‹ Mémoires de F. de RovereaChapitre 3 sur 18 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

31 Octobre 1800 — 8 Février 1801.

Arrivée à Vienne. Séjour chez la comtesse Cobentzl. Reprise des hostilités. Hohenlinden. Désorganisation de l'armée. L'archiduc Charles reprend le commandement. Nouvel armistice. Espoir de la paix.

A la porte de Vienne on visita pour la forme, me dit-on, un caisson de ma voiture où 40 livres de chocolat furent saisies comme de bonne prise, tout en m’en faisant beaucoup d’excuses : cette capture donna lieu à une marque de dévouement de mon vieux serviteur qui fit bruit dans la haute société : indigné qu’on m’eût privé d’un aliment indispensable à

ma santé, il fut de son chef s’en plaindre au ministre des finances le comte de Saurau ; introduit non sans difficulté auprès de cette Excellence, il lui fît d’amers reproches: „de ce qu’on dépouillait ainsi un officier étranger et malade qui venait se battre pour l’Empereur contre les Français. “ Le ministre trouva le zèle du réclamant si louable qu’en dépit de sa répréhensible importunité, il lui expédia de sa main un ordre de restitution qui selon les douaniers était sans exemple....

Je trouvai en arrivant des nouvelles de mon régiment dont j’étais privé depuis quelques semaines : selon un rapport du colonel de Watteville, d’îngolstadt du 9 Septembre, il était alors dans un état pitoyable, ayant perdu tant devant l’ennemi que par maladies, ce qu’il y avait de mieux en anciens soldats, remplacés me disait-il par une espèce d’hommes qui ne les valait pas. Mon fils me mandait plus tard de Schœnstein dans le Palatinat que depuis leur sortie d’Ingolstadt, la désertion avait cessé et les maladies diminué ; il louait d’ailleurs l’accueil qu’avait reçu la troupe, des corps français qu’elle avait traversés dans sa marche à ses nouveaux cantonnements , aux environs d’Amberg.

J’informai M. Wickham à Kremsmünster de

mon retour, de l’intention où j’étais de me remettre à la tête du corps à la reprise des hostilités et de mon désir si l’armistice se prolongeait, d’avoir mon fils à Vienne pour y perfectionner son éducation.

M. de Freudenreich que j’avais laissé à Augsbourg, s’occupant autant que cela dépendait de lui des intérêts de la Suisse, et qui depuis lors avait suivi les pas rétrogrades de l’armée, me mit au courant de ce qui s’était passé; il m’apprit que le public souhaitait aussi ardemment la paix que le ministère, qui entravé par l’influence britannique feignait de la repousser et de nourrir l’espoir de quelque chance susceptible de la rendre meilleure, en prenant une éclatante revanche des échecs réitérés qu’on avait essuyés. — Qu’il était notoire que les agents de l’Angleterre ne négligeaient rien pour découvrir et déjouer les négociations partielles, secrètement entamées; qu’au demeurant tout était tellement enveloppé de mystère, qu’on n’avait su la prise de Gênes que par la convention d’Alexandrie qui en mentionnait la restitution; tout comme on gardait maintenant le silence sur la perte de la Toscane, précaution peut-être convenable pour ne pas aliéner d’avantage l’armée, celle d’Allemagne étant plus découragée encore que celle

d’Italie. Le ministère pour l’électriser par des coups d’autorité, avait destitué 22 officiersgénéraux en un jour, ce qui y avait au contraire porté le mécontentement au point de faire craindre de graves attentats ; enfin il avait espéré y obvier en rappelant l’archiduc Charles au commandement , et à cet égard encore il avait échoué. Le comte Collorédo qui avait été député à cet effet au prince , ne réussit pas à l’engager à reprendre ce fardeau, n’étant pas autorisé à lui garantir les pleinspouvoirs qu’il exigeait pour se charger d’une aussi grande responsabilité.

En attendant l’ennemi victorieux sur tous les points n’était qu’à quelques marches de la capitale , sans autre barrière si les hostilités recommençaient, qu’un simulacre d’armée dont la désorganisation faisait journellement d’effrayants progrès, et pour tout espoir de salut des levées provinciales qu’on était aussi peu certain d’effectuer, qu’embarrassé d’équiper, d’entretenir et même d’employer, tant leur composition faisait redouter leur indiscipline.

