TOME IV
53o MÉMOIAES
que le Roi avait contre lui de fortes prévention» à cause de l'opinion qu'il avait émise lors du procès de la Reine, et de son penchant à se créer des appuis dans les passions populaires. Mais on représenta qu'il était important d'éviter une scis^ sion dans le ministère et d'acquérir un orateur éloquent dans la chambre des communes. Toutes les préventions cédèrent à ces considérations, et le i6 septembre, après plusieurs délibérations très secrètes à Carleton-House le Roi remit les sceaux des affaires étrangères à Al Canning, qui sacrifia sans hésiter la perspective assurée d'une fortune immense dans l'Inde au périlleux honneur de diriger les gfiiaires de la &rande«-Bretagne. La suite fit voir que le Roi ne s'était pas trompé.
De retour sur le continent, je me rendis d'à-» bord à Strasbourg, pour de là m'installer en Suisse en qualité de consul général de Sa Majesté Prussienne. Mais on y était déjà persuadé que je ne m^y tiendrais pas sur la ligne d'un agent commercial , et que le but politique de ma mission tenait aux circonstances dans lesquelles l'Europe se trouvait {dacée.
Lorsque les monarques alliés pour la déli*»
vrance de l'Europe résolurent de soustraire à jamais la Suisse à l'influence d'un voisin ambitieux et d'assurer sa neutralité dans les futurs démêlés
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politique», ils ne s'attendaient pas à ce qn6 ce pays, rendu à la liberté sous l'empire de constitutions qu'il s'était données lui-même, deviendrait, peu d'années après, le point de réunion des hommes turbulens de tous les États limitrophes et l'arsenal où seraient forgées les armes destinées à renverser les f rones. Soit faiblesse des gouvernemens cantonnaux, soit connivence de quelques uns d'entre euK, soit enfin insuffisance des lois, plu^eurs cantons helvétiques, et particulièrement ceux qu'on désignait sous la dénomination de nou*^ veaux , étaient devenus l'asile de tous les pertur^ bateurs du repos public. C'était tantôt à Genève ou à Lausanne, tantôt à Arau, $aint^all oti Coire, que s'assemblaient périodiquement ou par suite de convocations extraordinaires tous les individus expulsés des pays^ voisins, ainsi que ceux qui s'étaient expatriés volontairement parce qu'ils ne trouvaient pas dans leur patrie la sécurité dont ils^vaiept besc^n pour ourdir avec succès leurs trames. C'était dans ces réunions que se préparaient les complots, qu'étaient dressées les instructions, qu'était donné le mot d'ordre au* quel les agitateurs de tous les pays se reconnaissaient. C'était de là que partait la correspondance avec les agens secrets , en Allemagne, en Italie et en France, ainsi que dans la péninsule pyré-
53a BIËMOIRES
néenne : elle y était portée par des personnes aidées qui voyageaient en apparence pour des affaires de commerce ou sous quelqu'autre prétexte.
Dans cet état de dioses il n'était pas étonnant que des fonctions qui exigeaient ma présence en Suisse, y excitassent bien des ombrages, et il n'était guère possible que je n'y rencontrasse pas une opposition systématique. Maître de choisir ma résidence dans tel endroit de la Suisse que je jugerais convenable, il aurait suffi de la multiplicité de mes rapports avec des personnes de toutes les conditions pour m'éclairer sur les dispositions du pays et sur les secrets desseins des affiliés étrangers qui y trouvaient plus qu'un refuge. Voilà ce qui me suscita tout d'abord de nouvelles tracasseries. Dès le mois de janvier pré^ cèdent, lorsque ma nomination fut notifiée, le directoire fédéral éleva des difficultés sur l'établissement du consulat, et en prit prétexte pour refuser de m'en accorder Yexequatur. Le cabinet prussien insista. Le comte de Meuron, ministre plénipotentiaire de mon souverain près la Confédération helvétique, répondit, par sa note du lo janvier, à tous les points de la note du Directoire fédéral, a Le second point de la note, « disait ce ministre, regarde la personne de M. de
€( Fauche-Borel. Sa Majesté n'ayant laissé passer ce aucune occasion de montrer aux Suisses , par la c( haute protection qu'elle leur a hautement ac- « cordée, tout l'intérêt qu'elle prend à leur bonce heur, n'a pu qu'être extrêmement étonnée de o la manière inconvenante dont le Directoire féc< déral s'exprime, sans aucune preuve à l'appui, « sur le compte d'un serviteur auquel elle vient ce de donner une marque éclatante de sa royale ce bienveillance en lui conférant la noblçsse prusce sienne, et dont LL. MM. les rois de France et de ce la Grande-Bretagne ont cru devoir récompenc« ser par des pensions les services que, pendant cK un long espace de temps, il a rendus à la cause ce de la légitimité. Dans le cas seulement où Factice vite de M. de Fauche-Borel , pendant sa carrière ce politique dont le Directoire fédéral se plaint ce avec si peu de mesure, aurait été dirigée au ce détriment de la confédération contre sa liberté ce ou son indépendance, le Directoire fédéral auce rait eu quelque droit de s'en plaindre. »
