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l'impression de tristesse que me fit éprouver cette visite, C'était une journée terne et froide de novembre ; le vent de nord-est gémissait dans les branches dépouillées des ormes, et faisait tourbillonner les feuilles mortes dans les allées et dans la cour déserte, On voyait déjà cù et là des signes d'abandon et de décadence, les parterres en désordre, les palissades des jardins déclouées où penchées par la gelée,
Le vieux John, laissé comme gardien du manoir avec la famille du fermier, laquelle occupait la cuisine, et que je rencontrai dans l'avenue des peupliers, me donna la clef de la grande porte. En me voyant, il m'avait suivi d'un air triste et m'avait adressé quelques paroles amicales, A travers son flegme anglais, je devinai l'ennui profond qui le minuit, Je lui demandai S'il souffrait de la toux qu'il avait contractée depuis son naufrage. [Il me dit en secouant la tête et en se frappant la poitrine : “ C’est moi mourir bien vite”. Il me parla ensuite du Master, de la MWistress, des enfants, et je vis une larme glisser le long de ses joues. Le pauvre fidèle serviteur Sennuvait tellement que notre père en eut pitié. I le fit monter à Montréal peu de temps après, et acheta un cheval quoiqu'il n’en eût pas besoin, pour lui donner quelque occupation en ville. John ne
voulut pas accompagner dans le manoir : il était trop ému, Je fis grincer la clef dans ln serrure rouillée et je pénétrai dans le vestibule OÙ I faisait si sombre, que je dus ouvrir la porte du salon pour avoir un peu de lumière, Je sentis un froid au Cœur quand j'entendisretentir mes pas dans le silence morne de la pièce, sur le plancher dépouillé de tapis. Nur les cloisons nueset ternies par l'humidité. on voyait encore par des teintes plus claires, l'endroit qu'avaient occupé les portraits de funille, Les seuls meubles Taissés à leur place étaient les deux bibliothèques avec leurs ravons vides, Je taversai li grande chambre. los chambres à
A coucher, la salle à langer: partout lt même
CE : A . A Je, 7, nudité, le même silence. Ja mème humidité froide et renfermée !
Je ne pouvais me figurer que e’étaient les mêmes appartements Que J'avais vus si Joyeux et animés par notre nombreuse famille, Une tristesse indéfinissable Sempara de moi et je
ae ; ( .
me hâtai de sortir, Je retournai plusieurs fois
à la Rivière-Ouelle pendant les mois suivants ; mais je ne voulus plus entrer dans le manoir.
Ce fut le directeur du collège Sainte-Anne Qui m'annonça la mort de mon père ; il m'apprit en même temps que ses restes devaient être inhumés à la Rivière-Ouelle, Je ne com-
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218 MÉMOIRES DE FAMILLE pris qu'à ses funérailles l'estime universelle et la popularité dont il jouissait. Dans plusieurs paroisses, on avait fait arrêter le cortège funèbre pour chanter des Libera. Après celui qui eut lieu à l'église Sainte-Anne, il se remit en marche et fut rejoint par un tel nombre de voitures, que leur suite formait une lieue de longueur.
Depuis la construction de la nouvelle église de la Rivière-Ouelle, un marbre qui rappelle sa mémoire, à été placé au-dessus de l'endroit où se trouvait le banc seieneurial.
Retour à la Favière-Ouelle, L'honorable juge Panet tuteur de la famille, — Etablissement des enfants, = Piété de Mine Casgrain. — Ses charités. —Na correspondance,
Au printemps de cette mémorable année 1548, la famille redescendit à Ia Rivière-Ouelle, En attendant que le manoir fût meublé, elle fut reçue chez notre oncle Pierre Casgrain, avec une bienveillance et des marques de sympathie qui ne peuvent Soublier. Il Sempressa de m'envoyer chercher au collège, Fai encore présente à l'esprit la première entrevue que j'eus avec notre mère, Elle était assise devant le berceau de la petite Marguerite-Marie- Amélie, alors âgée de sept mois. Ses vêtements noirs, sa coiffure de veuve. sa figure pâle qui disait toutes ses douleurs, me firent une impression que je ne puis définir: Je me jetai dans ses bras: elle m'embrassa sans proférer une parole, Je sentis ses larmes tomber sur ma fivure,
À mon retour du collège aux vacances sui-
vantes, la famille était installée, et le manoir avait repris son air d'activité et d'animation.
