‹ Memoires de Fauche-Borel (volume 2)Chapitre 7 sur 18 · TOME IV. Sa · texte numérisé non relu

TOME IV. Sa

rang se prétait mieux à V incognito; ibais son époux venant d'être appelé au trône, sa situa* lion changeant de nature, ses droits et ses prétentions étaient plus difficiles à satisfaire. Le Roi désirait, avant tout, qu'elle ne vint point en Angleterre; ainsi, la résolution à prendre à son égard fut un des premiers objets qui occupèrent le cabinet quand j'arrivai à Londres; Le Conseil avait déjà décidé qu'on tenterait auprès de la princesse, qu'on répugnait à reconnaître en qua* lité de Reine , des négociations particulières.

Ce fut dans cette entre&ite que j'eus l'honneur d'être reçu, pour la troisième fois, ea audience particulière par S. M. Georges TV.

« A quoi en sont vos affaires , Fauche , avec « le gouvernement français ? daigna me dire « Sa Majesté. — Sire, tant et si long-temps que « Votre Majesté ne trouvera pas convenable d'é- (c crire de sa propre main à S. M. Louis XVUI, a je n'arriverai plus à son cœur. — Oui, Fauche, ce je le sens , les deux battans ne vous sont plus a ouverts aux Tuileries, comme ils l'étaient à a Rigel , à Mitjtau , à Hartwell ; déjà les intrigues

c< de cour Mais laissez-moi faire; j'écrirai au

« Roi, et je pense que S. M. Louis XYIII, à qui je « n'ai encore rien demandé , ne me refusera « pas un acte de justice réclamé en fayeur d'un

€c homme qui a si bien servi sa cause et celle des

« légitimités Laissez faire, Fauche, j'écrirai;

K mais je vous donne pour conseil d'accepter tout « ce qui vous sera accordé , quelque modique «somme que ce puisse être; ne fût-ce qu'une « pension. Si faible qu'elle soit il faut l'accepter^ « parce que les rois n'accordent , et surtout des « pensions, qu'à ceux qui les ont méritées. Com- <» plète justice vous sera rendue plus tard puisque « vous avez là des personnes qui vous desservent <c maintenant. »

Je saisis cette occasion pour faire part à Sa Majesté des données que j'avais sur la prochaine arrivée de la Reine en Angleterre. Sa Majesté était au contraire persuadée que la Reine resterait en Suisse ; et comme j'insistai , le Roi me dit : « Non , «^ Fauche, la Reine restera à Genève; j'y fais néft goder son séjour par lord Hutchinson , qui a « autorité et pouvoir de lui accorder cinquante fi mille guinées de revenus et le titre de Reine. » Gomme j'insistai de nouveau, je dis à Sa Majesté « qu'il était de mon devoir de lui faire connsdtre , i( comment je savais aussi positivement que la « Reine arriverait subitement, parce qu'il n'était tt plus en son pouvoir de ne plus arriver ; que « j'étais sûr qu'elle était dans les mains d'un parti « qui voulait se servir dé son nom et de ses

5oo MÉMOIRES ce moyens pour tenter d'opérer une révolution ^n a Angleterre ; que ce projet m'était connu pour « l'avoir entendu avouer à la suite d'un dîner chez « l'ex-directeur Barras, et de la bouche même de « l'ex-sénateur Garât, le même qui avait lu à <c Louis XVI sa sentence de mort ; et que je « pouvais même affirmer qu'il s'était exprimé à « peu près en ces termes : Aujourd'hui nqus les « tenons ces mâtins d^Anglais ; nous irons détruire « cet infâme gouvernement , et si nous n'avons « pas réussi à Cato, à Spafield, à Manchester, en « Ecosse, en Irlande, nous réussirons au moyen « de la Reine qui est dans nos mains : il n'est plus « en son pouvoir de nous échapper » Au moment où je partais pour Londres, Garât s'y était rendu de son côté, sous prétexte qu'il avait des intérêts à régler en Espagne; son fils l'accompagnait; Rovigo et d'autres personnages de la même trempe, accoururent aussi en Angleterre, comme pour jouir des troubles auxquels ce pays était en proie. Le Roi persistait à croire néanmoins que j'étais dans l'erreur; mais quel ne fut pas son étonnement lorsque dix jours après (6 juin i8ao), la Reine, qui venait de débarquer à Douvres , fit son entrée à Londres , accompagnée de l'alderman Wood et de lady Hamilton. C'est là que la populace, dételant ses chevaux, traîna sa

D£ FAUiCH£-BOR£L. Soi

voiture et la fit passer devant Carletonhouse , poussant des cris insultans pour le Roi, et des acclamations séditieuses. Le Roi dit à cette occasion : « Il n'y avait qu'un homme bien instruit, « c'était Fauche-Borel. » Le dénoûment de cette crise est connu.

Quant à ce qui me concernait, Sa Majesté avait daigné charger lord Castlereagh de sa recommandation royale, qui fut adressée à' Paris à l'ambassadeur d'Angleterre, chevalier Stuart, aujourd'hui lord Stuart Rodley.

