‹ Memoires de Fauche-Borel (volume 2)Chapitre 2 sur 18 · TOME lY · texte numérisé non relu

TOME lY

Paris que pouvaient être détruites les accusations perfides portées contre moi. Là, étaient les bureaux de Buonaparte; là, se trouvaient tous les documens ; là , on était à la source de tous les renseignemens qu'il était possible de se procurer sur mon compte ; enfin , les registres de la po^ lice étaient là ; il n'était plus permis de dire : Nous croyons nous rappeler y avoir lu.... Il fal* lait rapporter positivement ce que tout le monde pouvait y vérifier.

A mon arrivée , j'allai trouver sur-le-champ le prince de Hardenberg , et le priai de donner suite aux démarches que S. M. le roi de Prusse avait ordonnées à sa chancellerie pour connaître et juger ma conduite.

Me sera-t-il permis de fidre ici une réflexion? C'est quand tous les rois ligués, suivis de leurs ministres, escortés des grands de leurs royaumes , se trouvaient dans Paris, prononçant sur le sort de là France, sur celui des puissances secondaires , et sur le leur peut-être ; c'est de la hauteur de ces discussions, qu'un monarque voulut bien descendre jusqu'à s'occuper des intérêt» personnels d'un simple sujet Oui , telle est l'inaltérable et précieuse sollicitude du gouvernement prussien ^ que toujours , et dans <pelque circonstance que ce soit, il a l'œil sur ses enfans; et

fait éclairer leur conduite pour les arracher à l'oppression s^ils sont innocens , ou les punir s'ils sont coupables.

Sur ma/simple invitation , M. le prince de Hardenberg, au lieu d'écrire lui-même, s'empressa, pour se conformer aux usages diplomatiques , de faire écrire par S. Exe. M. le comte de Gohz , ministre de Prusse, à M. le prince de Talleyrand, ministre des affaires étrangères de France, pour avoir sur mon compte les tenseigneniens antérieurement demandés au nom de S. M. le roi de Prusse.

Le prince de Talleyraûd s'étant adressé à cet effet auducd'Otrante, ministre de la police générale , en reçut la note suivante :

Note transmise par le Ministre de la Police à M. de Talleyrand.

« Après une détention prolongée à Paris, ^« M. Fauche-Borel , devenu libre , n'ea montra a que plus d'activité à parcourir successivement « les diverses cours de l'Europe, et à faire valoir « les projets qui l'ont constamment occupé. Buo^ <c naparte n'a pas eu d'ennemi plus opiniâtre. H « n'y a pas encore trois mois que sa main a été «'distinctement reconnue dans la transcription de

« chansons et pamphlets adressés à domicile par

a la poste.

ce Invariable dans ses opinions ^ il ne pouvait <c rétre dans ses moyens. Tous n*ont pas été éga- <K lement bien concertés. Dans ces entreprises a aventureuses , le succès seul justifie , et il n'est « pas étonnant que M. Fauche-Borel se soit tour à a tour trompé ou ait été trompé. C'est ainsi qu'en a mars 1 8x4 ? il a pris sur lui, avec beaucoup trop a d'assurance, de s'opposer au dessein qu'avait « S. A. R. Mgr. le duc de Berry , de passer de Jer- « sey en Normandie; c'est ainsi encore qu'il a en- « couru le reproche de s'être adressé à la police o de Buonaparte. // est vrai quil lui a fait des « offres; mais ces offres étaient visiblement cap^ « tieuses. En juin i8i3, il lui fit passer des patf piers assez insignifians , qui avaient appartenu a au général Pichegru ; mais on croit que par là « il voulait se ménager des ressources pour agir a avec moins de risques , conformément à ses <r vues. La police d'alors aurait eu seule à se a plaindre de sa bonne foi. »

Je le répète , on était à la source ; c'est le ministre de la police qui écrit lui-même. Ai-je trahi le roi de Prusse , le roi de France , l'Angleterre ? Suis-je un espion aux gages de l'usurpateur ? Lisez, vous qui m'accusez, lisez : Buonaparte n'a.

PAS EU D'EinSTEMI PLUS OPmiATHE QUE FaUCHE-BoBEL.

