CHAPITRE XV
Janvier — Octobre 1809.
Le Pouvoir Central à Fribourg. Déclaration de guerre de V Autriche à la France. Proclamation de l'archiduc Charles. Diète de Fribourg. Bataille de Wagram. Paix de Vienne. Ses résultats pour nous. Mon fils en Sicile , à Londres et en Portugal.
L’année 1809 s’annonça pour nous sous de moins monotones , mais aussi sous de moins favorables auspices que la précédente: la translation du Pouvoir Central se fit avec plus de solennité ; l’éloignement l’un de l’autre , des deux cantons directeurs Lucerne et Fribourg, nécessitant un lieu intermédiaire , Berne prêta
territoire à Berthoud, où tout fut disposé par le gouvernement de manière à donner à cette cérémonie , le lustre et la gravité dont elle était susceptible; à son retour, le Landammann en charge reçut à son passage à Berne un accueil distingué.
Le public de cette ville était cependant alors vivement agité, d’une dissension qui insignifiante dans son origine, avait amené de violentes animosités. — Une famille pauvre et obscure, ayant obtenu le droit de bourgeoisie en récompense de services secrets rendus à
l’Etat, devait en conséquence être agrégée à une des abbayes ; le sort l’adjugea à celle des gentilshommes qui non -seulement refusa de l’admettre , mais dont plusieurs membres se permirent à cet égard des propos offensants pour une classe nombreuse, et qui en circulant causèrent trop d’irritation pour rester impunis. Leurs auteurs furent donc préalablement condamnés à des arrêts domiciliaires, sévérité dont quelques jeunes gens des premières familles prirent prétexte, pour manifester publiquement du ressentiment contre l’autorité supérieure du Canton, à laquelle ils l’attribuaient. Celle-ci sévit contr’eux, les esprits s’aigrirent, les têtes s’échauffèrent et menaçaient d’un fâ-
cheux éclat , si la fermeté de l’avoyer de Watteville n’y eût mis ordre, en faisant rentrer chacun dans le devoir.
De plus sérieuses inquiétudes firent bientôt diversion à ces tracasseries ; d’abord l’urgence croissante et les difficultés d’un recrutement considérable pour nos régiments capitulés, presque fondus en Portugal et en Espagne, où des bataillons entiers avaient été pris et enrôlés de gré ou de force par des aventuriers, pour le service anglais. La nécessité de ces remplacements mit la plupart de nos gouvernements dans de grands embarras, et les contraignit de nouveau à d’onéreux sacrifices ; car la guerre entre l’Autriche et la France devenant de plus en plus probable, n’admettait plus de délais; cependant on délibérait et l’on agissait à cet égard avec mollesse et sans ensemble, lorsqu’une énergique proclamation datée de Vienne le 6 Avril , de l’archiduc Charles à l’armée autrichienne , en déchirant le voile, signala le généreux patriotisme du Souverain et de la nation, au nom desquels il parlait; se dévouant d’un commun accord, à tenter encore une fois de briser les fers des princes et des peuples asservis par la France. . . . Cette proclamation, dont je joins ici la traduction
comme un monument historique (*) , enflamma non-seulement le zèle des soldats auxquels elle s’adressait, mais fit bouillonner le sang