Muni de cette haute recommandation , je revins à Paris, et c'est alors que M. le comte de Pradel m'ayant fait appeler, me dit avec une apparence d'étonnement : « Mais , qu'est-ce donc , mon- « sieur Fauche? tous les rois de la terre s'occu- « peut de vous : non seulement le roi de Prusse, « mais le roi d'Angleterre , tout récemment, vient « d'écrire au Roi pour lui recommander vos in- «térêts; qu'est-ce que cela veut dire? — C'est <^ que le roi d'Angleterre comme le roi de Prusse, « savent tout ce que j'ai fait dans l'intérêt des « Bourbons, et qu'il n'y a que vous et M. de BJa- « cas qui paraissiez vouloir l'ignorer.

« — Eh bien! le Roi veut qu'on finisse votre a affaire; en conséquence, monsieur Fauche, a allez aussi promptement que vous le pourrez

So% MÉAfOIRES

a ches M. Htisson, maître des requêtes, qui est « chargé de faire un rapport au Roi sur l'objet er de vos réclamations ; il est indisposé dans ce « moment-ci, mais allez^; il est convenu qu'il « vous recevra. »

Je me rendis de suite chez M. Husson qui , malade en effet , gardait la chambre : aux choses obligeantes qu'il eut la bonté de me dire, je vis que mes intérêts étaient dans les mafns d'un homme bienveillant. Je lui remis toutes mes notes. Cinq mois s'écoulèrent sans que rien fût statué, sans doute par suite des entraves sourdes qu'on opposait à la conclusion de ce travail. Enfin M. Husson pouvant terminer son rapport, confirma les conclusions de l'ex-président du Conseil, M. Decazes, qui m'accordait cent mille écus, douze mille fi*ancs de pension , et qui laissait de plus au cœur du Roi la différence provenant de la manière dont la liquidation du titre Saint- Morys avait été faite, ce qui m'avait fait perdre cent soixante-dix mille francs.

Eh bien! malgré ces conclusions, l'acte de justice resta incomplet.

On en jugera par l'exiguité de l'indemnité qui me fut allouée par suite de la décision finale adoptée à mon égard. Au lieu d'être complètement indemnisé, je ne reçus, après dix ans de délais.

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de tribulations et de nouveaux sacrifices de, ma part, qu'an à-cotnpte de cinquante mille francs, et trois mille francs de pension, accompagnés, il est Trai, d'une lettre honorable conçue en ces termes :

« Paris, le 5 août 1830.

«J'ai remis sous les yeux du Roi, Monsieur, « l'exposé de vos réclamations et de vos services. « Sa Majesté, voulant bien se rappeler les preuves n constantes de dévoûment que vous lui avez « données, et désirant les reconnaître d'une ma- « nière à la fois honorable et utile pour vous , a a daigné vous assigner une pension de trois mille ce francs sur les fonds de la liste civile, et m'auto- (c riser à vous faire compter une gratification de a cinquante mille francs.

« Je m'empresserai d'exécuter les ordres du «Roi en vous faisant délivrer incessamment le «c brevet de la pension accordée par Sa Majesté , «c et en ordonnançant à votre profit le montant <x de la gratification.

«Recevez, Monsieur, les assurances de ma « considération distinguée.

« Le directrar^énérftl ayant le portefeuille « du ministre de la maison du Roi ,

« Signé, LE coHT£ DE PRADEL. »^

5o4 MÉMOIRES

Voici ce que m'écrivit mon rapporteur, M. Husson, en réponse à la lettre que je lui adressai peu de temps après cette décision.... « Les félicitations que vous avez reçues de vos « amis de Londres , et qui sont contenues dans <r les lettres que vous m'avez communiquées, sont <c faites pour vous causer une grande satisfaction, « dont la cause première existe dans la justice cf que le Roi vous a rendue. Reconnu fidèle ser- « viteur de Sa Majesté , vous avez atteint votre <K but principal , et la quotité des récompenses « que le Roi a bien voulu vous accorder ne forme « qu'un objet accessoire. Plein de respect d'aila leurs pour la décision de Sa Majesté , il ne m'apcc partient pas d'examiner si l'indemnité aurait dû « être plus considérable.... »

Sans nul doute elle aurait dû être phis considérable ; elle n'était nullement en rapport avec l'énormité de mes sacrifices, ni avec la qualité et l'étendue des récompenses promises par l'organe de l'un des princes français , et qui avaient été précisées dans des termes si larges , que seuls ils disaient tout pour la raison et pour la postérité. Or, ce qui venait de m'étre concédé par la liste civile n'était qu'un faible provisoire , comparativement à ce dont les rois de Prusse et d'Angleterre, et les rapporteurs même de la maison du

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Roi , avaient été d^avis. On ne fit que suivre en cela le système des paiemens par à-compte, et encore pour ce que le Roi, dans son équité, avait admis à sa charge ; car, dans la réalité , il s'agit ici d'une dette des princes contractée à l'étranger, pour l'extinction de laquelle c'est l'État qui doit Élire les fonds.

Ce classement de responsabilité n'a-t-il pas été fait par la loi du 21 décembre i8i4> qiû vota un fonds de trente millions, reconnu insuffisant encore l'année dernière, ce qui a donné lieu à la création d'une nouvelle commission pour liquider ce qui reste de réclamations légitimes ?

Plus tard, ayant rencontré M. Husson, rapporteur dans mon affaire, et que je n'avais pas TU depuis, il me dit en me saluant : œ Combien «je regrette, monsieur Fauche, de n'avoir pas «c lu plus tôt la Fie de Louis XVIII , par M. de <c Beauchamp ' ! J'y ai trouvé des pièces que vous « n'avez pas pu me donner : elles honorent votre « belle conduite , et justifient encore plus vos a services. J'aurais bien plus insisté encore pour tf que l'indemnité que je proposais de vous accor- « der vous fut allouée tout entière : mais le mo-

> Cet ouvrage n'avait point encore paru quand M. Husson fit son rapport.