Néanmoins le ministre britannique Lord Minto, auprès duquel je fus introduit par son secrétaire de légation M. Stratton, mon ancien camarade de l’école militaire de Colmar, sollicitait vivement cette mesure, affirmant: „que

la monarchie autrichienne n’avait encore déployé qu’un tiers de ses forces, et que si elle en mettait un second tiers en avant, elle sortirait triomphante de la crise où de fâcheux hasards l’avaient instantanément placée. “ Autant il préconisait ces levées, autant il se permettait de blâmer l’archiduc Charles , de s’être refusé au commandement en chef qui lui avait été offert dans une conjoncture tellement importante.^ — Il est vrai que ce diplomate devait à son gouvernement, de chercher à mettre tout en œuvre pour stimuler à la continuation de la guerre, la seule puissance qui fit encore cause commune avec l’Angleterre dans cette longue et sanglante lutte. — C’était à ce motif qu’était attribuée la disgrâce ostensible du baron de Thugut, titulairement remplacé au ministère des affaires étrangères par le comte Louis de Cobentzl, et néanmoins toujours tacitement investi de la direction suprême.

La France était alors arbitrairement soumise à un seul homme, à la fois général téméraire mais heureux; politique fourbe mais habile; sorti de l’obscurité, mais élevé et trempé dans le fluide bouillant de la révolution qu’il maîtrisait; chef absolu de 24 millions d’hommes, dociles à tout affronter pour sa gloire personnelle ; sachant procurer au milieu de la guerre

l’abondance à ses soldats ; exempt d’entraves comme de scrupules ; ne connaissant d’intérêts que les siens. Ses alliés n’étaient à ses yeux que ses sujets les plus serviles; ébranlant d’un signe tout ce qui au dehors subissait sa loi et maintenant le calme intérieur de la nation qu’il régissait, il l’enchaînait de plus en plus à sa destinée , tout en lui fascinant tour-à-tour les yeux du prestige de la gloire, ou de l’espoir trompeur d’une pacification prochaine.

Or à cette unité de forces et de moyens, l’Autriche n’avait à opposer que les vœux, l’affection déjà affaiblie de plusieurs peuples généralement bons et faciles, mais apathiquement cloués à de vieilles habitudes ; les uns tels que les Hongrois jaloux de leurs prérogatives , et tous les autres plus ou moins atteints des nouvelles doctrines, dont le développement progressif menaçait de proche en

proche l’Etat d’une commotion violente.

Cependant au lieu de s’abandonner à l’anxiété que ce double péril pouvait inspirer, on se livrait dans la capitale aux dissipations ordinaires, avec cette imprévoyante sécurité qui à tout prendre, est peut être la philosophie la plus sage contre des calamités qu’on ne peut empêcher. — Implicitement lié comme je l’étais à cet état de choses, je ne pouvais naturelle--

ment me diriger que d’après les événements ; en conséquence le délabrement de ma santé m’interdisant le genre de vie du grand monde, j’accompagnai ma femme en Moravie où elle était attendue chez la comtesse de Cobentzl; le comte de Rumbeck son beau-frère nous escorta et nous fut entr’autre fort utile , lorsque en quittant à Poysdorf la grande route de Brünn, il fallut se procurer d’étape en étape des chevaux de paysans, dont les maîtres non plus que les conducteurs, ne parlant que le bohémien ne nous comprenaient pas. Nous fîmes un trajet de quelques lieues en Hongrie; nous nous arrêtâmes à Ilolitsch terre de la Couronne, où l’empereur Joseph II aimait à résider et avait fondé des établissements ruraux qu’on entretenait avec soin : entr’autres un haras fournissant presqu’exclusivement aux attelages de la cour; des vacheries suisses destinées à améliorer la race indigène, et de grands troupeaux de mérinos dont le singulier accroissement avait généralement perfectionné l’espèce, et ajouté par la qualité de la laine , à celle du drap qui se confectionnait en assez grande quantité en Bohême. — On nous fournit ici un relais de 4 jeunes et beaux étalons dont la fougue faillit nous devenir funeste.

Ce pays coupé de collines paraissait fertile

et cultivé, mais le contraste de l’élégance des entours et du bourg de Holitsch, avec la chétive ville de Skalitz que nous traversâmes peu après, donnait une triste idée de la civilisation des Hongrois, dont le bas peuple a d’ailleurs dans la physionomie une expression de dureté presque farouche. — Des murs d’enceinte dégradés, de mesquins édifices épars, des rues larges et bourbeuses oû rien n’indiquait la moindre activité ; plus loin de longs villages fangeux, formés de deux alignements de cabanes en terre, Fun réservé aux habitations, l’autre consacré aux étables , annonçaient une profonde misère.

En Moravie la végétation est plus riche, mais l’agriculture dans son enfance, grâce à la féodalité qui attache le paysan à la glèbe, et concentre la propriété foncière dans la main des nobles ainsi réduits à exploiter leurs terres par corvées , régime vicieux dont les abus étaient toutefois mitigés par des règlements sévères de l’empereur Joseph II contre les vexations arbitraires , qui astreignaient les Seigneurs à loger, vêtir, chauffer et en certains cas à nourrir leurs ressortissants , ainsi qu’à pourvoir aux besoins des malades et des incendiés d’entr’eux.

