‹ Mémoires de famille, l'honorable C.-E. Casgrain [microforme]Chapitre 9 sur 45 · RE MS OU ES · texte numérisé non relu

RE MS OU ES

Entrée de M. Casgrainau Parlement — Sa correspondance — John Bowthorp — Mme Ross-Lewin.

Le 6 avril 1850 naquit Auguste, mon troisième fils.

Dans le mois de juillet, le roi Georges IV étant mort, le parlement canadien fut dissout, ce qui donna lieu à de nouvelles élections. A cette époque nous nous trouvions à Québec, votre père et moi, et il fut vaguement question de le porter candidat pour le comté de Kamouraska. A notre retour de la Rivière- Ouelle, sur la réquisition formelle d’un bon nombre de ses amis, votre père accepta cette andidature. Comme il fallait alors pour chaque comté deux représentants, M. Amable Dionne fut choisi pour son collègue, Tous deux crurent d'abord qu'ils n'auraient pas d'opposants, mais peu après M. Marquis, de la paroisse de Saint- André, et M. Bédard, avocat de Québec, se mirent sur tes rangs. L'élection eut lieu dans le mois de septembre ; MM. Dionne et Casgrain sortirent victorieux de la lutte, et furent

proclamés représentants du comté de Kamouraska le 50 septembre 1830, On contesta l'élection, et il fut tenu à cet effet une cour d'enquête à Kamouraska, où toutes les minuties dont la loi est susceptible en pareil cas furent mises en œuvre, On transféra ensuite tout le dossier au Parlement, où lecture “en fit en français, non pas en comité mais séance tenante, Ov il y avait en chambre un vieux représentant anglais, le bonhomme Dunlop, comme on l'appelait ordinairement, qui, ne comprenant mot à la langue française, et entendant souvent répéter les noms unis ensemble de Dionne et Casgrain, se prit à dire tout à coup, d'un ton élevé: * Well, that Johnny Casgrain must be a ‘“ very active fellow, since his name comes so “often; he is everywhere!” ce qui excita au plus haut degré l'hilarité de toute la chambre.

Toutefois l'élection fut maintenue, et c'était, disait-on, alors la première élection contestée qui l’eût été depuis la constitution. C’est ainsi, que votre père entra dans 11 vie publique. Mais pour lui, comme pour bien d'autres, tout n'y fut pas rose, souvent il se prenait à regretter les joies tranquilles de son foyer et les douceurs de la vie de famille, comme l’attestent plusieurs passages de ses lettres, probablement écrites sur son pupitre parlementaire.

MÉMOIRES DE FAMILLE ül

* Ni j'étais à mon choix, écrivait-il, je serais au milieu de vous, au lieu de m'ennuyer ici; ma consolation est de t'écrire ; au lieu de sortir et de me dissiper, je préfère rester à la maison et vivre aussi retiré que possible, La semaine, il va à s'occuper, mais les dimanches sans oceupations et loin de ce que j'ai de plus cher au monde, les journées pèsent et ne finissent plus. Personne ne devrait me plaindre, je suis la cause de mon sort.”

Favorablement connu à Québec, M. Casgrain aurait pu fréquenter les salons où se réunissait l'élite de la société de cette ville, et ainsi secouer son ennui où du moins l'alléger ; mais rien ne lui répugnait plus que les bals et les soirées. Aussi n'acceptait -il d'autres invitations que celles où on le demandait à dîner, et lorsque les convenances l'y contraignaient ; encore s'en plaignait-il.

“ J'ai été dîner jeudi au château, plutôt par aison que par plaisir. Nous avons eu nn assez bon dîner, c’est-à-dire plus adapté aux yeux qu'au goût. J'avais pour un de mes voisins le curé Maguire, et de l’autre côté vis-à-vis de moi M. Turgeon * ; ce qui m'a procuré une conversation agréable. Nous avons dîné dans le vieux château, dans la grande salle de danse.

* Alors prêtre et depuis archevêque de Québec,

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