Le maréchal de Schonberg à du Plessis-Besançon
Montpellier, le 27 janvier 1641, Ce courrier, que je renvoie en la même diligence qu'il est venu, m'a rendu, ce matin 27 janvier, à cinq heures, votre lettre par où j'apprends comme les ennemis ont forcé Martorell; cette nouvelle ne m'a pas beaucoup surpris, vu que, ce passage se pouvant attaquer par divers endroits et n'étant fortifié qu'à la tête qui regarde Villefranche, il ne se pouvoit pas défendre davantage que vous avez fait. Je trouve que vous et M. de Sérignan n'avez pas rendu un médiocre service d'avoir retiré les troupes catalanes trois lieues durant en toute sûreté dans Barcelone à la faveur de votre cavalerie. J'en écris à MM. de la députation une lettre que j'estime qu'ils vous feront voir, et, comme ils ont vingt mille hommes portant les armes dans Barcelone, quantité d'artillerie et une porte de derrière pour pouvoir être secourus de toutes choses par l'armée navale, il y a grande apparence qu'ils nous donneront le temps d'assembler l'armée que Sa Majesté a destinée pour la Catalogne, à quoi je travaille avec tout le soin et la diligence imaginables. Cependant, comme vous témoignez avoir besoin de farines, d'armes, de poudre, et que les dix compagnies nouvelles de Sérignan seroient bien nécessaires par delà avec quatre ou cinq cents hommes, j'y joins le régiment de Grignols,où il y a les meilleurs officiers et les meilleurs soldats de France. J'ai déjà envoyé arrêter toutes les barques et tartanes d'Agde, Narbonne, la Nouvelle et autres lieux, avec tous les pierriers pour leur armement, en sorte que je fais état que cette petite flotte partira dans cinq ou six jours au plus tard, et dès demain je me rendrai à Narbonne pour y donner ordre moi-même.
(Original. Affaires étrangères, Espagne, supplément, IV.)