Ces gens vus en masse ou isolément avaient

l’air sains, robustes, heureux, mais ils allaient nonchalamment au travail, s’en acquittaient mal et apportaient la même inertie à leurs propres ouvrages dans les jours libres, dont chaque famille avait de fondation plus ou moins par semaine, pour cultiver les terres inamovibles qui de père en fils leur étaient concédées: or cette paresse invétérée, considérée sous le rapport de l’économie politique, était un déficit réel pour le pays.

Les villages tous composés d’une ligne de chaumières symétriques , également espacées entr’elles , construites en terre, couvertes de chaume et reblanchies, avaient une apparence de netteté agréable à l’œil , mais dont à la longue la monotonie fatiguait. — Rien n’y décelait la pauvreté, au contraire chaque ménage avait son bétail, ses instruments aratoires, la plupart un attelage : les hommes uniformément costumés portaient en été un sarrau de toile, fourré en hiver de peau de mouton, et le dimanche un bon habit d’étoffe de laine ; les femmes étaient pareillement convenablement et décemment vêtues. — L’abondance des comestibles ajoutait au bien-être physique : le bon pain de seigle coûtait 2 creutzer, la viande 4 creutzer la livre et le reste à l’avenant; ces bas prix avaient aussi leurs inconvénients; on

pouvait leur attribuer la stérilité de ces vastes étendues de terrains en friche et abandonnés à un maigre parcours , quoique susceptibles d’être convertis en assolements ou en prairies arrosées , si la valeur des produits avait pu indemniser leurs propriétaires des frais d’une meilleure culture.

Ce fut au sortir d’un de ces immenses et marécageux communaux que nous découvrîmes le but de notre voyage, le château de Napagedl situé au cœur de la Moravie , à 42 lieues de Vienne; vaste et moderne édifice, dominant au loin une riante contrée qui a de l’analogie avec la nôtre et qu’arrose la Morave, venant de la Silésie et se jetant au-dessous de Presbourg dans le Danube. — Cette rivière qu’on rendrait aisément navigable , fournirait alors aux denrées dont ce pays reflue, un débouché précieux. Le chemin que nous suivions côtoyant ses bords, nous étions en vue du château, où l’avis de notre arrivée n’étant pas encore parvenu on s’épuisa en conjectures en nous examinant, nous jugeant étrangers d’après notre équipage et probablement égarés dans cette route sinueuse et peu fréquentée. — La Comtesse envoya en conséquence au bas de son avenue, s’informer qui étaient ces inconnus et leur offrir l’hospitalité. On lui rapporta que

c’était l’amiral Nelson, qui alors traversait l’Allamegne pour se rendre d’Italie en Angleterre ; aussi surprise de son apparition qu’empressée de recevoir ce célèbre marin, elle descendit suivie de ses commensaux dans sa cour où nous la trouvâmes ainsi en représentation, et ce ne fut que quand les deux amies furent dans les bras l’une de l’autre, que cette bizarre méprise s’expliqua. . . . Accueillis avec autant d’urbanité que de grâce , nous fûmes traités comme d’anciennes connaissances par elle et par ses entours

Mon séjour dans cette hospitalière et confortable demeure s’étant prolongé fort au delà de ce que je le projetais, et m’ayant rendu une santé que je croyais à jamais perdue, je le compte parmi les heureux épisodes de ma vie et me plais à en retracer ici les souvenirs.

La comtesse de Cobentzl née comtesse de Malagrida , âgée alors de 45 ans, était vive, affable, avait de l’esprit, du caractère, de l’originalité : mariée plus par convenance que par goût, elle fut appelée d’abord à partager les devoirs de représentation de son mari, successivement ambassadeur à St. Pétersbourg, plénipotentiaireà Rastadt et premier ministre titulaire de la Monarchie; mais préférant le séjour de sa terre à celui de la ville , elle y passait alors

la majeure partie de l’année. Sa maison se composait d’un jeune gentilhomme hongrois son parent, d’un grand-bailli administrateur éclairé, d’un médecin homme d’esprit, d’un légiste belge protégé du comte Rumbeck, d’un ancien acteur du théâtre de Paris dont la ridicule importance avait son mérite, et enfin d’un prêtre émigré desservant la chapelle.

Chacun sauf les élus aux petites entrées déjeunait chez soi; la Comtesse consacrait la matinée à ses affaires : à 1 heure on se réunissait pour le dîner toujours simple et parfait: après le café on passait au billard où la Comtesse faisait une carambole, puis on causait et on se dispersait jusqu’au thé, auquel succédait le jeu: à 9 heures on soupait et à 10 on se retirait. Presque journellement il arrivait quelques visites du voisinage qui d’ordinaire séjournaient.