I v a dans toute vie humaine une crise suprême ménagée par la Providence en vue du salut et de la sanctification. Cette parole du Nauveur peut sappliquer à chaque individu :
“NE cognorisses et br bn hace die tua TS I tu avais connu en ce jour qui t'est donné, ete”
Me Casgrain en était arrivée à cette crise de la vie. L'épreuve fut si terrible qu'elle aurait fléchi sous le fardeau si elle n'avait eu une confiance invincible en Celui qui prend soin de la veuve et de lorphelin. Elle se trouva tout à coup chargée, seule et sans transition, de l'avenir de treize enfants, dont une seulement, Sainte-Justine, était établie par son entrée en religion. Elle n'avait aucune expérience des affairesextérioures dela famille : elle S'était toujours entièrement repose à cet égard sur son mari, Pour comble de malheur, étant actionnaire dans des assurances, elle fit, cette même année, des pertes énormes par suite des erands incendies de Québee,
M. Caserain et M. Panet avaient fait une convention, eXprimée dans une clause de leurs testaments, par laquelle celui des deux qui survivrait à l'autre serait le tuteur de la famille
du défunt. M. Panet, étant le plus âgé des
deux, pensait bien mourir le premier: mais ce
fut le contraire qui arriva, Me Casorai ne pou-
vait rencontrer un conseiller plus sage, ni plus éclairé ni plus dévoué que lui. I fut pour elle un oracle et pour nous un second père. Elle ne prenait jamais une décision sans le consulter ; mais elle consultait plus encore son crucifix. Elle avait fait de sa chambre un oratoire : sur une table était appuvé un grand CTUCHIX ; d'un côté un petit vase rempli d'eau bénite: de l’autre, accroché à la cloison un chapelet d'ébène. Au-dessus du crucifix était suspendu le reli-
quaire dont il est parlé dans ln biographie de
notre père, À droite, une eravure représentant Jésus chez le Pharisien avec Madeleine aux pieds du Sauveur d'après Philippe de Champagne, et à gauche, une copie de la Sainte- Famille, par Raphaël.
Combien d'heures nous l'avons vue passer devant ce grand crucifix, le matin, le soir et souvent dans la journée, Ses visites à l'église et ses communions étaient devenues plus fréquentes. On se sentait pénétré de respect uniquement à voir le recneillement et la dévotion qu’elle apportait dans le lieu saint. Elle Joignait à ses prières des aumônes plus abondantes que jamais. Je ne veux citer qu'un exemple de sa charité pour Îles pauvres, Edouard Lizotte, dont la fumille est aujourd'hui prospère et respectée autant que respec-
table, était très pauvre au commencement de son ménage, Il habitait une maisonnette voisine du manoir, Na femme étant tombée malade, M Casgrain alla, elle-niôme, pendant plusieurs mois, avec l'une où l’autre de ses domestiques, la changer et faire son lit, mettre l'ordre dans sa maison, et lui apporter de la nourriture,
Je ne veux rappeler ici en passant qu'une autre de ses bonnes œuvres, parce qu’elle montre les vues larges qui la œuidaient et qui s'étendaient au delà des limites restreintes de la famille.
Le couvent de la Rivière-Ouelle, fondé en IS04, et tenu par les relisieuses de la Congrévation de Notre-Dame, était à la veille de se fermer, parce qu'il menaçait ruine. Personne
À cr AM dans la paroisse, pas même ceux qui v étaient le du RARE plus obligés, ne semblaient vouloir s'intéresser à le faire rebâtir, M" Cassrain se mit ellemême à la tête du mouvement, et, joignant l'exemple à la parole, elle Sincrivit en tête de la liste de souscription pour le plüs fort montant, $400, bien que ses dépenses fussent alors ne Me *
considérables ; mais elle se privait elle-même et vivait dans la plus stricte économie, se vêtant avec une extrême simplicité, afin d'y faire face.
