‹ Mémoires de famille, l'honorable C.-E. Casgrain [microforme]Chapitre 32 sur 45 · RARE “RS · texte numérisé non relu

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de la majesté. Les salons eux-mêmes étaient d’un goût sévère ; ils respiraient cependant de la solennité, surtout quand on se rappelait tous les personnages célèbres de notre histoire qui y avaient passé, depuis Frontenac, Montcalm, Dorchester jusqu'aux princes d'Angleterre.

Dans le cours de l'été de 1819, le château Saint- Louis présentait une animation inaccoutumée.

Les gardes anglaises étaient doublées à toutes les issues, et une foule nombreuse entrait et sortait sans interruption du château. Le silence de cette foule indiquait une cérémonie funèbre. En effet, elle venait visiter la chambre mortuaire du duc de Richmond, enlevé par une mort tragique, dans laquelle la superstition populaire croyait voir un châtiment de Dieu.

On pouvait, raconte notre mère, lire sur toutes les figures qu’on rencontrait une expression de soulagement et de satisfaction secrète.

Le principal ornement de la chambre funèbre qui attirait l'attention du monde, consistait en quatre magnifiques candélabres placés autour du catafalque,et qui appartenaient à la famille du noble Lord.

Chacun racontait à sa manière les incidents de la mort du duc. Mordu par un renard captif, avec lequel il avait voulu jouer en passant à Sorel, au moment où il se rendait à la chasse, il ressentit au milieu de la forêt les premières

MÉMOIRES DE FAMILLE 181 atteintes de la rage que ce renard, pris d'nydrophobie sans que personne le sût, lui avait communiquée. Dès que les gens de sa suite s'en furent aperçus, ils l’engauèrent à redes-

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cendre à Québec. I] partit en effet; mais du moment quil entrevit l’eau de la rivière Ottawa, où il fallait sembarquer, l'horreur hydrophobique s'empara de lui, et il s’enfonça de nouveau dans la forêt. À la prière de ses gens, il revint à plusieurs reprises; mais rien ne pouvait lui faire surmonter la répulsion que lui inspirait la vue de l'eau. On l’entendait s'écrier en se parlant À lui-même : + Lennox, be a nan”, Mais sa volonté était vaincue : impossible d'avancer. Il fallut lent “ner maleré lui et le lier dans le canot, où les convulsions de la rage, en entendant les clapotements autour de lui, le mirent dans un état indescriptible.

Il mourut peu de temps après, avant même d'arriver à Québec. Cette fin terrible fit une grande sensation dans tout le pays.

Son gendre, Sir Peregrine Maitland, au paaVant gouverneur du Haut-Canada, lui succéda en qualité d’administ ateur, [l ne partageait pas l'impopularité de son beau-père, car il avait déjà donné des preuves de ses dispositions bienveillantes. C'était un gentilhomme d’une taille et d’une tournure superbes, très affable et d’une physionomie sympathique,

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Pendant son administration dans le Haut- Canada, notre grand-père Baby, par suite de la position qu'il occupait dans le gouvernement de sa province, avait eu des rapports très fréquents avec Sir Peregrine Maitland, qui avait pour lui une haute estime et aimait à jouir de sa compagnie.

Sir Peregrine Maitland voulut lui donner une nouvelle preuve de sa considération peu de temps après son arrivée à Québec. Les citoyens de cette ville offrirent un bal en son honneur dans le vaste édifice situé sur la place d'armes, et qui à porté longtemps le nom d'hôtel Saint-George. Au cours de la soirée, Sir Peregrine pria l'honorable Duchesnay de lui présenter M'e Baby. Il se montra pour elle d’une extrême amabilité, et lui fit de son père l'éloge le plus flatteur.

Comme je l’ai déjà dit, notre mère ne parut pas très souvent dans ces grandes réunions, malgré les invitations qu’elle recevait de divers côtés. Elle se sentait attirée vers une vie plus calme, et, disons le mot, plus raisonnable. $: tante, M" Ross-Lewin, ne lui avait pas cependant inspiré le goût des occupations du ménage auxquelles elle n'avait jamais été accoutumée, et dont elle se déchargeait entièrement sur ses domestiques. Mais M"° Ross-Lewin aimait la lecture, et y employait une partie de ses jour-

nées. La bibliothèque de la citadelle lui était ouverte, elle y puisait à loisir, et elle faisait de notre mère sa lectrice habituelle. Celle-ci y prit un attrait qui grandit de jour en jour, et qui devint pour elle une des nécessités de sa vie.

