‹ Memoires de Fauche-Borel (volume 2)Chapitre 5 sur 18 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

Après le triomphe que j'avais remporté sur mes calomniateurs, soit par la voie diplomatique, soit par la voie judiciaire, je pein^ai que S. M. Loui^ XVlll, enfin désabusée, allait me faire justice en me rendant ses anciennes bontés, et en me récompensant de mes sacrifices. J'étais dans l'erreur : je n'étais point parvenu à me réhabiliter dans les bonnes grâces du Roi, et cela par l'effet de l'influence active et secrète , qu'exerçaient à la cour mes ennemis acharnés. C'était pourtant par l'organe de mes juges, et en présence d'un nombreux auditoire, que mon honneur avait été mis complètement à couvert; or, mon honneur était désormais sous la sauvegarde de la publicité et de la justice. On a vu comment je l'emportai sur le crime, en forçant, pour ainsi dire, l'intégrité de mon tribunal à reconnaître judiciairement la probité de ma conduite et la constance de mon zèle pour la dynastie des Bourbons. Mais là se bornèrent mes suc-

ces, bien qu'ils fussent éclatans : je restai toujours sous la pernicieuse influence de la méchanceté et de l'intrigue. Plus je triomphais de mes ennemis en public, et plus ils me déchiraient sourdement. Il n'était pas difficile à des hommes qui, à la cour, tenaient les fils de la trame ourdie depuis si long-temps contre ma fortune, de continuer à paralyser à mon égard, par de faux rapports, les effets de la bienveillance royale.

Mais il y avait aussi à la cour des seigneurs qui me rendaient toute justice. Comment n'aurais-je pas été touché, par exemple, de l'extrait suivant de la lettre que M. le duc d'Aumont, premier gentilhomme de la chambre du Roi, fit écrire à M. de Pierre, maire de Neuchâtel, et mon ancien ami:

a L'issue honorable, pour M. Fauche, de son « affairé avec le plus scélérat des hommes, a proie duit ici la plus grande sensation. Elle apprend « du moins à distinguer le bon grain de l'ivraie, a Ce pauvre M. Fauche a eu bien du tourment; ce mais le voilà dédommagé : la pureté de ses incc tentions et de sa conduite est hautement rea connue; il ne peut manquer d'en recueillir le a fruit. »

En même temps je recevais du prince chancefier d'État de Prusse un précieux témoignage qui

m'assurait ^a contiDuation de la protection de mon souverain, et son approbation de la con^ duite que j'avais tenue dans la poursuite du procès que mon honneur commandait.

La lettre du prince, datée de Doberan, le a 8 août 18 16, était conçue en ces termes :

«J'ai eu le plaisir, monteur, de recevoir la « lettre dont vous avez accompagné, sous la date « du 1 3 juillet dernier, l'envoi de quelques exem- « plaires de votre réponse à M. Riffé. * , «•

ce En vous remerciant de cette communication «intéressante, je me plais à vous témoigner en « même temps que les démarches que vous avez « faites pour vous justifier ne peuvent qu'être « approuvées sous tous les rapports.

« Soyez persuadé, monsieur, que l'intérêt que « je prends à tout ce qui vous concerne me fera « profiter du premier moment favorable pour « mettre sous les yeux du Roi les demandes con- «'tenues dans votre lettre.

« Signé, LE PRINCE DE HAKDENRERG. »

J'avais été si indigné des ravages causés par la

* Substitut du procureur du Roi à la sixième chambre du tribunal de première instance du département de Is^ Seine , jugeant en police correctionnelle, le même qui avait porté la parole dans mon affaire.

calomnie, qui non seulement tombait sur moi, mats qui, dans mon idée, faisait un mal incalculable, en attaquant la réputation des meilleurs serviteurs des Bourbons, que je formai le projet de fonder un prix pour l'auteur qui ferait le meilleur ouvrage pour prémunir essentiellement des effets de la calomnie les souverains et leurs ministres. Je m'adressai en conséquence à M. Raynouard , secrétaire perpétuel de l'Académie Française, à qui je proposai un prix de six cents francs. Mais M. le secrétaire perpétuel me dit, tout en approuvant mon dessein , qu'on ne pouvait pas fonder un prix moindre de mille francs. 3'avoue que mes facultés du moment ne me permirent pas de faire ce sacrifice.

Sous ce dernier rapport, ma position était déplorable. Mon honneur était désormais à couvert; mais ma fortune était anéantie. Je n'avais pu, pendant vingt -trois ans et plus, parcourir dans l'intérêt des Bourbons la France, l'Angleterre, la Suisse, l'Allemagne, les Pays-Bas, la Russie, l'Europe etitière; je n'avais pu imprimer et faire imprimer sans relâche, et partout où je me trouvais errant; je n'avais pu voir mon établissement abandonné, mon commerce anéanti, ma famille dispersée, fusillée; je n'avais pu, cinq fois, être jeté dans des prisons d'État, et m'en

tirer; soutenir un procès cruel contre un Perlet, sans faire des sacrifices et des pertes énormes.

Et pourtant, le jour de la restauration , j'avais eu droit à deux réclamations fondées et distinctes; Tune sur le trésor, l'autre sur le cœur de S. M. Louis XVni.

Sur le trésor, j'avais à réclamer, comme cessionnaire du comte de Saint-Morys , le montant d'une obligation souscrite de la main de Sa Majesté et de S. A. R. Monsieur*, .obligation qui, avec vingt-deux ans d'intérêt à cinq pour cent, s'élevait à trois cent soixante-cinq mille sept cent soixante-quatorze francs.

Je n'en avais* pas demandé, comme on l'a vu, le remboursement à Sa Majesté tant qu'elle fut à l'étranger ; je me servis, au contraire, de ce titre pour emprunter diverses sommes qui me furent successivement nécessaires, soit pour son service, soit pour me soutenir moi et les miens. Il me fut même à cette occasion , et pour me faciliter des emprunts, remis un petit écrit de la main de Sa Majesté, qui m'autorisait à emprunter en son nom les sommes dont j'aurais besoin pour sa cause; et celles que je dois aujourd'hui, la justice seule du Roi peut me mettre à même de les payer.

• Aujourd'hui Charles X.

Digiti'zed by

- Voilà pour le titre pécuniaire.

Ce qu'au jour de la restauration j'avais eu à réclamer du cœur de Sa Majesté, c'était qu'il conservât la mémoire de vingt-trois ans de travaux non interrompus , d'une imperturbable fidélité à la cause des Bourbons , et de l'anéantissement de ma fortune à leur service.

Ce que j'avais à réclamer de la munificence de Sa Majesté , c'était l'accomplissement de la promesse qui me fut donnée par écrit et en son nom , pf^omesse si souvent réitérée de vive voix, que, pour prix de mes missions périlleuses, de mes fers, de mes emprisonnemens , de mon sang, de mes innombrables sacrifices, j« recevrais la direction de l'Imprimerie Royale et le cordon de Saint -Michel. Il était facile, si l'on ne pouvait pas tenir la promesse de la direction de l'Imprimerie Royale, de me donner au moins un équivalent.