En 1850, le mariage de notre frère Auguste, avec Mie Odile Blais, de Saint-Pierre de Mont-
Mmagnv, fut l’occasion de nouvelles sollicitudes pour notre mère. Elle lui donna une de ses terres, surveilla elle-même Ja construction de Sa maison et de ses dépendances. Je ne dois Pas omettre ici un témoignage d'éloges envers Mme Aucouste Casgrain, morte en IS82, et dont la vie comme mère de funille a été un exemple d'affection et de dévouement,
L'année suivante, notre frère ainé Charles, qui avait pris ses dewrés de docteur en médecine à l'université MeGill, de Montréal, épousa M'e Charlotte Chase, descendante par sa mère d'une famille canadienne, les Bailly de Messein, La mort récente de Mme Charlotte-C, Casgrain (mars LS86) à été aussi douloureuse pour notre mère que pour son mari et ses enfiunts.
Dire qu'elle égalait celle-ci en intellisence et en piété, n'est-ce pas en fire le plus bel éloge ? Et cet éloge est confirmé par tous ceux qui ont eu l'avantage de connaître et de comparer ces deux femmes admirables. Trente-cinq années de correspondance avaient cinenté de plus en plus l'union de ces deux âmes, qui s'étaient comprises dès la première entrevue et
s'étaient accoutumées à partager ensemble leurs joies et leurs peines : * Dieu brise l’un après l'autre les fils qui m'attachent à la terre, disait notre mère en parlant de cette mort.
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Désormais, ma correspondance ne doit plus être qu'avec le ciel?
Voici une autre parole qu’elle nous répétait, trente ans auparavant, en voyant les aînés de ses enfants s'éloigner du manoir pour aller s'établir : “ Chaque toit qui abrite une famille est comme un nid d'oiseaux. Aussitôt que les petits grandissent, ils s'envolent et se dispersent ”.
En 1853, Charles était fixé à Détroit, Philippe à Québec, où il pratiquait le droit, Sainte-Justine au couvent de Notre-Dame à Montréal, Auguste sur sa terre à la Rivière-Ouelle et moi à Montréal, où je commençais à étudier la médecine que je devais quitter bientôt pour embrasser l’état ecclésiastique.
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Lectures, Sœur Baby. Mort de Mme CAP, Pelletier, — Mort de sœur Marie-Margucrite.__ Réunions de vacances, — Mme Casgrain quitte le manoir et se re Dames de la Charité de Quél — Sa mort.
tire chez les ec. — Ses dernières années.
J'ai déjà dit que la lecture était l'unique délassement que se permettait Mme Casvrain au milieu de ses sollicitudes et de ses travaux. “ Les affaires, avait -elle coutume de dire. doivent NOUS occuper, Mais non nous absorber “e
Les livres légers n'avaient aucun intérût pour elle, à moins qu'ils n'eussent une teinte où un but religieux, telsque Frbiotu, le Journal d'Engénie de Guérin où le Récit d'une Sœur, Elle ne craignait pas d'aborder les lectures les
plus relevées, % achève, m'écrivait - elle, en
1553, le second volume des Etudes Philosophi-
ques d'Auguste Nicolas : Je crois qu’il n’est pas
possible de rien lire de mieux pensé, de mieux
écrit. A mesure qu'on avance dans cette lec-
ture, on est saisi d’admi ation, le cœur déborde
de reconnaissance ; ON ne cesse de rendre grâce À
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Dieu d'appartenir à cette religion sainte, “ dont la propriété divine est de se faire toute à tous pour réaliser ses merveilleux enseignements dans les esprits, qui se passe du raisonnement pour se communiquer aux plus petits, et qui se prête aux railsonnements pour contenter les plus habiles; dont la lumière se resserre en des rayons qui lui permettent d'entrer dans l'œil le plus mince, sans rien perdre de sa substance et s'épanouit dans les capacités de l'intellisgence jusqu'à rassussier les plus vastes”
“ Oh! qu'il est bien vrai de dire que le plus grand nombre d'âmes se perdent faute de réfléchir. Ni tous étul'iaient la religion avec une bonne volonté de profiter de ses enseignements, il ÿ en a peu qui y résisteraient; mais on ne veut pas voir, parce qu'on imagine les choses tout autres qu’elles ne le sont, N'il était possible de faire passer tout à coup dans le cœur d'un indifférent ce qui se ressent dans le cœur du chrétien fervent, comme il serait surpris de goûter tant de douceurs là où il ne pensait rencontrer qu'ennui et lassitude ”,
L'entrée en religion de notre sœur Julie qui fit profession en 1860, chez les Sœurs de la Charité, à Montréal, sous le nom de Sœur Baby, fut une grande joie pour M"° Casgrain.
