POIRIER PREMIER MÉDECIN DU ROI
sainte vie, dans la retraite et tes bonnes œuvres, quoique il sentît fort la grandeur de sa naissance. Il avoît les abbayes des Eschallis et de Saint-Pierre d'Auxerre, et le prieuré de Choisy en Brie, et mourut dans une grande vieillesse, le dernier de tous les Courtenay. G'étoit un grand homme bien fait, et dont Tair et les manières sentoient parfaitement ce qu'il étoit. Il n'en reste plus que la fille de son frère, mariée au marquis de Beauffremont. L'extinction de cette infortunée branche méritoit d'être marquée, puisque l'occasion s'en est trouvée si naturellement.
Béthune, fils de la sœur de la reine de Pologne, et veuve d'une sœur du maréchal d'Harcourt, dont il a eu la maréchale de Belle-ïsle, se remaria à la fille du duc de Tresmes, qui en fit la noce chez lui, à Saint-Ouen, près Paris.
Nangis, mort longtemps depuis maréchal de France et chevalier d'honneur de la Reine, voyant que le régiment du Roi ne lui étoit plus d'aucun usage depuis la mort du feu Roi, qui entroit dans tous les détails de ce corps, comme on l'a dit ailleurs, demanda la liberté de le vendre. Il ne s'achetoit ni ne se vendoit. Le Régent^ facile, le lui permit. Il en traita avec le duc de Richelieu pour trente mille écus. Mais le marché se rompit, dont on verra la suite.
La charge de premier médecin étant l'unique qui se perde par la mort du Roi, il en fallut choisir un. Chirac, qui avoit la première réputation en ce genre, étoit au Régent, et dès là exclu. Boudin, médecin ordinaire, et qui avoit été premier médecin de Monseigneur, puis -de la dernière Dauphine, y avoit plus de droit que personne, et il étoit porté par toute l'ancienne cour. Mais c'étoit un compagnon d'esprit, d'intrigue, hardi, lié à tout ce qui étoit le plus opposé à M. le duc d'Orléans. Il avoit de plus crié sans mesure, et sur le ton de M"" de Maintenon et du duc du Maine, sur les poisons, en sorte qu'il ne fut pas seulement question de lui. Faute de mieux parmi les
268 DUCHESSE DE BERRY LOGÉE k LUXEMBOURG. [1715]
médecins de la cour, Poirier fut choisi, parce qu'il avoit été le médecin de Saint-Cyr, et en dernier lieu des enfants de France. Les amis de Boudin crièrent, et on les laissa crier.
M"* la duchesse de Berry vint s'établir à Luxembourg* avec sa petite cour. On y chercha de quoi nous loger commodément, M"* de Saint-Simon et moi ; mais M["'] de Saint-Simon, ne pouvant honnêtement la quitter, prit cette occasion pour en vivre la plus séparée qu'il lui fut possible. Il ne se trouva donc rien qui nous pût loger tous deux, et nous continuâmes de loger à Paris dans notre maison ensemble. M"* la duchesse de Berry voulut pourtant qu'elle prît un logement à Luxembourg, mais elle ne le meubla point, et n'y mit jamais le pied. Elle n'alla chez M"* la duchesse de Berry les matins que lorsqu'il y avoit des audiences ou quelque cérémonie, mais presque tous les soirs, à l'heure du jeu public, où les dames eurent permission d'aller sans être en grand habit, et où plusieurs étoient retenues à souper avec M"* la duchesse de Berry; M"* de Saint-Simon n'y soupoit presque jamais. Nous avions tous les jours du monde à dîner et à souper, comme nous avions eu toujours, et très-rarement aussi la suivoit-elle aux promenades, aux visites, excepté chez le Roi, et aux spectacles, et se tint ferme en cetle liberté avec grande et juste raison, mais toujours traitée avec la plus grande considération. Elle avoit toujours demeuré à Saint-Cloud avec elle, parce qu'il n'y avoit pas eu moyen de faire autrement. Pour moi j'en usai à mon ordinaire. Je n'allois qu'une ou deux fois l'an chez M"* la duchesse de Berry, un moment chaque fois, toujours très-bien reçu ; on a vu ailleurs les raisons de cette conduite.
Leduc d'Âumont obtint du Régent la survivance de ses charges de premier gentilhomme de la chambre et de gouverneur de Boulogne et pays boulonnois pour le mar-