Souvent au sortir de table la Comtesse proposait une promenade en calèche, en ayant à cet effet trois à 4 chevaux chacune. Ces excursions avaient pour but une ferme éloignée ou quelque bonne œuvre. — D’autres fois on faisait une partie de chasse , dont les apprêts causaient un grand mouvement au château : maîtres et valets déjeûnaient à fond, puis on gagnait en voiture le lieu du rendez-vous où

se trouvaient le grand-bailli et ses adjoints ; ceux-ci par un signal, mettaient en action une haie de paysans postés en demi-cercle à quelques mille pas, vis-à-vis du ceintre que formaient les chasseurs placés à droite et à gauche de la Comtesse , qui assise sur un pliant et fournie d’armes par ses gardes-chasse, abattait fort bien pour sa part, 12 à 20 des malheureux lièvres que les traqueurs débusquaient et envoyaient ainsi à la mort. On revenait gaîment le soir se mettre à table, où chacun racontait ses prouesses.

Le dimanche après le dîner, les notables c’est-à-dire les employés civils, venaient avec leurs femmes en gala au château, où ils faisaient briller leurs talents musicaux dans un soi-disant concert spirituel plus bruyant que mélodieux, terminé par un souper auquel présidait la bonne Comtesse, toujours préoccupée du bonheur de ses ressortissants. Sa terre fournissait par son étendue à cette active sollicitude, réunissant en plusieurs paroisses dont le bourg de Napagedl était le centre, une population de 10,000 âmes , donnant un revenu d’environ 40,000 florins provenant essentiellement de ses fermes , où elle avait entr’autres 500 vaches et 5000 moutons dont les agneaux et les toisons avaient un débit assuré. Il est

à présumer que , sous un autre régime ce revenu eût été plus considérable , mais on ne pouvait sans enfreindre les lois, abolir le servage dont elle-même déplorait les inconvénients ; cette inertie paralyse tout élan généreux du cœur, sans y étouffer le germe des passions qui dans leur essor sont d’autant plus terribles, quand nul contrepoids suffisant ne les comprime : or qu’est-ce que la crainte de la diffamation ou de la mort, pour l’être humain dont l’existence est privée de la liberté, son plus vif attrait !

Cependant un frein jusque-là tout puissant, garantissait la soumission implicite du peuple à l’autorité civile, c’était le respect religieux que les prêtres lui inculquaient pour elle ; et à cette louable impulsion se joignait ici la vénération personnelle qu’inspirait à ses paysans dès leur berceau, la douceur et la bienfaisance de la Comtesse envers eux. Désirant nous fixer près d’elle , elle m’engagea à aller examiner avec son bailli, une terre qui était à vendre à 2 lieues de Napagedl : ç’aurait été un placement d’argent à 7 ou 8 % d’intérêt et au-delà, si on y avait impatronisé une colonie de cultivateurs libres, tels que des Soleurois et des Argoviens catholiques, pris parmi les soldats de mon régiment à l’époque du licenciement

alors probable : outre l’avantage de procurer ainsi un asile à plusieurs d’entr’eux, cette acquisition aurait eu pour moi celui d’un établissement convenable à ma famille, sf je n’avais craint d’un côté de ne pouvoir entièrement soustraire au régime adopté les gens que j’aurais employé, et d’un autre que le servage dont je répugnais d’user à mon profit, ne provoquât tôt ou tard quelque catastrophe dans le pays. Je renonçai donc à ce projet et ne tardai pas à m’en féliciter.

La Cour venait d’ordonner les levées que l’on méditait pour la défense des états héréditaires ; tandis que pour les stimuler, les gazettes fourmillaient de traits de dévouement des sujets envers le Monarque et la patrie, voici ce dont je fus témoin: la Bohême et la Moravie devaient fournir ensemble une légion de 12 bataillons soit 14,400 hommes, à répartir sur chaque juridiction proportionnellement à sa population, ce qui ici prenait le 28me homme non marié. — Ces gens devaient être armés et équipés par l’Etat, soldés comme les troupes réglées et avoir des chefs et des officiers de leur province.

Pour accélérer ces levées , l’Empereur y avait attaché des prérogatives individuelles et avait limité le temps de leur service à la durée

de la guerre ; enfin l’archiduc Charles étant déclaré chef de la légion de Bohême, on présumait assez de son crédit pour obtenir de l’empressement à y entrer. — Cependant les jeunes hommes rassemblés un même jour dans les chefs-lieux, ayant entendu la lecture et les explications verbales de la volonté et des intentions du Monarque, on chercha en vain à les émouvoir par de pathétiques exhortations : à peine s’avança-t-il quelques volontaires ; il fallut donc recourir à la voie ordinaire du recrutement par le sort, à laquelle ils se soumirent. Mais quelques Seigneurs ayant essayé de réveiller le zèle par des distributions d’argent, cette jeunesse en inféra, et cette opinion s’accrédita rapidement parmi le peuple , qu’on les vendait; sur quoi ils énoncèrent sourdement le vœu et l’espoir de trouver bientôt un libérateur. — Je vis partir un transport de 52 de ces prétendus volontaires, liés 2 à 2 pour être conduits à leur dépôt à 3 lieues de là.