5oe BfÉMXXAES

« ment Tiendra, monsieur Fauche, où /Complète

« justice vous sera rendue par le Bx>L »

Ceci me rappela les paroles pleines de bonté et de sens qu'avait daigné m'adresser Sa Majesté Georges IV.

J'avais eu plusieurs fois l'occasion de revoir Fex- directeur Barras, dont je viens de parler au sujet de fa troisième audience que m'accorda le roi d'Angleterre; je continuai toujours d'être en relation avec lui. Mais je dois appuyer cette assertion dé preuves, d'autant plus que ceux qui aujourd'hui voudraient exploiter exclusivement la réputation et la conduite de ce personnage contemporain, prétendent contester mes rapports intimes avec lui. S'ils avaient eu lieu d'abord par des intermédiaires avant la restauration, depuis je les continuai directement et personnellement avec lui-même jusqu'à sa mort. Les faits vont encore répondre aux dénégations de l'esprit de parti. Je n^ai rien laissé ignorer à cet égard relativement à tout ce qui a précédé et suivi les funestes cent jours. Vers la fin de i8i5, toujours en suivant l'esprit et la lettre des instructions du Roi, qui portaient de rattacher le plus possible les républicains à la cause des Bourbons, et par suite des rapports que je me ménageais dans les intérêts du Roi, je priai le général Barras de

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porter sur les fonts de baptême ma petite-fille Léonie, en même temps que M. le duc d'Aumont voulait bien consentir à être l'un des deux par- * rains. Je donnai ainsi à ma petite-fille deux par^» rains, l'un choisi dans l'élite des royalistes, l'autre parmi les chefs de la république éphémère, et qMi avait été l'un de ses principaux magistrats. Le général Barras se prêta de la meilleure grâce du monde au désir que je lui témoignai à cet égard, iet mes relations avec lui devinrent de plus en plus intimes. On en jugera par la lettre sui-^ vante, qu'il m'écrivit à l'époque de la mort de ma femme, lettre autographe que j'ai par-devers moi. « Le général P. Barras a l'honneur de saluer «monsieur Fauche - Borel , et de lui témoigher « combien il prend part à la perte qu'il vient « de faire. Il a reçu avec plaisir des nouvelles <c de sa petite filleule : c'est une consolation dans a les événemens fâcheux.

« Il lui renvoie sojus ce pli l'effet pour lequel « il désirait le consulter, n'ayant pu déchiffrer «les noms des signataires. Jl invite monsieur « Fauche de ne rien conclure avant d'être venu aà Chaillot; â cet effet, il est invité de venir a lundi prochain, jour de la Toussaint, dîner « avec lui à six heures.

«Paris, le 3o octobre 1824. »

5oS RIÉMOIRES

Il esta remarquer que cette lettre, où mes rdatix>ns avec le général Barras sont établies victorieusement, est d'une date postérieure au désaveu qu'on prétendait qu'il avait fait d'un de mes écrits ' au mois de juin 1819. Ce désaveu ou plutôt cette déclaration , intitulée Le général Barras à ses concitoyens^ comprenant trois pages in-4**, loin d'avoir aucun rapport direct à mes écrits , regarde spécialement les Souvenirs et Anecdotes secrètes qui ne sont point mon ouvrage. L'auteur, M.^Lombard de Langres, y avait inséré diverses anecdotes très piquantes sur les dernières années du règne de Buonaparte, et qu'il annonçait avoir puisées dans des conversations que le général Lefèvre , duc de Dantzick, avait eues chez le général Barras et souvent même à sa table. Ces anecdotes étaient parfaitement vraies ; mais n'étant pas à l'avan* tage du grand homme y leur divulgation parut alors prématurée; le duc de Dantzick se voyant compromis, dépécha ses aides-de-camp pour faire supprimer l'édition. Là, il y avait une page qui révélait aussi les rapports qu'avait eus le général Barras avec Sa Majesté Louis XVIII avant et dans le cours de 1 814. Voilà ce qui donna lieu au désaveu du général Barras, désaveu que les hommes qui l'entouraient lui suggérèrent. Je sais qu'alors Barras contribua pour sa part à faire supprimer

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l'édition des Souvenirs etjdnecdotes secrètes y parce que certains faits qui y étaient consignés l'auraient compromis avec le parti qui déjà maîtrisait l'opinion publique. Ce fut dans ce sens qu'il pu^ blia la déclaration dont il s'agit : c'était moins encore une réfutation captieuse de faits avérés qu'une profession de foi de républicanisme pour satisfaire à la tendance qui était à l'ordre du jour. Mais jamais le général Barras n'a désavoué aucun écrit signé de moi; pas même, conime je l'ai fait observer dans la préface additionnelle qui est en tête de ce quatrième volume, pas même les trois premiers tomes de ces Mémoires qui ont paru avant sa mort, bien qu'on l'ait obsédé pour tirer de lui un désaveu. *

Lorsque mon Précis historique parut au coilimencement de 1816, comme je l'ai dit, Barras me pria de modifier quelques uns des récits qui le concernaient. J'ai donné la clef de ces modifications que je fis réimprimer sous le titre de Notes additionnelles y toutes données par Barras lui-même.

