‹ Mémoires de famille, l'honorable C.-E. Casgrain [microforme]Chapitre 15 sur 45 · MILITARY SECRETARY’S OFFICE · texte numérisé non relu

MILITARY SECRETARY’S OFFICE

Quebec, 13th January, 1838.

‘ Sir,

“ The officers commandinge the 45rd and 85th regiments having represented in strong terms LE your praiseworthy exertions in rendering assistance, and providing accommodation for their respective corps on their late arduous march from Fredericton to Quebec, I am directed by His Excellency, lieutenant general sir John 4 [| Colborne, to convey to you the expression of à

his thanks for your valuable services on the L occasions to which I have adverted, and to request that yon will continue to assist the

other divisions of troops that are expected by New Brunswick by the same route.

“ L'have the honor to be, Sir, “ Vour obedient humble servant, ‘si “Wu. ROWEN ”.

Votre père s'était fait autant d'amis des

officiers qu'il avait reçus chez lui. Aussi, quand il allait à Québec, ils se le disputaient pour le

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fêter et l’inviter à leur ess; mais, suivant son habitude, M. Casgrain se dérobait afin de se soustraire à ces sortes d'invitations.

A cette occasion, je ne puis passer sous silence un petit trait qui fera voir la manière délicate dont quelques-uns d’entre eux savaient en user à son égard.

Lisez la lettre suivante qui parle d’ellemême :

‘ Mon cher M. Casgrain,

“ Je m'empresse de saisir l’occasion qui m'est présentée, par le moyen de M. Croft, de Kamouraska, pour vous exprimer combien je suis sensible des égards et de l'hospitalité que vous avez bien voulu exercer envers moi avec tant de bienveillance et de bonne grâce. Le peu de temps, mon cher monsieur, que j'ai eu le bonheur d'avoir fait votre connaissance, suffit pourtant à m’assurer que cette bonté de caractère que j'ai remarquée en vous, vous portera à faire des excuses pour la faible manière dont je vous rends mes remerciements ; Je suis sûr que vous me ferez la justice de l’attribuer à la gêne d'écrire dans une langue étrangère, et point du tout à un manque de reconnaissance.

En vérité, j'aurais mieux fait de vous écrire en anglais, attendu que vous êtes parfaitement

maître de cette langue, tandis que moi je connais si peu la vôtre, Mais je dois vous avouer que je me suis enhardi de prétendre vous écrire en français, parce que je me suis imaginé que vous m'en sauriez gré, comme en quelque sorte d'une politesse envers un Canadien et une preuve, pour ainsi dire, que nous autres Anglais nous ne cherchons pas à faire oublier votre langue parmi nous, comme certaines personnes nous le reprochent assurément sans raison. D'ailleurs, pour ne rien cacher, 1l y est entré un peu d’ambition de ma part, mal entendue cependant, et qui doit échouer.

Il m'est toujours souvenu que vous aviez

oublié votre promesse à la petite Nuzanne *,

par rapport aux bonbons. J'espère que vous me permettrez d'y suppléer, et je vous prie daccepter pour elle cette petite boîte que M. Croft est chargé de vous remettre.

Vous me ferez la faveur d'exprimer à Mme Casgrain, mieux que je ne saurais le faire, mes sentiments de respect pour elle, et de recon-

* Votre père arrivant de Québec, accompagné de M. Wilson, entrait dans la salle à diner lorsque la petite Suzanne, qui n'avait que trois ans, courut au-devant de lui, en lui demandant s'il apportait des bonbons, # Non, ma chère, lui répondit-il, je t'ai oubliée.” M. Wilson qui, comme vous le vovez, comprenait le français, erut devoir réparer cet oubli, et il faisait accompagner sa lettre d'une iragnifique boite de dragées.

naissance pour les politesses et l'hospitalité qu'elle m'a montrées dans sa maison.

* Auréez, etc. ete.

“JauEs WiLsON ”.

Certes, cet effort de langage de la part d'un Anglais, mérite bien, lui tout seul, d'être apprécié.

Sur ces entrefaites, M. Casgrain fut promu au grade de lieutenant -colonel de milice Qunattuched) ; et à la même époque il fut nommé, conjointement avec M. Amable Dionne et M. P. de Sales Laterrière, membre du Conseil Spécial.