Cela est-il clair ? Lisez encore : Si M. Fauche a encouru le reproche de s'être adressé à la police de Buonaparte; sUl lui a fait des offres , ces

OFFRES ÉTAtENT VISIBLEMENT CAPTIEUSES ; LA POLICE d'alors aurait eu seule a se PLAJITDRE DE SA BOirPrE

FOI.... Fauche a été iitvariable datts ses opiinoirs.

Est-ce là ce que vous appelez trahir les intérêts de Louis XVm? Quant à ceux de la Prusse, demandez à Frédéric-Guillaume. Sa constante protection, son extrême bonté pour moi, me sont de sûrs garans qu'il connaît ma fidélité, comme il connaît vos injustices à mon égard.

Interrogez aussi l'Angleterre sur ma félonie envers elle? Je pourrais vous confondre par cent attestations.

Il me suffira de mentionner de nouveau la déclaration du noble lord Grenville et celle de sir William Flint , dont j'ai déjà eu occasion de rapporter les termes. "

Quant à l'espèce d'inculpation dirigée contre moi par la note du ministre de la police, comme elle n'a trait à aucune supposition'd'infidélité de ma part, et qu'on n'y démêle que le reproche d'un excès de zèle mal entendu pour la cause des Bour-

' Voyez pages 237 et ^38 de ce. yolume.

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bons , il me sera facile, sotis ce point de vue , 71e réfuter victorieusement M. Fouché. Ce ministre , par exemple , était-il fondé à dii*e : « Que j'avais a pris sur moi , avec beaucoup trop d*assui^nce , <c de m'opposer au dessein qu'avait alors S. A. R. a Mgr. le duc de Berry , de "passer dé Jersey en <c Normandie. » Je ne le pense pas; M. le duc d'Otrante n'était point ministre à cette époque , et il n'a pu apprécier cette circonstance, que sur Topinion erronée de ses bureaux. Je renvoie le lecteur à ce que j'ai écrit sur ce même sujet, et au sentiment de M. Desmarets ' , véritable juge compétent, puisqu'il tenait aloris le bureau secret de la police impériale. Enfin , l'approbation donnée par S. M. Louis XVIII à ma conduite à cette époque , complète ma justification.

La note du ministre de la police, duc d'Otrante, que je viens de transcrire, fiit envoyée à M. le comte de Goltz, ministre de Prusse, par M- le prince de Talleyrand , qui ne pouvait se dispenser de l'accompagner d^une lettre ministérielle, en réponse aux éelaircissemens demandés avec tant de persévérance par S. M. le roi de Prusse.

La position de M. de Talleyrand était assez difficile. Il avait à<X)ncilier ce qu'il devait de justice

' Voyez page 281 de ce volume.

DE FAUCH£-BOREL. S7S

à un sujet du roi de Prusse , sur le compte duquel il était interpellé , avec ce qu'il devait à la dignité de son propre souverain, dont il ne poutait compromettre le nom en ne palliant point les torts de son ministre à Gand. C'est, sans aucun doute , dans la vue d'atteindre ce double but, qu'il fit la réponse diplomatique qu'on va

lire.

Lettre du prince de TaUeyrand à M. de Goltz.

Paris f 5 août i8i5.

« Monsieur le Comte ,

, « J'ai reçu la nouvelle lettre que vous m'avez a £ait l'bonneiir dé m'adresser, relativement à « M. Fauche-*Borel , et je me suis fait donner les « renseignemens que le département de la pplice <c générale avait pu recueillir sur lui.

<K II résultede ces renseignemens, que M. Fauche- « Borelsest habituellement montré dévoué à la « cause du Roi; qu'il a même souffert pour cette <c cause, puisqu'il a été détenu plusieurs années cr au Temple, par suite des démarches qu'il avait a faites pour la défendre. Toutefois (et vous pour- « rez , monsieur le Comte , en juger par l'extrait «r ci-joint des notes qui m'ont été transmises), cf sa conduite a pu paraître équivoque en plu-

c< sieurs circonstances. Quoique la police n'en a ait pas tiré contre lui une induction complétecc ment défayot*able , comme les points sur les- « quels ont dû porter les soupçons , intéressaient « vivement les affections , aus$i-bien que le ser- « vice du Roi, il était naturel qu'il restât dans a l'esprit de Sa Majesté des doutes à son égard. « Ce sont probablement ces doutes qui ont donné « lieu aux mesures prises envers M. Fauche-Borel.

