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votre père, lorsqu'il vous fut enlevé, j'ai toujours entretenu l'idée de vous les faire connaître. Considérez-les en écoutant la voix de votre conscience ; souvenez-vous, en réfléchissant sur une vie si bien remplie, des paroles du psalmiste : % Voulezrons vivre éternellement dans le ciel, et pusser des jours heureux sur la
terre, éloignez-rous du mul et fuites le bien”,
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Vous comprenez, mes enfants, qu'on ne peut pratiquer la vertu pendant toute sa vie à un si haut degré, sans le secours de la grâce de Dieu ; vous savez que cette grâce de persévérance ne s'obtient que par le moyen de la prière ; aussi votre père priait-il beaucoup. Mais ce qui surprendra davantage quelques-uns d'entre vous, tant c'est chose inusitée dans le monde, c'est qu'il faisait journellement la méditation. Si ces occupations le requéraient, sa prière était courte, mais toujours fervente. Non travail même était une prière, car avant de Sy livrer, il l'offrait à Dieu.
Il assistait régulièrement à la messe. Elle se > dit, en hiver, à la Rivière-Ouelle, dans la sacris- | tie; et Je vois encore la place qu'il occupait sur le marche-pied du vestiaire du côté du nord, où il l’entendait toujours à genoux, et bien des
fois, À ma connaissance, il à tenu à honneur de la servir, Je me rappelle combien sa piété était 1 édifiante, lorsque dans les Jours de fêtes où le Naint-Sacrement était exposé, il se tenait agenouillé dans un grand recueillement, pendant tout le temps que duraient les offices, sans s'asseoir, tant sa foi était vive et son respect profond pour Jésus-Christ présent dans l’ado- ‘able Eucharistie. C'était principalement dans la sainte communion qu'il puisait cette foi, qui
MÉMOIRES DE FAMILLE 101 est la vie du chrétien et la règle de ses pensées et de sa volonté.
Comme toutes les vertus chrétiennes s’enchaînent les unes aux autres, il n’est pas nécessaire de repasser toutes celles que votre père a mises en pratique. Je ne m'arrêterai qu'à celles qui le distinguaient le plus. D'abord, ce qui vous fera voir son amour pour Dieu, c'est la confiance qu'il reposait en sa divine bonté et son abandon filial à sa Providence. Dans toutes ses lettres, dont j'ai conservé plus de trois cents, il y en a très peu où il ne fasse pas mention de cette Providence qui régit toutes choses, et dont il aimait à reconnaitre le soin paternel dans les moindres actions de sa vie, S'il réussissait dans quelque affaire ou entreprise, il ne manquait pas d'y reconnaître la main de Dieu. il ne rencontrait pas le succès, il rendait également hommage à l'intervention divine.
Je copie ce qui suit d’une de ses lettres à propos de difficultés survenues dans nos affaires :
‘ Que Dieu soit béni, ce sont des avis et des grâces pour nous. L'adversité rappelle à Dieu, et la prospérité à laquelle on aspire toujours enfle Le cœur et nous fait oublier nos devoirs.
“,..Ces affaires me tracassent et nr'occupent beaucoup, car je n'aime ni la chicane ni les procès, et me voilà bien malgré moi en quel-
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que sorte engagé dans deux affaires importantes devant les tribunaux *. Je les remets avec confiance et résignation entre les mains de Dieu; que sa sainte volonté soit faite, et que son saint nom soit béni en toutes choses, quel qu’en soit l'événement! Je t'ai souvent répété que j'ai tracé la Providence toute particulière de Dieu sur moi dans toutes les actions importantes de ma vie. La protection qu'elle nous : toujours accordée ne nous abandonnera pas; et s’il nous arrive des pertes, des malheurs, ce sont des décrets de cette Providence qui le veut et l’ordonne pour notre plus grand bien, quoique contraire à nos vues humaines. Je la prie bien instamment de me tirer de ces affaires auxquelles ma santé et mes forces ne me permettent plus de donner le soin que je voudrais, et de m’accorder assez de jours pour les terminer. Joins tes prières aux miennes, fais prier nos chers enfants, et surtout demandez l’accomplissement de la volonté de Dieu en toutes choses”.