Cette lecture se faisait aussi bien en français qu’en anglais, car les deux littératures étaient représentées dans la bibliothèque militaire.

Parmi les ouvrages qui ont le plus intéressé et frappé l'esprit de notre mère à cette période de sa vie, je ne puis m'empêcher de citer l’Æistoire de la Réforme par William Cobbett, dont le style satirique et la verve l’amusaient singulièremernt, et l’aidaient à mieux retenir les conclusions logiques de l’auteur ; Don Quichotte, dont l’héroïsme comique mis en regard du gros bon sens de Sancho, lui paraissait désopilant. Mais le livre qui fit sur elle une impression décisive, fut l’Æcole des Mœurs, de l'abbé Blanchard, livre, en effet, inimitable, trop oublié aujourd'hui, qui, unissant ensemble les leçons de la raison et celles de la foi, peut servir de guide à tous les âges, et qui a fait plus de bien que des bibliothèques entières.

Walter Scott était très à la mode à cette époque ; mais notre mère ne s’adonna qu’en passant à la lecture de ses romans, d'autant plus que Île directeur de conscience qu’elle

184 MÉMOIRES DE FAMILLE s'était choisi, l'abbé Desjardins, la détournait fortement de ces lectures légères, et lui en indiquait de plus sérieuses et de plus instructives.

M. Turgeon, secrétaire de M£ Plessis, et plus tard archevêque de Québec, avait été son premier confesseur; mais il était parti pour l'Europe, en 1819, avec l’évêque de Québec, auprès duquel il continuait son office de secrétaire, Me Baby fut obligée de chercher un autre directeur de conscience, et elle s’adressa à celui qui avait déjà fait tant de bien à sa tante, l’'aumônier de l'Hôtel-Dieu. L'abbé Desjardins la détacha de plus en plus du monde, et lui inspira un grand goût pour la piété et les vertus solides. Les sermons de MA Plessis qu'elle avait suivis durant toute sa jeunesse, ses instructions du carême surtout, qu'il faisait assidûment et qui attiraient une telle foule que la cathédrale était toujours remplie, avaient fait sur Mie Baby une puissante impression.

M: Plessis n’était pas un homme éloquent, car son caractère était froid et positif; mais il parlait avec tant d'autorité et une si profonde conviction, il exposait sa doctrine fondée sur une science théologique si approfondie et si pratique, il la développait avec tant de clarté et de logique, qu'il captivait et entraînait son auditoire. Na prédication, qui retentissait dans

la chaire de Notre-Dame de Québec depuis un quart de siècle, avait fait un grand bien parmi la population qui était alors exposée à de grands dangers, à cause des idées voltairiennes répandues dans le monde. Ces idées avaient pénétré plus qu'on ne le pense généralement aujourd'hui, particulièrement dans la haute classe de la société canadienne. ME Plessis fut l'apôtre suscité par la Providence pour arrêter les proerès de cette contagion. Notre mère nous a raconté bien des fois avec quelles paroles foudroyantes 11 la combattait, Vous vous rappelez cette circonstance où il fit trembler son auditoire, en menaçant de la colère de Dieu les familles qui détournaient leurs enfants d'entrer dans le sacerdoce.

Rien n'échappait à son regard d’aigle : il veillait aux intérêts politiques autant qu'aux intérêts religieux, car il savait que les uns sont la sauvegarde des autres. Ce n’est point ici le lieu de raconter tout ce qu'il a fait pour obtenir les franchises dont nous jJouissons. Aucune voix n'a été plus écoutée en Angleterre.

Voici un détail qui peint Mf Plessis tel qu’il était dans les petites choses comme dans les grandes. Recevant un jour quelques visites, il crut remarquer que les dames examinaient son appartement avec beaucoup d'attention.

— Mesdames, leur dit-il, en passant le doigt

sur l’une des tringles de son salon, vous le voyez, il n’y a pas plus de poussière ici que chez vous ”.