'c Non, me disais-je, Louis XVIII ne souffrira « pas que Fauche , contraint de manquer à ses ce engagemens , ne recueille que le déshonneur « pour prix de vingt -trois ans de sacrifices aux ««Bourbons; non, Ixniis XVIII, ou son ministre « actuel, ne souffrira pas non plus que Fauche, «c dans son désespoir, interpose entre le Roi de « France et lui la médiation de la Prusse, pour

« obtenir justice sur deux réclamations de cette « nature* »

Enfin l'obligation me fut liquidée à la seconde restauration, après bien des sacrifices et des tracasseries, vers la fin de juillet 1816, deux mois après le gain de mon procès ; mais comment eut lieu cette liquidation? Bien que le titre portât la dette remboursable, en or ou en argent, et non en papier, et les intérêts à cinq pour cent, comme le Roi et le comte d'Artois l'avaient signé de leurs mains , la liquidation ayant été opérée en rentes, et les intérêts réduits à quatre, j'éprouvai une perte énorme de cent soixante-dix mille francs, perte d'autant plus sensible que j'avais donné en dot ce titre à ma fille.

Cette perte inattendue, et que l'on faisait supporter à un serviteur si longuement dévoué, et contre le texte même de l'obligation , me porta un coup affreux. Je demandai réparation de ce dommage; mais ma demande fut impitoyablement écartée.

Il ne me restait plus d'autre espoir que d'arriver.enfin au cœur du Roi, soit par la voie de son ministre influent , soit par la voie diplomatique. Je résolus d'employer l'un et l'autre moyen.

Au moment de me rendre en Angleterre, pour aller réclamer en ma faveur la bienveillante in-

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tervéntion de S. A. R. le Princes-Régent, je kissat à Paris un fondé de pouvoirs, un conseil, un défenseur, M. Lombard de Langres, chargé de veiller à mes intérêts, et de les suivre auprès de S. E. M. le comte Decazes, qu'on me représentait comme le seul ministre qui, par sa place, pouvait éclairer la religion du Roi, me faire recouvrer sa bienveillance, et la juste récompense de vingt-trois années de services.

J'adressai en même temps ma réclamation motivée à M. le comte de Goltz, ministre de mon souverain à la cour de France.

La veille de mon départ pour Londres, mon fondé de pouvoirs écrivit à M. le comte Decazes, à mon sujet, une lettre rédigée de manière à provoquer son attention. Ainsi, ne voulant rien avoir à me reprocher aux yeux de ma famille, toutes mes batteries furent dressées pour obtenir enfin réparation et justice.

A mon arrivée à Londres , je fis des démardies pour avoir accès auprès de S. A. R. le Prince- Régent, par l'intermédiaire de M. Du Paquîer, mon compatriote et mon ami^ attaché à la pe]>sonne du prince depuis trente ans. Je lui témoignai le désir que j'avais de lui être présenté. U me dit que ce n'était pas très facile ; mais que , sachant l'intérêt que le prince me portait^ il es-

pérait i^ussir;^ il ajouta : « Il faînie tant, qu'il « a ton portrait sur son bureau; et il aime d'au^ «tant plos ta physionomie 5 que tu es de son (c âge. Laisse faire, je trouverai le moyen de lui <f parler de toi ». En effet, le lendemain il Tint me trouver chez Huguenin, à Hay-Market, oq j'avais pris mon logement, et il me dit : a Mon « cher , le Prince*Régent a autant le désir de te « voir que tu as manifesté d'empressement dé lui «être présenté f en conséquence, tiens-toi à sa « disposition, et je viendrai te dire le moment où « il pourra te donner audience. »

Je fus mandé peu de jours après. On concevra aisément combien je dus être ravi d^étre admis auprès d\in tel prince } cai* je n'ignorais pas qu'il joignait à une noble affabilité une instruction variée, une lecture vaste et classique, parlant presque toutes les langues , et montrant pour les lettres, les arts et la société, un goût exquis. Son Altesse Royale m'accueillit avec infiniment de bonté, et voulut bien m'interroger sur ma position, à laquelle je vis qu'elle prenait un intérêt véritable , daignant faire recommander le succès de mon affaire par son ambassadeur, sir Georges Stuart, qui, par suite, fit des démarches concurremment avec l'ambassadeur du Roi tncHfi - Tua rr.' . . ^ %^ ■

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maître , pour tâcher d'arriver aux résultats que

je sollicitais.

Comme les rois eux-mêmes ne sont pas à l'abri de la calomnie, et qu'ils gagnent toujours à être montrés tels qu'ils sont, je n'hésite pas de rapporter ici la suite du haut et intéressant entretien dont je fus tantôt l'objet, tantôt l'occasion.

Son Altesse Royale daigna entrer aussi avec moi dans quelques détails sur la situation intérieure de la France et sur la cour des Tuileries. Je puis dire que je vis dès-lors plus particulièrement combien était noble et sincère l'intérêt que prenait le Prince-Récent au bonheur et à la stabilité des Bourbons. A cette époque, on contrecarrait en France la marche du gouvernement de Louis Xyni; et M. Decazes, qui passait pour le ministre favori du Roi, avait aussi en Angleterre, comme en France, des partisans et des détracteurs. J'avoue que je partageais en partie, sur son compte , l'opinion des plus chauds serviteurs du Roi. Son Altesse Royale , en me parlant du système de gouvernement étabU par Louis XVHI, et contre lequel s'^evait alors un zèle peut-être mal entendu, me fit diverses questions sur M. Decazes, auxquelles je répondis avec ma franchise accoutumée, ce qui parut sympathiser avec les opinions du prince. Son Altesse Royale me té-

moigna le désir que je visse son ami sir Charles Long% qui, arrivant de Paris, où il avait passé six semaines, en apportait des idées favorables au principal ministre. J'allai voir sir Charles Long à sa campagne, et j'en fus parfaitement accueilli. Dans une seconde audience que daigna m'accorder le Prince-Régent avant mon départ, Son Altesse Royale me fit observer que, eu égard à tout ce qu'on débitait, il serait très important qu'à mon retour en France je visse IMfi' le comte d'Artois, pour lui dire de sa part combien il regardait comme essentiel que nladame la duchesse d'Angoulême ne laissât pas trop ostensiblement remarquer le penchant qu'on lui supposait à donner une influence politique au clergé, ajoutant qu'il lui revenait de plusieurs côtés que cette tendance excitait un mécontentement sourd; qu'il sentait parfaitement, néanmoins, qu'il était bien naturel qu'après les pertes cruelles et les souffrances qu'avait éprouvées cette auguste princesse, elle cherchât des consolations dans la religion ; mais qu'il n'en était pas moins très urgent qu'elle évitât de contrarier une nation qui j sortant d'une révolution sans exemple, ou plutôt d'une suite de révolutions, semblait redouter par-

' Alors grand-malire de rartillerie.