Mais son goût pour les assemblées délibérantes ne s'était pas développé depuis 1834; cette nomination ne lui fut pas très agréable. Aussi écrivait-il, le 29 avril 1839 :

* C'est bien malheureux de vivre ainsi : cette pauvre vie est sicourte qu'il faudrait la rendre moins misérable, Ce sentiment n’est pas tout à fait chrétien, il est vrai, et ne s'accorde pas avec le précepte de notre divin Nauveur:

* Prends ta croix et suis-moi”, mais cette pauvre humanité est si faible qu'elle se montre partout. ”

Voici ce qui vous donnera Lx mesure exacte de son patriotisme, c'est le simple exposé de

ses principes, ce que j'appellerai volontiers sa confession politique, franche et honnête comme l'était son cœur, Certaine mesure que Poulett Thompson voulut introduire, lui donna occasion d'écrire ce qui suit :

“ Voilà trois fois que mes malles sont faites pour partir, et trois fois que j'en suis empêché" par des mesures importantes remises d’un jour à l’autre, et au sujet desquelles je dois à mon pays de constater mon vote. Je devais descendre dans le bâteau qui part à l'instant.

“ Nous avions devant nous le projet d'une ordonnance pour la suspension ultérieure de l’habeas corpus, qui avait été remise avec l’entente que cette question ne serait plus agitée ; néanmoins on nous dit que Son Excellence veut venir demain nous expliquer lui-même ses ‘aisons pour demander la prolongation de cette ordonnance, malgré, nous dit-on, qu’il répugne beaucoup à ses principes libéraux de passer cette mesure. Je ne crois pas à ces principes qui ne sont que dans sa bouche ; et cette mesure importante, mais odieuse, inique et injurieuse au pays, qui est dans un état de tranquillité parfaite, quoi qu’il en dise, n’est ni nécessaire ni justifiable, mais bien pour concorder avec sa fameuse dépêche de l’hiver dernier, par laquelle il présente les Canadiens, sans exception, comme des rebelle. dans le cœur que la crainte

seule retient, Je n'ai pas encore été ébranlé dans mes sentiments de loyauté et de dévouement au gouvernement ; mais de pareilles mesures et injustices sont bien propres à exuspérer et à changer les dispositions des personnes les plus fidèles. Encore on amène cette question non pas au commencement de la session, où lu plus grande partie des membres sont présents, mais à la fin lorsque chacun quitte. Néanmoins, il ne me fatiguera pas, car je resterai en dépit de lui jusqu'à la fin, s'il le faut. Il y a demain huit jours qu'il m'a accordé mon congé, me disant qu'il n'introduirait rien que d'ordinaire devant le Conseil, Cependant cette suspension de l'Aubeas corpus est demandée. Vraiment je crois qu'on à perdu la tête”.

Avec la dissolution du Conseil Spécial se termina la vie politique de votre père, où la force des circonstances l'avait contraint de rentrer malgré lui.

De retour à son foyer, il ne s’occupa plus que de l'éducation de sa nombreuse famille, que la naissance de votre frère René arrivée, le 4 février 1839, était venu augmenter.

Content, heureux, il mena jusqu'en 1846 cette vie douce et tranquille du gentilhomme aisé de la campagne, partageant ses loisirs avec

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des amis peu nombreux mais choisis ; traduisant dans la vie réelle ces beaux vers de Boileau :

Qu'heureux est le mortel qui, du monde ignoré, Vit content de soi-même en un coin retiré

Que l'amour de ce rien qu'on nomme renommée N'a jamais enivré d'une vaine fumée ;

Qui de sa liberté forme tout son plaisir,

Et ne rend qu'à lui seul compte de son loisir !!

Le passage suivant d'une lettre qu'il m'écrivit à cette même époque vous prouvera que je n'exagère rien, et qu'ici comme partout ailleurs dans ce récit, ma plume n'emprunte rien qu'à la vérité,

“ Le bonheur dont nous jotissons à notre “ampagne ne peut se comparer à ce qu'on appelle ici * plaisir, c'est-à-dire, diners, bals, promenades, ete, ete. Que les hommes sont vains et insensés, et combien je remercie la Providence de nous avoir éloignés de ce tourbillon bruyant et dangereux des villes qui fatigue l'âme, au lieu de la nourrir et de la reposer ”,

Le 2 juillet 1840 naquit votre frère Alfred, et le 27 avril 1842 votre frère Herménegilde. Rosalie est née le 21 juillet 1844.

* M. Casgrain était à Québec alors, 14 février 1840,

Piété de M, Casgrain, — Son dévouement à ses enfants,

Mes chers enfants, commençant ce récit :

e le répète encore en à

ai eu l'intention de mettre sous vos yeux et de faire revivre dans vos cœurs les vertus dont votre père vous a donné l'exemple. Vous avez pu vous convaincre, en lisant les chapitres précédents, qu'il était bon citoyen ; il me reste maintenant à vous le montrer bon chrétien. C’est la partie la plus douce de mon œuvre, et la plus importante pour votre instruction.

Comme vous étiez pour la plupart dans un âge trop tendre pour apprécier les vertus de

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