Cette tendance des esprits dans la province qui semblait promettre le plus de ressources, et qui par son idiome et son éloignement du théâtre de la révolution avait le moins de contact avec le système novateur, laissait raisonnablement peu à attendre des autres parties de la monarchie, pour le soutien d’une domi-

nation dont les idées nouvelles réprouvaient hautement les institutions fondamentales, et sur la stabilité desquelles reposait néanmoins la tranquillité publique : aussi son avenir présentait-il alors une sombre perspective.

J’appris dans ces entrefaites que les débris de mon régiment, cantonnés dans le Haut-Palatinat, s’étant augmentés soit par des recrues venues de Suisse, soit par des prisonniers de guerre échappés à leur captivité, comptait 900 hommes : que le régiment de Bachmann qui s’était distingué sous le général Jellachich à Feldkirch en avait 1400, et que Salis fort de 1100 n’avait pas encore donné : que ces deux corps et environ 200 réfugiés Schwytzois et Unterwaldois, sous les ordres du major autrichien Managhetta se portaient dans l’Engadine, tandis que d’autres troupes se dirigeaient vers le Tyrol méridional pour en garder l’entrée. Quant au bataillon de Courten réduit à 280 baïonnettes, il restait isolé sur les bords de la Brenta où il aurait eu de la facilité à se compléter de transfuges Valaisans demandant du pain et du service, si son chef n’avait été dénué de fonds et sans ordre de se recruter. On me mandait aussi que le colonel Ramsay commissaire britannique , se plaignait autant des Condéens qu’il se louait des corps suisses.

Grâce à l’irrégularité du cours des postes dans l’intérieur des terres, et peut être aussi à notre peu d’empressement d’avoir des nouvelles qui pussent troubler notre douce apathie, nous ne sûmes qu’à bout portant que l’armistice d’Allemagne expirerait le 13 Décembre, et qu’en Italie les hostilités recommenceraient le 23. — Nous nous hâtâmes en conséquence de faire nos paquets , puis de dire tristement adieu et cela pour toujours, à cette aimable et bonne Comtesse, regrettant comme un heureux songe les jours que nous avions passés chez elle, comblés de ses prévenances et de ses bienfaits...

Notre ami le comte Rumbeck nous accompagna; nous vîmes en route des détachements de la nouvelle levée , peu propres par leurs propos et leur mine à inspirer de la confiance. Ma femme tombée malade en chemin se mit au lit en arrivant à Vienne, où pendant 8 jours nous nous retrouvâmes presque dans la position où nous avions été avant de quitter Florence, tant la rumeur et l’inquiétude y étaient grandes.

Le jeune archiduc Jean commandait l’armée, sous la direction des généraux Lauer et Kollowrath ; il remporta d’abord quelques avantages en Bavière , tandis qu’un corps sous les ordres du lieutenant-général Klénau, qu’avait

rejoint un détachement de mon régiment commandé par le major Gattschet, s’avançait vers Ratisbonne et Nuremberg, et que l’armée du Tyrol pénétrait dans les Grisons; les régiments de Bachmann et de Salis eurent une brillante affaire dans l’Engadine qui leur coûta plusieurs officiers et beaucoup de soldats, restés estropiés des suites du froid.

Si les premiers succès de l’archiduc Jean avaient un peu relevé les esprits, sa défaite de Hohenlinden évidemment dûe à la supériorité du moral de l’armée française, les atterra prodigieusement dans la capitale, ainsi exposée aux calamités les plus graves.

Les généraux Lauer et Kollowrath crurent réussir aisément par une manœuvre hasardée et mal combinée , à envelopper Moreau dont les séparait la forêt de Hohenlinden, traversée dans toute sa longueur par la grande route de Vienne. — Par une singulière fatalité celui-ci s’ébranla en même temps pour surprendre l’archiduc, en suivant la chaussée qui conduisait à sa position. — On s’était mutuellement fort avancé, lorsqu’à la pointe du jour des éclaireurs donnèrent l’alarme aux Français, qui ainsi engagés dans les bois et circonvenus sur leurs flancs, se trouvaient sérieusement compromis; mais la présence d’esprit de leurs généraux,

secondée de la courageuse intelligence du soldat, fit tourner à leur avantage une conjoncture, qui selon les probabilités devait causer leur perle. — Se jetant hardiment sur une des colonnes qui déjà les débordait et qui marchait en pleine sécurité, celle-ci crut être tombée dans une embuscade et lâcha le pied ; l’autre colonne qui longeait la lisière opposée de la forêt, brusquement attaquée en tête et en queue plia pareillement, et bientôt malgré les efforts redoublés d’une brave et nombreuse réserve de cavalerie qu’amenait le comte Kollowrath, mais dont la nature du terrain gênait les mouvements , la déroute de l’infanterie fut complète, laissant en arrière beaucoup de prisonniers et un matériel considérable d’artillerie.