Ainsi le général Barras n'a jamais rien désavoué de ce que j'ai écrit. J'étais chez lui d'ailleurs sur un pied très amical. Je lui avais présenté sir Charles Flint et M. de Beguelin , secrétaire intime du prince de Hardenberg, qu'il accueillait avec

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toute la courtoisie que méritaient ces deux personnages. Je voyais aussi fréquemment chez lui l'amiral Sidney Smith, si honorablement connu dans les quatre parties du monde.

J'eus l'honneur d'y voir aussi le général comte Cuillemihot. Un jour où dans la conversation on parla beaucoup de l'événement du i8 fructidor ( 4 septembre 1 797 ) , comme il me témoignait quelques doutes sur les intentions de Pichegru relativement à ses négociations avec le prince de Gondé, il me dit : «Mais, monsieur Fauche, quelles «garanties pouvait* il donner au prince de ses « bonnes dispositions? — Quelles garanties, lui a répofidis-je ? voici les propres expressions de « Pichegru à ce sujet ; Dites au prince de Condé <c qu'il ne s'est point trompé dans l'opinion qu'il a « de moi ; je suis aussi bonFrançais que lui ; le des- « cendant de Henri IV peut compter sur mon dé- « voùment , et pour gage de mes bonnes disposi- (ctions, je ferai jeter dans le Rhin les quatre « représentans qui me sont envoyés par le comité « de salut public pour me faire passer ce fleuve; <c telle est la garantie que je lui donne. »

Alors le général Guilleminot se leva vivement de son siège en s'écriant : « A présent^ monsieur « Fauche , j'y crois *. c'était la seule garantie qu'il <c put donner dans sa situation. »

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DE FAUCHE -BORËL. 5ii

• Barras avait dans son salon le portrait du pape Pie Vn, qui figurait d'une manière assez dépla-* cée au milieu des portraits des dou^e sibylles, à Général , lui dis-je un jour , je désirerais bien fe avoir quelque chose de vous; par exemple le « portrait dû Saint-Père que voilà, et qui n'est (c pas en très bonne compagnie parmi ces douze « sibylles; j'aimerais bien le posséder et le tenii^ « de votre main. — Eh bien ! je vous le donnerai, a me dit-il, et je vous en fais la promesse en pré* « sence de madame la comtesse de Barras* »

Puisse cette dame se rappeler la circonstance que je rapporte, et, si le général avait omiô de mentionner sa promesse dans ses dernières dis* positions, puisse-t-elle remplir à mon égard l'intention qu'il manifesta devant elle 1 je recevrais de sa main le portrait de Pie YII avec un double sentiment de reconnaissance. »

Barras m'avait bien promis aussi de ne pas oublier de mentionner dans ses dernières dispositions sa filleule dont il m'avait demandé à cet effet les prénoms : Pauline^ Léonie. Mais je n'ose plus me flatter qu'il ait effectué ses assurances et ses promesses.

Si, depuis, j'eus quelquefois des dissentimens d'opinion avec lui , ce n'est pas à lui que je dois les attribuer, mais aux entours qui l'obsédaient

Su MÉMOIRES

et qui, rêvant la possibilité de rétablir la république 9 ne voulaient pas qu'il (ut dit que Barras , plus clairvoyant qu'eux, en jugeait comme Pichegru et Moreau : ils regardaient la république comme impossible en France, et ils étaient persuadés que la liberté ne pourrait s'y maintenir qu'avec les Bourbons et la monarchie constitutionnelle.

Ici je reprends la suite de ma narration, qui se rattachait, quand je l'ai interrompue, aux.événemens de la fin de 1820.

Les révolutions d'Espagne, de Portugal et de Naples, venaient d'éclater; et ce qu'il y avait de plus déplorable, c'est que les soldats chargés de la destinée des peuples et des rois servaient euxmêmes d'instrumens pour opérer le bouleversement des États. En même temps que le midi de l'Europe était ainsi déchiré, l'Angleterre, l'Allemagne , çt surtout la France, étaient agitées partiellement , et là semblaient s'attiser les flammes d'un incendie général ; tous les amis de l'ordre social en étaient consternés.

Dans ces circonstances graves , les souverains de la sainte alliance prirent la résolution de se réunir en congrès à Troppau.

Je m'étais chargé, de la part de mon honorable ami M. Bergasse, dont les lumières et la sagesse ont été généralement appréciées dans toute l'Europe,

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de porter au prince de Hardenberg un Mémoire politique du plus haut intérêt, destiné pour S. M. l'empereur Alexandre , et qui répondait ample* ment à une lettre que l'Empereur avait écrite à M. dé Bergasse. Ce profond penseur y démontrait €ombien il était urgent d'arrêter, avec une sorte de solennité , et par les moyens les plus efficaces et les plus prompts, les progrès de la secte qui tour à tour visible ou cachée , selon qu'il convient au succès de ses plans , agitait de nouveau , et par des proches si terribles , le monde dvilisé. « Ce tf qui se passe, ajoutait-il , en Espagne, à Naples, « dans quelques portions de l'Italie autrichienne « et de l'État romain , erj Angleterre et même en «France, au moment où j'écris ceci^ ne justifie

ce que trop mes tristes prévoyances Peu de

« gens connaissent les mystères de la secte et ses ff immenses ressources ; peu savent combien une « multitude innombrable dHndividus concourent,

