‹ Mémoires de famille C. E. Casgrain [microforme]Chapitre 3 sur 26 · MARIE BONENFANT CASGRAIN · texte numérisé non relu

MARIE BONENFANT CASGRAIN

Il ne faut pas s'étonner de rencontrer peu de style, dans cette lettre de Madame

Casgrain ; il y a plutôt lieu d'en admirer les beaux sentiments, quand on songe que cette dame a eu seulement l’avantage de fréquenter, pendant une année ou deux, le couvent de Saint-François-du-Sud, l’un des premiers que les Sœurs de la Congrégation aient établi dans le distrist de Québec.

À mesure que j’avancerai dans ce récit, je citerai quelques autres de ces lettres.

Pendant le séjour que votre père fit alors à la Rivière Ouelle, il y avait éhez M. Casgrain, une jeune convertie, Mile. Bradford, fille d'un ministre protestant. Elle était entrée comme postulante chez les Ursulines de Québec, mais le défaut de santé l’obligea de’ sortir ; et pour se rétablir, elle fut placée chez Madame Casgrain. Quatre ans plus tard, cette même personne ayant été recommandée à Madame Ross Lewin, où je demeurais alors,

cette dernière la prit chez elle.

Votre père commença l'étude du droit aussitôt après son rétablissement en 1820.

Il entra en qualité de clerc chez M. Moquin, avocat célèbre de Québec. Québec était encore une petite ville; tous ses citoyens se connaissaient de vue, et je crois pouvoir dire que tous les Québecquois m'étaient à peu près connus. Il y avait dans la classe élevée trois jeunes gens qui se distinguaient entre tous les autres par la régularité de leur conduite et par leurs bonnes manières; ils appartenaient à des familles aisées. Leurs noms étaient : Wolsey, Lindsay et Casgrain, et comme on en parlait souvent chez Madame Ross Lewin, dans l'intimité de la famille, Mlle.

Bradford, cette jeune convertie que j'ai nommée plus haut, faisait souvent l'éloge des vertus de M. Charles Casgrain qu'elle avait été à même d'admirer pendant sa

maladie. Elle s’étendait surtout sur sa patience au milieu des souffrances qu'il endurait,; et sur la vive affection qu'il témoignait à sa mère, et dont il était payé de retour, comme le prouvent les lettres que je vais citer. Celles-ci forment la correspondance qui s'établit entre Madame Casgrain et son fils, pendant les quatre années de sa cléricature, depuis 182 jusqu'à 1824. Si elles ne sont pas des chefs-d'œuvre de littérature, elles le sont du moins de sentiments. Celle-ci par exemple :

‘26 décembre 1820.

‘ Mon cher fils,

“Je ne doute nullement du plaisir que tu as éprouvé au retour de ta sœur. J'ai bien pensé que leur absence te faisait trouver le temps long, car je sais que tu veilles si bien à tout lorsqu'ils n'y sont pas, que ce trouble te fait désirer avec plus de hâte

Jeur retour; et aussi l’idée de les savoir auprès de la famille, sans pouvoir partager ce plaisir, te faisait faire des réflexions un peu sérieuses. Les nouvelles verbales qu’ils t'ont données sur l’état de ma santé ne sont point exagérées, je suis toujours dans un état de faiblesse qui pourrait bien décourager plus brave que moi, mais je te dirai que je m'habitue à tout, aussi ne le dois-je pas ? puisque c’est la volonté de Dieu. Mon sort serait peut-être plus à plaindre, si, avec l’aisance dans laquelle je pourrais vivre, je jouissais d’une bonne santé. J'aurais tant de plaisir à aller vous voir de temps en temps ; il faut que j'en sois privée, que je me contente seulement d'entendre parler de vous. Aussi, mon fils, je ne puis recevoir d’adoucissement à ce que j'éprouve que lorsque je reçois vos lettres, que je les lis et relis avec tant de plaisir, Je n'ai aucun doute, ô le plus

tendre des fils ! vu le pouvoir qu'a sur toi l'amour maternel, que tu n’adresses souvent et avec ardeur des vœux au Cie

pour ma conservation. Oui, mes chers enfants, je puis le dire sans me trozper, que vous êtes tous pénétrés du même sentiment. Que peut désirer de plus une mère qui reçoit de ses enfants, les mêmes tendresses qu'elle est prête de leur faire éprouver jusqu’au dernier moment.