Moreau poursuivant les débris de cette armée s’empara de Salzbourg, passa Fïnn presque sans résistance, et prit pied en Autriche. Le désordre s’accrut tellement alors dans l’armée impériale, que plusieurs corps se refusèrent à l’obéissance , d’autres maltraitèrent leurs officiers ou jetèrent leurs armes; aucun ne se montrait disposé à retourner au combat, et tous voulaient séditieusement se jeter dans Vienne pour s’y refaire des privations qu’ils éprouvaient: l’apparition de quelques-uns de ces fuyards y répandit l’effroi, et exaspéra tellement

le peuple qu’il demanda à grands cris, que le général Lauer lui fût livré en expiation de la catastrophe dont on le rendait responsable, et dont il était venu rendre compte au Conseil aulique. — La vigilance de la police parvint à le soustraire à cette fureur populaire qui si elle l’eût emporté, aurait été suivie là comme ailleurs , de sanguinaires attentats ; tandis que l’inepte et infortuné général ayant été secrètement transféré en Bohême, Kasperly, le John- Bull des Viennois, en fit justice à leur gré en prêtant à rire à ses dépens.

Dans la haute société et dans la classe aisée en revanche, la consternation était grande : on redoutait également, l’entrée d’un ennemi exigeant, et de le voir précédé par une soldatesque effrénée qui se refusait lâchement à en arrêter les pas. Car les levées de Hongrie et de Bohême, sur lesquelles seules reposait naguère une lueur d’espoir, arboraient ostensiblement l’étendard de la révolte : dans la masse soit insurrection hongroise, forte de 40,000 hommes , la plupart des corps avaient signifié qu’ils ne franchiraient pas les frontières du royaume, deux régiments s’étaient dissous, d’autres avaient massacré leurs officiers, et l’on ignorait si le Palatin qui était allé se mettre à la tête de cette turbulente insurrection , par-

viendrait à l’apaiser et à la faire avancer jusqu’à Laxenbourg, où ce renfort important avait dû être placé en réserve. — On savait également qu’à la légion de Bohême qui montrait peu de bonne volonté, un bataillon de Moravie après avoir fait feu sur ses officiers, s’était débandé en s’appropriant armes et munitions, et que 600 de ces mutins ayant élu un des leurs pour chef, parcouraient le pays entre Hraditsch et Olmiitz et commençaient à y mettre les châteaux à contribution.

Dans cette perplexité les vœux de tous les honnêtes gens se portaient vers l’archiduc Charles, aussi fût-ce avec effusion que se manifesta la reconnaissance publique envers lui, dès qu’on eut la certitude de sa généreuse détermination, d’accepter dans l’état désespéré des affaires le commandement suprême. — Désirant vivement de servir sous lui et d’être attaché à sa personne, je m’adressai à M. Wickham pour obtenir cette faveur; il m’en dissuada : j’ignorais alors que ce prince lui en voulait, d’avoir provoqué par de malencontreux conseils le désastre de Hohenlinden.

L’archiduc courut essayer son ancien ascendant sur les troupes pour les ramener au devoir , et prévenir les suites funestes d’une dissolution que la conduite licencieuse de plu-

sieurs corps présageait. Mais la confusion et le découragement étaient à un tel degré, que la présence du généralissime ne produisit point ce que le public et lui-même sans doute en attendaient. — La plupart des bataillons restèrent sourds à ses remontrances, et même la cavalerie précédemment si solide et si dévouée, sembla méconnaître l’autorité de cet auguste chef dans les actes de sévérité qu’il jugea indispensables, et qui au premier moment restèrent sans effet. — Dans cette cruelle extrémité, il envoya le prince Jean de Lichtenstein représenter au Conseil aulique l’impossibilité de risquer le moindre engagement avec des moyens aussi défectueux, ajoutant que le dénûment total des troupes, les rendait plus revêches dans les camps et naturellement moins propres à l’action; qu’en conséquence après s’être concentré à St. Polten, il allait se replier sur Schœnbrunn où à l’aide des nouvelles levées si on réussissait à les utiliser, on pourrait tenter le sort d’une bataille décisive. — Il invitait en même temps la Cour à s’éloigner sans délai de la capitale qu’on mit en état de siège , enjoignant à tout individu qui n’y était pas né d’en sortir sous 24 heures, injonction qui fut incontinent révoquée, et cela peut-être sur la maligne observation qu’un

mauvais plaisant osa afficher, que l’Empereur et ses frères étaient dans cette catégorie.