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dessus tout la domination du clergé. Je répondis à cette dernière partie des observations du Prince-Régent, que j'étais sûr que le clergé ne se mêlait en rien des affaires politiques en France.

J'appris, à quelques jours de là, que Son Al* tesse Royale avait dit : J'aime Fauche.

Je vis aussi, vers cette époque, l'excellent comte de Munster, autre ami intime du Prince- Régent, et dont le caractère honorable est si universellement apprécié en Angleterre comme en Allemagne.

Notre conversation eut lieu dans l'intérêt de la France, et il me parla dans le même esprit que le Prince-Régent, de même que M. CocJlc, dont j'aurai occasion de rapporter plus tard les propres paroles à ce sujet. C'était alors qu'on voulait faire croire en Angleterre qu'il régnait une naésintelUgence marquée entre Louis XYIII et WP^ le comte d'Artois, supposition évidemment IForgée par la malveillance. Je dissuadai , autant qu'il était en moi, les personnages de l'Angleterre qui en étaient imbus, et avec qui je me trouvais en rapport, me proposant bien, à mon retour à Paris, de tout employer pour que le Roi et les princes eussent une parfaite connaissance de la vérité.

Pendant mon séjour à Londres, j'eus aussi plusieurs audiences de W^ lé ducf de Bourbon ,

qui y était à cette époque. J'avais un grand intérêt à foire connaître à ce prince combieu sa présence en France était désirée, et combien son illustre père souhaitait ardemment de le revoir à Paris. Dans mes conversations, je satisfis à ses questions relativement à la marche du gouvernement français , de manière à lui foire voir que mes opinions avaient été un peu modifiées par une plus grande masse de foits et d'observations récentes.

Tout en agissant de mon côté, j'appris que mon fondé de pouvoirs ne restait pas inactif à Paris, et que, ne se bornant pas à écrire dans mes intérêts à S. E. M. le comte Decazes, il avait eu à mon sujet, avec le général Morgan, qui jouissait de la confiance particulière du ministre, une conversation dont je rapporterai ici la substance.

Mon fondé de pouvoirs lui parla d'abord de mes réclamations directes sur le Roi, et lui demanda s'il était en position d'en toucher un mot à Son Excellence , ajoutant qu'il était misérable pour le gouvernement français que je fiisse, après tant de services, obligé de m'adresser au roi de Prusse d'une part, et ^u régent d'Angleterre de l'autre , pour que l'un voulut bien s'interposer comme mon souverain , l'autre comme

mon protecteur, afin de me faire payer de mes réclamations aux termes du traité de Paris, et des conventions qui en avaient été la suite.

Il ajouta que ne rien faire pour me récompenser, c'était jeter un vernis d'ingratitude sur le Roi ; mais que ne pas même me payer de mes avances, c'était passer les bornes.

«Mais quel a été mon étonnement, ajoutait a mon fondé de pouvoirs, lorsque le général m'a (c dit avoir parlé pour vous au ministre, et cela à c( l'instigation de la personne de la rue Neùve- « Saint- Augustin * ! J'ai bien reconnu là l'amitié a que vous porte cette personne, et son obli- <c geance; aussi n'est-ce pas ce qui m'a étonné, (c mais bien la réponse faite à M. Morgan par le a ministre. Ce dernier a dit qu'avant de partir a pour Londres, yous lui aviez écrit •; qu'il avait a parlé au Roi de votre réclamation , et que Sa «Majesté lui avait répondu que vous aviez été ce payé au-delà de ce qui pouvait vous être dû^ a Enfin le général Morgan m'a laissé entrevoir « que le ministre croyait que vous aviez adressé (C au roi de Prusse , par l'intermédiaire de ses

* Le général Barras, qui avait quitté la rue des Francs- Bourgeois pour venir occuper un appartement rue Neuve- Saint-Âugttstin.

* Cette lettre était de mon fondé de pouvoirs.

« ministres, et particulièrement de M. de Harâen- « berg , un Mémoire violent contre Louis XVIII , « et que même vous écriviez à Londres contre ce « monarque. ».

Quelle indigne calomnie ! Tout cela était encore imaginé par mes ennemis du château.

« A l'instant même, ajoutait mon fondé de pou- « voirs, j'ai cru devoir dire à Morgan ce qui en a était, et le détromper sur des suppositions aussi « erronées. Je lui ai donc déclaré que c'était moi « qui avais rédigé la lettre adressée à M. Decazes « la veille de votre départ ; que c'était moi qui « avais rédigé votre réclamation au roi de Prusse ; « et que, loin d'être dans des termes irrévéren- « cieux, elle était telle que le sujet le comportait, « et teHe qu'un particulier peut se la permettre a quand il a le malheur d'avoir à se plaindre d'un « souverain.

« J'ai affirmé sur l'honneur que , loin d'écrt- « vailler à Londres contre le roi de France , vous « le portiez toujours dans votre cœur ; que jamais if vous ne seriez le déserteur d'une cause pour « laquelle vous aviez sacrifié votre fortune et le « sang des vôtres; que si l'on vous oubliait, vous «vous deviez à vous-même de ne jamais vous « oublier. En preuve, j'ai offert à. Morgan votre « correspondance avec moi.

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oc £|]d|o, j'ai^aré qu'il y avait ici malentendu; « que loin d*étre payé des sommes par vous avan- « cées pour le Roi, vous n'aidiez jamais reçu un « sou. S*il en eût été autrement, eussiez-vous osé « Favancer à la face de la France , dans le Méa moire que j'ai rédigé et que vous avez signé?

a Bref, mon cher Fauche, j'ai cru démêler 4 qu'on redoutait beaucoup que le roi de Prusse « se mêlât de cette affaire, et voici ce qu'on m'a «r demandé : i*. copie certifiée de votre corresa pondanoe avec le cabinet prussien au sujet de <x vos réclamations ; ^^, une note exacte , signée k de voust d^ ce qui vous est dû. Il faut aussi <c démentir hautraaent la cruelle assertion que iç vous avez été payé des Bourbons. »

On voit ici dairement combien Sa Majesté Louis XVin était encore trompée à mon égard, puisque Sa Majesté était persuadée que j'avais été payé au-delà de ce qui pouvait m' être dû.

