District situé près île Kij^ueras et de llosas
les surcharge pas de logements, que les troupes vivent doucement avec eux, qu'on ne touche point déclarément à leurs privilèges et que les armes du roi soient plus heureuses cette campagne que les précédentes, il est certain que la Catalogne est aussi ferme et assurée pour Sa Majesté qu'aucune province du royaume, et que le gros des peuples, qui en est la base et le fondement sur lequel s'appuie l'autorité royale, a donné jusques ici telle terreur à tous les malaffectés que ça a été le véritable frein qui les a retenus, qui a maintenu les affaires et empêché les révolutions qui pouvoient arriver de la mauvaise conduite des françois et des catalans, tant à l'égard du gouvernement militaire que du politique. De façon qu'il n'y a rien de plus considérable que de se conserver et entretenir par toutes voies la bonne volonté d'un corps si ouvertement ami de la France et si capital ennemi des castillans, étant vrai de dire qu'aux choses qui se sont passées en Catalogne c'est merveille qu'il n'y soit arrivé quelque subversion générale.
De la députaiion de Catalogne.
C'est un tribunal de six personnes qui, de trois ans en trois ans, se tirent au sort de tous les ordres de la province, à savoir deux ecclésiastiques, deux gentilshommes et deux du tiers état; lesquels n'ont autre juridiction que celle qui leur est concédée par les lois pour faire valoir et retirer les droits et revenus destinés pour fournir au paiement des charges et dépenses de la généralité, étant comme les procureurs généraux de la province pour en conserver et maintenir les constitutions et privilèges contre les officiers du prince, auquel ils ont recours, par voie de remontrance et d'ambassade (c'est ainsi qu'ils nomment leurs envoyés), lorsqu'ils ont quelque plainte à faire dont le vice-roi ne leur a pas fait raison. Et, en cas de contravention manifeste et réitérée, ou que, par la force, le souverain veuille usurper ce qui ne lui appartient pas au préjudice des constitutions susdites, ils en viennent jusques à cette extrémité de convoquer les états généraux ou pour résoudre de prendre les armes et se défendre, ou pour aviser des expédients les plus convenables pour concilier les choses : ce qu'ils font avec l'avis des principaux et des plus considérables de tous les ordres.
De sorte qu'il est évident, par le motif de l'institution de ce corps et par les divers exemples qu'on a de sa conduite et de sa fonction, (ju'il est directement opposé aux abus des olbciiMs du souverain et que, quand il est composé de gens résolus et entreprenants ou de mauvaise volonté, il on peut arriver des accidents qui ont de dangereuses suites. Ainsi, comme d'une part il faut
éviter soigneusement toutes les occasions d'éclater ou de rompre avec eux, surtout en choses où le public et la fin pour laquelle ils sont institués puissent être intéressés, d'autant qu'alors ce sont des matières très chatouilleuses et délicates, aussi ne faut-il souffrir en façon quelconque, ni sous quelque prétexte que ce soit, qu'ils s'attribuent aucun avantage qui puisse blesser la souveraineté du prince, mais les faire demeurer et restreindre dans l'étendue de ce qui leur appartient simplement.
Et, pour cet effet, il est du tout nécessaire que le chancelier et le régent en connoissent parfaitement les limites, tant pour ne laisser rien perdre des droits de la royauté que pour ne pas la commettre ou engager légèrement à des prétentions dont on ne puisse venir à bout. Et, comme il arrive quelquefois des rencontres où il est besoin de s'éclairer, il semble qu'en pareille occasion il est plus à propos de conférer auparavant avec des personnes capables et confidentes, et puis avec ceux des députés qu'on connoît les plus raisonnables, que de s'embarrasser avec tout le corps, sans avoir pénétré le fond de ce qui en peut arriver.
Sur quoi, quelques-uns sont d'avis que la meilleure conduite qui se puisse pratiquer sur ce sujet est d'en gagner une partie et de les diviser par les moyens les plus convenables, non pour en abuser au préjudice de leur devoir et des privilèges du pays (car la fin n'en seroit ni bonne ni utile), mais seulement pour avoir de quoi traverser et contrecarrer les desseins et les mauvais sentiments de ceux-là d'entre eux qui, par des chicanes et des formalités hors de propos et sans nécessité, voudroient brouiller les affaires et troubler la bonne correspondance qui doit être entre ce corps et les officiers du roi sous prétexte des constitutions susdites, cette compagnie étant de celles qui peuvent faire beaucoup de mal et peu de bien si on ne la sait ménager avec un tempérament composé d'adresse et d'autorité.