Toutefois la famille impériale se décida à partir pour Brünn, et les diverses chancelleries eurent ordre de se retirer en Hongrie, en Bohême et en Moravie. — Ce qu’il y avait de gens considérables à la Cour se disposa également à un prompt départ. — Le comte de

Lehrbach fut provisoirement chargé de toutes les branches de l’administration, car par l’effet des circonstances il n’y avait point en ce moment là de premier-ministre ostensible , l’archiduc ayant exigé en prenant le commandement que le baron de Thugut fût écarté, et son portefeuille ayant été remis au comte Louis de Cobentzl qui immédiatement après avait été envoyé comme plénipotentiaire à Lunéville. — Une proclamation du Souverain invita la bourgeoisie à s’armer pour la défense de la ville, le Monarque annonçant l’intention de se mettre à la tête de ses fidèles sujets pour repousser l’ennemi. — Cette mesure , loin de réveiller l’enthousiasme qui avait éclaté en 1797 en pareille conjoncture, excita du mécontentement: la magistrature urbaine fit des représentations, sur l’inutilité d’exposer les habitants de la capitale aux funestes chances d’un siège. On lui insinua en les poussant avec activité,

que les préparatifs qui l’inquiétaient avaient essentiellement pour but, de contenir la populace des faubourgs dont on redoutait avec raison les excès.

J’avais cherché à être employé par le duc Ferdinand de Wurtemberg, gouverneur de la province et commandant de la place ; il n’avait mis de condition à m’agréer, que le consentement du baron de Thugut qui cependant était censé retiré du ministère; je compris par cette clause qu’il était tacitement encore au timon des affaires, et me présentai à son hôtel: il me reçut au mieux, me reconnut comme s’il m’avait vu la veille, se lamenta de l’état fâcheux où on avait amené les choses , approuva mon zèle d’être employé , m’en remercia quand il sut que je ne demandais aucun traitement, et ajouta assez ironiquement: „Que veulent-ils faire? “ — Se défendre: „je n’en crois rien; mais quoiqu’il arrive, certainement je ne m’en irai pas.“

Lord Minto auquel je rendis compte de ma démarche y applaudit, et me chargea de proposer de sa part au gouverneur, de faire monter à cheval une trentaine de jeunes gentilshommes anglais qui se trouvaient à Vienne , pour les mettre sous mes ordres à sa disposition comme ordonnances militaires.

De tout côté d’ailleurs l’horizon se rembrunissait: en Italie des revers successifs avaient suivi la reprise des hostilités ; les Autrichiens avaient été rejetés derrière le Mincio, et le comte de Bellegarde s’étant mis à la tête d’une réserve de 12 bataillons de grenadiers hongrois pour soutenir sa position, cette réserve lui avait refusé de donner. — Le corps d’armée du Tyrol restait seul intact, mais ses opérations offensives se trouvaient ainsi arrêtées. — A la grande armée, l’archiduc Charles n’obtenait que bien peu d’amélioration: si quelques régiments s’étaient réorganisés, le gros restait tellement incohérent et intimidé, que la vue d’une patrouille ennemie suffisait à terroriser des bataillons entiers.

A cette crise sans exemple jusqu’ici se joignait la baisse rapide du papier-monnaie, indice toujours alarmant qui en ébranlant les fortunes, nuisait à l’aisance de toutes les classes, gênait les transactions journalières, et en paralysant la vivifiante animation de cette riche métropole, lui imprimait une morne stupeur, lorsque tout-à-coup un cri d’allégresse se fit entendre. C’était l’archiduc Charles arrivant inopinément, et cherchant vainement à se soustraire aux acclamations du peuple qui accourait sur son

passage, se pressant en foule autour de sa voiture pour lui manifester son respect et son amour. . . . Touché de cet élan, il y répondit en annonçant la conclusion d’un troisième armistice et la probabilité d’une paix prochaine. La jubilation remplaçant aussitôt l’anxiété, on n’entendait que vœux et bénédictions pour l’auguste auteur d’un bienfait d’autant plus signalé, que loin de fonder le moindre espoir de salut sur l’armée , on s’exagérait les excès qu’elle aurait commis , si refoulée jusqu’aux Lignes, elle les eût franchies....

Les préparatifs de défense, ceux du départ de la famille impériale et des divers dicastères furent soudain suspendus, et tandis que l’armée se reportait en avant sur la rive droite de l’Enns , nouvelle ligne de démarcation convenue, la levée hongroise et celle de Bohême rétrogradèrent, furent successivement réduites, puis entièrement libérées. — Le courage et l’activité se ranimèrent promptement, à commencer par les troupes qui après avoir subi de sévères réformes, rentrèrent dans l’ornière de la discipline et du devoir ; chacun enfin reprit sa vocation et ses habitudes.