Tout son peuple le suivit par la pensée durant son voyage d'Europe, où il eut à traiter de si grands intérêts politiques et religieux, à Londres et à Rome. Son retour fit éclater l’immense popularité dont il jouissait : ce fut une ivresse universelle. On craignit de graves accidents aux abords de la cathédrale, où les plus hardis seuls purent pénétrer.

Le danger auquel se trouvait exposé Mie Baby de faire un mariage mixte, à cause de ses relations constantes avec la société anglaise, n'avait pas échappé à l’œil vigilant de Ms Plessis. Un jour qu'il était en visite chez M" Ross-Lewin, où il venait de temps en temps, il laissa entrevoir au cours de la conversation qu’elle devait songer à établir sa nièce.

— Elle n’est pas pressée, répondit M" Ross- Lewin.

— “ Je suppose, repartit l’évêque d’un ton sévère, que vous la réservez pour la marier à quelque protestant ?” ?

Cette lecon, inspirée par un saint zèle, produisit ses fruits. M" Ross-Lewin sut la rappeler à sa nièce, lorsque M. Casgraïin se présenta pour demander sa main. Elle l’encouragea de

toutes ses forces d'accepter, surtout parce que M. Casgrain était catholique, et catholique d'exemple.

M'e Baby et sa tante avaient toujours espéré que M. Ross-Lewin se convertirait au catholicisme avant de mourir; mais elles n’eurent pas cette consolation, C'était cependant un de ces hommes irréprochables, essentiellement bons, possédant toutes les vertus et auxquelles il ne semblait manquer que cette qualité. Quel mystère que la prédestination ! et quel grand don que celui de la foi! Notre mère ne cesse de rendre grâces à Dieu et de témoigner sa reconnaissance envers son père qui, n'écoutant que l'inspiration de sa foi, s’est séparé sitôt de sa fille pour la soustraire aux influences protestantes qui l’entouraient, et l’a envoyée faire son éducation dans un centre catholique.

M. Ross-Lewin avait à Québec un ami dévoué dans la personne de Sir Francis Burton, natif comme lui du comté de Limerick, en Irlande, et qui devint lieutenant-gouverneur de cette province au départ de Lord Dalhousie, en 1824.

Jette amitié datait du vieux pays, car ils avaient été élevés, pour ainsi dire côte à côte, les propriétés de leurs pères étant voisines l’une de l’autre. Je ne rappelle ce fait que pour mentionner les attentions touchantes de

Sir Francis lors de la dernière maladie de M. Ross-Lewin. Sir Francis, vieillard de haute stature, était aussi laid de figure que sensible et bon de cœur. Sa lèvre inférieure, toujours pendante, achevait de compléter cette laideur ; mais on oubliait tout cela quand on le connaissait. Dès les premiers jours de la maladie de M. Ross-Lewin, il n’y eut pas d'égards ni de sympathies qu'il ne lui témoignât, jusqu'à venir lui offrir sa propre cuisinière, personne très habile, pour lui apprêter les aliments les plus propres à le fortifier. Ces délicates inventions de l'amitié ne font-elles pas songer à ce texte des livres saints: Amicus fidelis medicamentiunr vite ! Pouvons-mous être surpris que notre mère, qui a rencontré dans le cours de sa vie tant de cœurs généreux parmi les Anglais, ait toujours eu de la sympathie pour cette nation ?

M, Casgrain à Québec, — 1] fait connaissance avec Mile Baby, — Leur mariage,

Charles-Eusôbe Casgrain, avocat au barreau de Québec, habitait en 1824 la maison qui fait l'encoignure de là rue de Léry et de la rue Garneau, Son beau-frère, Philippe Panet, avo- ‘at comme lui, occupait le second étage de cette maison, et lui, le premier, Son père, seigneur de la Rivière-Ouelle et de l’Islet, qui fondait sur son fils de grandes espérances, n'avait rien épargné pour lui donner une brillante position dès son entrée dans la société québecquoise, Le Jeune Charles Casgrain menait donc grand train à Québec : son père avait voulu que, même dans le temps de son cours de droit, il eût un équipage à son service ; car, d'une santé délicate, il avait besoin d'exercices en ville pour sa conduite irréprochable que pour Le haut ton qu'il tenait

