Sublet de Noyers à du Plessis-Besançon
Rueil, le 17 février 1641.
Il faut avouer que votre conduite dans la Catalogne a été excellente, et que, si cette lielle conquête reste à la France, l'on vous en aura une bonne partie de l'obligation et ces peuples celle de les avoir tirés de l'oppression des espagnols. Mais il faut travailler à établir avec solidité les lumières nécessaires de cette belle aurore, et je m'assure que vous serez bien d'accord que l'on ne pouvoit choisir pour la guerre un personnage qui eût plus les qualités requises pour cet emploi que M. de la Motte, ni celles de la robe que M. d'Argenson, que l'on envoie par delà, suivant vos bons avis souvent réitérés, pour y régler toutes choses, et, par l'établissement d'un bon ordre, faire goûter aux catalans les fruits et les douceurs de cette nouvelle domination. Vous serez la pierre angulaire qui lierez toutes choses entre le roi et ces peuples, donnant, par la parfaite connoissance que vous avez de leurs humeurs et de ce pays, les instructions nécessaires et à M. de la Motte et à M. d'Argen.«;on pour réussir dans leurs emplois et à l'honneur du roi et au contentement de ces peuples, de sorte qu'il faut bien vous garder de venir par der.à jusques à ce que vous y voyiez les choses mieux établies et l'ennemi plus éloigné.
Si les vaisseaux du roi et les galères n'étoient trop amarrées es côtes de Provence, j'estime que les voix et les plaintes et les désirs leur auroient déjà fait faire voile. Mais quoi ! nous crions jusques ici inutilement, et il a fallu que Son Kmincnce, ne sachant plus
à qui attribuer la faute de ces longueurs, y ait envoyé M. votre frère pour les reconnoître et, avec l'autorité du roi, les faire cesser, de sorte que je veux croire qu'il arrachera cette maudite remore, et que bientôt vous verrez le pavillon de France dans vos ports et dans vos mers. Ils ont ordre de mettre avec eux les régiments de Provence et des Galères pour les débarquer aussitôt qu'ils auront pris terre, et, afin que le bruit de toutes ces troupes ne vous fasse peine, vous saurez que, suivant vos avis, le roi pourvoit à la subsistance des gens de guerre et aux munitions que vous avez demandées.
(Original. Affaires étrangères, Espagne, supplément, IV.)
30. Mémoire du sieur du Plessis-Besançon sur la situation de la
Catalogne.
Février 1641.
Après ce qui a succédé devant Barcelone et la retraite de l'armée ennemie, vu la disposition, tant du pays que des peuples de Catalogne, et l'état présent des affaires et des ennemis, il semble qu'à moins d'un effort bien extraordinaire et bien prompt de la part du roi d'Espagne cette province court fortune de se perdre entièrement pour lui. Pour faire cet effort, la chose se pourroit entreprendre de cette façon : en premier lieu, jetant un grand secours d'hommes et de vivres dans le Roussillon , afin de s'en assurer entièrement, et, par le moyen du voisinage de Roses, qui donne entrée dans la plaine d'Ampourdan, faire la guerre de ce côté-là, se saisir des passages et désoler tout jusques aux portes de Girone ; en second lieu, jetant une partie des forces du camp de Tarragone dans le pays d'Urgel, à même temps que les troupes d'Aragon feroient effort d'y entrer par le côté de Lérida, ville importante située sur la rivière de Sègre, qui se trouveroit coupée par ce moyen et dans peu de jours au pouvoir des ennemis. Pour ce qui est du premier dessein, quoiqu'il soit possible, il est néanmoins très difficile en cette saison, tant parce que la mer est fâcheuse et les trajets longs et dangereux qu'à cause que le roi se peut rendre le plus fort plutôt que les ennemis en Roussillon, et qu'ayant une armée navale à Cap-de-Quiers, ce port est si favorablement situé qu'il tient en échec Roses et Gollioure. Ce qu'il y a donc à considérer présentement avec plus d'attention, ce sont les moyens de conserver ledit pays d'Urgel (qui est l'objet de l'autre dessein des ennemis), parce qu'il est abondant en vivres et en fourrages, qu'il couvre Barcelone, qu'il donne entrée dans la plaine d'Aragon, qu'il
empêcheroit les Aragonois de se pouvoir joindre de forces comme d'intérêts avec les Catalans, et que, sans les commodités qu'on en peut tirer, les François ni les Castillans ne sauroient faire utilement la guerre en Catalogne, les premiers pour s'y maintenir et faire progrès au delà de Barcelone, les autres pour s'approcher sûrement de cette place et partager la province avec Sa Majesté. Et, comme les environs de Tarragone sont maintenant en tel état qu'il est impossible aux ennemis d'y pouvoir subsister sans l'assistance de la mer, cette assistance étant incertaine comme elle est, soit par la nature de la chose, soit par les empêchements qu'y peuvent apporter les vaisseaux et galères du roi, il faut nécessairement que leur armée repasse le col de Balaguer ou se jetle pour vivre dans ledit pays d'Urgel, joint qu'ils ne sauroient agir solidement tant qu'il y pourra demeurer un corps françois, ce qui ne semble pas difficile, ayant l'affection des peuples et l'assiette du pays favorable comme elle est.