Nous eûmes pareillement à nous féliciter ma femme et moi d’avoir fait face ensemble

à Forage ; car si avec moins de résolution qu’elle n’en montra, elle avait cédé aux sollicitations de la comtesse Cobentzl de retourner partager sa retraite , elle se serait exposée sans s’en douter, à un trajet devenu momentanément dangereux par la subite violation de la sûreté publique. Jouissant au contraire du calme rendu à la capitale, nous y consolidâmes de la manière la plus commode et la plus agréable notre établissement éventuel, grâce à l’obligeante prévenance d’une dame auprès de laquelle nous avions un motif d’intérêt particulier : la baronne d’A . riche douairière,

du commerce le plus doux et le plus sociable, était à la veille de s’unir au général Hotzé quand le destin trancha le fil de sa carrière... connaissant notre intimité avec ce brave et digne homme, elle voulut reverser en soins officieux sur nous , une partie de l’affection qu’elle lui portait, et exigea que sa maison devînt en quelque sorte la nôtre: journellement ouverte à la haute et à la seconde société, nous y contractâmes d’utiles et d’agréables relations, et éprouvâmes sous ce toit hospitalier ce bien-être casanier, que des Suisses surtout savent apprécier.

Ainsi posé je pus m’occuper avec plus de

suite de mon régiment qui en ce moment prenait des quartiers-d’hiver en Bohême, dans la petite ville de Leutomischel , à la frontière de Moravie. — Les rapports qui m’en parvinrent m’apprirent que ses pertes devant l’ennemi avaient d’abord été exagérées , n’ayant guère surpassé celles de la campagne précédente, mais que les maladies y avaient été plus meurtrières, et la désertion dont il était auparavant exempt plus considérable. Ce qu’il y restait d’anciens sous-officiers et soldats, attribuaient cette défection à la dureté des chefs présents au corps, reproche ordinaire et souvent injuste; ils me faisaient solliciter de reprendre le commandement, démarche qui eût été inconséquente et qui m’aurait inutilement compromis, tandis qu’en séjournant au centre des affaires, je pouvais soigner les intérêts du corps et veiller à ce qu’à la paix, ces braves gens fussent libres de prendre du service ailleurs ou de rentrer dans leur patrie , les choses paraissant s’y arranger de manière à favoriser leur retour; du moins le gouvernement helvétique venait-il de sévir contre un soulèvement anarchique au pays de Vaud, où un parti s’opposait au recouvrement ordonné des dîmes et cens. — A en croire des gens en place,

ce gouvernement montrait de la tendance à substituer un système de modération au fanatisme révolutionnaire, ce qui au demeurant ne pouvait s’effectuer que lors d’une pacification générale.

Je profitai de la trêve et de mes loisirs pour rapprocher mon fils de moi; je n’avais eu qu’à m’en louer depuis notre séparation: les témoignages de sa conduite à la guerre, le tendre respect que ses lettres m’exprimaient, la régularité de sa conduite privée , enfin son application soutenue à étudier son métier, étaient pour moi autant de sujets de satisfaction.

Les négociations qui précédèrent le traité de paix de Lunéville allaient se terminer, et en fixant le sort de notre patrie, devaient influer essentiellement sur celui des Suisses réunis quoique infructueusement, pour concourir à sa délivrance ; privés de toute représentation à ce congrès, ils étaient réduits à accepter sans répliqué ce qui en émanerait, pour leur pays comme pour eux. — Dans cet isolement il était du devoir d’un chef de corps de se tenir à portée d’en être du moins incessamment instruit, pour veiller mieux aux intérêts de ses subordonnés, et chercher à les préserver des intrigues que de nouvelles

chances de fortune faisaient prévoir.... A cet effet je crus convenable de me faire présenter par Lord Minto à l’Empereur. — S. M. daigna m’interroger avec bienveillance sur mes compatriotes , me dire des choses flatteuses sur mon régiment et m’assurer de sa protection pour les Suisses en général.

A cette même époque , un des principaux employés du gouvernement helvétique m’écrivit de Lausanne: — „I1 va y avoir de grands changements parmi nous , tout tend à un ordre de choses plus fixe , plus conforme à nos anciennes habitudes et surtout plus moral. — On revient insensiblement de ces idées anarchiques et subversives ; on substitue aux fonctionnaires publics qui les professent, des hommes connus par leur aversion pour les Jacobins et leur système ; sans doute que pour quiconque n’a rien vu de ce qui s’est passé depuis 3 ans parmi nous , et a conservé le souvenir de la manière dont la machine était montée, tout paraîtrait actuellement étrange ; mais ce ne sera ni la force , ni les exagérés qui remettront l’ordre dans notre pays, mais les gens loyaux, sages et fermes qu’on recherchera partout pour les employer; il est donc apparent que bientôt vous pourrez

tous nous rejoindre. . .a On me tint le même langage d’une autre part et néanmoins cet heureux augure fut loin de se réaliser; la faction que l’on croyait abattue se releva avec astuce , et se montra plus véhémente et plus impérieuse que jamais.

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