. . , . , au grand air ; meisil était encore plus remarqué

Ce fat au bal donné en 1824 par les citoyens de Québec, à l'occasion du départ de Lord

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190 MÉMOIRES DE FAMILLE Dalhousie, que M'e Baby fit, pour la première fois, connaissance avec M. Casgrain. Se trouvant à table vis-à-vis l’un de l’autre, à l'heure du goûter, M. Casgrain eut occasion de faire quelques politesses à Mie Baby, et la conversation s'engagea entre eux. Elle fut d'abord fraîche et sautillante comme je quadrille qu’ils venaient de danser l'instant d’auparavant, mais elle prit peu à peu un ton plus sérieux, conforme au caractère des deux interiocuteurs.

Sans passer pour une personne jolie, Mie Baby plaisait par sa physionomie agréable, par son air intelligent et par sa conversation spirituelle et variée. M. Casgrain en fut vivement intéressé, et il renouvela ses entretiens dans le cours de la soirée. Avec son esprit éclairé et son jugement sûr, il devina de suite qu'il trouverait en elle une compagne suivant ses goûts et qui le rendrait heureux.

À partir de ce jour, il fit de fréquentes visites chez M Ross-Lewin, qui demeurait alors à l'encoignure des rues de Léry et Couillard.

L'honorable Baby, qui désirait que sa fille s'établit dans le Haut-Canada, hésita quelque temps à donner son assentiment au projet d'union qui lui fut proposé, mais les devoirs de sa charge l'ayant appelé à Québec pour le partage des revenus de la douane entre les deux

provinces, il entendit faire de si grands éloges de M. Casgrain qu'il ne souleva plus d’objections, et le mariage fut fixé pour le 27 octobre

Mgr Plessis, dont j'ai dit quelles étaieit les craintes, éprouva une si vive satisfaction en apprenant cette nouvelle, qu'il voulut lui-même célébrer le mariage. Il se fit, non à la chapelle Saint-Louis, selon l'usage actuel pour les mariages fashionables, mais au grand autel de la “athédrale, où l'évêque de Québec avait coutume de dire la messe. Du reste, selon les désirs des mariés, la noce eat lieu avec la plus grande simplicité.

Au déjeuner auquel Mer Plessis fit l'honneur d'assister avec son secrétaire, l'abbé Fortier, il n'y avait de présent que M. Casgrain père, l'honorable J. Baby, M. et M"° P. Panet, James Baby, frère aîné de la mariée, garçon d'honneur, et M'e Place, aujourd'hui M" Muir, fille d'honneur, Il n'y a de survivant parmi cette assistance que Me Muir, qui est parvenue à l'âge de 85 ans, et qui passe les derniers jours de sa vie chez les Dames du Bon-Pasteur de Québec. Son amitié pour notre mère est la même aujourd'hui qu'au temps jadis. M"° Ross- Lewin retenue au lit par une indisposition n'avait pu assister aux noces.

Le déjeuner eut lieu à la résidence même de notre père, qu’il avait prise sur la rue des Carrières, en face de la terrasse Durham.

L'automne étant très avancé, les mariés ne songèrent pas à aller ailleurs qu'à la Rivière- Ouelle, dans la famille de M. Casgrain, où sa mère l’attendait avec une grande hâte de faire connaissance avec sa belle-fille. Ces vingt-cinq lieues à parcourir en voiture étaient assez longues et fatigantes, vu le mauvais état des chemins à cette époque de l’année, Aussi ne mirent-ils pas moins de trois jours à descendre, et firent-ils malgré cela manquer trois chevaux durant le trajet. Il faut dire que le genre de véhicule sur lequel ils voyageaient, fort fushionable alors, et qui portait le nom anglais de correcle, était très lourd et difficile à traîner.

Quand on songe qu'aujourd'hui on fait le même trajet en deux heures et demie, on trouve que cette manière de voyager était bien pénible ; mais elle n’était pas cependant sans charmes, et elle établissait des relations de fanille et d'amitié qu’on regrette de voir en partie disparaître.

La première étape fut à Saint-Michel, chez le D' Maguire, marié à une sœur de notre père, M Justine Caszrain. [Ils y furent fêtés, car là comme dans les autres étapes de la route, leur passage était attendu.