Or, comme il est apparemment certain que le plus solide avantage que le roi puisse tirer des soulèvements de Catalogne soit la conquête du Roussillon, aussi est-ce à quoi il faut tourner une bonne partie des visées de cette affaire; mais, comme il est encore très certain que, sans la conservation de Barcelone et du pays qui est au delcà, l'événement en seroit fort douteux pour diverses raisons qui se diront ci-après, il semble que les premiers soins, les premières forces qu'on doit employer doivent être pour empêcher les ennemis de faire progrès au deçà du camp de Tarragone, établir les troupes du roi dans une forte défensive, s'assurer du pays d'Urgel, en fortifier les avenues et, selon les occasions, prendre celles qui s'otTriront de chasser ou d'obliger les ennemis de repasser au delà du col de Balaguer.
Il y a deux puissantes raisons , politiques et militaires tout ensemble, qui engagent les choses à cette conduite : la première, parce qu'on ne peut agir sûrement en Roussillon si cette tête n'est bien soutenue, vu les divers mouvements qui pourroiont arrivera Barcelone, et conséquemment dans tout le reste de la province, outre qu'avant la lin d'avril ou le commencement de mai l'on ne sauroit rien entreprendre audit Roussillon, à fautfr d'avoir de quoi faire subsister la cavalerie; la seconde, que, si les Catalans s'imaginent qu'on veuille proliter de la confusion des alVaires avant qu'il ait passé des troupes pour assurer l'autre frontière de leur pays, il est à craindre qu'on ne voie quelque changement notable en leur affection. Voici donc comme on estime qu'il faudroit procéder en cette rencontre : l'armée navale ayant mis garnison dans Cap-de-
Quiers et, autant qu'il se pourra, bloqué par mer Roses et Gollioure, il est à propos qu'elle se montre à toute la côte (après avoir tenté de prendre ou brûler les vivres et munitions que les ennemis assemblent au port des Alfaques et à la plage de Vinaroz) pour donner cœur et chaleur aux amis, abattement et terreur à leurs contraires, et qu'en interrompant le commerce des commodités que ceux du camp de Tarragone reçoivent de la mer et reprenant, comme il sera très faisable avec l'aide de l'armée de terre, le fort de Salou, on les oblige à repasser à Tortose, abandonnant tout à fait Tarragone ou le laissant à la discrétion d'un siège de médiocre durée. Pour cet effet, il est du tout nécessaire de faire couler, vers Montblanch et Gervera, jusques à six ou sept mille hommes de pied et douze ou quinze cents chevaux efîfectifs des premières troupes qui seront prêtes pour, avec celles du pays, former un corps capable d'une défensive assurée, et même de quelque offensive, selon que les occasions s'en pourroient offrir, soit à l'égard de Tarragone et Salou, ainsi qu'il est dit ci-devant, soit à l'égard de l'Aragon, si les affaires de Portugal divertissoient une partie des forces de ce côté-là, comme il est à croire.
