TOME IV, a
4o2 fifÉMOIRËS
Buoqaparte, qui vous dictait vos lettres et vos réponses.
Vêyrat n*a pas été gorgé d'or par vous; c'est vous qui tous les jours demandiez de l'argent à Veyrat, qui en feceviéz de la police de Dubois, et de la police de Fçuché et de Savary.
. Le comité t^oyal j pour lequel vous dites vous être ruiné , n'a jamais existé. C'est une invention de votre perfidie pour mieux servir Buonaparte , et tirer de l'argent de l'Angleterre.
Mon neveu, qui voits a été adressé à l'occasion de ce comité, fut circonvenu, trahi, livré, fusillé par vous, et vous avez touché le prix de son sang !
Voilà ce que je pouvais répondre à Perlet.
Il n'appartenait qu'à l'autorité de connaître de l'étendue de la trahison et des crimes de Perlet envers le gouvernement royal, lorsque Perlet était à la solde de la police de Buonaparte; mais Perlet dans quatre Mémoires, tous quatre entièrement écrits de sa main et signés de lui, ainsi que dans un imprimé daté du 22 février 1816, et également signé de lui, ayant fait circuler dans le public, contre moi, des calomnies si monstrueuses, qu'elles tendaient à me faire perdre l'estime de Louis XVIII , et peut-être attirer «ur moi la défaveur de mes concitoyens et la haine des Français; Perlet enfin, par une escroquerie
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marquée au coin de la scélératesse, m'ayant soutiré des sommes énormes ' , sous le chimérique espoir d'arracher à la prison et à la mort Charles- Samuel Vitel, mon neveu, qu'il fit mettre en prison lui-même , et que lui-n9éme conduisit à la mort; j'usai de tous les moyens que la loi mettait en mon pouvoir pour obtenir une réparation éclatante de sa diffamation, et la restitution des sommes qu'il m'avait extorquées; je saisis les tribunaux de cette affaire, et j'appelai Charles Perlet, ancien journaliste, qn police correctionnelle.
En même temps je publiai contre lui un Mémoire signé par M. Lombard de Langres, avocat.
a Les mains encore fumantes de sang, disais-je a à Perlet, tu cries au Dieu de vérité : Punis • fumoij mon Dieu, si je suis coupable!
(cSois exaucé, Perlet, c'est aujourd'hui . que <f ton supplice commence; tes écrits sont ton a arrêt, leur publicité fera ton infamie.
« Te démasquer ne sera pas le moindre de mes (c services à Louis XYIII; c'est arracher le dard à « la vipère, qui plus d'une fois s'est dressée dan$ « l'ombre pour le piquer. »
Quand je pubUai mon Mémoire contre Perlet,
' Outre les six cents Ioibs destinés & procurer la liberté de mon neveu.
4o4 MÉRTOIRES
je me tins pour assuré que j'allais me heurter
contre trois tortes de puîssaiices :
Les fidèleà de Buonaparte , pour qui c'est un crime irrérriissible que d'avoir participé au renversement de* l'idole;
Les partisans de M. de Blacas et de M, de La Maisio*îft>rt aux Tuileries, dont 'le nombre, il est vrai, diminue chaque jour ;
Et lès honàmeà qui tte mfe pardonnaient pas d'avoir conquis aux Bourboiils , Pichegrû, Moreau, Berthier et BàrraJ.
Je me savais donc en butte à la haine des premîerÀ ; à la malveillance et à la morgue intéressée des seconds, et aux reësentimens de ceux-ci.
Il ne tnë restait qu'un moyen de salut; c'était de saisir lé misérable, de le traîner devant les tribunaux, et; le glaive de la justice teiMè OTf sa tête itopî'e^ de hii âtradier l'aveu de soû érime et de rtitin innocence^
Mais pouî^'én vétiit là^ il më lalMt parler de mÔT, prbiioncét* le libm de Perlet, proférer celui dii Roi, et tnètt^e ftU jour des pièœs comme tombées du cîel en mëàf mains poiir foiidroyer le coupable. ' > :
Lé succfeé passât inoti efepérâttce. >
Perlet .feit traduit par moi au tribunal de première instance du département de la Seine, séant
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att Palais de liistice à Paris, çixiéinç chambre jugeant en police correctionpelle. Par un jxfgement préparatoire du lo mai i8i6^ le tribunal ordonna Taudition du sieup Veyrat, et, le dépôt au greffe de plusieurs pièces* Oette cause faisait déjà grand bruit, et les, jçurnaux s'en étaient emparés. « M. Fauche-Borel^ avait dit l'un d'euic ', «M. Fauche^ si connu par.le^ services qu'il a « rendus àla'caqse du Roi, vient d« commencer « contre le sieur Perlet, ancien journs^liste , des « poursuites judiciaires qui jetteront un grand « jour sur les moyens quç, la police ^e Buonaa parte employait pour faire tomber dans ses «pièges les hommes les plus estimables et les « personnages les plus iUustres.
« M. Faucha établit daps son Mémqire que le K sieur Perlet, feignant de concourir, au rétablism sèment de la maison' de Bourbon, a entretenu «avec les ministres du Roi?, pefidant plusieurs «cannées^ une çorresiponda;nce qu'il soumettait ce préalablement à Buoua parte ^l, et qujE; Buona^ « parte dicta souvent lui^m^me* ,
« Tout était combiné, dans cette perfide corresr « ponda^ce, de manière à attirer en France les « royalistes les plus dévoués afin de les livrer à
' Jourml des Campagnes et des Filles y numéro du 17 avril*
4o6 MÉMOIRES
« leurs bourreaux. Ce fut dans cet horrible espoir « qu^on voulut même y faire venir un prince de cela maison royale. Ce n'était pas assez pour «l'usurpateur, que d'avoir, par le plus odieux « assassinat, rendu inévitable l'extinction de l'ila lustre maison de Condé, il lui fallait une autre ff victime du sang de nos rois.
« Perlet, qui écrivait sous la dictée de Buona- « parte aux agens de Louis XVIII, leur fit croire «r long-temps qu'il existait à Paris un comité royal « composé d'hommes très marquans , qui n'at- « tendaient pour se déclarer en faveur du roi « légitime que la présence d'un grand person- € nage; enfin, il ne s'agissait de rien moins que ce de faire tomber dans un infâme guet-à-pens un ff fils de France, et le Roi lui-même!