“ Convaincue que j'étais appelée à la vie religieuse, raconte la sœur Baby elle-même
dans une de ses lettres, je fi qu'il me demandait. HuUs Cependant j'entre- VOyais avec une sorte d'effroi l'he séparation d'avec ma mère, fuisait éprouver une à exprimer: il me
sSà Dieu le sacrifice
ure de la Cette pensée me agonie de cour impossible semblait que c'était m'ôter la vie que de me séparer de celle que je roy aussi indispensable à mon bonheur que l'air à non existence, Maleré tout. J'entrai au noviclat le 19 octobre LS5S. Dan: la crainte de ne pouvoir surmonter l'ennui, je “emandai à ma chère maman de prolonger son séjour à Montréal ; ce qu’elle fit volontiers : et pe Jours elle venait me voir mon ennui loin de se
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ndant quinze tous les jours, mais dissiper allait toujours en augmentant, Cependant ma chère
Maman n'essayait aucunement de
me décourager comme l'aurait fait une mère moins chrétienne : au contraire, tout en me parlant le langage de la tendresse, elle me ontrait le bonheur qu'il y a à faire la volonté de Dieu !..,
* Enfin, un jour, elle me dit: * Chère enfant, Voyant combien ton ennui se continue, j'ai été consulter un vénérable prêtre du séminaire (M. Dufresne, vieillard octogénaire), et il n'a assurée que dès que je serais partie, ton ennui s'en irait, que c'était le démon qui me retenait ici. Si tu VEUX, nous allons aller ensemble À In chapelle faire
notre sacrifice
228 MÉMOIRES DE FAMILLE et ensuite je partirai ”,. Je n'hésitai pas. Au sortir du lieu saint, j'embrassai ma chère mère
. ,* A , / et je ne me fus pas plus tôt détachée de ses bras, que mon ennui s'évanouit pour ne plus reparaitre.
“* [n'en fut pas de même pour ma chère
maman ; elle éprouva à elle seule toute l'amertume du sacrifice, L’ex-lieutenant gouverneur Letellier de Saint-Just fut, n'a-t-il dit, le seul confident de son chagrin et de son ennui. Il m'a avoué n'en avoir voulu d'avoir tant fait pleurer ma mère”
La Providence ménageait une séparation bien
plus cruelle à M Casgrain. Na seconde fille, Suzanne, mariée en 1S60, à un jeune avocnt de Québec, M. Pelletiér, aujourd'hui sénateur, mourut trois semaines après la naissance de son
premier enfant, Oscar, maintenant âgé de vingt-
quatre ans, ét qui à courageusement conquis
ses épaulettes de capitaine, sur le champ de
bataille de Æsh-Creelr, où il à été gravement blessé. Il n'avait pas encore un mois lorsqu'il fut transporté au manoir de la Rivière-Ouelle, \ Q / PUCR. , , \ où il a été élevé par sa grand’mère.