‘ C'est donc avec raison, cher fils, que je dis que je puis jouir de tout, excepté de la santé ; que je dois compter pour rien à mon âge; l'espoir que tu as de mon rétablissement est bien trompeur. Dieu seul le sait, et en disposera à sa volonté. Mais c'est Eugène, ce cher Eugène, s’il était était privé de moi, à l’âge où il est; 6 mes chers enfants ! lui seul serait le plus à plaindre, mais que dis-je ? il le serait si vous étiez capables d'oublier la plus tendre

des mères, ce que je ne crois pas; cher fils. Je crains de t'affliger, passons à un autre sujet moins triste pour toi, qui cependant suivant ce que tu me dis, touchant ta profession, paraît t'inquiéter. Il est bien vrai qu’en considérant le nombre qui embrasse cette profession, cela paraît terrible, et peut donner sujet de réfléchir à celui qui a à cœur de faire quelque chose. Mon fils, c'est dans tous les états que les jeunes gens de ce temps veulent embrasser, ils se trouvent en foule. D'où vient celà? Il faut considérer aussi que la population est . si nombreuse, c’est ce qui occasionne cela.

Il faut considérer aussi, que le plus grand nombre ne réussit pas, pourquoi ? Tu le vois tous les jours comme moi, aussitôt qu'ils ont cette profession, ils s’imaginent que tout est à eux ; ils ne s'inquiètent pas du service de Dieu, ils s’abandonnent à tons les excès, ne font aucun calcul de

leurs dépenses avec leurs revenus, et en bien peu de temps ils se trouvent hors d'état de paraître parmi les honnêtes gens sans rougir. Oh! mon fils, que ce malheureux nombre, qui est sans contredit le plus grand, ne t'épouvante pas; la conduite que tu as tenue jusqu'ici ne doit pas te faire craindre leur sort. Suis, cher enfant, les sentiers que je me suis fait un devoir de te tracer, continue à faire ton devoir envers Dieu; sers-le de tout ton cœur, et ne crains rien. [ln’abandonnera pas jamais ceux qui le servent avec ardeur. Comme tu l’observes avec tant de justesse : S'il n'abandonne pas les petits oiseaux qui ne sèment pas à plus forte raison n’abandonnera-t-il pas des créatures qui l’aiment et le servent avec fidélité. Il a déjà pourvu à ton nécessaire en nous faisant les dépositaires d’une raisonnable somme destinée à ton besoin ; et ta conduite à l'avenir,

peut, je le sais, t’en procurer davantage.

Toi seul, peux décider cela à ton gré, car il ne faut pas croire, comme quelques-uns le disent, qu'une demoiselle qui peut prétendre à quelque chose du côté de sa famille, ne soit point pour cela propre à faire une femme de ménage. Je ne suis pas du tout de cet avis, je te rapporterai à ce sujet ce que disait souvent le père T'êtu : qu'un petit tison seul était d’abord consumé, mais que lorsque l’on pouvait en mettre deux ensemble, cela était immanquable.

Tu sais que les vieux français se trompent rarement, on en voit assez souvent la preuve. Ne vois-tu pas aussi que bientôt on va chasser de la ville tous ces vieux avocats ; il en faudra pour faire des juges, des greffiers, lorsque nous aurons des juridictions dans les comtés, cela fera place à tous les jeunes marmots. Je trouve fort à propos cette assemblée qui se fait pour :

les jeunes gens de votre profession ; il doit sans doute en résulter un grand avantage.

Quant à ce que tu me dis pour cette assemblée, tu sais mieux que moi si cela est à propos; tu sais que ton papa ne t'a jamais refusé ce qui pouvait t'être de quelque avantage : ainsi fais ce que tu voudras.

Ton papa arrive de Kamouraska, où il a passé deux jours; je me suis bien ennuyée, en soh absence, mais il était si faticué de l’assiduité habituelle de la maison, que j'étais bien aise qu'il prit ce temps, pour se délasser. Je ne sais vraiment ce que je ferai lorsqu'il ira en ville. ........."

Madame Casgrain savait dans l'occasion mêler le badinage à ses conseils, c’est ainsi qu'elle écrivait :

‘ L'occasion imprévue de Monseigneur de Saldes, survient pour moi très À propos, car j'en cherchais une pour t'écrire…

Font Lo, nn. EG 9 AE

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