Il y a deux fortes considérations qui font qu'on n'estime pas qu'il soit à propos ni nécessaire pour le présent de se rendre si fort au delà de Barcelone ; premièrement, parce que, les troupes ayant à y vivre avec beaucoup de discipline, si elles étoient en plus grand nombre, il seroit à craindre que, l'argent de France ne venant pas à point nommé, la nécessité ne les portât à faire des désordres dont les suites seroient dangereuses, comme il paroit par l'exemple qui dure encore; et, en second lieu, qu'il semble qu'un des meilleurs expédients dont on se puisse servir pour contenir les peuples de Catalogne étant le voisinage ou la présence de leurs ennemis, il n'est pas même de la prudence commune de les en délivrer entièrement qu'on ne se soit rendu maître des lieux par le moyen desquels le Roussillon peut recevoir des secours capables d'en poser les affaires, joint que, leurs privilèges ne permettant pas que la possession du pays se prenne à main armée, pour le faire sans effaroucher les Catalans, il n'est que bon d'y laisser un levain de Castillans qui serve de prétexte à la sûreté d'un établissement convenable.
Après avoir établi les affaires de la sorte et cependant commencé de travailler aux fortifications qui seront jugées les plus nécessaires, aussitôt que le reste des forces qu'on destine pour la guerre de Catalogne sera prêt, il faudra qu'elles entrent en Roussillon et qu'à même temps l'armée navale ou partie d'icelle revienne à
Gap-de-Quiers, où l'on aura cependant assemblé en magasin les gros canons, munitions de guerre, boulets, affûts et vivres nécessaires pour le siège de Collioure, qui est la seule porte qui reste aux ennemis pour le secours dudit Roussillon. Selon les avis qu'on adudit Collioure, c'est une place de médiocre considération quant à la force, située sur le bord de la mer, commandant un port de ce nom et tout joignant un petit bourg que les ennemis démolissent; mais, comme ces avis viennent pour la plupart de personnes ignorantes ou intéressées, il ne s'y faut fier que de bonne sorte. Au midi dudit Collioure, il y a un autre port appelé Yendres, et, entre deux, sur une montagne fort élevée, un petit fortin de maçonnerie en forme d'étoile, nommé Saint-Elme, qui ne peut, à ce qu'on assure, ôter l'usage de l'un ni de l'autre des deux ports. Et, bien que de soi lesdites places ne soient pas considérables pour la fortification, néanmoins, étant fort avancées dans le pays et ne se pouvant attaquer sans laisser Salses et Perpignan derrière, cela fait qu'il faut être assez fort en cavalerie pour la sûreté des convois et procéder au reste comme s'ensuit.
Étant entré dans le pays avec sept à huit mille hommes de pied ot douze ou quinze cents chevaux parles endroits qui seront jugés les plus convenables, il faudra se rendre maître de Millas, Canet, p]lna et la Roque-d'Albère, qu'on assure être des lieux que ceux qui les gardent ont ordre de quitter aussitôt et qui rendront le chemin libre de Leucate au camp, passant par le Grau, mais le plus sûr sera toujours celui de Millas et Thuir, aboutissant au Boulou.
Pour ce qui est des pièces de batterie, boulets et affûts et du reste des munitions de guerre, on en peut faire amas à Gap-de- Quiers ou à Narbonne et les faire venir par mer à la plage d'Argelès après avoir investi la place de Collioure du côté de la terre, et ainsi des autres choses nécessaires, et, cependant, mener avec l'armée quelques pièces de dix-huit et vingt-quatre pour s'en servir, en cas de besoin, à prendre les lieux de Canet, Elna et la Hoque-d'Albcre.
Maintenant, après avoir pris Collioure, il ne reste qu'à demeurer maîtres de la campagne contre Perpignan et Salses et empêcher les assistances qu'elles pourroient avoir à force d'argent de la frontière de Languedoc pour venir à bout de ces deux places dans la fin de l'année sans qu'il soit besoin d'y asseoir aucun siège formé, tant parce qu'ils pourroient être de longue durée, étant bonnes comme elles sont, que pour se conserver en liberté de pouvoir agir plus fortement du côle de la frontière d'Aragon ou d'as-
siéger Roses, pour fermer entièrement aux ennemis toutes les entrées par le moyen desquelles ils pourroient porter la guerre en Catalogne et pousser ensuite avec toutes les forces françoises les desseins qu'on pourroit avoir plus avant dans l'Espagne.
(Minute. Affaires étrangères, Espagne, supplément, IV.)
APPENDICE m.
Mission auprès du corps des Weymariens (1644-1645).