Dans le compte détaillé adressé en mon nom au ministre Decazes , au mois de janvier »iivant % p!ar mon fondé de pouvoii^s, VQici comment il s'exprimait sur l'étrange assertion que j'avais été payé aurdelà de ce qui m'était dû :

«Peut'^tre est-ce une erreur, mais il est re-

DE FÀUCHE-BOHEL. 467

« venu à Faudie que Votre Excellence ayant eu a la bonté de parler au Roi en sa faveur, Sa Maa jesté avait répondu que Fauche était payé.

a Si telles ont été les paroles du Roi, elles ne a sont applicables qu'au titre Saint-Morys, liquidé a avec un dommage pour Fauche de cent soixantea dix mille francs.

« Jamais, Monseigneur, jamais Fauche n'a reçu «im denier des Bourbons pour les vingt -trois « ans de dépenses et de sacrificet ci-dessus spéadûés. Il Ta juré à la face de la France, dans « son Mémoire contre Perlet; il le jure de noua veau en vos mains; donc, à cet égard, sa récla-

a matîon est entière.

a Mais Fauche a reçu de l'argent de l'Angle- « terre. Oui, Monseigneur, mais peu de chose; a mais cet argent avait d'ailleurs une destination « autre que celle dont il vient d'être parlé : pour « alimenter sa famille errante, l'aider à subsister «lui*-méme, satisfaire aux dépenses nécessitées a par trois ans de détention au Temple, payer le a voyage, et tâcher d'arracher à la mort son' nece veu fusillé à Paris. *

ce Fauche a reçu du gouvernement anglais « quiuse cents guinées, et une pension annuelle « de trois cents livres sterling. Voilà la vérité.

cDans votre bonté, faites. Monseigneur, que

« Fauche n'ait pas la douleur de manquer à des a engagemens sacrés contractés pour la cause des «Bourbons; dans votre sagesse, faites qu'il ne a soit pas contraint de recourir à la protection tt de l'étranger pour obtenit* un acte de justice et qu'il serait glorieux pour lui, et convenable « peut-être à la dignité du gouvernement, qu'il a ne dût qu'à votre haute intercession. r>

Outre cet exposé, un rapport, avec les pièces à l'appui, fut fait au ministre par le chef de son secrétariat; et le dimanche â février, M. le comte de Goltz eut avec le ministre, dans son cabinet, un entretien à mon sujet. Le ministre lui montra les pièces qui étaient sur son bureau, et lui dit qu'il connaissait bien l'affaire; mais que le Roi avait des reproches à faire à Fauche -Borel, d'abord relativement à la publication de son Précis historique^ où il avait divulgué des choses qu'il fallait taire; que lui, ministre, avait voulu me détourner de lancer cet écrit, et qu'il n'avait pu en venir à bout.

Jamais le ministre ne m'en avait parlé qu'après coup, et lorsqu'il fit saisir l'ouvrage.

Le second reproche articulé par le ministre, au nom du Roi, était relatif à mon procès contre Perlet, «auquel, disait-on, j'avais donné une

DE FAUCHE-BQREL. 4^9

« effroyable publicité, qui avait encore chagriné « le Roi par dé pénibles révélations. »

Le troisième reproche portait sur ce qu'au moment de me mettre en route pour Londres , j'avais, par la lettre qui annonçait mon départ, déclaré formellement que j'allais faire intervenir la Prusse pour apprécier mes réclamations; et que, lorsqu'on voulait obtenir quelque chose, on n'employait pas la menace.

Toutes ces allégations n'étant que des prétextes, des subterfuges ou des restes d'injustes préventions, il ne fut pas difficile à M. le comte de Goltz de faire sentir au ministre que les preuves de ma conduite invariable étaient dans ses bureaux, et que lui seul étant parfaitement instruit que je continuais à rendre des services aux Bourbons en Angleterre , lui seul pouvait parler de cette affaire au Roi, et le dissuader s'il lui restait encore des préventions fâcheuses contre ma personne*

Le ministre convint de la justesse de ces observations, comme il convint aussi des nouveaux services que je rendais en Angleterre, et il parut consentir à se mêler de mes intérêts , sauf, s'il y avait une décision de prise en ma faveur , à agir près du ministre des finances pour l'indemnité pécuniaire qui me serait accordée.

46o MÉMOIRES

rétais indigné d'être ainsi continuellement le jouet des intrigues, et la victime de la calomnie de mes ennemis du château. J'en témoignai ma douleur à mon fondé de pouvoirs.

«Je crois, m'écrivit-il, que vous vous tour- « mentez un peu trop de tous les ridicules et sots « propos que l'on débite ici sur votre compte. « Puisque le ministre de la police, et je le sais « par moi-même , est instruit des preuves d'attaa chement que vous ne cessez de donner à Londres « aux Bourbons, il me semble que vous devriez a être moins inquiet des plates calomnies de vos « ennemis.

a A cet égard, mon cher Fauche, permettez- « moi une réflexion; je puis me tromper assuré- « ment, mais ce sera par trop de précaution pour «vous, car vous n'en avez pas assez; vous êtes « confiant comme l'enfant; vous êtes bon au-delà « de ce qu'on peut dire , et quelque expérience « que le passé eût dû vous donner, à vous surtout <c qui avez roulé votre brouette dans toutes les « ornières de l'Europe, et vous êtes frotté contre ((tous les grands de la terre, vous êtes toujours « aussi neuf avec les hommes que si vous veniez a de naître. Quand on a Un cœur fagoté comme (( le vôtre, il faudrait être né au siècle d'or, et a malheureusement vous et moi avons été jetés

t( ici-bas au beau milieu du siècle de fer, ce qui <c est un vrai casse-cou. Je reviens donc à mon « dire, et je pense, mon cher Fauche, que cerxK tains individus qui ont eu le talent de vous « soutirer des sommes énormes, individus que <c vous considérez comme des hommes qui vous ti sont tout dévoués , et qui se jeteraient au feu «( pour vous , sont au contraire de braves et « loyaux courtisans qui vous mettraient volon-r « tiers la corde au cou pour vous traîner euxa mêmes à l'eau, si personne n'était témoin de «leur belle expédition. Ces gens-là, qui vou- « draient vous voir à tous les diables tandis qu'ils « vous adressent de belles phrases , sont les pre- « miers à répandre des platitudes sur votre « compte, et se donnent auprès de vous l'air de «les combattre, afin de vous faire croire que « vous leur avez des obligations, et qu'ils sont « tous pour vous.... »

Je sentais toute la justesse de ces observations, dont il m'eût été facile de faire une application particulière; mais à mon âge on ne change pas aisément de caractère, et je ne pouvais plus me corriger de cette aveugle confiance dans les procédés d'une bienveillance apparente.

J'étais plein d'espoir sur les dispositions du ministre , d'après ce que mandait mon fondé de

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pouvoirs qui devait en avoir prochainement une seconde audience. « Comme je vous l'annonçai, a mon ami, par ma dernière lettre, m'écrivit-il (cle 6 ms^i , hier lundi j'ai vu le ministre. Il a été «avec moi aussi afFable que la dernière fois, « peut-être plus encore; comme il savait que je «c ne lui avais demandé une nouvelle entrevue « que pour lui parler de ce qui vous intéresse, a c'est lui qui, à mon abord, a le premier entamé « la conversation.

