‹ Mémoires de duc de Saint-SimonChapitre 197 sur 315 · Pages 110 et 111 de notre tome X · texte numérisé non relu

Pages 110 et 111 de notre tome X

266 BRANCHE DE COCRTENAY. [1715]

carrosse, et qui désespéra d*en pouvoir faire quoi que ce soit. Aussi l'abandon na-t-il en arrivant à la frontière, où il devint et d'où il revint comme il put. Il n'a pas laissé de servir volontaire avec valeur en toutes les campagnes du feu Roi, et je l'ai vu souvent à la cour chez M. de la Rochefoucauld, sans qu'il ait jamais été de rien.

Pendant le fort du Mississipi * le cardinal du Bois se piqua, je ne sais comment, de le tirer de l'affreuse pauvreté où il avoit vécu, et lui fit donner de quoi payer ses dettes, et vivre fort à son aise. Il mourut en n23. Il avoit perdu son fils aîné, tué mousquetaire au siège de Mons que faisoit le Roi, qui l'alla voir sur cette perte, ce qui fut extrêmement remarqué, parce qu'il ne faisoit plus depuis longtemps cet honneur à personne, et que M. de Courtenay n'avoit ni distinction ni familiarité auprès de lui.

Son autre fils servit peu, et fut un très-pauvre homme, et fort obscur. Il épousa une sœur de M. de Vertus Avaugour des bâtards de Bretagne, revenue de Portugal veuve de Gonzalès-Joseph Carvalho Patalin, surintendant des bâtiments du roi de Portugal. C'étoit une femme de mérite, qui n'eut point d'enfants de ses deux maris.

M. de Courtenay vécut très-bien avec elle. Il é toit riche, se portoit bien, et sa tête et son maintien faisoient plus craindre l'imbécillité que la folie. Cependant, le matin du *, étant à Paris, et sa femme à la messe aux Petits- Jacobins, sur les neuf heures du matin, ses gens accoururent dans sa chambre au bruit de deux coups de pistolet tirés sans intervalle qu'il se tira dans son lit, et l'y trouvèrent mort, ayant ét^ encore la veille fort gai, tout le jour et tout le soir, et sans qu'il eût aucune cause de chagrin. On étouff'a ce malheur, qui éteignit enfin la malheureuse branche légitime de Courtenay, car il n'en resta que le frère de son père, qui étoit un prêtre de

1. C'est-à-dire, pendant le fort de l'agiotage sur les terres du Mississipi» à l'époque de la banque dç Law.

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