« sans s en douter ^ aux succès de ses plans Je

«sais bien, poursuivait M. de Bergasse, qu'il « n'appartient à aucun souverain d'exercer une « influence directe sur les résolutions des autres « souverains. Personne n'est plus convaincu que « moi que les nations doivent demeurer indé- « pendantes, et qu'entre les cbefs qui les gou- « vernent , il importe qu'il n'y ait aucune subor- TOME ly. 33

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<c dination obligatoire. Aussi, dans la lettre que «j'ai eu l'honneur d'écrire à Votre Majesté, me a suis-je borné simplement à des réflexions gênéa raies sur la nature et les progrès du mal , dont cf il importe si fort d'arrêter le ravage; et si j'ai a parlé de la nécessité d'un congrès où l'on prena drait en considération l'état moral de la société a européenne , Votre Majesté a du voir que je me « suis bien gardé de spécifier en aucune manière « les déterminations qu'il convenait d'y prendre.»

M. de Bergasse développait ici quelques observations que lui suggérait l'état présent des choses; mais je dois borner là mes citations. Je dirai seulement qu'à mon arrivée à Berlin, je remis le. Mémoire au prince <le Hardenberg, qui le soumit à S. M. le roi de Prusse; et que l'empereur Alexandre le reçut des mains du Roi. Dans une réunion de l'Empereur, du Roi et du prince de Hardenberg, on en fit plusieurs lectures; ce Mémoire enfin paraît avoir servi de boussole aux .résolutions deTroppau, d'après les bases connues et exprimées dans la Circulaire adressée de la part des souverains réunis à leurs légations respectives.

J'avais eu aussi le bonheur de pouvoir mettre dans les mains du prince de Hardenberg des notes qui parurent tellement in^portantes au

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congrès, que Son Altesse tne fit l'honneur de m'écrire de Troppau pour me donner des témoignages de sa satiisfaction. S. M. le roi de Prusse daigna, dans cette circonstance, me faire expédier de Troppau même des lettres de noblesse ; faveur, qui me fut d'autant plus précieuse que je ne l'avais point sollicitée.

En me les remettant à son retour à Berlin, le prince de Hardenberg me dit : « Le Roi n'a pas oc voulu prendre l'initiative des récompenses pé- « cuniaires que vous avez à prétendre auprès « du roi de France, et Sa Majesté , en attendant, a « saisi cette occasion de vous donner des lettres « de noblesse, qui sont d'autant plus honorables a pour vous qu'elles datent d'un congrès. »

Forcé de quitter Berlin en 1 8o5, j'y avais laissé mon frère dans la maison que j'y avais acquise, et où j'*avais formé un établissement ; mais mon frère s'était vu forcé de l'abandonner à l'arrivée des Français, en 1806. Ceux-ci y établirent la poste de l'armée, de sorte que mes meubles et effets qui s'y trouvaient furent dispersés. Avant son départ, mon frère avait remis en dépôt à M. Umland, libraire, pour plus de quinze mille francs de valeurs provenant de ma librairie, valeurs que M. Umland n'a jamais pu restituer par suite de sa faillite. Plus tard, et sans nécessité, une

HiS MÉMOIRES

intrigue judaïque me déposséda de ma propriété; elle fut vendue à l'enchère tellement au-dessous de son prix, É[u'il y eut lésion d'outre rapitié. Je suis encore à revendiquer mes droits par-'devant tes tribunaux de Berlin.

M. le vicomte de Chateaubriand, qui se rappelait mon affaire de Gand , m'avait accueilli à Berlin, où il était ambassadeur; je le complimentai sur son ambassade, et lui dis que j'étais étonné qu'il ne fut pas ministre. Il me répondit : « Cela n'est que diffiéré; et quand j'aurai le porte- (c feuille des affaires étrangères , la première « chose dont je m'occuperai sera de voqs faire tf rendre la justice que vous méritez si bien. » Je crus à la sincérité de ces paroles.

Le ministère prussien désira que je me misse en rapport avec le fameux Méhéé de La Toudie, qui était venn à Berlin , où on le regardait comme le principal agent du comité direcieur. Je vis cet homme , dont l'astuce était connue depuis longtemps. Ce qui me parut digne de remarque, t'est qu'il avait été autorisé par le ministère de MM. ÛecaMs, Pasquier et Monniér, et d'après des instructions que j'ai vues ; il était d'ailleurs ;nuni d'un double passe-port, l'un sous son vérita* ble nom, l'autre sous celui de Prosper, et enfin il motivait son séjour à Berlin, en prenant pour

prétexte d'y établir une fabrique de cartons im^ perméables. Méhée me convainquit des intention^ de ses commettans, pour lesquels son dévoûment était bien équivoque; il me fit conpaître aussi les moyens d'^affiliation qui existaient entre les libéraux français et les Teutons. Il me fut démontré qu'il n'était venu à Berlin que pour y organiser une correspondance, dans le but de tirer parti' de l'état de fermentation où étaient alors les universités d'Allemagne.

Pendant mon année de séjour à Berlin (de 1820 à 1821 ), Je continuai de suivre les opérations des libéraux carbonari et teutons /que j'ai toujours surprix , guidés par les mêmes motifs, voulant atteindre le même but, une rér forme complète de principes et d' individus, l'établissement de constitutions 4 Vespugfioley point de rois , ou des rois sans prérogatives ni autorité. Sa Majesté Prussienne fut instruite âuj; travail subversif des universités, tet eaaiploya, avec sa sagesse reconnue des mesures salutaires de répre^ion, en éliminant un certain nombre d^ professeurs, qui malheureusement portèrent ailr leurs leurs principes et l^rs moy^qs, principalement en Suisse.