« IVTayant non seulement autorisé, mais chargé « de vous faire part de ce qui suit , je vais tâcher ^c de vous rendre ses expressions et son début qui (c m'a aussi surpris qu'affligé.

ce M. Fauche ne pourra donc jamais être disa cret; ce n'est pas dans une mauvaise intention «qu'il a parlé, mais quand on veut réussir, il. « faut savoir se taire, et toujours sa tête a fait « tort k son cœur. Sans doute c'est par vous qu'il « a su que j'étais son protecteur; mais il s'en est « vanté hautement à Londres ; cela est revenu « jusqu'ici , et a produit un mauvais effet , eh ce « que M. de Blacas étant l'ennemi de Fauche et « le mien , peut-être il ne conviendrait pas que « dans ce moment j'eusse l'air, en servant Fauche, « de desservir mon ennemi et de lui donner un « déboire. Il faut donc prendre encore quelque

oc patience, car il p'entre pas dans ma pensée de « faire aucun mal à ceux qui ne m'aiment pas , « et je ne veux pas même qu'on me soupçonne <c d'un pareil procédé. Il faut encore attendre.

ce Monseigneur, lui ai-je dit, pardonnez-moi si «j'ose solliciter toute votre franchise; dois-je « encore conserver de l'espoir? Espérez- vous par « votre médiation obtenir quelque chose de Sa « Majesté ? Tout est-iï perdu ? Fauche est dans une «position telle, par les sacrifices sans nombre « qu'il a faits , qu'il faut absolument , quelque « chose qui arrive, qu'il connaisse son sort. Oui, « m'a-t-il répondu, j'espère réussir; je ne le pro- « nets pas, mais je l'espère.

«Ainsi donc, mon ami, nous voilà encore « logés à l'enseigne de l'espérance^ Ne vous re- « butez pas. Fauche; je ne me rebuterai pas non « plus, je vous le jure. »

Je vis dès-lors que ma présence devenait nécessaire à Paris, où j'avais à m'occuper utilement, non seu:lement de mes propres affaires, mais aussi de la marche des affaires publiques, dans les intérêts du Roi, et cela d'après les notions que j'avais acquises à Londres dans mes rapports avec d'augustes personnages et des hommes d'État d'Angleterre.

De retour à Paris, le i*' août 1817, je me

* rendis de suite à Chantilly, où j'obtins audience de. M*' le prince de Condé. Là, conformément aux intentions de M^'' le duc de Bourbon que j'avais laissé à Londres, je lui parlai avec toute franchise de l'intérêt qu'il y aurait pour les Bourbons de suivre la dii*ection que le Roi imprimait à la marche du gouvernement, et de se rallier franchement à son ministère.

Je m'acquittai ensuite de la mission que m'avait chargé de remplir ce même prince auprès de S. A. R. 'Nb' le comte d'Artois, qui, jugeant convenable de m'accorder une audience avec toutes les .marques de sa bontés me remit ensuite entre les mains de M. le comte Franfois d'Escars, comme à une ancienne connaissance qui lui transmettrait fidèlement tout ce que j'avais à communiquer.

Je restai près de deux heures avec M. le comte d'Escars; je lui rendis les propres expressions de M. Cooke : « Que Louis XYIII était le seul <c qui vît sainement les choses ; que sou ministre «Decazes, estimé à Londres comme homme « d'État et comme orateur, coopérait dignement « à ses vues; que si Monsieur et ses enfans^ que « Ton croyait divisés d'ojwnion avec le Roi et le « ministère , sur les moyens de consolider la oc restauration , ne donnaient pas ostensibleipent

Cl des preuves de leur adhésion à la marche «adoptée par Louis XVIII, ils ne régneraient « pas, et qu^il pourrait se retrouver un homnie « assez audadeux pour les remplacer de nonce veau; que les autres nations avaient assez de la <c/révolution française, et que la crainte de la te mésintelligence dans la famille royale était ùûe <c des causes qui empêchaient les puissances de « retirer les troupes de la ligne d'occupation aussi ce promptement qu'elles l'auraient désiré.» J'ajoutai à M. le comte d'Escars que M^' le duc de Bourbon m'avait ordonné d'exprimer à Monsieur qu'il partageait entièrement l'opinion de M. Cooke, et que, par le tendre attachement qu'il n'avait cessé de lui vouer, il le conjurait de marcher, lui et les siens , sur la ligne tracée par le Roi , si de nouveau les Bourbons ne voulaient pas s'exposer à une troisième catastrophe.

Une circonstance vint ajouter du poids à l'objet de cette conférence; quelques jours auparavant, j'avais rencontré le ministre de Russie, M. le comte Pozzo di Borgo. Il me parla comme le duc de Bourbon, comme M. Cooke; ses expressions différèrent peu. Il ajouta que ceux qui jetaient les hauts cris contre le ministère et prétendaient que le Roi était trompé , devaient pourtant bien s'apercevoir que ce ministère lui était dévoué efr

TOMB IV. 3o

avait p\M de sens et de moyen» qu'on nd lui en supposait, puisqu'une année de désastre pour la France, par le paiement de plus S^tm milliard, par une disette hoi«rible et des soulèvenaetia sur tous les points , avait été traversée sans ébranlemens et sans dés commotions qu'il eût été fadle ati ministère de fait^e naître, sHl n'eût pas été dans les intérêts de Sa Majesté. M» Pos2o di Borgo me dit eneot^e, en parlant des princes, qu'il serait à désirer qu'ils fissent quelques actes ostensibles qui prouveraient leur attachement à la caiise embrassée par le Roi, ce qui fixerait et ramènerait les opinions à un centre unique; eft en&i, qu'on devait bien avoir quelque confiance dans les paroles de ceux qui, ayant contribué k rendre lèS.Boutbona k là France, avai<&nt intérêt à les y mainienir.

Le ministre de Russie tie m'ayant poi|»t interdit de rendre ses paroles, je les oommuniquàià M. ie comte Pnançois d'Eso^irs, qui , après m'avoir écouté avec une extrême attention , quelquefois mêlée de surprise, me répondit avec franchise et une sorte d'abaiHi<^ ce que je vais rapports ici en subt^tance.