«Cette odieuse trame a continué jusqu'en <K 18149 et les agens de Buonaparte la suivaient «encore la veille de sa chute! Lorsque cette « chute fut assurée, ils firent tout pour ensevelir « dans l'ombre d'aussi horribles forfaits; mais si « l'on pouvait douter de la justice divine, quelle « preuve en serait plus convaincante que la « découverte presque miraculeuse de la corres- « pondance qui établit tous ces faits? Cette cor- « respondance a duré plus de dix ans.... M. Fauche (( appuie toutes ses assertions par des reçus et
« par des lettres de la main de Perlet lui-même; « il annonce que les originaux de ces pièces sont u déposés chez le notaire Damaison dont il in- (c dique l'adrtôse; enfin tous les faits sont établis « d'une manière si péremptoire, que nous ne « voyons pas qu'il y ait pour son adversaire <r d'autre moyen de défense que de nier son écri- « ture; et encore M. Fauche a prévu qu'il pour- « rait avoir recours à cette dénégation, et c'est jn pour lui ôter ce dernier moyen qu'il a joint à « son Mémoire \e fac-similé d'un reçu que Perlet «fit au préfet de police, le 10 octobre 1806, « pour une indemnité de quinze cents francs, a Ceux qui connaissent son écriture seront ainsi* « à même d'examiner et de vérifier.
« Il doit résulter de cette procédure extraordi- <x naire, que M. Fauche est un calomniateur bien ce audacieux , ou que Perlet est un des monstres <c les plus horribles qui aient déshonoré l'huma- « nité. »
Le tribunal, présidé par M. Chrétien de Poli, se réunit le 17 mai, à une heure, en présence d'un auditoire nombreux, dans la salle des audienices de la cour prévotale. Perlet était placé sur un tabouret au-dessous du banc des juges; sa figure était trèsanimée. « La sérénité de M. Fauche- « Borel , dit le lendemain le Mémorial ^ en rendant
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a compte de l'audience , ne nous a point paru ce troublée. »
On donlm lecture de$ plainte^ des parties en présence des témoins Veyrat, le maréchal-decamp Desnoyers 9 et le général Daoican. Les téli^ins s'étant retirés, M. le président, Chrétien de Poli, fit prêter interrogatoire à Perlet. II parut accablé par la lecture successive des pièces.
Le président m'interrogea ensuite sur Vaccu- ^tion de calomnie intentée contre moi par Perlet. Je me bornai à répéter les faits contenus dans ipion Mémoire, et j'ajoutai : « Lors de mon pre- « mier voyage à Paris, je dis à Perlet, chejs qui je a logeais : iJe connaîtrai l'assassin de mon neveu; « fut-il au fond des enfers , j'en tirerai vengeance, a C'est pour se soustraire à cette vengeance que « Perlet a cherché à me perdre. »
Le président. « Avez-vous la preuve que le coct mité royal n'existait pas ?
a R. J'ai la preuve qu'il était composé de Buo- «tîaparte, de Fouché, de Veyrat, de Dubois et a consorts.... »
M. Berryer père, mon avocat, pria le tribunal de vouloir bien interpeller le sieur Perlet de donner la clef de certains noms contenus dans la correspondance. % Quel est Fietra?
aiî.LouisXVm.
«Z>. Bourkc? ;
<c ^. Moi , répond Perlet.
«/>. Gigoux? — B. Moi.
«ZJ.Cbarlès? — ^. Moi.
« D. Fraatz ? — R. Moi.
« D. MaradaB? — ? iî. Je ne jn'en souviens plus.
« /?• C'^st un nom fort importiant; vouô devez a vous le rappeler* »
- Après avoir 16ng*temps cherché dans sa mémoire, Perlet consulta son dossier et nomma Fouché.
M^ Berryer. « Nous sommes d'accord. Je dea manderai encore à M. Perlet, aujourd'hui que a c'est un titre d^honneur d'avoir servi la cause (t royale , de nous dire quels éta^nt les membres « de. son comité royal.
<S( Je l'ai dit au ïloi à Londres, répond Perlet; a je ne le dirai qu'à lui seul; cela est de la plus <c haute importance. »
Le président insiste. « Non , reprend Perlet , j'ai « donné tous les renseignemebs nécessaires à mon <c défenseur; je ne veux rien ajouter. »
M^ Berryer, s'adressant au témoin Veyrat :
«Avez -vous connaissance d'ordres donnés par a Buonaparte à Perlet pour le voyage de Londres?
« B, J'en ai une parfaite connaissance : il y fui « envoyé par le ministre, qui lui donnu pour cela
4io MÉMOIRES
« cinq ou six mille francs. Il n'en était pas cona tent, à raison des risques qu'il courait. A son a retour à Paris, il se séquestra; il ne voulait voir « personne, pas même sa femme. Le rapport fut « repis à M. Desmarets ; une copie a été transa mise à la préfecture de police. »
M^ Berryery à Veyrat : « Vous avez eu sous les <c yeux toute la correspondance de Fauche-Borel;' « je vous demande de déclarer si, dans cette corce respondance, vous n'avez rien observé qui ait ce signalé une déviation de ses devoirs sacrés? » ^
Veyrat, « J'atteste que je ne puis donner que « des éloges à son zèle et à son dévoument con- « stant pour la cause royale. Ce que je dis ne « pourrait pas paraître suspect, si le carton qui <c concerne cette affaire était mis sous les yeux « des magistrats. » Veyrat observe qu'il avait invité M. Pasquier, alors préfet de police, à faire inventaire des pièces contenues dans le carton qu'il lui apportait d'après ses ordres ; mais que M. Pasquier répondit que cet inventaire était inutile.
Perlet reconnut avoir reçu de Londres huit à neuf mille livres sterling. *
Pendant cette Ipngue déposition , l'indignation du public se manifesta plusieurs fois par de vio* lentes rumeurs contre Perlet.... ^
DE FAUCHE-BOREL. 41 r
Je venais de lui arracher le masque. Les dépositions, les interrogatoires, et la confrontation des parties entre elles et avec les témoins, avaient jeté le plus grand jour sur cette affaire. Il n'existait plus de doute sur tous les faits à la charge de Perlet. Confondu, balbutiant, et forcé de rétracter ses dénégations, il chercha des moyens d'excuse dans des allégations telles , que M. le président lui fit observer qu'elles ne faisaient pas honneur à sa délicatesse.... (c Je le sais m bien , » répondit Perlet en soupirant.
Le président déclara les débats terminés, et continua l'affaire au lendemain pour entendre les avocats.