On voit, par ce qui eut l^eu en Prusse à cette époque^ comtfien il importe que les rpis soient

5i8 MÉMOIRES

bien informés, et d'une manière directe, de ce

qui se passe.

Avec Tannée avait commencé le*" congrès de Leybach, ville qui avait été choisie, malgré le peu de ressources qu'elle offrait pour une pareille réunion , à cause de sa proximité de l'Italie. . D'après les principes établis à Troppau, il ne s'a^ssait plus à Leybach que de leur application , c'est-à-dire de savoir en quel cas , par quelle voie et jusqu'à quel point on pouvait s'immiscer dans le gouvernement d'une puissance indépendante.

Ce fut en présence de ce congrès , et au moment où les troupes autrichiennes se mettaient en mouvement pour rétablir le roi de Naples dans la plénitude de son pouvoir, qu'éclatèrent les insurrections du Piémont et de la Grèce, mouvemens qui se combinaient avec ceux qu^on espérait faire surgir ailleurs. Ce plan , dirigé de Paris même, était l'effet des combinaisons du prisonnier de Sainte -Hélène et de ses puissans amis d'Europe. Il est assez remarquable que sa mort, ainsi que celle de la reine d'Angleterre, ait eu lieu cette même année 1821.

J'étais à Paris quand le prince de Hardenberg y passa pour se rendre à Leybach. M'ayant fait appeler, le prince me dit qu'il avait le projet d'introduire en Prusse la découverte récente des

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fosses mobiles inodores, faite en France, et qui y était soutenue par le gouvernement; déco^vverte qu'on regardait alors comme avantageuse, soit à l'agriculture, soit à la salubrité des hôpitaux , des prisons et des casernes. A cette occasion , le prince ajouta : « Le Roi aime essentiellece ment ses soldats; allez visiter les casernes avec «le conseiller intime M. Schœll; entendez -vous « ensuite avec les membres de l'administration <c qui y est organisée , afin de concourir à intro- « duire dans les États de S. M. le roi de Prusse « une découverte aussi utile. »

Je vins à Paris , et je m'entendis à cet effet avec les membres de l'administration, MM. Donat, Labénardière et de Forcade. On me demandait une mise de fonds de cent soixante mille francs ; je proposai d'accorder le cinquième des bénéfices qui pourraient se faire, par l'introduction de ce procédé, tant en Angleterre qu'en Prusse. En conséquence. Sa Majesté Prussienne accorda des patentes pour tous ses États, mais particulièrement pour les hôpitaux, les casernes et toutes les maisons royales. Ne pouvant suivre cette affaire par moimême, je cédai, en traitant avec l'administration de Paris, et avec M. de Forcade en particulier, le privilège à mon neveu Bartholomé Fauche, qui, par suite d'arrangemens contraires à mes instruc-

tions, fut la cause d'une série de désagrémeus

auxquels je devais être loin de lu'attcadre.

S. A. le prince chancelier d'État avait toujours reçu avec satisfaction mes communications de Londres et de Paris, et avait daigné m'en témoigner son contentement. A mon retour à Berlin, je reçus du prince l'avis agi*éable que Sa Majesté Prussienne venait de me donner le titre de conseiller de légation, et de me nommer en même temps son consul général pour résider en Suisse. A cette place était attaché un traitement de trois mille écus de Prusse. On regarda généralement le choix que Sa Majesté avait fait de ma personne , dans cette circonstance, comme une récompense accordée à mon zèle , comme un moyen de m'indemniser des pertes que j'avais éprouvées, et comme une retraite honorable dans mon pays.

a Votre Altesse , » répondis-je au prince chancelier dans ma lettre de remercîmens * , «Votre « Altesse n'aura jamais à regrettei* la confiance « qu'elle daigne m'accorder, et Sa Majesté sera « servie avec zèle. »

Je reçus peu de temps après , du ministre des affaires étrangères, comte de BernstorÉf, communication du règlement qui fixe les obligations

• Datée de Berlin ^ le ai juillet i^^i.

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jet les droits dés agens coimaeifciau:»; mais ce iie fut que le 19 octc^re suivant que le prinôe chancelier iue donna ses instructions, d'après les« qudles je devais me rendre d'abord à Neuôhâtel , Berne, puis à Bâle> Mais ayant présenté au mi* nistré des affaires étrangères une note par la^ quelle je lui témoignai le déâr d'aller d'abord à Paris, j'y fus autorisé, et je fKirtis pour cette capitale au mois de décembre i8ai. C'était au moment même de la chute du second ministère du duc de Bicbelieu, et où venait d'être formé le ministère appelé ministère royaliste ^ composé de MM. de Peyronnet, du vicomte de Montmorency, du maréchal duc de Bellune^ de M. de Corbière, du marquis de Clermont-Tonnerre , de M. de Villèle et de M. de Ijauriston.