Il me fit observer d'abord qu'il était malheui*eux qu^en Angleterre, ei: chea d'autres puis- !ianoe9 , on orût qu'il existait de la division dans

la famille royale. M. le comte d'Escars m'assura positivement qu'il n'en était rien, que la plus parfaite harmonie régnait entre le Roi et les princes; il me cita en preuves plusieurs faits positifs, puis il me dit que la fausse- opinion que l'on avait à cet égard ne le surprenait point; que cela venait de certains individus incorrigibles, auxquels on ne pouvait imposer silence; et qui, dans le public, donnant leur opinion particulière comn)e étant celle des princes , faisaient croire que Monsieur partageait leurs sentimens; que MoHsiiuR, de son coté, et ses enfans, n'avaient pas les moyens d'affîcher publiquement leurs opinions; mais qu'il croyait pouvoir assurei" que dés quHls poun^aient , sans blesser les convenances, prouver leur adhésion à la marche adoptée par te Roi et son ministère , ils en saisiraient Toocasion avec autant de ^anchise que d'empressement , ce qui avait déjà eu lieu dans quelques circonstanteô.

En rendant compte à MP le duc de Rourbon , par une lettré du 6 août, de mes différentes démarc^hes depuis mon arrivée à Paris et de mes divers entretiens politiques, et notamment de celui que je venais d'avoir avec M. d'Escars, j'ajoutai : « M. le comte d'Escars est si franche- « ment dévoué à Monsieur et à la cause du Roi;

« c'est un si parfait honnête homme dans son M ton , dans sa voix , dans ses gestes ; il y a un tel tf cachet de vérité dans toutes ses paroles , que ^ « j'ai cru et que j'invite Son Altesse Sérénissime « à croire sincère tout ce qu'il m'a dit. Il y a « mieux , Monsiigneur, et vous l'apprécierez avec ce plaisir ; c'est que depuis quelque temps les « princes agissent véritablement dans le sens « désirable à leur cause. Quelques exagérés en «gémissent; les gens sensés y applaudissent, et « croient voir la chpse se consolider. Et comment « empêcher, me disait encore M. d'Escars , des « gens inconsidérés, des mécontens, de répandre « et de prêter aux princes des propos et des sen- « timensqui cadrent avec leurs prétentions? Voilà « ce qui fiait qu'on ignore leurs véritables senti- «mens. Quant à ce que vous me dites, a-t-il « continué , de la crainte où l'on est à Londres « que la dévotion des princes ne finisse par « donner trop d'influence aux prêtres , il faut « considérer que les princes sont assujettis à des <c devoirs religieux dont ils ne peuvent s'écarter. « Le Roi remplit ses devoirs, mais n'est rien moins « que dévot ; on doit le savoir. Qu'on ne redoute « donc rien de l'influence des prêtres; croyez ce « que je vous dis, et parlez en conséquence.

ce M. Hue m'a confirmé ces dispositions. Depuis

DE FAUCH£-BOR£L. 469

« j'ai vu le ministre de Prusse, M. le comte de « Goltz; il pense comme le ministre de Russie, et <( voit avec satisfaction que les princes se pro- « nonceut en faveur du système adopté par Sa (c Majesté.

« Votre Altesse Sérénissime me fait l'honneur « de me dire qu'elle ne tardera point à se rendre a en France ; elle sait combien elle y est désirée, a En mon particulier, je m'estimerais heureux, « avant de quitter Paris , de pouvoir déposer à «ses pieds, et mon hommage, et l'assurance de « mon respectueux dévoùment, etc. »

Puisque le monstre de la calomnie attaquait sans ménagemens les princes de la maison royale, devais-je m'étonner qu'un simple particulier comme moi en fut aussi la victime? J'en gémissais sans en être surpris. N'était-ce pas la tactique connue des ennemis de l'ordre d'affaiblir ainsi le faisceau royaliste, en dénigrant les hommes qui servaient les Bourbons avec le plus d'attachement et de zèle ?

«La vérité, me disais -je, ne peut manquer «d'être enfin entendue d'un bon Roi; et si la « calomnie tient encore fermées pour moi les «avenues de son trône, je dois espérer qu'elles « s'ouvriront à la justice , et qu'il rendra ses ff bonnes grâces à l'un de ses meilleui's servi-

470 MÉMOIRBS

tf teturS) à un de ceux qui , au milieu des mal- « heurs de la monarchie française ^ a donné le plus a de preuves de zèle pour en tai^ir la source. 3^

D'après les.airis de MM. les ducs d'Havre, de La Châtre et d'Aumont, je résolus de m'adresser directement 4 S. £. M. le comte Decaies, tomme le seul ministre qui^ par sa place , put éclairer la religion du Roi. Je fis toutes les démardiés nécessaires pour obtenir qu^il voulût bien me mettre à portée de me justifier. Enfin , le 6 janvier 1 8 1 8 y quelques jours après m'étre présenté à la vue du Roi à la chapelle des Tuileries, où Sa Majesté avait daigné me remarquer, S. E. le comte Decases me fit appeler. Le mindstre me dit avec bonté : « Je veux enfin, monsieur Fauche, faire « finir votre affaire. Je m'en suis occupé, et j'ai « bien vu que vous avez été la victime de Fin- « trigue et de la calomnie; mais j'ai besoin pour « le Roi^ et non pour moi , que vous me donniez « une explication sur une note qu'on vous attria bue dans un dictionnaire secret de la police. » Je répondis que c'était me combler que de me mettre à même de pouvoir éclâtrcir ce qui était pour moi une énigme. Alors le ministre Élisant appeler ub de ses seèrétaires, celui-ci lui apporta deux volumes in-4''7 reliés en vélin , et dans lesquels , à mon article , je figurais depuis l'origine

DE FAUC|I£-BOR£L. 471

de la réwiuttoa dams toutes Ia$ drcpnstançfi ou il y nviiit m d0$ oKaiv^m^ns en faveur dçs Bourbooa* Mtis à la êp 4e hkw article , le ministre me lut la note donnée m 1 9i3«par mon ami M. Gilles» k a. Deamaret^, où il était question de M. ida X^a filaî«Qnfort, daps lie but de me £sijre obtenir de ce d^.de la poUce secrète wi passe-port, afii) d'a'Toir la facôJ^té de poitYOii; v^^ir, passer yingtr quatre hcMres ^ Paris ^ da»3 les intérêts d^.Ro^» pour jug^ à q«câ tenaîit le prétendu <)oi9it<^ royaliste dont Perlet entretenaiit^ depuis plp- «ienr» années, Sa ]\Iaje$»é et ses agen^n Çptte note, dis** je, %urait wjr I9 rcigistr^; maif.uue main ennemie avait eu nn&mié ide me^e en marge ; Note/ownie poit Si, Fawhe^fiprel 4. ia. polm ik Buonapart^j^ et <:ela po^r me rendî'e suspect auK yeuac du lioi et de wn gouvernement. L'interpolation était évidente; elle partait de la même sMrceque la çfn^lpwt-sçfiplum id^ Qand, dont j'ai dévoilé toute la turpitude. Quq di^-Je? ce fol, sana aucun d<mte, p^ur mptivçr après coup 4e piM-^mptimiy que fot imaginée iîf*tie calomnieuse apostille. , . . r