et II est certainement à regretter que le miniscc tère de Sa Majesté ait omis, monsieur le Comte, « de vous prévenir de ces mesures et du motif «r qui les déterminait; 'mais le gouvernement de ce Sa Majesté prussienne comprendra facilement , « sans doute, que dans les circonstances et au ce milieu dés agitations qui ont accompagné le « séjour du Roi à Gand, la marche des affaires a ait pu perdre quelque chose dé sa régularité , <c et que le ministère n'ait point mis , dans sa « communication avec la légation prussienne, le «c soin que, dans une situation plus tranquille, il « est et sera toujours empressé d'y apporter.

a J'ai l'honneur d'être, monsieur le Comte, etc. Signé, LE PRINCE DE TALLEYRAND.

Fauche s'est montré habituellement dévoué au Roi : voilà la part que me devait le diplomate ;

mais sa conduite peut paraître équivoque : voilà la part, qu'il devait au ministre de son souverain , à son souverain lui-même , qui ne doit point errer même dans la personne de son ministre.

Ceci est dans Tordre des cours ; il n'est pas d'usage qu'un roi ait tort vis-à-vis d'un roi son égal, et moins encore qu'un sujet puisse lutter contre un monarque.

Si, en pareil cas, il est dans les convenances que le faible soit immolé à la justification du puissant, j'ai ici des grâces à rendre à M. de Talleyrand-Périgord, et je le dis avec sincérité. Oui, si pour excuser entièrement la conduite du ministre du Roi à Gand, il avait voulu laisser planer des soupçons sur mon compte, rien ne lui était plus facile ; il n'avait qu'à se contenter d'adresser au ministre de Prusse sa lettre officielle que je viens de transcrire; au lieu de cela, il joint à cette lettre la note du ministre de la Police , et cette note où M. de Talleyrand a uniquement puisé ses rensèignemens sur moi, comme il le déclare, porte que je n'ai pu pécher, contre la cause du Roi, que par un excès de zèle^ et que Buona^parte na pas eu d'ennemi plus opiniâtre; que f ai été invariable dans mes opinions.

C'était dire en propres termes au ministre de Prusse : Je ne puis pas, en la réponse que je vous

transmets , donner tort au ministre de mon souverain ; mais à cette réponse je joins une noté irrécusable de la police , qui , en proclamant l'innocence de Fauche, dépose contre l'injustice du traitement qu'on lui a fait éprouver.

. Trop délicat sur les nuances pour en exiger davantage du ministre du roi do France, et appréciant tout ce que la position de M. de Talleyrand comportait de pénible en pareil cas, M. le prince de Hardenberg, en me faisant passer la lettre de M. de Talleyrand et la noté de la police, ine fit l'honneur de m'écrire en ces termes : .

Paris, 26 août ï8i5.

ce Monsieur ^

a Je votis transmets la copie d'une lettre que * M. de Talleyrand vient d'adresser à M. le comte « de Goltz, en réponse à celle que ce ministre lui «avait écrite, relativement à votre arrestation. « Vous verrez , Monsieur , que la cour de Frarwe ce rend parfaite justice à la loyauté de vos sentia mens , et que ce n'^st qu'à un malentendu que ce vous devez attribuer les désagrémens que vous « avez éprouvés.

« Recevez , Monsieur, à cette occasion , l'assucc rance de ma considération parfaite ,

« Signée UE PRINCE DE HARDENBERG. »

Siv coXDBiè le marquait le prince, la cour de Frafice rendait parfaite justice à la loyauté de mes sentimens ; si mon souverain et son ministre devkieot être, diplomatiquement parlant, satisfittts (f une explication qui attribuait à un malentendu les désagrémens que j'avais éprouvés , devais-je et pouvais-je l'être de voir qu'une avanie qui avait été aussi publique , allait être assoupie dans ie isecret du cabinet?