Ayant triomphé en partie de mes ennemis, qui, de guerre lasse, ne montraient plus contre moi le même acharnement, je pensai que l'iKxès des Tuileries ne me serait plus fermé. En effet, j'eus l'honneur d'être admis par S. M. Louis XVIII à une audience particulière, qui dura plus d'une heure , dans son cabinet. Le Roi mit de l'intérêt à cûanaître par mon organe, dans le pkis graâd détail, tout ce qui s'était passé au congrès de Vienne, à l'époque du 20 mars. Je satisfis à la curiosité du Roi, et lui témoignai mon profond

Saa MÉMOIBES '

regret de ce qu'étant parti de Vienne à cette même époque^ chargé d'une lettre extrêmement rassurante de mon souverain pour Sa Majesté, on eût dérobé à sa connaissance les circonstances de mon arrivée à Gand , ainsi que le traitement injuste et peu mérité que j'y avais éprouvé à la suite de ma mission.

Je crus aussi devoir saisir l'occasion d'instruire le Roi de ce qui avait singulièrement influé sur la politique des souverains au congrès de Troppau, et je lui parlai du Mémoire que j'avais été chargé de faire mettre sous les yeux de l'empereur Alexandre. « Sire, ajoutai-je, l'auteur de cet a écrit remarquable m'a permis d'en prendre une « copie, et de saisir l'occasion de la faire parvenir «sûrement dans les mains augustes de Votre « Majesté. » J'attendis que le Roi témoignât le désir de l'avoir, et sortant le manuscrit de ma poche, «Siré, ajoutai-je, comme ce Mémoire a « cent vingt pages , Votre Majesté voudra sans «doute le conserver, d'autant plus que l'auteur « est un des serviteurs les plus dévoués de votre « auguste dynastie et de la plus sainte des causes; «il est âgé de soixante -douze ans, et c'est le « célèbre M. de Bergasse. »

A ce nom, le Roi prit le manuscrit, et parcourut la lettre d'introduction à l'empereur

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Alexandre. Je pris la liberté alors de faire connaître au Roi la position de M. de Bergasse , et les titres qu'il avait à l'intérêt des Bourbons. Mon respect et ma discrétion ne me permirent pas de parler de mes intérêts; et c'est un tort que j'ai à me reprocher aujourd'hui; car le Roi sans doute me supposait complètement indemnisé, par suite des différentes mesures qu'il avait ordonnées lui-même à mon sujet.

Cette audience néanmoins me combla de joie, et écarta même de mon esprit la supposition de tout le mal qu'on m'avait fait dans l'esprit du Roi , et dont j'appris que les documens reposaient dans les cartons du ministère.

Trois jours après cette audience, le vicomte Matthieu de Montmorency vint chez M. de Bergasse, lui dire avec empressement : « Hé bien, mon * a cher Bergasse, savez -vous que vous êtes très «c bien dans l'esprit de Louis XVIII, et que je suis <K chargé de sa part de vous demander ce qu'il avons faudrait pour vous empêcher de vendre « votre maison de campagne. » Sur quoi M. de Bergasse répondit de suite : « Je parie que c'est a Fauche qui a attaché le grelot. — Hé bien oui, « c'est lui.... »

Un philosophe chrétien tel que M. de Bergasse ne pouvait que former des désirs pleins de modération et de sagesse.

A quelques jours de là, je lui fis une visite, et il me dit : ti C'est à vous q^e je dois l'intérêt « que Sa Majesté a daigné me faire témoigner « d'une manière si gracieuse. Pourriez-vous croire a que non seulement le duc de Richelieu et M. dç « Chateaubriand , mais encore M. de Montmo- <K rency lui-même, qui si souvent m'avaient dit a qu'ils parleraient de moi au Roi, avaient toua jours négligé d'en saisir l'occasion ? -* Vous ne « serez point ministre, à cause de votre âge^ dit « M. de Montmorency à M. de Bergasse; mais vous « serez consulté. »

Du reste, je fus personnellement très bien accueilli de M. le vicomte de Montmorency; il me témoigna combien les marques de satisfaction que j'avais reçues de la Prusse lui étaient agréables. Il me promit une lettre d'introduction et de recommandation auprès de M. Fahy, le chargé d'affaires en Suisse, dont on disait beaucoup de bien.

J'appris que Méhée de I^ Touche vivait à la campagne , et que les nouveaux ministres ne paraissaient pas disposés à le traiter aussi favorablement que l'ancien ministère»

Vers la même époque, je fus présenté, par M. le duc d'Havre , à S. E. M. de Corbière , qui , en me recevant, me dit : «Ne me reconnaissez- « vous pas, monsieur Fauche -Borel? — Non,.

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«Monseigneur. ■— C'est moi qui sauvai, au « ï8 fructidor (4 septembre Ï797), les papiers « de Pichegru , et les portai rue du Bac. 3'ai bien « connu tout ce que von^ fites déjà à cette épo- « que, et je sais tout ce que vous av^z £àit depuis ii pour la cause que vous servez avec tant de zèle «^et de persévérance. Comment! voui n'avess rien « là? ajouta-t-il en mettant la main sur ma bou- « tonnière. — Non , Monseigneur ; maSs ce qui € devrait y être est dans mon coeur. — Oh! je « veux que vous l'ayez ; vous l'avez bien mérité, » A quoi M* le duc d'Havre ajouta :« Personne , « Monseigneur, ne l'a mieux mérité en etfet que a M. de Faucfae^Borel. n

Quin2ie jours après. Son Excellence me fit l'honneur de me dire que cette décollation dépen* dait du ministère des affaires étrangères; qu'il en parlerait à M. lé vicomte Matthieu de Montmorency, et que je dçvais le voir. Effectivement, j'eus occasion de m'y présenter, en même temps que j'y accompagnais mon neveu Bartholomé de Fauche^ qui venait de recevoir une tabatière ornée du chiffre en brîUans dé S. M. Louis XVni, pour reconnaître les services qu*il avait rendus en faisant Jes fonctions de consul de France à Gothenbourg par intérim. M. de Montmorency dit à mon neveu, qui postulait la place de consul

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de France dans la même ville : « Quand on est le « neveu d'un homme comme M. de Fauche-Borel, c< on a droit de tout attendre du gouvernement a français* » N'est-il pas étonnant qu'avec de telles assurances, je sois encore à attendre les effets de l'accomplissement des promesses du Roi, qui a toujours voulu reconnaître mes longs et périlleux services?