Le ministra me laissa voir que'sif eKpliqvmis à sa satisfaction icetie espeoe de rapport avec, JPeSr marais, cbc^de la police aecrète de Buonaparte, il était préffumable cpi'il m'obrtiendraitf justice de

Sa Majesté. II ne me fut pas difficile d'éelairer la religion de Son Excellence, par un exposé aussi loyal que sincère de toutes lés circonstances du foît. Il y a mieux, ce fait avait déjà été éclairci et justifié en ma faveur par le ministre Fouché luimême, lorsque le prince de Talleyrand lui avait demandé des renseignemens sur monr compte, d'après la demande de la légation prussienne; mais ce fait n'était pas à la connaissance de M. le comte Dècâzes. « Je veux , me dit-il après m'avoir ence tendu , je veux expliquer au Roi ce que vous « me dites de cette affaire , et je ne fais aucun a doute que vous ne soyez pleinement justifié. a Donnez-moi ces éclaircissemens par écrit. »

Teus l'honneur de faire passer à Son Excellence une note circonstanciée, d'où il résultait,

I*. Que M. Gilles, négociant à Paris, était un royaliste zélé ; qu'étant venu à Londres vers la fin de 181 3, il lui fut demandé par le Roi un tableau de la situation intérieure de la France, dont Sa Majesté fut si satisfaite, que M. le duc dTBavré m'en remercia de sa part, par une lettre du a février i8i4;

a". Que M. Gilles était le même qui m'avait donné à Guernesey des renseignemens positifs sur les dangers que courrait HA^ le duc de Berry, s'il effectuait son débarquement en Normandie >

DE FAUCfiE-BOREL. 473

renseignemens qui, m'étant hâté de les transmettre à Hartwell, empêchèrent la descente du prince, qui eût subi le sort du duc d'Engbien, et dont M. le duc d'H^vré me remercia au nom du Roi, par sa lettre du a3 mars i8i4;

3*. Qu'ayant besoin de venir momentanément à Paris, dans l'intérêt du Roi, pour reconnaître la situation du comité royal, je feignis la nécessité d'un voyage d'Angleterre en Suisse; et que M. Gilles , inspirant toute confiance , fut chargé de m'obtenir un passe-port; et que, mettant tout en œuvre près de M. Desmarets pour l'obtenir, il fut jusqu'à lui faire en mon nom, pour mieux le capter, de prétendues révélations, et que ce sont celles qui sont consignées sur les registres de la police; mais que M. Desmarets fut si peu dupe de cette confiance simulée, qu'il déclara à M. Gilles que je serais fusillé si je passais par Paris ; qu'il feillit £siire arrêter M. Gilles, et qu'il fit arrêter à Caen un agent de sa maison de commerce, avec lequel il me croyait en relation; que tous ces faits, conformes à la vérité, sont attestés par une déclaration de M. Baillemout, associé de feu M. Gilles;

4". Que je prouvais à Son Excellence que j'étais autorisé par le duc d'Havre à traiter 'dans l'intérêt du Roi avec le sieur Desmarets, et par la

474 HtMOUES

lettre de ce tie^Deur^ et par une automaticm en foroie , dont je mett^ «ou» les yeax.du ministre Toriginal y conçu en cea termes :

« Nqus , JosephrÀnne-Âug^te-MaiciibiK^n de a Croï, duc d'Havre «t de Croï, paît* de France, fc grand d'Espace de première ds^se^ prince du « Saint«£nipire, chevalier de Tonlne imigne de la « Tokon d'Or, capitaine des gardefr^-^eorps du €Roi, lieutenant-général de ses années, grai^d'^ «croix de l'ordre royal et militaire d^ Sainte- «Louis, etc»;

. «Certifions avmr autorisé i^ i8i3 et 18149 « M. Fauche^Borel à tenler le» iH^yens qu.'il était «c en son pouvoir tl'employer, à l'effet de ^ prp- « curer deS passe^^rts du sieur Desmarets, pour « lui fisidliter nn court séjour à Paria, et le mettre « par là à naéine d'y remplir l'objet qui l'occupait « alors dans l'intérêt du Roi.

« En foi de quoi nous avons délivré le présent « o^tifioat revêtu du sceau de nos armes*

« Aux Tuileries, \t% juin i8t8*

« Signé, ÎLE t>tio D'HAVRE Iêt DE CROÏ. »

5". Enfin je rappelai à Son Excellence, que ]%vais déjà été disculpé sur ces pr^endues notes donnéea ^oua mon nom par M. Gilles à Desaïairets, et disculpé par la police elle-même, non

DE FAVCHB-fiOIŒL. 47S

seulement parce que le sieur Desmarcts n'avait pas été la dupe de ces fausses confidences, mais encore parce que te ministre Fouclié, eb l^pondant au prince dé Talleyrand sur la demande de la légation prussienne, après lui ayoir écrit que Buonaparte n'avait pas d'ennemi plua opinilitre que moi, avait ajouté dans sa le^re du S wùùt f8i5 : a Fauche a encouru le reproche de s'être « adressé à la police de Buonaparte; maïs ces con- <i fidences étaient visiblement captieuses; il your' « lait se ménager des ressources pour agir avec «mc»ns de risques; la police d'alors aurait eu « seule à se plaindre de sa bonne foi. »

J'ai donc dissipé, et à plusieurs reprisas, obser^^ vai-je à Son Skcelleno^ les soupçons injustes que mes ennemis avaient élevés sur mon. dompte^ et ne suis entré dans «es détails <^ue pour ne rien laisser à désirer aux mandataires de la puissance qui daigne s'intéi^esser à mon sort et interposer son auguste médiation pour empêcher la ruine d'un de ses plus fidèles sujets en demandant que le gouvernement français Lui accorde les indém^ nités qui Im sont dues.

M. le comte Decazes, après m'avoir lu et en^ tendu dans ma justification, me dit qu'il en par-« lerait au Roi et qu'il se (^rgerait de justifier de ma parfaite innocence; il me cx^nseiUa de conti*

47^ BIÉMOUUSS

nuer de m'appuyer pour ma réclamation de la^ protection de la Prusse; et sur ce que j'eus Fhonneur de lui dire que mon intentiou était de me rendre de suite auprès de S, A. le priace de Hardenberg qui m'avait toujours protégé d'après la connaissance intime qu'il avait de ma belle conduite, et de mes sacrifices à la cause des Bourbons, le ministre ajouta : ce Je désire, puisque vous a allez auprès du prince de Hardenberg, que a vous lui fassiez connaître que le gotivernepient a et les ministres français seraient fôchés que son €( altesse puisse donner confiance aux insinuations « que je sais qu'on a cherché et qu'on cherche à tf lui donner sur les intentions de la France, qui, « bien qu'elle n'ait rien à craindre des étrangers, a ne voudrait pas être mal jugée, surtout par ce S. A. le prince de Hardenberg dont elle sait apa précie^ la capacité etle caractère. »

Je partis aussitôt de Paris , et j'allai trouver le prince de Hardenberg au château d'Engers, près du Rhin, où était alors une réunion de diplomates» Là, je fis port au prince de ma situation et des communications dont j'étais chargé par M. le comte Decazes. Après m'avoir écouté avec beaucoup d'intérêt et m'avoir fait dîner avec lui, le prince chancelier d'État me remit une dépêche pour son excellence le comte de Goltz, auquel, il

DE FlUCHE-BOREL. 477

recommandait d'appuyer les bonnes dispositions que manifestait M. le comte Decazes au sujet de ce qui m'était personnel ; et pour mettre le comble à son extrême bonté , S. A. voulut bien accompagner sa dépêche officielle de la lettre suivante :

A monsieur FaucheSorel.