De la maison de ville de Barcelone.
Tous les intérêts de la maison de ville de Barcelone sont gouvernés par les résolutions et suffrages du Conseil de Cent, lequel est compopé de gentilshommes, de citadins honorables, de docteurs en médecine et en droit, de marchands, d'artistes et de gens de métier; de chacun desquels ordres, suivant certaines coutumes et statuts, on tire tous les ans un conseiller pour en faire le nombre de six, auxquels est commis le soin d'exécuter et faire exécuter les choses résolues audit (^-onseil de Cent, à qui lesdils conseillers ])roposent tout ce qui doit y être mis en délibération.
Ils ont droit, à l'entrée des vice-rois (ou alternos)^ et du roi même, de parler à eux la tête couverte et à cheval, le premier d'iceux (qu'ils nomment conseiller en cap) marchant en cet état à leur main gauche depuis la porte de la ville jusques à la grande église, où ils vont juger les privilèges. Et, dans ladite ville de Barcelone, hors la personne desdits vice-rois ou des gouverneurs du pays et de 1 evéque en leur absence, ledit conseiller en cap prend la droite en toutes les cérémonies.
Les privilèges et revenus de ladite maison sont très grands, ayant une juridiction absolue et sans appel en l'absence des vicorois, qu'ils nomment juges de Proms, et de même pour tout ce qui regarde la police et le recouvrement des droits qui lui appartiennent, non seulement dans la ville et aux environs, mais en divers lieux qui sont à elle en propre. Bref, la réputation et l'autorité de ladite ville sont telles en Catalogne que tout le reste de la province suit ordinairement son exemple et le parti qu'elle prend. Et, comme les conseillers qui en ont l'administration particulière sont ceux qui proposent et donnent le branle à toutes les choses qui passent par le Conseil de Cent, il importe extrêmement de se bien maintenir avec eux et de se rendre favorables les anciens dudit Conseil, qui sont les chefs de meute, qui opinent les premiers et dont la voix attire presque toujours le reste à leur opinion, ce qui est d'autant plus facile qu'il n'y a point d'ecclésiastiques et fort peu de gentilshommes parmi eux; outre que le peuple de Barcelone étant celui dont les mouvements et les séditions ont engagé les affaires et qu'il est incomparablement le plus fort dans ledit Conseil, il n'est pas difficile à ceux qui le manient de le porter à tout ce qui en peut assurer l'impunité contre la vengeance et les ressentiments de Sa Majesté catholique. Ce qui a fait que, depuis quelque temps, les magistrats de ces deux maisons, de la députation et de la ville, voyant que les malheurs et la mauvaise conduite du maréchal de la Motte leur faisoient courre fortune de se perdre et que, d'ailleurs, ils n'y pouvoient remédier sans un extrême secret qui se rencontre difficilement parmi la multitude, ils nommèrent conjoinlement un certain nombre de personnes des plus capables et des plus confidentes, qui s'obligèrent par serment de ne rien révéler, auxquelles ils donnèrent pouvoir de dresser des mémoires pour les envoyer secrètement à la cour, dont la fin principale étoit de demander un nouveau vice-roi, et dont on a vu arriver tout ce qui s'est passé depuis.
Mais, parce qu'il n'est plus à propos qu'une pareille junte ou
assemblée subsiste, et que, la cause cessant, l'eflet doit aussi cesser, quelques-uns sont d'opinion qu'il est du tout nécessaire de la supprimer au plus tôt, de peur que, par l'union trop étroite de deux corps qui ne sont déjà que trop considérables par la forme de leur gouvernement plus républicain que monarchique, il ne s'établisse insensiblement une puissance préjudiciable au service du prince et à la sûreté de ses affaires ; puisqu'il est vrai de dire que rien ne le peut choquer plus désavantageusement que de voir son autorité partagée avec celle de ses sujets, ainsi qu'il arriveroit s'il laissoit établir en Catalogne un conseil d'état qui se peut assembler et résoudre quelque chose en secret sans sa participation et sous des conditions si suspectes que celle du serment, après avoir été institué sans lui; ce qui est tolérable en un temps et pour certains respects ne le pouvant pas être pour toujours.
