MONSIEUR LE GRAND PRÉTEND AUTORIJÉ
petite écurie et de son premier écuyer, à quoi ne pouvoit préjudicier la complaisance qu'il avoit eue de ne la pas faire sentir, et conséquemment qu'à lui, privativement au premier écuyer, appartenoit toute la dépouille de la petite écurie.
Monsieur le Premier convenoit de tous ces faits, et en nioit les conséquences. 11 prétendit que les provisions de l'office de grand écuyer, toutes copiées sur l'ancien style, ne prouvoientrien contre l'état présent des choses ; que la plupart des charges se sont faites et accrues aux dépens les unes des autres. Il dîsoit qu'on seroit bien étonné de voir le grand chambellan prétendre se soumettre aujourd'hui les quatre premiers gentilshommes de la chambre, le grand maître et les maîtres de la garde-robe et tous les officiers qui dépendent d'eux, vouloir commander seul dans la chambre et les appartements du Roi, y ordonner et payer les fêtes et les cérémonies, ôter aux premiers valets de chambre la cassette du Roi, s'arroger un petit sceau du Roi, et en sceller comme autrefois une infinité de choses, à l'insu du chancelier, et recevoir, privativement à lui et à la chambre des comptes, un grand nombre de foi et hommages : toutes fonctions qu'il n'est pas contesté qu'il n'ait eues autrefois, et qui peu à peu ont été démembrées de son office ; et qu'il en est ainsi de beaucoup d'autres charges.
Sur le deuil des carrosses, hamois, livrée, etc. de la petite écurie, lorsque le Roi drape, ordonné par le grand écuyer, Beringhen représentoit que le grand écuyer, dans les grands deuils de la cour, envoyé son propre tailleur prendre la mesure des quatre capitaines des gardes du corps, dont il ordonnoit et payoit les habits de deuil, qu'il leur envoyoit tout faits, et qui passoient sur son ordonnance ; que, plus encore, il faisoit faire les étendards des quatre compagnies des gardes du corps, les leur envoyoit, les payoit, et les faisoit allouer sur, son ordonnance; que néanmoins on n'avoit pas vu que le grand écuyer eût à prétendre ni autorité, ni détail, ni subordination quel-
conque, sur pas une des quatre compagnies des gardes du corps, ni sur leurs capitaines, ni sur les officiers de ces troupes ; d'où il concluoit quMl n*avoit pas plus de droits sur la petite écurie, ses officiers, et le premier écuyer, par la raison du deuil qu'il y ordonnoit.
Quant à ce qui regarde la chambre des comptes, qui ne connoît que la signature du grand écuyer pour les dépenses de la petite écurie, que le premier écuyer lui envoie à signer comme ordonnateur, ce n'est que pour diminuer le nombre des différentes signatures, et entretenir un meilleur ordre dans la chambre des comptes, qui ne lui donne pas plus d'inspection sur la petite écurie que les étendards des quatre compagnies de gardes du corps et les habits de deuil de leurs quatre capitaines, dont il est seul ordonnateur, ne lui en donnent sur eux et sur leurs troupes; enfin que Monsieur le Grand ne peut disconvenir qu'il signe, et a toujours signé ainsi que Monsieur son père, les états de dépense de la petite écurie sans les voir, sans le plus léger examen, et uniquement sur la signature du premier écuyer, qu'il y trouve.
A ces raisons générales, le premier écuyer ajoutoit des faits constants. Il disoit qu'il étoit vrai qu'anciennement le premier écuyer et la petite écurie étoient dans l'entière dépendance du grand écuyer, mai3 qu'Henri III l'en avoit totalement séparée et rendue indépenda:nte en tout et pour tout, et le premier écuyer et tous les officiers de la petite écurie exempts de toute subordination au grand écuyer; qu'en un mot, ce prince en avoit fait deux choses entièrement distinctes et séparées, en sorte que le premier écuyer étoit devenu dans la, petite écurie semblable en autorité au grand écuyer dans la grande écurie. Que cela s'étoit fait en faveur de M. de Liancourt, mari de la célèbre marquise de Guiercheville, qui fut depuis dame d'honneur de Marie de Médicis, lorsqu'Henri IV l'épousa, père et mère du duc de Liancourt; que les choses sont toujours depuis restées de la sorte; qu'Henri III et tous ses successeurs avoient toujours depuis donné l'ordre au