Le plus grand bonheur d’une âme chrétienne est de vouloir ce que veut son créateur. Les saints ne sont saints que parce que leur volonté est conforme à celle de Dieu. Ce que le monde
* Il s’agit ici de deux procès, dont l'un s'élevait à plus de £1,000, que nous gagnâmes ; nous perdimes l'autre où il s’agissait de £2,500,
MÉMOIRES DE FAMILLE 103 appelle souffrance, contradiction, est un avantage et une faveur du ciel, quand on les regarde comme votre père les voyait. Sa conformité à la volonté de Dieu n'était pas seulement en paroles, mais elle se traduisait dans toutes ses actions. Le fait suivant vous le démontrera.
Dans un voyage qu'il fit dans le Haut-Canada, il avait pris les fièvres du pays, et à son arrivée à Québec, il fut gravement malade, Suffisamment rétabli, il était de retour à la Rivière- Ouelle, depuis quelques semaines, croyant en être quitte, lorsque la fièvre le reprit de nouveau avec violence. C’est alors qu'il appela un de nos enfants, lui disant d'apporter son livre de prières, et lui commanda de réciter le 7e Deuin en actions de grâces, ajoutant : “ Si nous avons reçu les biens de la main du Seigneur, pourquoi n'en recevrions-nous pas les maux ? ?
N'est-ce pas là pousser la soumission jusqu’à l’héroïsme ?
Sa libéralité était proportionnée à ses moyens ; et quoique nous eussions une nombreuse famille, on ne faisait pas un vain appel à sa bourse. Les églises de Sandwich, de Toronto, et d'autres plus rapprochées de nous, ainsi que les établissements religieux, entre autres le collège de Sainte-Anne et l’archevêché de Québec ont été favorisés de ses dons.
Je ne veux rien oublier de tout ce qui peut servir à votre édification.
N'ignorant pas que la dévotion à la sainte Vierge a toujours été regardée comme une marque de prédestination, votre père a été dès sa jeunesse un dévot serviteur de Marie. Il faisait partie de la Congrégation, comme je l’ai dit ailleurs; et les confréries du Ncapulaire et du saint Cœur de Marie le comptèrent pour un membre zélé. Sa dévotion de prédilection était le chapelet qu’il récitait tous les jours; et même dans ses promenades en voiture, il le disait soit avec ses enfants, soit avec ses amis. Un bon prêtre me dit un jour: “ Mais, votre mari, il est dévot comme un religieux ; il me fait dire le chapelet chaque fois que je voyage avec lui”.
Bien des fois je me suis dit que je voudrais aimer Marie avec cet amour filial que votre père avait pour elle, tant il était affectueux et expansif.
Tout ce qui se rattache à Dieu lui était cher, et il avait la plus grande vénération pour ce qui concerne sou culte et ses ministres, auxquels il portait le respect et l'affection qu'inspire le pouvoir divin dont ils sont revêtus.
Aussi était-il estimé de tout notre clergé et comptait-il plusieurs amis de cœur parmi ses membres. Vous avez vu plus haut comment
Mgr Plessis le considérait. Lors d'une visite qu'il nous fit, à son retour d’une mission, il nous donna encore une preuve de son estime, Apercevant mon fils aîné, Charles, né pendant son absence : “ Si j'avais été ici, dit-1, je l’auais baptisé ”.
De son côté, Mer Panet fut toujours l'ami de la famille Casgrain, et voulut bien baptiser votre frère Philippe, montrant ainsi son amitié pour votre père; et Mgr Turgeon traitait avec lui sur un pied d'intimité.
Mgr Baillargeon m'a dit qu'il conservait encore un livre qu'il avait échangé avec votre père, lorsqu'ils étaient compagnons d'étude au collège de Nicolet.
MM. les grands vicaires Viau et Cadieux, qui furent successivement curés de la Rivière- Ouelle, entretenaient une affection et une confiance toute particulière pour votre père, de telle sorte qu'ils le choisirent pour régler leurs affaires: le premier lors de son départ de la paroisse, et le second en le nommant son exécuteur testamentaire. Combien d'autres ne pourrais-je pas citer, par exemple: MM. Primeau, Bourret et Leprohon, directeur du collège de Nicolet, lequel se plaisait à dire que M. Casgrain était du petit nombre des écoliers qui correspondaient avec leurs anciens maîtres.
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