(c Monsieur,

« J'ai vu avec plaisir, par le récit que vous m'a- «c vez fait de la situation actuelle de votre récla- « mation,que M. le comte Decaze3 parait vouloir « s'y intéresser et surtout qu'il s'est convaincu de <c votre innocence. Je n'en ai jamais douté en a mon particulier, et le dévoûment que vous « n'avez cessé de montrer à la cause des Bourbons « vous a valu, mon estime. Pour vous en donner « une nouvelle preuve , je vous transmets cice jointe une lettre pour M. le comte de. Goltz , <c dans laquelle j'invite ce ministre à appuyer les ot bonnes dispositions que M. le comte Decazes a a témoignées en votre faveur.

a Je vous réitère les assurances de ma consia dération distinguée.

«Engers, le lîi février 181 8.

fi Signé, LE PRINCE DE HARDENBERG. »

478 MÉBfOni£S

Je revins à i^aris trois ou quatre semaines après moB départ, et je rendis compte à son excellence le comte Decazes de la réponse que S. A. le jmnce deHardenberg avait daigné me faire et qui prou** Tait la bonne harmonie que la Prusse désirait entretenir avec la France. Quant aux témoignages dont j'étais porteur, en faveur de ma cause, je n'avais plus rien â y ajoùter.^Je dois dire seulement que ce fut à la suite de ces éclaircissemens et de ces témoignages que Sa Majesté Louis XVIII ordonna, dàas mes intérêts, xm nouveau rapport sur les réclamations que j'avais soumises à sa jUstiee^

J'eus à déplorer vers cette époque, ainsi que la famille royale, une perte sensible dans la per* sonne de Louis-Joseph de Bourbon Condé, mort le i3 mai 1818, à quatre-'Vingt-deux atfs^ prince dont les vertus, la valeur brillante, et à quelques égards la destinée, rappellent la mémoire du plus grand de ses aïeux dont il a écrit l'hfôtoîre. Huit jours avant sa mort, il eut l'extrême bonté de me recevoir auprès de lui au Palais-^Bourbon r il était sur sa chaise longue. Après une conversation très affectueuse, il me fit la grâce de me répéter : « Gardez bien, mon cher Fauche, les « papiers que vous tenez de moi; ils vous servi- « ront un jour, car le moment de la justice arri-

Googlfe

DE FAUGBE-BOREL. 4i;9

« vehi aussi pour vous, tt vous aares auaâ YOtre

tf décoration Vous voyez que j'ai la atoîeiiBe

« ( me montrant l'étoile de la légion^d'honneur à « sa boutonnière) ; mais ce n'est pas Buonaparie (K qui me l'a donnée > ajoutâ-t<»il en souriant ^ c'est « le Roiio*. »

Je sollicitai vainômeot pendant presque totit le * cours de l'année auprès de M* le comte Decazes, la conclusion de mon affaire 9 qui, sans être en* tièrestteiit négligée, se trouvait comme suspendue par l'effet des drcoastances où se trouvait alors le rc^aume.

. Au milieu des discussi<Mis orageuses des deux Chambres et de la controverse animée des pamr pblets, le miniAtèrey déjà divisé^ aemblàil vouloir rester fixe^avec le Roi dans le syisilème de tmon^ d'unie») et d'oubli dont le cceur du B^ pour*suivait sans cesse la réalisation. Le mmistère avait aussi à discuter alors de graves votéràts^ à suivre ^ des, négociationa épineuses qui ne tendaient à rien nu>ios qu'à libérer la^ France envers iea puiiS<r sances alliées et leurs suj^, pour mettre enfin un terme à l'occupation étrangère, résultat des funestes cent jours.

Au commencement de l'automne, les souverains et leurs minislire;^ s(5 réiwirent à Aixi*la- Chapelle , pour y conférer sur l'affbancbissement

de la France : le duc de Richelieu alla y représenter le Roi.

M. le comte Decazes me conseilla de saisir l'apropos de la réunion du congrès pour me rendre auprès du prince de Hardenberg^ afin de l'intéresser de nouveau au succès de mes réclamations. M. Decazes était lui-même alors en réclamation auprès de la Prusse , pour une indemnité de trois millions sur le duché de Saarbrouck, dont la restitution avait été promise par le roi de France à la famille de son beau-père ' avant que ce pays n'eût passé au roi de Prusse. A cette occasion, une demande verbale avait été faite à Paris à ce monarque, qui, montrant le désir de terminer cette afifiaire, et sachant néanmoins qu'elle était contestable, ofïrit généreusement un million, que la famille de la femme de M. Decazes ne jugea pas devoir accepter, se croyant fondée à recevoir la totalité de l'indemnité des trois millions. Le Roi, toujours juste, retirant l'offre qu'il avait faite, dit qu'il ordonnerait qu'on examinât attentivement cette affaire; qu'on paierait les trois raillions s'ils étaient dus , mais rien si on ne devait rien.

' M. Decazes venait d'épouser en secondes noces madenioiselle de Saint-Aulatre.

DE FAUCHE-BOREL . 48i

Ce fut dans cette situation des choses que je reçus le conseil de me rendre à Aix-la-Chapelle, où pouvait se terminer plus facilement l'affaire qui me concernait. Je ne me dissimulai pas que si la réclamation de M. Decazes tournait à son avantage, la mienne, par contre-coup, aurait aussi un heurtux résultat. Mais à mon arrivée à Aixla-Chapelle, j'appris que S. M. le roi de Prusse venait de renvoyer les réclamations de la famille du beau-père de M. Dècazes, à M. Daniel, célèbre jurisconsulte allemand, et que par conséquent la décision en était suspendue.

Je n'avais plus d'autre espoir relativement à l'issue de mon affaire, que dans la haute et généreuse interveîilion du priace de H^rdenberg : plein de bontés à mon égard, il y mit le comble en me remettant pour M. le duc de Richelieu; président du conseil des ministres , une note officielle et confidentielle si pressante et si honorable pour moi , que je dois la rapporter ici textuellement, comme pièce décisive dans l'intérêt de ma cause.

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