Néanmoins, comme c'est une affaire (jui, sous un sujet si plausible que celui du salut de la province, a déjà pris certain établissement, il faut la ménager avec grand art et petit à petit, la députation et les conseillers de Barcelone n'étant pas sans faculté de pouvoir convoquer les deux consistoires quand il leur plaît, et, selon que la nécessité le requiert, d'y appeler ceux qu'ils jugent les plus capables de leur donner conseil et même avec obligation de garder le secret. C'est pourquoi plusieurs estiment que, présentement, il seroit dangereux de toucher cette corde, et qu'il est beaucoup plus expédient de la laisser rompre d'elle-même, ce qui arrivera sans doute si on évite de donner occasion aux consistoires de s'assembler pour la défense des privilèges, vu qu'il s'y pourroit prendre d'autres résolutions sous ce prétexte; joint que les susdits conseillers et députés changeant, les uns tous les ans, et les autres de trois ans en trois ans, il est assez difficile que ceux qui leur succéderont soient animés du même esprit que leurs l)rédécesseurs, et quo le temps ne produise bientôt des succès capables de réduire les choses à leur ancienne forme.
Des officiers du roi pour le gouvernement politique et pour la justice.
Le vice-roi, le gouverneur, le chancelier, le régent et les juges des trois salles de l'audience royale sont ceux rjui ont toute Tautorité du gouvernement politique, de la justice et des armes, les autres charges, ccunme sont celles du rationnel ou Chambre des comptes, bailli général et trésorerie, n'étant pas de cette considération. Le premier a semblable pouvoir que le roi même, le second en son absence, mais pour certaines choses seulement, le
troisième (qui doit être ecclésiastique) est président de la justice civile composée de deux salles où Ton va par appellation de l'une à l'autre, et le quatrième est chef subalterne de la chambre criminelle ou troisième salle avec quatre conseillers et un avocat fiscal. Ces trois chambres, avec trois conseillers ou juges de cour, composent l'ordre de la justice souveraine de toute la province, prononçant les sentences au nom du vice- roi, avec des viguiers distribués en dix-sept vigueries, par-devant lesquels les procès s'intentent en première instance, tant pour le civil que pour le criminel. Il n'y a que les charges de gouverneur, de chancelier et de régent qui soient à vie, Sa Majesté pouvant pourvoir à toutes les autres, selon la bonne ou mauvaise satisfaction qu'elle a de la conduite et des services de ceux qui les exercent.
L'opinion générale des mieux sensés et des plus gens de bien est que, jusqu'ici, non seulement la justice criminelle a été mal administrée, mais qu'il ne s'en est presque fait aucune, et peu dans les causes civiles, par la foiblesse, intérêt et tolérance de la plupart des officiers, chacun ne songeant qu'à s'accommoder et se divertir, ou craignant de se faire des ennemis, ou voulant épargner ses amis et ses proches, si bien que le peu d'action des ministres n'a eu pour motif (à ce qu'on dit) que d'éloigner ceux dont les bonnes qualités ou l'habileté leur pouvoient donner de la jalousie et d'exercer des vengeances particulières. D'où il est arrivé que le nombre des malaffectés a multiplié par l'abus d'une impunité si dommageable, et que la mauvaise satisfaction de ne voir que des exemples d'injustice et de corruption (la prison et le bannissement étant le principe et la fin de toutes les accusations) a causé tant de dégoûts et de mécontentement dans tous les ordres parmi ceux de qui les amis et parents étoient traités de la sorte. Or, comme il est certain qu'un manquement si préjudiciable l'est beaucoup plus en Catalogne qu'en aucun autre lieu, tant à cause du naturel rustique et libertin des catalans que pour être un nouvel état, il est encore plus certain que, si l'on n'y remédie bien efficacement et bientôt, il en arrivera nécessairement une suite de désordres irrémédiables, quand même le levain des ennemis ne s'y méleruit point. Enfin, pour conclure en peu de paroles, cette province demande le repos et la sûreté qui ne se peuvent trouver que dans une équitable et sévère administration de la justice, et dans la puissance et bonne fortune des armes.
(Original. Affaires étrangères, Es|)agne, XXVI, 20.)