Le lendemain, tous les journaux rendirent un compte plus ou moins détaillé de ces débats. « Le a général Danican et Veyrat , dit le Mémorial y a onli'rendu un éclatant témoignage à la probité « de Fauche-Borel et à son dévoùment pour le « Roi. Veyrat a déclaré que lui Veyrat avait servi « de bonne foi la cause impériale avant l'abdicaation de l'usurpateur; qu'il avait accordé une a place d'espion à Perlet sur sa demande ; que ce jamais il ne. s'était entendu avec lui pour servir a la cause royale ; que Perlet n'avait point servi «cette cause; qu'il avait, au contraire, rempli « avec zèle sa place d'espion de Buonaparte; que
4ia MÉMOIRES
« c'était pour s'en rendre digne, et tirer de Farce geiit des deux côtés , qu'il avait imaginé son «comité royal, qui n'existait j>as, et tous les « contes bleus qu'il avait faits à Fauche^Borel ; et c que ce dernier n'avait été signalé à la police dé «Buonaparte que comme un serviteur zélé et «courageux des Bourbons. L'auditoire n'a pu « retenir un mouvement d'approbation en écou- « tant cette dernière partie de là déposition de « Veyrat; » -
Un autre journal * s'était attaché à donner une idée de la nature de ces débats. « Les débats de «cette affaire, dit-il, présentent un tableau hi- « deux de la perversité humaine. Un homme met « sa conscience à prix pour faire tomber dans les « mains du tyran qui oppriroail: la Frapce, son « Roi, sa famille, leurs agenSi Sous le masque de « la royauté, il se rend auprès de son souverain , «cherche à gagner sa confiance pour la trahir; il « reçoit des sommes considérables pour servir la « plus juste des causes ; il les eniploie à ses pro- « près besoins. D'un autre coté, il se vend à la « police de Buonaparte pour en retirer un vil sa- «lairè; il fait venir de Londres un malheureux « jeune homme qui se dévoue à la cause de son a maître , pour le livrer à la mort.
' Le fidèle Ami du Roi.
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a A force de forfaits, il gagpe de Targeût.
a Le sieur JFauche-Borei a cru qu'il importait à <c son honneur de lever le masque de Perlet, qu'on « a vu, depuis la première entrée de Sa Majesté, « faire antichambre chez les grands de la cour, <c demander la récompense de sa/idélité au princ^e, a de ses services signalés, faire et défaire les ré- « putations, et présenter avec perfidie des projets « de haute police contre les scélérats qui travaille laient au retour d'un despote sanguinaire dont a il avait été l'un des agens secrets les plus actifs.
M B €Slt donc révélé ce Sf cret plein d'horreur. »
Ce Jour-là même, on se po;*4ïi en fpule à l'audience. On voulait voir si Perlet, accablé la veille par les dépositions des témoins et par ses propres écrits, aurait encore l'audace de braver le mépris et l'indignation publique, ou 3'il opposerait enfin à son adversaire ces puissans moyens de défense qu'il annonçait depuis, si long-tempe^ et qu'il ne produisait jamais. L'attente du public fut trompée; Perlet ne parut point; son conseil même était absent Getf^ désertion aôheva de fixer l'opinion publique,, et quel que dût être Je jugement du tribiinaU Perlet n'était déjà plus^ aipt yeu?t.4© tou^iceu:!: qui avaient suivi cette
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affaire^ qu'un des plus vils agens du plus fourbe
çt du plus sanguinaire des despotes.
La parole ayant été donnée à M^ Berryer, mon avocat : « Messieurs , dit-il après la lecture de ses 9 conclusions, si le sieur Fauche-Borel n'avait pas <i été victime des délations sourdes de Perlet; s'il a n'avait pas vu succéder, à la considération que « lui avait acquise vingt ans de services et un adévoûment sans bornes, les préventions les « plus outrageantes, le blâme et la réprobation; « si, au lieu d'obtenir les récompenses auxquelles « il avait droit de prétendre, il n'eût été chargé « de fers et plongé dans des cachots, au moment a où il était porteur de dépêches augustes et con- «solantes, il n'aurait pas recherché les causes (i secrètes de cette animadversion ; il n'aurait pas c( employé tant de soins à recueillir tous les docu- « mens d'une trame odieuse , encore moins à a poursuivre un homme que ses propres perfidies «r ont conduit à sa perte. Mon client ne se dissi- « mule pas enfin ce que la majesté royale corner mande de circonspection respectueuse ; mais il a doit à sa famille, k ses concitoyens, à son Roi, <c à lui-même, une justification solennelle. Il a été <» forcé de rendre plainte ; il devait une satisfaca tion aux mânes de son infortuné neveu; il de- « vait réclamer la restitution du prix cruellement
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ec détourné du sang de ce neveu chéri. 11 fallait « de si puissantes considérations pour vaincre la « répugnance qu'a dû éproijver Fauche-Borel à « parler de lui devant les tribunaux et devant le « public.
« Je n'ai plus rien à dire sur Perlet; il est con- « vaincu par les débats. Nous avons déjà la preuve « des deux chefs de plainte dirigés contre Perlet, « l'escroquerie et la calomnie : mais tout n'est pas <c dit pour l'homme qui a servi la sainte cause du oc Roi. La femme de César ne doit pas même être « soupçonnée. »
Ici mon avocat s'attacha principalement à faire connaître la personne et la conduite de son client, donnant lecture de divers témoignages honorables dont j'étais porteur; et pénétrant ensuite dans l'historique de la cause, il appuya chaque fait par des pièces authentiques.
Lorsqu'il lut la lettre d'adieu de l'infortuné Yitel à sa famille, avant d'être fusillé, cette lettre, qui souleva l'auditoire d'indignation contre Perlet (absent), fit verser des larmes de regrets et de compassion sur la fin tragique d'un jeune homme si dévoué à la sainte cause pour laquelle il allait verser son sang.
. Passant ensuite au calcul des sommes reçues par Perlet pour prix de la tête de Vitel :•« Et par
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a une rare audace, s'écria- t-il, le 3 avril, la veille « de la mort de Vitel , Perlet écrivait encore pour « la troisième fois à Fauche de déposer à Londi>es <ï six cents louis pour sauver son neveu , six cents « louis qui avaient été, dès le mois de mars, vera ses aux mains du banquier par lui indiqué..^ <x II a la dépouille de sa victime , et , ses mains « encore teintes de son sang, il reçoit de l'onde aune somme considérable dont il ne pouvait «c faire l'emploi promis, mais dont il détourne à «son profit la destination. Quels forfaits! quelle « perversité !» '
Après avoir établi ainsi l'escroquerie, mon avocat donna une idée des dommages faits à la réputation et à la liberté de son client par les calomnies de Perlet.