31. Instruction à M. du Plessù- Besançon s'en allant à Brisacfi.
Paris, le 3 décembre 1643.
Le roi et la reine régente sa mère ont appris avec un extrême déplaisir le décès du sieur comte de Guébriant, maréchal de France, lieutenant général pour Sa Majesté en son armée d'Allemagne, par la blessure qu'il a reçue en faisant le siège de Rottweil, qu'il avoit heureusement réduit en l'obéissance de Sa Majesté après une forte résistance. Et Leurs Majestés ont aussi été beaucoup touchées de l'accident qui est arrivé au même temps au quartier général commandé par le sieur comte de Rantzau à Tûttlingen; mais, comme dans la guerre peuvent souvent arriver de part ou d'autre de pareils événements, et qu'il faut toujours y être préparé, les suites n'en étant à craindre que lorsque l'on néglige d'y pourvoir, Leurs Majestés ont résolu d'employer la puissance et les moyens que Dieu a mis en leurs mains pour reparer promptement ces pertes. Et, afin de commencer par rassurer les esprits de ceux qui, étant sans chef, peuvent être étonnés par ce coup, et mettre ordre à toutes les choses qui se pourront faire sur les lieux en cette occurrence, Leurs Majestés ont estimé nécessaire d'y envoyer de leur part une personne dont la capacité et fidélité leur soient particulièrement connues; et, ayant choisi pour cet effet le sieur du Plessis -Besançon, sergent de bataille es armées de Sa Majesté, elles lui ont fait donner le présent mémoire pour l'informer de leurs intentions.
Leurs Majestés désirent que ledit sieur du Plessis se rende eu la plus grande diligence qu'il lui sera possible à Brisach, et, pour cette fin, font mettre en ses mains des ordres très exprès pour
lui faire fournir tout ce qui lui pourra être nécessaire pour sûreté, commodité et avancement de son voyage.
Étant à Brisach, où apparemment il trouvera la plupart des chefs de l'armée, il rendra les lettres qui lui sont données pour le sieur d'Erlach, général-major de ladite armée et gouverneur de Brisach et des places du Brisgau, pour le sieur Taupadel, lieutenant général pour Sa Majesté, commandant la cavalerie de ladite armée, pour le sieur Rose, général-major de ladite cavalerie, et le sieur de Schimbeck, général-major de l'infanterie. Mais, comme lesieur de Tracy, commissaire général de ladite armée, et le sieur baron d'Oysonville, lieutenant au gouvernement de Brisach et commissaire général en Brisgau et Alsace, ont une particulière connoissance de l'état de toutes les affaires de ces quartiers-là et de tout ce qui y sera arrivé. Leurs Majestés veulent que ledit sieur du Plessis confère avant toutes choses avec eux, qu'il en prenne le temps, en sorte que ce soit sans donner jalousie à aucun, et qu'il concerte avec eux ce qu'il devra ajouter de la part de Leurs Majestés aux lettres de créance qui sont mises en ses mains pour les principaux chefs de l'armée, et encore pour le sieur duc de Wirtemberg, qui a été établi dans Rottweil pour y commander. Et, afin de faire voir auxdits sieurs d'Oysonville et de Tracy combien Leurs Majestés se confient en eux et veulent que le secret de leurs conférences soit gardé, elles désirent que la présente instruction leur soit commune avec ledit sieur du Plessis.
La première chose qu'il aura à faire de la part de Leurs Majestés est de témoigner bien expressément, en conformité desdites lettres, le sensible regret qu'elles ont de la perte qu'elles ont faite dudit feu sieur maréchal de Guébriant, de qui la conservation leur étoit considérable, non seulement pour sa propre valeur et pour les rares qualités de sa personne et les services qu'il avoit rendus à l'État, mais aussi puur le grand poids que sa réputation et les belles actions qu'il avoit faites donnoient aux affaires de Sa Majesté en Allemagne, et, conséquemment, aux avantages de cette couronne et de la cause commune. Il fora aussi connoître comme Leurs Majestés ont eu beaucoup de déplaisir de ce qui est arrivé au sieur comle de Uantzau et à ceux qui étoient avec lui à Tiittlingen, qu'elles ont résolu, pour y remédier, de faire au plus tôt retirer tous ceux qui se trouveront prisonniers des ennemis, et, pour cet effet, de faire payer leurs rançons suivant le quartier général qui a toujours été observé en Allemagne. A quoi, si les ennemis venoient à manquer en cette occasion, bien que l'on ne le croie pas, vu que l'on n'y a jamais fait de difficulté de la part
de Sa Majesté, elles sont résolues d'employer les prisonniers qui sont en leur pouvoir pour faire rendre par échange tous les officiers et soldats de ladite armée d'Allemagne ; mais ils ne s'ouvriront pas de cette voie à personne, s'ils ne voient que l'on ne les puisse retirer par leur rançon.