Le lendemain, ils s'arrêtaient à Saint-Thomas, chez une autre famille parente, celle de M. Francois Têtu, dont la femme était la tante maternelle de notre père.

Je regrette de ne pouvoir dire qu'un mot en passant de cette admirable famille, vrai type des ménages canadiens, digne d'être proposé pour modèle. Jouissant d'une belle propriété rurale et d’un nom sans tache, M. et Mme Tôtu sont parvenus presque aux limites de la vieillesse, respectés, honorés et aimés de tous, après avoir vu leur nombreuse génération élever ellemême de grandes familles qui occupent les plus honorables positions dans les différentes classes de la société. Qui de nous ne se souvient. où du moins n’a entendu parler de notre grand'tante Têtu, cette mère de famille si admirable et si admirée, d'un si grand sens, d’une si haute sagesse, chrétienne à toute épreuve, qu'on ne pouvait voir agir ou entendre parler sans penser à la femme forte de l'Ecriture ?

Si ces lignes, aussi bien que toute cette notice, ne s’adressaient pas à la famille uniquement, elles pourraient paraître exagérées ou ridicules, car elles contiennent des éloges qui semblent des panégyriques ; mais les traditions sont si bien conservées dans la famille qu'il y aurait immédiatement protestation contre mes

194 MÉMOIRES DE FAMILLE paroles, si celles-ci n'étaient pas l'expression de l'exacte vérité. L'heureux couple reçut grand accueil dans la famille Têtu, qui commença, dès lors, avec notre mère, ces rapports d’étroite union qui n’ont Jamais cessé.

De là, on descendit au manoir de Gaspé, à Saint-Jean-Port-Joli ; on s’y trouvait en pleine connaissance et en pleine parenté. La famille était venu sy établir depuis le désastre de la fortune de M. de Gaspé. Elle se composait de M. et Me de Gaspé et de leurs enfants, de Mme Allison et de M'e Olivette de la Naudière,

On n’a pas oublié cette résidence seigneuriale où tout rappelait le vieux temps; le long corps de logis d’un seul étage, peu élevé, avec un toit raide, flanqué de ses deux pavillons ; l'avenue qui traversait le jardin ; le petit cap couronné d'arbres toujours verts, maintenant dépouillés, d'où l’on jouissait d’une vue superbe du fleuve et des montagnes bleues de la rive nord.

Il suffit de se reporter aux descriptions de festins donnés pur M. de Gaspé, dans ses Anciens Canadiens, pour avoir une idée de la réception qui fut faite aux voyageurs. Ils ne repartirent que le lendemain pour s'arrêter de nouveau dans la paroisse voisine de Saint-Roch des Aulnets, où les attendaient des amis empressés de les recevoir, le D' Donnelly et

sa femme. Le D' Donnelly est mort depuis longtemps; mais M" Donnelly a vécu jusque

A . , » 117 dans une extrême vieillesse, et n'est décédée que depuis assez peu de temps.

Médecin expérimenté, M. Donnelly vivait dans l'abondance, mais à la facon irlandaise, comme sa femme. Celle-ci, srande et forte, très intelligente, avec une rare expérience de la vie, avait en tout la tournure et les habitudes de ses compatriotes. On en jugera par un seul détail : on la voyait dans sa basse-cour soigner les poulets en robe de satin. Dans sa maison, (] El Q Q . .

l'hospitalité était aussi joyeuse que sans cérémonie.

Une surprise y attendait les voyageurs:

notre oncle, Pierre Casgrain, vint jusqu'à leur rencontre. Il était envoyé par sa mère qui,

. , 7, sachant le Jour du départ des mariés, ne pouvait s'expliquer leurretard. Partisle mercredi 27, ils n'étaient arrivés que le samedi 30 octobre.

Je n'ai pas à faire connaître ici cette excellente aïeule, dont le portrait si vrai et si beau

y Q . Q pen 1/4 a été peint dans la biographie déjà citée.

Huit jours se passèrent dans les enchantements de cette visite. Durant l'intervalle, une bordée de neige était tombée, et l'on en profita pour remonter rapidement à Québec, en voiture d'hiver.

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