(n Ce Perlet-, dit-il , était parvenu à surprendre a la confiance d'un ministre du Roi. Et quels sont <c les ministres les mieux intentionnés qui ne sont « pas trompés? Il avait dépeint M. Fauche comme « ayant servi Bdbnaparte ; il avait même osé « écrire cette affreuse calotnnie dans des Mé* <c moirés manuscrits produits devant les membres «t de Ja commission nommée par le Roi. Le <ï diVai-je ? les avenues du château éont presque « interdites à mon dlient ; ses jiistifications res- « pectuéuses adi^essées^ au Roi ne [^rviennent
DE FAEJGHE-BOREL. . i%i
tt pas. A Gaiid , iïésî arnété; oondait dan$ les pri^ «sons de Brin;€Ue6,'il n'en sort qtte par FtDtër*^ (c -cessîoii de 9on deaverain, le roi de Pmsae, qiri^ «c dam tous les temps y a rendu hommage à la tt pureté de son dévoûment à la famille des Bonn* «bous.... M. le comte de BJacaa â cru trop faci- <K lement Periet; il ne oonnaissait pas ses forfaits; tr il \e croyait attacbé au Roi..., loi qui faisait k assassiner ses agens, et s^était vendu à Buoua* « parte pour frapper même son légitime souve«* « rain. M. de Blacas a été trompé.... C'est ce pen» t fide et méchant Perlet, source immozkie de la «e calomnie et de la méchanceté ^ c'est ce has et tU <» agent de toutes les polices de fiaonaparte, cet « assassin salarié de Fabbé de Bassinet et du jeune « Vîtel^ qui a cherdié à ternir la réputation du « Jeripe et mfetigable royaKste qui a a£&onté tous « les dangers , soit auprès de Pichegni , soit auprès k de Moreau , pour coopérer à rendre aux Fran-» « çais le meilleur et le phis tendre des pères.
« Je ne veux pas , ajouta M* Berryfcr, qu'il reste u dans Fesprit de qui que ce soit le moindre V soupçon sur cette imputation ùàte à Fauche, k sortie deFâme noire et prononcée par la boudie «de toute impureté de Perlet; : Fauche a ser\4 ^Buonaparte. .
« ]^ lettre do ministre de la poUcfit générale ^
4i8 BIÉMOmES
« provoquée par les ministrea dé S. IML ie roi de «Prusse, atteste .qu'en, tout temps Buouaparte a n'a . jamais ' eu d'ennemi plus opinicUre qut fc Fauche.; quHl est resté inpunable dans ses fi opinions. j <
or Fauche veut phis; il dégage les ministres, en oc ce qui le concerne, des obligations que cornt mandé le secret de leurs opérations» Il les invite « à. mettre sous les yeux du tribunal le carton du « voyage de Perlet à Londres, et leur correspond crdance; puis ce livre où sont inscrits les noms 4c de ceux qui se sont dévoués au service de la (( police; enân , le regîâtre du salaire qu'ils rece- « vaieùt...... Oui, Fauche -Borel, dans la vue
<t d'aplanir) tous obstacles à œs révélations, a « déolai^iet dédâre solennellement relever leâdits «dépdsitaires'de tous empéchemen s qu'ils pouTr c( raient: adn^ttre:par scrupule dans ces révéla- « tioiïs , les déliant d'avance de l'obligation du « secret qu'ils croiraient lui. devoir, ccmime à un a agent conâKenttel./.. Que l'ouTapporte donc ces a registres et ce fameux carton d'espionnage^ Ce « n'est point ici une for^nterie : il existe, ce car- «ton; il a été mis à la disposition, deM Je i^aron « Pasquier, aloVs préfet de police , successeur de <c Dubois, et aujourd'hui ministre d'État. . Ce c< carton est, bu dans les ;mains de M^ Pla^uier,
« ou dans celles de la police; qu'on le rapporte, « ce carton, et qu'on juge d'après les documens « secrets qui y sont rassemblés. La déclaration de «M. Pasquier, investi, de la confiance du Roi, <c serait ici d'un grand poids!.... »
Oui, m'écriai- je moi-même, en présence de mes juges , oui , c'est dans ce carton que Sa Majesté trouvera les choses et les hommes , lés bons et les mauvais, la franchise et l'hypocrisie!....
« Ce carton , si on pouvait le représenter, ajouta a mon avocat , l'on jugerait alors encore mieux « de l'atroce accusation de Perlet, qui n'a imaginé « cette infernale inculpation que par esprit de «récrimination.
<f Veyrat a tout su. Vous l'avez entendu , mes-^ ce sieurs, il a donné des pièces qui prouvent la «scélératesse de Perlet, plutôt encore pour sa « propre justification de l'assassinat de Vitel que (c lui imputait Perlet, que dans l'intérêt direct de «Fauche. Eh! ces piècfes que Perlet croyait sup- (c primées forment une, masse de lumières. dont « Periet a craint le moindre rayon.
« Fauche s'est trouvé entre des écueik : votre «impassible justice, magistrats^ va le conduire: «au port. » .\. '
Tel fiit le plaidoyer de mon. avocat, qui , pendant trois heures , occupa et soutint l'attention d'un nombreux auditoire. '
4ao MÉMOIRES
M. le ptésideat appelle en vain Perlet et soif défenseur : on cherche , on demande Perlet, il ne parait pas,. il ne répond pas; son défenseur garde le même silence. L'audience est levée, et la cause continuée au vendredi suivant, î»4 *ïï2ii-
Après avoir rendu compte de cette audience remarquable, le Journal général de France • s'exprima en ces termes : «Tek sont les faits exposés « par M* Berryer à l'audience d'aujourd'hui; ce» a faits, appuyés de pièces justificatives, sont de « nature à mettre dans le plus beau jour le caa ractère et la conduite du sieur Fauche-BorcJ. « Il attend le jugement du tribunal pour dissiper a les funestes préventions conçues par M. de « Blacas, et communiquées par lui à Sa Majesté, ce M. Riffé, substitut de M. le procureur du Roi , a portera la parole vendredi prodiain. »
rétais plein de sécurité; ma cause était gagnée devant l'opinion publique. L'intégrité de mes juges, et celle du substitua du procureur du Roi, m'était connue; j'étais loin de penser qt^ mes ennemis chercheraient à influencer, par d'insidieux prétextes, l'organe de la loi, afin que le triomphe de la vérité ne fut pas pour moi sans mélange.