Que, par ce moyen et par tous les autres qui sont au pouvoir de Leurs Majestés, elles ont résolu de ne rien omettre pour rétablir ladite armée et la rendre plus forte et considérable qu'elle n'a jamais été. De quoi ledit sieur du Plessis donnera les plus expresses assurances qu'il sera possible à tous les chefs et officiers de ladite armée, et y ajoutera ce qui sera estimé à propos de concert avec lesdits sieurs de Tracy et d'Oysonville. Qu'en attendant que Leurs Majestés aient une connoissance entière de ce qu'il faudra faire de leur côté pour le rétablissement de ladite armée, elles désirent que ledit sieur du Plessis, avec lesdits sieurs d'Oysonville et de Tracy, s'y emploie incessamment sur les lieux par leurs soins et crédit. Qu'outre les choses dont ils auront soin, ils se souviendront de faire promptement amas de vivres pour la subsistance de ladite armée en faisant faire des magasins tant à Brisach qu'autres lieux où ils verront être nécessaires. Qu'ils se servent des soixante mille livres que Leurs Majestés avoient ordonnées pour remonter les régiments qui se sont trouvés aux rencontres que le sieur général Rose a eues ces jours passés contre les ennemis, et qu'au surplus ils emploient leur crédit, tant pour le paiement des rançons que pour remettre les troupes, faire les provisions de vivres et subvenir aux nécessités et dépenses les plus urgentes, avec assurance que Leurs Majestés feront incontinant envoyer les fonds nécessaires pour le remboursement des sommes qu'ils auront tirées à cet effet.
Et, quant à l'artillerie et aux munitions de guerre de l'armée, il y sera pourvu sur les avis qu'ils donneront de ce qu'il y faudra faire. Qu'ils dépêchent incontinant vers ledit sieur duc de Wirtemberg pour l'exhorter à la garde de Rottweil, et qu'ils lui envoient la somme qu'ils jugeront nécessaire pour fortifier la place, la pourvoir de munitions et de vivres, s'il n'y en a suffisamment, et pour faire subsister la garnison.
Qu'ils assurent les officiers, tant françois qu'allemands, qui ont perdu leurs bagages, que Leurs Majestés leur donneront au plus tôt de quoi réparer leurs pertes, et, en un mot, qu'ils n'omettent rien de ce qu'ils verront enseml)le être à faire pour bien raffermir tous ceux de ladite armée dans le service du roi, et mettre toutes
choses en état d'empêcher les mauvaises suites que la perte du chef et le malheur qui l'a accompagnée pourroient causer.
Qu'ayant bien reconnu toutes les nécessités de l'armée et de chacun corps en particulier, ils aient à en dresser des mémoires bien exacts et à les envoyer à Sa Majesté pour y être pourvu à ce qu'ils ne pourront faire de leur chef et sur leur crédit.
Que, pour faire connoître atout le monde combien Leurs Majestés ont à cœur les affaires d'Allemagne et les préfèrent à toutes autres, lesdits sieurs d'Oysonville et de Tracy aient à écrire aux ministres de Sa Majesté en Allemagne, même au général Tortenson, et au sieur ambassadeur Salvius et à tous leurs correspondants, comme elles ont résolu d'employer toute leur puissance pour le rétablissement de ladite armée, et pour porter les intérêts de cette couronne et de ses alliés en Allemagne autant ou plus puissamment qu'il a été fait du règne du feu roi et depuis que la reine a l'administration de cet État, sachant très bien qu'il n'y a rien qui puisse contribuer davantage au rétablissement d'un solide repos dans la chrétienté, ni qui soit plus glorieux et avantageux à cette couronne
(Original. Affaires étrangères, Espagne, supplément, IV.)