Et le perfide et frauduleux post-scriptum de Gand était-il justifié? Non certes! L'odieux en restait à la charge de ses vrais auteurs. Or, rien n'était effacé ni réparé ; mais tout était pallié , grâce, aux formes flexibles de la diplomatie. Tou^ tefbis^ en réfléchissant que M. le prince de Hardenbe'rg ïnéttait à ttia disposition, non seulement une lettre aussi positive que celle qu'il m'avait fkit Phônnieur de m'adresser, mais encore la lettre officielle du ministre Talleyrand , et la note si essentielle du ministre de la police générale, je jugeai que son intention ne pouvait être de m'imposer silenlcesur cette affaire, et que mon honneur était intéressé à faire un appel à l'opinion publique, à la première occasion. Si je différai , ce fut à cause de fa gravité des circonstances politiques de l'époque. N'était-ce pas le cas d'étouffei* ou de Suspendre des ressentimens personnels,

38o MÉMOIRES

pour ne m'occuper qu*à concourir, pour ma

part, à mettre un terme aux calamités de la

France?

L'anxiété , la crainte , les soupçons assiégeaient le gouvernement du Roi ; la position de la France était a£Preuse; on commençait à s'apercevoir que, mettant la politique à la place de la générosité , les alliés voulaient user de tous les droits de la victoire. Paris présentait l'image d'une ville conquise. Des canons étaient braqués vis-à-vis du palais des Tuileries. Tout Français , de quelque parti qu'il fut, versa des larmes amères à l'aspect de cette humiliation cruelle. La partie de la nation qui n'avait participé ni à l'explosion , ni aux excès des cent jours, allait en supporter le, châtiment , et partager la honte que tous les momens , tous les objets devaient accroître.

Quinze jours après l'entrée de Louis XVIII dans sa capitale, la majorité de la France ne reconnaissait plus que son Roi; mais le passage d'un gouvernement usurpé à un gouvernement légitime fut accompagné de convulsions violentes, surtout dans le Midi, où tout se fait moins par calcul et par réflexion que par sentiment et par enthousiasme. D'un autre côté , le parti vaincu montrait toujours la même exaspération et la même audace; et cherchant un point de rallie-

GoQgle

DE FAUCHE-fiOREL. 38i

ment , il croyait l'avoir trouvé dans Tannée de la Loire : il lui fallait toujours un chef, et des vœux impies rappelaient encore Napoléon. Hors d'état, après son abdication, de renouveler la lutte, il se crut libre; et, arrivé à Rochefort, tout moyen de gagner la haute mer lui fut ravi. Cet homme qui , le 1 7 juin , inspirait encore tant de terreur, se mettait, le 17 juillet, sous la protection d'une puissance qu'il n'avait cessé , pendant tout le cours de sa vie publique, d'attaquer et d'insulter. C'est ainsi que, sous lé refuge du pavillon blanc , il termina à bord d'un vaisseau anglais sa fatale évasion de l'île d'Elbe. L'Europe demandait aux solitudes de l'Océan un dépositaire plus fidèle; Sainte-Hélène fut choisie. Telle fut la dernière scène de la vie politique de Napoléon. Ne pouvant plus soutenir le poids de son rôle, il s'était éclipsé, laissant encore une fois Louis XVni légataire universel des maux qu'il avait attirés sur la France.

Les puissances ayant notifié qu'elles étaient en état d'hostilité contre l'armée de la Loire, un acte de l'autorité royale déclara que cette armée serait réorganisée, et licencia tous les autres corps levés depuis le 20 mars.

Cependant tous les esprits étaient pénétrés de l'idée que le trône avait été renversé par une

38a MÉMOIRES

grande conspiration , et toute la France royaUste en demandait justice à grands cris. Le Roi, qui avait repris les rênes du gouvernement en présence des souverains et de toutes les armées de l'Europe, reconnut que le châtiment des coupables ne pouvait plus être différé , et qi^'il n'appartenait qu'à lui de les désigner. Son âme, supérieure à la vengeance, réduisit à un petit nombre les prévenus que les lois devaient pour^suivre , ou que l'exil devait atteindre.