Je savais bien que, par l'effet des mêmes pré-
' Du 19 mai 1816.
DE FAUCBB-BOAEL. <^i
^euti0net (fui^j^maiont JML dis BfàeAê contre moi, M^ le icfaanodie^ de France ne «d'élaît pas favo^ riable; iriais je avivais ausai que d^s pi^ventions jne pOuvaieiit avoir sur uae question de fait ^ d'équité, et suir une question judiciaire, aucune 4>râe, lii altérer tn rien Tîntégrité reconnue des ih^ts de la justice et di$s juges. Aussi ^.ities eaao- «ois, att^tifs à ce qui se pastoit alors, «t rédoutant mou tnon)pber<XMnpliet autant que leur propre OQndanin^tipti ^ entreprirent^ils 4e modifier udiqwmeiit dans un sens moral et politique l'opinion du majgistrat qui, dans mon affaire, était lipi^lé à être l'organe de la loi, voulant le porter ainsi à lancer contre moi une censure publique^ une sorte d^ua/théme^ sùui prétexte qu'm su^itaot ce fvrociès j'avais compromis. la dignité royate^ Le fait est qu'ayant l'audii^uce, M. le. ibarqms de Lamoiguon fut envoyé à M. h ^ubstitilt du procureur du IUh ; qu'il passa plus d'une heure dans son cabinet; ^t que ce fut au aortir de «i^ette cciiàfér«nce mystérieuse que ce magistrat, i^obu «de la raison d'État, tint armé de sef £pudres pour tonner contre.le vainqueur dins cette lutte jvidipiaire.
Nous touchions au dénoùnuint de ce drame épouvantable : l'audience 4u a4 mai s'ouvrit en présence d'im public iiombreux.
4aa MÉMOIEGS
L'orateur de la loi allait parler ; nuus ce à quoi je ne me âisse attendu jamais; c'est à son impro^ batton: ^ etfet, rien de moins en harmonie avec ses conclusions que sa côiiduiie durant Tinstmction du procès. '
A f entendre presser mon adversaire de ques*tions, à la manière dont il avait forcé le coupable de restituer la vérité à la justice ^ on eut dit que M. le substitut du procureur du Roi était plus jaloux que moi de voir jaillir mon innocence du sein des débats, pour la prodamer ensuite luimême et ne rien laisser à désirer dans mon triomphe. Dans cette étrange affaire, d'fi^illeurs, on avait vu les magistrats épouvantés/ sur leum sièges, de la noirceur d'un Perlet, soulevés en ma faveur par la franchise de mon détournent; on les avait vus se dépouiller involontairement de leur impassibilité accoutumée pour s'identifier avec moi, et jusque dans le sanctuaire de la justice l'auditoire m'applaudir en battant des mains.
Au jour décisif, il n'en fut pas de même de M. le substitut du procureur du Roi;, prenant la parole : « Une union exorbitante de iiomss, dit-il, <c qui ne devaient jamais être rapprochés, a du, ec dans ce procès, exciter ^otre ind^nation; ce a qu'il y a de plus noble et de plus auguste s'est <c trouvé en contact, par la parole, avec ce qu'il y
DE FAtPCHK-BOREL. ^^
«r à de pltw 1^ .«t'de plus^âégt-attéi: Û nèftii éaTibi « a été pt*df&é'kYéc.èeliii «é P^lW. Qui^^a orè? « le siéuf ' Fâèclie^iBdrtl-, 'et , dJMS^tè dèvbir^ de « notre ihiuii^fère , nous sommée ôbligè'de'lut eti <r adresser publiquemeiîit le reprobhe. » ' '
icijé vais puîseï^, dahs la rëpoïièe (Jiiè'j*àd«*fcSàî pende jours après àf M. fitfffr, iiïbstitiit'dé'Mi lé procureur Ak Btii ; ' réponse <jue je^ fis impï-hner et publier; je' Vftîi puiser, dis-je, la rêfiitàtiôii dëh passages de ses ccWK^iisions; qui me conterneti^. CommeiiçoQd par }e premier paragraphe^; yjue je viens xie rapporter. ^ > \ . .=
Eh quoi ! pour arracher un homme à la honte , à FinSamîe, au supplice peut-^tre, il* devient în»dîspensabie à cet homme de raconter un fkh qt& s'est passé entre deux personnages ; et cet homme ne pourra pas raconter ce fait, il faudra qulll subisse la honte, IHnfamie et le siipplicé^ pa^'dè qu'il n'est pas convenable qu'il pi*oWonce enf sentie les jdcux noms des deux personnage^ amxquels ^ rattache ce fait! Et pôtnrqtiôi'eélÀ n'est-il pas dans les convenances ? parce qWé IHih de ijes per^niiages est auguste et^qne l'aûtré^est un scéléraJt. '. '♦ ^'
Étrange renversement des idées et dès chbses! Depuis quand un nom vénéré' est-il i»ouillé par le contact d'un nom eiécré? L'Éciritùre rie nous
4a4 MEMOmm
préseiit^t^lle pia réunis, à <^9que page^ «t te nom €iu prinoedes ténèbres^ et le nom ^i^ <;ei^' ^i^Vî*^ ^ iunfîfffi? Gbaqptiei jour le chrétien. lie demfin<Ieft41f pas à Dieu de le prés^erver des pièges du démon , ^ams qu'il tiemie q» la pensée dô liû impMler CQ rap|U*ocheofieatà irrévérence? Quand le phi^ çbéri d^.roia mourut ass^uwiBét à qitelquç exécration qu'on vouât le monstre, £at4l interdit/ eo nommant Ja victime ^ de nomvfter aussi le bourreau ? ITa^-qn pas dit alors : R^i^illm viemt d'assassiner Henri? ne dit-on pe^ encore aujour*d'hui : Henri IV fut assassiné par. HavaiUac? Tm donc pu dire^, sans proftmaiion., Perlet a tmhi Louift^XYin , Louis XYIU a failli d^étre assassiné par Perlet ; et j'ai pu Je dire awc d'autant plus de confiance que ce n'est pas moi, chose hhm re« marquable, qui ai donné Perlet k Sa Majesté^ amis que c'est Sa Majesté qui m'a donilé Perlet pour svûvre une correspondance déjà entamée dans l'intérêt de fe restauration ^ et qu'il n'est pais dans ma poîssanee de faire que ca qui a été ne soitpa&
Poursuivons ) et laissons parler le sujbstilut de M. le procureur du Roi :
« Quel ^pe soit le besoin de se disculper^ di^il , «qu'éprouvait Fauche <^Borel^ uue idée devadt m l'arrêter dans le choix et dans l'emplloi de se$
DE FAUCHS^BOREL. 4a5
«moyens: I« umnte de prot)Opic»r, hors de sa a véritable pkic«i un Bom sacrée vê novt devait « lui léFiB^ la; boual^e*
K.Iiui ^uîae/vaatê^ et oeFle^i s'ils sônLêéeiSfilB «sont bien beaux; lui qui ûe tante dé tant de «saciifièetpotir la cause da Roi, ne pouTail^â « pàS &àre encére à cdtte <^ame rhomwnge des ii{>eiues iqu'il éprouiiait, et du oiéccMQtentMMiU: « qu'il tsroyait que des calomnies avaient excité « ccHKre Ipi dans le ccenor de Sa Majesté i^ •
«€dmki|ent osft*t41 rendl-e eonfidenf de seti K ehi^rin le pid^He de la capitale , la Frmce eout « entièf^? ne devait4l pas le gatder dans Fiiili<*- « mité de son âme?