Une autre mort qui n’a pas été moins sensible
à celle-ci fut celle de sa dernière enfant, décédée relivieuse au couvent de Notre-Dame, à Montgi | ” réal, à l’âge de vingt-trois ans. Sa chère petite Marguerite, comme elle l’appelait et comme
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, elle l'appelle encore, avait été sa fille de prédilection, C'était l'enfant de ses douleurs : elle était au berceau à ln mort de M, Casgrain: et elle avait montré dès ses plus tendre une piété et un amour pour | extraordinaires, que sa mère avait été souvent obligée de l'en tirer de crainte qu'elle n'altérât Sa santé. Je n'ai pas à faire ici sa biographie qui a été écrite après st mort par Me Casgrain dans des pages toutes baignées de dignes de cette angélique enfant,
Dans toutes ses aflictions, cherchait d'autres consolations qu'en Dieu et au milieu de ses enfants. Leur société n'était pas seulement un besoin de voulait se les attacher ensemble,
s années à Contemplation si
ses larmes et
notre mère ne
sa tendresse, elle pour les rattacher
—* Mes enfants, leur répétait-elle souvent,
aimez-vous les uns Îles autres : SOYeZ unis, l'union fait la force. Dieu bénit toujours les funilles qui s'aiment ”.
C'est pour ce motif que chaque année, durant la belle saison et surtout à l'époque des va- “nces, elle invitait ses enfants déjà établis à venir avec leurs familles passer que
lque temps au manoir,
Ces réunions sont encore pr à la mémoire de chacun de nous.
nous n'avons été témoins d'entre
LA
esentes Nulle part, tiens plus vais,
de festins plus joyeux, de parties de plaisir plus agréables. IT suflit de rappeler nos piquenique, soit à la Pointe, soit au lac, dans les montagnes de Naint-Pacôme, soit à la grève où nous prenions les bains de mer, Ce dernier exercice où la plupart se livraient à la natation, était l'amusement favori. Les délassements intellectuels n'étaient pas négligés et doublaient le plaisir de ces joyeuses vacances. On choisissait quelques jolies pièces dans le Théâtre des salons, et on les montait en s'aidant du concours de quelques amis du voisinage, particulièrement de la funmille d D'E. Têtu. L'exercice de la pièce, les préparatifs et l'ornementation du théâtre, amenaient des réunions où les heures s'écoulaient vite; car le plaisir du moment était aiguisé par le plaisir anticipé. Parmi les quinze pièces qui ont été ‘ouées en différentes années, je ne veux citer + Mu fenune est sotte, pur Euvène Nu, l'Absent, par Manuel, et Le Poman d'un jeune homme paurre, par Octave Feuillet. Le théâtre était dressé soit dans le salon, soit sous les grands ormes du verger. Ce dernier endroit prêtait à un plus large déploiement et à une assistance plus nombreuse. Le théâtre orné de verdure et de drapeaux, éclairé par des lampes vénitiennes suspendues aux arbres, offrait le plus charmant coup d'œil, Une
foule de personnes des environs, attirées par
la curiosité, venaient grossir le nombre des
invités, Naturellement, les
pièces étaient plus ou moins bien rendues. sel
n le choix qu'on pouvait faire des acteurs, Quelquesunes, e
ntr'autres :
# Ma femme est sotte ”
et * Le Roman d'un Jeune homme pauvre ”, ont été de véritables sUCCÈs,
Septembre venu, la bru vante troupe d'enfants et de petits-enfants Senvolait du nid maternel emportant un rire de plus nirs durables et
au cœur, des souveun attachement mutuel plus intense, Ces réunions de umille ont cessé depuis que l'âge à forcé notre mère À ne plus tenir maison, Après avoir installé la fumille de son fils Auguste au manoir, elle est Vente se retirer chez les Dames de la Charité emmenant avec elle se
Stasie et Léocade.
. à Québec.
s deux vieilles servantes,
Ntasie n'a pu se faire au régime du couvent
et est retournée À Ja Rivière-Ouelle, où Me Casgrain lui a payé
une pension jusqu'à sa mort arrivée en 1S7S,.