Je vis aussi pendant mon séjour à Paris l'ancien directeur Barras, qui, m'entretenant de» causjes de discorde et d'agitation qui existaient encore en France, ajouta qu'il fallait prendre garde à une circonstance qui paraissait mériter l'attention : c'est que Eugène Beauharnais qui avait vendu tous ses biens à réméré venait de les racheter tous avec beaucoup d'autres, ce qui faisait présumer que son espoir de revenir un jour en France s'était réveillé. « Le mariage de sa « fille , continua Barras , avec Oscar, fils He Berce nadotte, porte aux conjectures, et Eugène est a généralement désigné pouç régent , dans le cas a où le parti du petit Buonaparte l'emporterait. » On ne se fait pas d'idée comme Barras avait en horreur ce parti.

Tout fermentait en Europe où plq^ieurs États étaient en proie à de violentes convulsions qui n'étaient, à vrai dire, que la répétition plus ou

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moins fidèle des premières crises de la révolution française.

ILavait été convenu l'année précédente, à la clôture du congrès de I^ybach, que les souverains se réuniraient dans le courant de Tannée 1822 pour y prendre en considération le terme à fixer aux mesures jugées nécessaires pour raffermir la tranquillité de la péninsule italienne. Mais des événemens non moins importans que ceux qui avaient amené le congrès de Leybach étaient survenus, qui sollicitaient plus vivement l'attention des souverains; les affaires de l'Orient, l'insurrection des Grecs, la rupture toujours imminente de la Russie avec la Porte et surtout l'état des affaires de l'Espagne et les rapports déjà hostiles entre elle et la France, tout montrait que les intérêts de l'Italie ne seraient pas les plus sérieux objets des conférences. On les attendait avec anxiété, et, au choix que les puissances firent de leurs ministres plénipotentiaires, on vit l'intérêt qu'elles y attachaient : les principales légations et plusieurs ministères demeurèrent comme suspendus et transportés d'abord à Vienne, puis à Vérone^ ^

La réunion du congrès avait été fixée au commencement de septembre. Le marquis de Londonderry était désigné comme plénipotentiaire de la Grande-Bretagne.

5a8 MÉMOiaBS

Autorisé par ma ccmr à faire un court voyage en Angleterre avant d'aller m'installer en Suisse, j'arrivai à Londres au moment où Georges IV, qui s'était promis l'année précédente , à son re^ tour dlrlande^ de faire un voyage en Ecosse, allait se mettre en route pour Edimbourg. Cette circonstance ne me permit pas de voir le Roi.

Tandis que la capitale de l'Ecosse se livrait à la joie et aux préparatife de la réception du souverain, Londres fut frappé d'un funeste événement , la mort soudaine du marquis de London<derry ^ arrivée le i a août. Elle fut d'abord annoncée dans le public comme Feffet d'une goutte Remontée, et reconnue ensuite comme un suicide occasionné suivant les uns par un excès d'à* liénation mentale, dont le marquis aurait déjà donné quelques symptômes avant le départ du Roi, et, suivant d'autres, par le dégoût du travail, des affaires, et par l'embarras de la situation politique où il allait se trouver à Vérone, et où il était chargé de représenter son souverain.

Cet événement réveilla les passions et donna un nouvel essor à l'esprit de parti qui déjà avait rendu impopulaire c^ infortuné ministre. Il s'était suicidé à sa maison de campagne. Je vis de mes yeux devant sa propre maison, en ville, le matin nïéine où sa mort fut ébruitée, deux stages remplis de monde, et sur l'impériale plusieurs hom-

mes élevant leur chapeau en l'air et l'agiter en signe de satisfaction, en criant : // est mort! il est mort !

On remarqua ensuite nombre de libéraux ou radicaux partant pour la France, sans doute pour se concerter avec les affiliés sur l'événement auquel ils auraient voulu ajouter celui dç l'assassinat du duc de Wellington, qu'ils avaient ébruité comme ayant eu lieu sur le continent, par les mains du fils du maréchal Ney , événement qui, le 6 août, fut démenti dans tous les papiers.

Le cabinet fit partir à la hâte, pour Paris, M. Becket, ancien sous -secrétaire d'État sous lord Sydmouth; il était alors juge avocat, et on avait en lui la plus haute confiance. C'était un homme justement estimé et avec lequel j'avais été souvent mis en rapport.

En arrivant à Londres, le Roi trouva les partis fort agités. Ce n'était pas seulement la place de chef du cabinet que le marquis de Londonderry laissait vacante ; c'était le système politique tout entier que sa mort laissait flottant. Parmi tous les candidats mis sur les rangs , il n'y eut que M. Canning, proposé par lord Liverpool, qui arrêta tout d'abord les regards du public. Mais il venait d'être nommé gouverneur général de l'Inde et allait partir pour sa destination. On supposait d'ailleurs

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