«Il parlerait en vain de la tache qu'avait im- « primée sur lui les écrits de Perlet, nous lui dea mandons si le déshonneur peut être le résultat « de la dénonciation d'un Perlet^, et si les alléa gâtions d'un tel homme sont d'un poids assez « grand) doois la bahace de l'opinion^ pour déictruîre la réputation de cehii qui se vante d'avoir^ <( été boiK>ré d'une grande confiance ? s
Je ne laisserai pas passer, d'abord^ cette phrase ttof remarquable et trop remarquée r£nê qtd se vante y a dit AL le sufa^tut^ lui qui se v^atue dp tant^ sacr^€es; et oeiites^ s'Hs sma réds^ ils stmt bi^i beaux.
4a6 MÉMOlRt:S
SUls sont réels! Pourquoi cette incertitude dans vMre kngage, quand ^Ue n'e^t pas danà votre esprit? Non, monsieur, non , vous ne dbUter l^as de la réalité de ces sacrifices ; vous n'en ^vez jamansidMité, et cela parce, que Je Mémoire où je ied'arcoqsignés porté avec lui le eacket de Thon'* nétethooMxie /le 'Cachet de vérité x|uil à'est p^s donné au mensonge de s'approprier. Vous n'en avez jamais douté 9 parce qu'en lisant ceMémoîre vous vous éte3 dit à vdiis-onéme : Celui qui avance de telles choses à la &cetle l'Europe, à la fàèe^de LouiSy ne p^it en imposer à Louis et à r£uiTQ|>e<; iKûlle boucJies crieraient à l'imposture. Yôilài.ce que vous vous êtes dit. Me trompé-je?
« Tant de services . rendus pouvaient - ils être «effacés sur les allégations d'un Perlet? les da- « lomnies d'un Perlet pouvaient-elles déshonorer « Fauche-Borel?»
Chacun s'est deiùandé^ monsieur, et J'ose vops demander à mon toùry^i c'est biân ^érieusràietit que vous vous êtes 'fait à yousrmeme^ wxé semblable questicm ? . :
La preuve que ces calomnies ont pontée cj'est qu'elles étaient à peiae laiù^ées qu'il in'a;été crié de toute part : Justifie* toil c'est que le coeur: du Roi m'a été fermé ; c'est que , malgré.mon entièee
OtE FAVCBm-ÉOBEL. 41^
justifiGàtioD^ rma ne nota encore pt^ûré qifii mt iàt oaM&pt de nduvean. - ; ; ^ !^ ' *
£t il iBe liHaill mépriser les àecùsation^ d'uil Verlet, et jiepa^ lui - répondre! S'il est protr^é qu'en me calomniant Perlet pou*y ait ttie perdre d'honneur, il- ne s'agit^ plu» que de 'savoir si je devais au' Roi le si^rifice dé cet honneur;^ 5^1on vous, il était de mon devoir de renfermer mes châgiiiis dans mon âme,de traîner ma flétrissure, et de laisser -dormdr. mon honneur.
' Mais esfc-il bien' à* vôuè , est-il bien à moi cet honneur doijt vous me recommandiez te isacrificc? Vous êtes magistrat, vous 'êtes Français, monsieur : qu'un imposteur publiti', sur lès forts", crie à vos pairs que voiis êtes un juge prévaricateur, un juge qui' vendez la justice; *tès ^ repousserez -vous la- calomnie? ou; gardant le silence, vous verrait-on chasser de votre siégé, et léguer à vos ëi)fans la honte pour héritage? ■Non, jamais; point de pacte avec ISnfemie.
Tout pour son Roi, tout |joUr lui": ëôû bien /ses sueurs, son sang, sa vie, celle de ses: tofans, tout, vous dis-je , tout,^r^ rAd/2^^2/r.
Un roi qui exigerait dé ^on 'sujet un Sacrifice au-dessus de l'humanité, ne seraît'plusf roi.' ^
Ce n'est pas tout, je poursuis. Dans ùtf magistrat remplissant ses fonctions, la moindue
4»8 mÉMmSLES
parole n'^t pas iodifféretiÉe; ccmiine il est Va^^ gane de la loi, il devient pour ie pttblie PorgâM de la vérité. U 4oit ré^mr itè»-lorft dans tout son lav^^age une rigoureuse drconspwtîcn , et.depc^ dant AL le subelitut, en parlant d'une des ctr^ constances vle$ plus graves de neia cause, kânde se piquer d'eijaotitudet n'a pas crattit de faille planer le spupçon sur ma téte^ . J'avais imprimià , j'aVais dit ^ M^ le substitut du procureur du Roi avait lu, avait entendu ^ que les pièces secrètes constatant le crime de mon adversaire m'avaient été i^emises par le fils de mon rapporteur^ de l'ordre de son père; cepea*dant, feignant 4'ignorer un fait aussi simple;, ausM facile à vérifier^ M* le substitut, cessant de parler au tribunal pour m'adresser directemenl; la parole, s'exprima en ces termes : « Vous avee « voulu vous justifier; mais, pour le faire ^ vous « aves commis l-'indiscrétioa U phis coadamnsd>k^; « voU(S avez fait connaître <les pièces qui deiKSient « rester secrètes; vous vous êtes procuré, /lozi^ « ignoram comment j ce qui était en dépôt entre ff les mains d'une comu|issiou. »
C'est parce que vous n'ignoriez, pas^ et que vous ne pouviez pas ignorer comment je m'étaiis proci»*é ces "pièces, que te doute affecté m'était pi^jjudiciable; il m'était préjudiciable, e» œ qu'U
DE FAUCHB-ieHËL. 4Î9
HoQliait il entendre que cce écrits mystét^leux «^ayaient pu arrirer jusqu'à moi que par 4es vaie^détouroées^dea moyens peu déUoirts; tattd» que leur tvanaœission dans mes mains n'avait rien eu que de simple, de naturel, de conforme peut-être aux décrets de Tétemelle Providenee; qui, ramenant, à miracle, sur le trône de ses pères un roi longuement éprouvé, a voulu, dans sa bonté, lui signaler en même temps^un assa^n caché, pour le préserver à Favepir de toute em*^ bàdie.