C'est ainsi que la reddition de Buonaparte, l'ordonnance du 24 juillet, l'arrestation du maréchal Ney et du colonel Labédoyère, la spumisr sion de l'armée de la Loire , son licenciement et le désarmement des fédérés, marquèrent le rétablissement de l'autorité royale. Mais un parti au désespoir agitait et troublait encore la nation, de sorte que le gouvernement du Roi se trouvait placé entre les dangers du dehors et les mécon* tens de l'intérieur. Les plus zélés serviteurs de la couronne lui cherchaient des conseils et des appuis parmi les hommes éclairés par l'expérience, et qui avaient l'habitude de la révolution. M. Iç duc d'Havre se mit de nouveau en rapport avec Barras, qui était rentré à Paris peu de temps avant la bataille de Waterloo. Tout ce qui me reste à dire encore sur ce personnage s'explique

DE FÂUCHE-BOREL. 393

naturellement pac la liaine profonde dont il était animé contre Napoléon , sa famille et ses adhé^ rené. Tel fut le vrai mobile qui le porta , avant et' après le 20 mars, à vouloir servir les Bourbons. Avant même que le B.oi eût fait sa seconde rentrée dans Paris, il avait fait passer à Sa Ma«jesté, soit à Arnouville, soit à Saint-Denis, par Fua^termédiaire de M. Tropez de Guérin, plusieurs Mémoires, notes et observations politiques sur les circonstances du moment, et qui funent mis sous les yeux du Roi. Consulté ensuite par Sa Majesté sur les moyens qui seraient les plus convenables pour parer à la crise, il fut d'avis d'appliquer la peine du talion aux fauteurs du aà mars, afin d'indemniser les puissances, et dîépargner à la nation les frais de la guerre. 1 II e&t assez remarquable que Blucher donna le même conseil.de faire payer les frais de la guerre à' tous les personnages qui s'étaient enricbis. par ht révolution, et qui se trouvaient à la tête des aBaires sous Buonaparte, ne trouvant pas juste d'en faire peser tout le poids sur le peuple. Il disait avec sofi accent germanique, et je l'ai entendu mpi-mémè : <c Puisqu'on veut rétablit lès <r Bourbons, il faut les mettre à l'aise, et né pas ft leur laisser des embarras dont ils ne pourmient « se tirer qu'en imposant la natioft d'unèmanière

a onéreuse; et je ferais payer les frais de la guerre

« à cent b »

Barras continua de donner des notes. Pour qu'on ait une idée de la nature de ses conseils , et en même temps de la nature de ses rapports avec la couronne , je vais transcrire ici sa note du 3o septembre i8i5, remise à M. le duc d'Havre pour être placée sous les yeux du Roi. C'était au moment du changement de ministère qui amenait le duc de Richelieu à la présidence du conseil.

« Sire,

« n y a près d'une année que, par ordre exprès « de Votre Majesté, j'avais prévenu M. de Blacas « des malheurs qui affligèrent Votre Majesté, et ce déchirèrent cruellement la patrie.

<c Je ne parlerai pas aujourd'hui aussi positivece ment; je me permettrai seulement quelques « observatiqns qui méritent peut-être quelque a attention de Votre Majesté.

ce On répand que le gouvernement anglais ayant ce blâmé sa légation à Paris d'avoir négligé de souce tenir les ministres, et laissé prendre dans le ce nouveau ministère urie influence à l'empereur iK Alexandre, elle a, de concert avec Wellington,

te résolu de faire paraître un écrit justificatif et « un pamplet peu mesuré.

« On se dit pourquoi j dans le conseil des alliés, « des propositions inconsidérées sur le gouvernece ment français ont été faites , et pourquoi cette « tendance à protéger les plus féroces partisans «de Buonaparte; pourquoi un ministre fameux <c sous cet usurpateur disait pour tranquilliser « tout le monde : Nous le tuerons.

« J'ai cru devoir accepter deux conférences « avec un membre du conseil du roi de Pmsse '. « On a mis en avant les idées libérales de ce goucc vernement, qui marchait actuellement sans li- « sières; les craintes que la maison de Bourbon «ne puisse régner en paix, si celle d'Orléans a (dont on n'a pas une haute opinion) avait de m l'influence; si enfin le fils de Napoléon réunis- «sait un grand assentiment chez les Français; a qu'il avait pour lui les homrnes compromis, et « peut-être des appuis respectables. Je me suis à <c peu près assuré que les circonstances détermi- « neront la conduite ultérieure de certains alliés; « des regrets sur le passé, des espérances sur « l'avenir, et toujoui's ime tournure propre à je-

' M. de Beguelin, secrétaire intime du prince de Hardenberg, que je mis moi-même en rapport ayec M. le général Barras.

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