Cette chère vieille nous à tant aimés pen-
mpêcher de citer quelques mots d’une lettre de M. l'abbé Dion,
dant sa vie que je ne puis m'e
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232 MÉMOIRES DE FAMILLE curé de la Rivière-Ouelle, où il raconte à notre mère ses derniers instants :
“ Elle s’est véritablement endormie dans le Seigneur, dit-il.
‘“ Fidèle servante de ses bons maîtres pendant qu'elle demeurait au sein de la famille qui l'avait adoptée, Anastasie Madore s'est aussi montrée fidèle au Souverain Maître jusqu'à son dernier soupir ”.
Une même pierre tumulaire marque dans le cimetière de la Rivière-Ouelle les tombes de Stasie et de John. Au bas de l’épitaphe, on a gravé ces simples mots: Tous deux serviteurs fidèles, qui disent toute leur vie.
La fatigue de l’âge n'avait pas été le seul motif qui avait engagé M"° Casgrain à ne plus tenir maison : elle voulait se préparer à l’éternité, en consacrant à Dieu, dans la solitude et la retraite, les dernières années de sa vie. Voilà quinze ans révolus qu’elle mène cette existence cloîtrée. La plus grande partie s'écoule dans les exercices de piété. Le reste est partagé entre la lecture et les entretiens avec ses enfants, ses petits-enfants et quelques amis qui viennent la visiter.
Tout ce qui touche à l’histoire de la religion a toujours eu un grand attrait pour elle.
Pendant son séjour à la campagne, elle avait entrepris de repasser la grande histoire de
l'Eglise, par l'abbé Rhorbacher. Cette formidable lecture, qui embrasse près de trente volumes, fut achevée en moins d'une année.
Elle y trouva tant d'intérêt qu'elle lut cette histoire une seconde fois. Dans ces derniers temps, elle l'a recommencée et continuée jusqu'à ce que sa vue affaiblie l'ait obligée de l'interrompre.
Notre mère aura accompli, dans quelques Jours, sa quatre-vingt-troisième année. Elle conserve la plénitude de ses facultés.
et l’entrain de sa conversation.
est encore meilleure que celle d’ enfants.
Entourée du respect et de l'affection de si nombreuse postérité, elle coule ses derniers Jours dans une paix profonde et au milieu de consolations qui semblent un avant-coût de la récompense que Dieu réserve à ses mérites, Puisse-t-il la laisser vivr
® / sa saleté Sa mémoire aucun de ses
e encore longtemps pour notre joie et notre édification !
Québec, ce 15 août 1886,
Notre chère et vénérée mère a vécu encore \ 4 . F LA LA quatre ans après que ces Mémoires ont été terminés, Sa vue s'est beaucoup affuiblie dans les deux dernières année:
s de sa vie, et elle s'est vue privée de lire, Tous les Jours, une jeune
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orpheline venait lui faire ses lectures de piété. Les deux ouvrages qui Pont le plus intéressée durant ce temps sont: La vie du cardinal Pie et celle de Garciu Moreno.
L'infirmité qui la privait de continuer sa correspondanée avec sa famille, aussi bien que de lire elle-même, fut pour elle le sujet d'un grand sacrifice, et lui faisait trouver les journées plus longues, On apercevait qu'elle soupirait après sa fin, aimant à nous répéter de ne point demander à Dieu qu'elle vécût plus longtemps. Au mois d'août ISS9, elle eut une grande maladie qui nous fit craindre qu'elle n'y succombât, Elle fut même administrée, mais elle reprit du mieux quoiqu'elle restât dans un grand état de faiblesse. Elle fut cependant encore capable, au premier de l'an 1890, de recevoir et de bénir encore toute la famille. Son exquise sensibilité était devenue excessive, et Lx moindre chose la faisait pleurer. Quelques semaines avant sa mort, sa faiblesse alla en augmentant d'une manière alarmante; mais elle ne prit le lit que deux jours, sans qu'elle éprouvât aucune souffrance.
Le soir du 31 janvier, son médecin, le D Verge, qui la visitait souvent, ne la trouva pas en danger immédiat. M de Martigny qui avait passé toute la journée avec elle, était retournée auprès de son mari, afin de pouvoir