Vous le saviez. Pourquoi donc avez-^vous, i mon préjudice, fait pendier un moment la babttee? Pourquoi? Ce n'est pas dans rinférét de mon adverfiaire, assurément; il vous avait im-^ primé trop d'horreur. Pour qui ddnc, si ce n'était pas pour lui?.... Quelque déférence qu^m ma-** gistrat doive à ses supérieurs, les égards cessent où le devoir commande, et la justice que vous rendee aux hommes doit être pesée au pèkb du sanctuaire.
Ce dut être, ce fut donc pour moi une doulou* reuse surprise que d'entendre M. le substitut impronvet hàutonent les moyens dont j^avais cnu devoir feire usage pour atteindre à m» jU9ti« fication:^ me trouver de grands ûoris dans leur publicité.
4)i MÉMCMREi
€ permis; qti41 tloit, pour ainsi dire , être «on- « slÉmiiieiit en garde contre luinsienie^ pcnirne «cfMi9 se rendre indigne d^un t9el honneur, et que « ridée d*étre confident d^un roi malheioneax « attache plus étroitement à la vertu. »
' Oui, sans doute, un roi dans le oialhenr a Quelque chose de sacré*, quelque chose que je ne puis définir, mais qui , plus saint qu« le respect, le recommande davantage à la vénération des hommes. Si rte«i que l'approcher vous inspire un sentiment reKgieux, que sera-ce s'il vous appelle k lui et se communique à tous? Vous éles à lui tout entier, rien de vUne vous est plus permis.
Eli bien! ce sentiment subKme, je l'ai senti dans toute $$, pureté, dans toute s<»i énengie- C'est à lui , q^est à ce sentiment hérpîque que j'ai dA de pouvoir m'trracher à tout ce ^e j'avais de précieux sur la terre; que j'ai dà de surmonter de longs et pénibles travaux; de mépriser la vie; de ne point suocomber sous le poids des fers; cfo ne point succomber à la peite d^un fil$ unique, moissonné dans sa fleur, parœ que j'étais en eaptivité( de supporter, dans la tour du 13em{^er la mort d'un père qui m'appelait pour lui fermer les yeux, et dont les derniers regards se sont to>umé8 vers ma prben.^
iVappé dans mes affedions les plus obères,
DE FâUaiE-BOIŒL. 433
m'attendafit chaque jour à périr, une saiole «Kàltation s'était çmparée de moi; je soufiPre^ diaais^e, je souffre, et je vais mourir : mais c'est pour lai, il le saura; il le saura, répétais-je encore, et à ce prix la mort me semblait douce , et plus d'une fois ines voeux wêl h&tèrent le moment. Rien de terrestre , rien de thIj n'approchait plus de moi*
Qu'ai-«je donc fait, grand Dieu! pour tomber de cette élévation^ pour démériter du cœur d^un prince où je comptais m'étre amassé un larésor inépuisable de bonté?
Ce que j'ai fait , monsieur ? C'est vous , hélas ! qui-vous êtes chargé de m'apprendre mon crime; ce crime, c'est d'avoir sauvé mon honneur. Est^il donc si grand que vous ayez cru devoir Tinter*prêter ainsi ; et^ comni^ vous le remarques vous^ même, dei^mt un auditoire aussi nombreux qu'imposant? Et vos conclusions ont été répandues à profusion par la voie des jcmrnaux, accueillies avec avidité par la France et l'étran*ger ; à la vérité, rendu à vous-même, et rentrant dans la conscience de votre intégrité, vous avez envoyé au Moniteur votre discours tel que vous Vous proposiez de le prononcer, et non pas td que vous l'avez prononcé j et cette variante a suffi pour att^ter que les motifs *qu'on avait TOME IV. a8
allégués à vos yeux , sous les couleurs de la raison dÉtat^ ne vous avaient pas laissé libre devant un auditoire aussi nombreux quHmposant:
Mais si mon triomphe n'a pas été sans mélangey le jugement rendu contre Perlet n'en a pas moins été complètement équitable à mon égard. £d voici les termes :
a Le tribunal de première instance du départe-' a ment de la Seine, séant au Palais de Justice à «r Paris, sixième chambre jugeant en police cor- « rectionnelle^ a rendu le jugement dont la a teneur suit :
«Le tribunal ouï, aux audiences des 17 «et 18 mai courant, et de ce jour la lecture à des plaintes respectives ; les réjpons'es des par- « ties aux interrogats qui leur ont été adressés « par le président; la déposition des témoins res^ «pectivement indiqués; les débats contradic- «( toires qui les ont suivis; Berryer père, avocat « de Fàuche-^Borel dans sa plaidoirie, et M. Riffé^ ce substitut, pour M. le procureur du Roi, dans « son résumé et dans ses réquisitions sur l'appli' <x cation de la loi ;
«Perlet,, appelé par l'huissier de service, à « l'audience du 18 mai et à celle de ce jour, pour « développer ses moyens de défense , n'ayant pas « comparu ni personne pour lui;
« Vu les pièces justificatives dont les parties « ont pris respectivement communication par la a voie du greffe;
a Vu en outre, premièrement les pièces origi- « nales et les divers documens produits et déposés «sur le bureau, par Berryer père, avocat de «Fauche-Borel;
. « Tout vu et considéré, après en avoir délibéré ce à la chambre du conseil, en statuant par juge- « ment contradictoire, etc....
