‹ Mémoires de famille C. E. Casgrain [microforme]Chapitre 7 sur 26 · Parure en brillants donnée par Mme Casgrain · texte numérisé non relu

Parure en brillants donnée par Mme Casgrain

pas. Crois-moi, cher fils, ta tendre et affectionnée maman.

‘ 20 octobre. ”’

Monseigneur Plessis bénit notre mariage qui fut célébré à la cathédrale de Québec, à six heures du matin, le 26 octobre 1824. Nos plus proches parents furent les seuls invités : du côté de votre père : M. Casgrain votre grand-père, M.

et Mme Panet. De mon côté : mon père, mon frère aîné Jacques et ma tante Allison. Mgr. Plessis, accompagné de son secrétaire, M. l'abbé Fortier, nous fit l'honneur d'assister au déjeûner que nous primes à la résidence de mon mari, rue des Carrières.

À son retour à l'évêché, Monseigneur dit à une dame de la ville : ! “Je viens

]J. Madame de Vaux.

« de faire un mariage comme je voudrais “ qu’il s’en fit souvent. ” Je crois que c’est le dernier qu'il ait fait, il est mort l’année suivante.

Je dois m'arrêter ici pour remercier Dieu de m'avoir choisi un mari entre mille, tel qui m'en fallait un pour traverser heureusement le chemin de la vie. Elevée en enfant gâtée par une excellente parente, ma tante Ross Lewin, je n'avais aucune notion d'économie domestique. Le ciel l'avait abondamment pourvu de cette qualité indispensable dans un ménage, et je me suis toujours appliquée à mettre ses leçons en pratique dans le but de lui être agréable. Persuadée depuis longtemps que sans piété on ne saurait être beureux dans le ménage, j'avais fermement résolu de n’épouser qu’un chrétien fervent, J'avais horreur d’un homme adon.

né à l’ivrognerie, et je disais en riant, que

je n'épouserais qu'un jeune homme qui ne boirait que du lait, et en cela comme en beaucoup d’autres sujets, le ciel m’a exaucée.

Comme votre père avait hâte de me présenter à sa mère, nous partîmes le lendemain de notre mariage pour nous rendre à la Rivière-Ouelle. Ce fut un festin continuel tout le long de la route; car M.

Casgrain votre grand-père, parti la veille, nous avait annoncés partout. Nous arrétâmes à St. Michel, chez le docteur Maguire, marié à Mile Justine Casgrain ; à St. Thomas, chez M. et Mme François Têtu ; à St. Jean, chez M. De Gaspé, mon cousin par son mariage avec Mlle Allison ; à St. Roch, chez le docteur Donnelly. Nous arrivâmes à la Rivière- Ouelle quatre jours après notre départ de Québec. Mme Casgrain me reçut dans ses bras, elle était malade depuis long-

temps, et sentait que sa fin n’était pas éloignée. Son émotion fut telle qu’elle me dit, en me serrant sur son cœur : ‘ Il y a ‘ des larmes de joie, comme il y en a de ‘ causées par la douleur. ” Je compris avec satisfaction ce qu'elle voulait dire.

Nous restâmes six jours auprès d’elle, et je connus alors pour la première et dernière fois cette femme aimante, distinguée entre toute par sa piété, son jugement droit et élevé. Elle aimait son fils Charles avec passion. Je l’ai vue, appuyer sa tête sur les genoux de celui-ci et lui adresser mille expressions de tendresse.

Votre père a hérité de toutes les belles qualités de sa mère, et c’est lui qui de tous ses frères lui ressemblait le plus par son caractère.

La mort de Mme Casgrain, arrivée le 13 mars suivant, plongea ses enfants dans Ja plus profonde tristesse : elle était âgée

C, E. CASGRAIN. ay!

de 48 ans et mourut en prédestinée, emportant avec elle l'estime et les regrets de tous ceux qui la connurent et surtout des pauvres dont elle était la bienfaitrice.

Rien ne rappelle maintenant Mme Casgrain au souvenir de la génération qui s'élève. La demeure même qu’elle a habitée a été démolie. Mais en recopiant ces lettres, qui sont tout ce qui reste d'elle, afin de les transmettre à mes enfants, pour leur édification et leur profit, je sens un véritable bonheur à faire voir combien elles vérifient ces paroles du Saint roi David, que j'ai mises en épigraphe au commencement de ces mémoires : ‘ ]n memo- ‘Cm œternà erit justus, Ta mémoire du juste gera éternelle.

58 C. E, OASGRAIN.

IT

Séjour à Québec.—Résidence à la Rivière- Ouelle.—Mort de M. P. Casgrain.

Peu de temps après notre retour à Québec, dans une visite que nous fîmes à Mgr. Plessis, cet Evêque enjoignit à mon mari de faire partie de la Congrégation de la Sainte-Vierge, en lui disant :

€ Charles, je t'ai marié, il faut qu’en re- ‘tour que tu te joignes à la congrégation ‘°et fasses en sorte d'y faire entrer quel- ‘“ ques autres de tes amis. Les villes pros- “ pèrent là où cette société fleurit. ” Votre père y entra, et fut toujours un fervent congréganiste. Il récitait l'office de la Sainte-Vierge tous les dimanches matin ; et quand les aînés de nos enfants étaient en vacances, il psalmodiait l'office avec

ceux.

Au mois de mai 1825, nous quittâmes le logement que nous uvions occupé jusque là. Cette maison, comme je l’ai dit, était située sur la rue des Carrières, faisant face au jardin du gouverneur. Nous primes possession de la maison de la rue Buade, dont votre père avait acquis la propriété, et qu’il avait fait réparer. Nous y demeurâmes tout le temps que nous avons séjourné à Québec. Charles et Philippe naquirent dans cette maison : le prenier, le 3 août 1825 ; et le second, le 30 décembre 1826. Par une heureuse coïncidence, mon père se trouva à Québec lors de la naissance de Charles et en fut le parrain avec Mine Panet. A cette époque, il descendit à la Rivière-Ouelle avec votre père, qui lui fit faire counaissance de la famille Casgrain, Votre graudpère Casgrain étant malade cessa de tenir maison et vint passer l'hiver avec nous,

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