toute vraisemblance, d'espions du cardinal dans les Pays-Bas, prouvent que Besançon revint secrètement à Paris, pour les affaires de la reine mère, au mois d'octobre 1631. On sait les attaques passionnées auxquelles le premier ministre de Louis XIII fut en butte pendant l'année 1632. Le duc d'Orléans, étant sorti du royaume, vint trouver la reine mère qui s'était fixée à Bruxelles. Dans le Languedoc, une révolte générale éclata sous la conduite du duc de Montmorency. Battu à Castelnaudary (1" septembre 1632), le chef des rebelles fut jeté en prison, et le parlement de Toulouse fut chargé de lui faire son procès. On crut dans l'entourage de Marie de Médicis que, par un coup d'audace, on empêcherait sa condamnation. Besançon fut chargé de mettre à exécution un projet qui, en cas de succès, eût sans doute placé le cardinal dans un cruel embarras.
Pendant que Richelieu était dans le Midi occupé à réprimer le soulèvement des provinces, sa nièce. M"" de Combalet, était demeurée tranquillement à Paris. Chacun sait l'affection qu'il avait pour celle qui devint plus tard la duchesse d'Aiguillon, affection telle que bon nombre de contemporains n'ont pas hésité à lui prêter un caractère singulièrement intime. La reine mère, conseillée par un prêtre fanatique, le père Ghanteloube, son confesseur, crut qu'en enlevant subitement la nièce de Richelieu à Paris et en l'emmenant comme otage dans les Flandres, elle pourrait traiter sur des bases solides avec le cardinal et obtenir la mise en liberté de Montmorency, peut-être même d'autres conces-
1. Affaires étrangères, fonds France, mémoires et documents, DGGLXLIX, 219, 222.
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sions encore. Tallemant des Réaux, qui parle de l'attentat dont faillit être victime M"^® de Gombalet, paraît assez sceptique en ce qui concerne la bonne foi avec laquelle Besançon se fit, en cette circonstance, l'instrument des vengeances de la reine mère. Il l'accuse d'avoir lui-même fait prévenir d'avance la nièce de Richelieu du danger qui la menaçait. Nous ne croyons pas, pour notre part, à cet acte de généreuse duplicité. Toujours est-il que peu s'en fallut que l'enlèvement ne réussît et que M™^ de Gombalet ne fût arrachée de son carrosse sur la route de Saint-Cloud où elle se rendait en compagnie de M'^^ de Rambouillet*.
Voici le récit que fit de cet incident un nommé La Rivière ^ à Testu, chevalier du guet et capitaine de la police de Paris, au mois de septembre 1633, d'après les propres confidences qu'il avait recueillies de Besançon pendant un séjour qu'ils firent ensemble à Bruxelles :
Etant aux mois de mars, avril, mai et juin derniers ou environ en la ville de Bruxelles, logé avec le sieur de Besançon, soidisant commissaire général des armées de France, icelui Besançon, pendant ledit temps, m'auroit déclaré s'être sauvé du Fort-Lévêque par artifices fabriqués par son frère, appelé Piessis, qui est dans la Bastille, entre autres inventions celle d'une échelle qui se montoit avec chevillets et tirefonds, laquelle, à plusieurs fois, sa femme lui avoit apportée sous sa robe, comme aussi son valet dans des fagots et une servante dans des draps ; que, du depuis, il auroit enlevé la reine, accompagné de la Bernardière et plusieurs autres, et conduite à Bruxelles.
Non content de ce, entrepris l'enlèvement de M™® de Gombalet, à l'instante prière de la reine. Monsieur en étant aussi averti, et ce, pour sauver la vie de M. de Montmorency, la reine ayant résolu de la faire mourir de pareille mort. De laquelle
1. Note de Tallemant des Réaux sur la vingt-huitième lettre de Voiture.
2. Jean-Alexandre de la Rivière. Ce personnage paraît n'avoir été qu'un agent obscur du cardinal de Richelieu et ne doit pas être confondu avec Louis Barbier de la Rivière, favori de Gaston d'Orléans.