«Attendu que les calomnies que Perlet s'est « permises contre Fauche-Borel sont atroces, et a qu'elles ont occasionné à Fauche-Borel un (V énorme préjudice ; mais attendu que Fauche- « Borel a modéré lui»-méme à trois cents francs « les dommages et intérêts qu'il réclame en faveur « desf pauvres;
« En ce qui touche à la plainte incidente de « Perlet, en date du 3 mai dernier;
« Attendu premièrement que cette plainte est a récriminative ;
« Secondement, que les imputations graves « faites par Fauche-Borel à Perlet, dans ses Méa moires manuscrits et imprimés que Perlet dé- « nonce à la justice, sont justifiées par des lettres « et autres pièces écrites de la main de Perlet a lui-même;
«Qu'ainsi, Perlet n'a pas été calomnié par « Fauche-Borel;
<c Le tribunal renvoie Fauche-Borel de la plainte « incidente de Perlet ;
a Supprime comme faux, calomnieux et atten- « tatoire à l'honneur de Fauche-Botel, l'écrit qui « a pour titre : Exposé de la conduite de Perlet a relativement à V auguste famille des Bourbons , ii depuis l'jS^ jusqu'à ce jour; fait défense à a Perlet d'en faire et distribuer de semblables à (i l'avenir, sous les peines prononcées par la loi; a et pour réparation des délits dont il s'est rendu <ï coupable , condamne Charles-Frédéric Perlet à ce cinq années d'emprisonnement, à deux raille (c francs d'amende, payable par corps; l'interdit « pendant dix ans des droits mentionnés en l'ar- «ticle 4^ du Code Pénal; condamne en outre (c Perlet, et par corps, à payer à Fauche-Borel : « premièrement, la somme de quatorze mille <c cent huit francs qu'il lui a escroquée , avec les ce intérêts à compter du jour de la demande; « secondement, celle de trois cents francs à titre « de dommages et intérêts; le condamne en outre « aux dépens ; ordonne que le présent jugement c( sera imprimé et affiché au nombre de > cinq (C cents exemplaires aux frais dudit Perlet ;
ce Fait et jugé en l'audience publique de la
DÉ FAUCHE-rBOREL. 43;
« sixième chambre du tribunal de première in- « stance du département de la Seine , séant au «Palais de Justice, à Paris, jugeant en police « correctionnelle, par MM. Chrétien de Pol/y pré- « sident; Dufour et Geoffroy ^ juges, le vendredi « â4 n^^î niii huit cent seize. »
Le Journal général ^ dans son numéro du 27 mai, mu uniquement par l'ascendant de la vérité , eut le courage de la dire dans son article intitulé : La semaine dernière, et y prit en quelque sorte l'initiative de ma défense, en m'indiquant les moyens qui devaient servir de base à ma réponse à M. le substitut du procureur du Roi.
Voici cet article , que je crois pouvoir présenter à mes lecteurs comme le complément du jugement qui venait de me donner gain de cause.
La semaine dernière.
<f Un des événemeos les plus remarquables de la semaine dernière est le jugement qui a condamné le nommé Perlet, comme coupable d'escroquerie et de calomnie envers le sieur Fauche- Borel. Les services rendus par ce dernier à la cause royale lui avaient acquis l'intérêt et la bienveillance des véritables ^mis du Roi. On a subtilisé, dans ces derniers temps, sur ce senti-
ment d'amoar et de fidélité pour nos prknœs. On. a distingué les royalistes de sentiment des royalistes d'opinion. On a oublié une troisième classe : c'est celle des royalistes d'instinct. J'appellerais ainsi ceux qu'un dévoûment irréfléchi et sans bornes , fruit de la première éducation et des institutions monarchiques, attache à cette famille de princes sous lesquels la France a été heureuse et florissante. Je n'hésiterais pas à mettre dans cette dernière classe M. Fauche- Borel. Son attachement à la maison de Bourbon participe de celui que porte à son maître cet animal fidèle élevé dans nos foyers, et qui, quelquefois victime de nos méprises, vient encore caresser la main qui Ta injustement frappé; du reste, intrépide dans le danger, ne mesurant jamais l'obstacle, prêt, au moindre signal, à tout braver et à verser son sang pour celui envers lequel il se croit lié par l'amour et la reconnaissance. Il est fâcheux qu'on soit trop souvent obligé de chercher les modèles d'un pareil dévoûment dans une autre espèce que la nôtre; mais quand, par hasard, un homme s'élève à cette hauteur et à cette noblesse de sentiment, doit-on craindre d'en déshonorer le principe par une comparaison avec l'animal chez qui ces prodiges sont vulgaires. Enfin, je n'ai rien trouvé de mieux pour
DB FAUCHB-BOREL. 439
caractériser le dévoùment de M. Fauche*Borel à la sainte cause de la légitimité* Si l'on trouvait quelque caractère d'exagération dans cette expression de mes sentimens, il faudrait la pardonner à un homme qui a été à même de voir la joie féroce dé l'im des principaux âgens de Buonaparte, en apprenant que le malheureux Fauche était tombé dans ses filète, et quel prix il mettait à cette capture; comme il se réjouissait de tenir enfin celui « qu'il trouvait, disait-il, dans ce toutes les bonnes occasions ! » Voulant désigner par ces mots les différentes tentatives faites dans l'intérêt du pouvoir légitime. Comme il souriait à l'idée de posséder sous les verroux du Temple le libraire qu'il avait vu si souvent accourir à Paris ai^ec une conspiration et un manuscrit sous le bras.
«Quant à l'exécrable Perlet, il a déjà reçu, autant qu'il dépendait de ce tribunal, le salaire dû à ses crimes; et l'opinion des juges sur M. Fauche-Borel s'est trouvée d'accord avec celle du public. M. l'avocat du Roi a cru cependant devoir reprocher à celui-ci d'avoir, par la publication de son Mémoire, porté, s'il était possible, atteinte à la majesté d^un ùom trop sacré pour être profané dans de pareils débats. On ne peut qu^applaudir à cette délicatesse. Mais puisqu'il
44o MÉMOIBIS
est prouTé, par les conclusions même de M. Biffé, que M. Fauche -Borel n'a fidt que repousser les ]^us odieuses et les plus £au$se$ imputations rendues publiques par un monstre de scélératesse et d'iniquité, à qui voulait-il donc qu'il eût recours pour justifier la confiance dont son Roi Fa honoré, confiiance dont un serviteur zélé doit être ai jaloux, sinon à une publicité dont Perlet seul est encore coupable? Un- serviteur fidèle et dévoué doit au souverain qui l'a employé tous les sacrifiées, hors celui de son honneur. »