Le Directoire fédéral persista dans sa première résolution. Des griefs imaginaires furent allégués contre moi : les uns prétendaient qu'après la restauration de 18149 j'avais fait des ouvertures à plusieurs personnes influentes, sur un projet tendant à établir en Suisse une magistrature
héréditaire dans la personne d'un landamàn perpétuel , et que j'avais parlé de S. A. R. le duo de Kent et des avantages qui résulteraient d'une alliance aussi intime avec une puissance telle que l'Angleterre, assertion qu'on se gardait bien de soutenir officiellement. D'autres , et c'était le plus grand nombre, me reprochaient « d'avoir tou<* « jours intrigué en £aveur des Bourbons, et, dans « le moment encore, de servir cette même cause a avec le même zèle. » Quant à ce dernier re« proche, j'étais loin de le repousser; je répondais qu'une telle accusation était d'autant plus étonnaqte que le gouvernement prussien ne m'avait conféré la noblesse et mon emploi que parce qu^il connaissait mon dévoùment à la légitimité, et que, d'après mes instructions même, je devais, continuer à agir dans le même esprit.
Toute cette affaire était encore en discussion entre ma cour et le Directoire fédéral, lorsque j'arrivai à Neuchâtel, le i8 novembre. J'y restai cinq jours, pendant lesquels M. le gouverneur, tous les membres du Conseil d'État et de la ma* gistrature me firent l'accueil le plus gracieux.
A Berne, où je ne passai que vingt-quatre heures, j'eus l'honneur de visiter M. Favoyer de Mulinen^ qui fut d'abord un peu froid; mai^ un quart d'heure de conversation me le rendit ftussi
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aimable pour moi qu'il Fêtait en i8i4- ^^ ^^ "vis point M. Tavoyer de Vatteville qui, au moment où je me présentai, allait au (Conseil. Mais le ministre plénipotentiaire de Prusse, M. le comte de Meuron, me reçut à bras ouverts et avec les démonstrations de la plus franche amitié, a Vous ic m'avez, me dit*il, monsieur Fauche, donné bien «c du mal pour l'objet du refus que fait le Direoa toire fédéral de vous accorder Vexequatur du a consulat J'ai rompu bien des lances pour vous; ic et aujourd'hui encore, sur une nouvelle note tï que j'ai reçue i votre égard pwir insister, je a demande d'être autorisé de quitter mcm poste « si le Directoire n'accède pas à la demande de « ma cour« -^ Au nom de Dieu^ lui répondis-je^ « monsieur le comte, je vous en prie^ ne faites « rien qui me rende le sujet de nouvelles dîscus- ^ sions qui pourraient susciter de nouveaux en* « nemis au Roi et à son ministre. Je pense qtie si « vous me présentiez tout bonnement aux memr « bres du Directoire fédéral qui se sont prononce ces contre moi, je parviendrais à les ramener (c sur des préventions qu'il eût été^ dans le principe a surtout, très feicile de détruire en me représente tant tel que je suis et en faisant connaître quels « furent dans tous les l^oips la pureté de ma c conduite et de mes principes ; et personne mieux
« que VOUS ne pouvait en être le meilleur garant a auprès du Directoire fédéral. — J'attendrai, « me répondit M. le comte de Meuron, la réponse « que me fera S. Exe. le ministre des affaires a étrangères, comte de Bernstorff, et je vous en a informerai. »
Je me proposai de me rendre à Vérone, pour remettre moi-même au prince de Hardenberg des informations importantes la plupart relatives à la révolution d'Espagne et à la nécessité de l'intervention de la France; mais le prince, instruit de mon dessein, m'écrivit de lui faire passer le plus promptement possible , par l'intermédiaire de M. le conseiller intime Schœll, qui était alors à Bâle , les papiers dont j'étais porteur et qui étaient propres à éclairer les souverains réunis en congrès. Je ine rendis aussitôt à Bade y et je remis, le 3o novembre, à M. le conseiller intime, les papiers qu'il se chargea de faire parvenir au prince chancelier.
Mais, hélas! cet homme d'État n'était plus : il avait quitté Vérone vers la mi-novembre, pour se distraire de ses travaux par un voyage à travers la Lombardie et les Apennins jusqu'à Gênes. A Milan il se sentit la poitrine, affectée ; en route et à son arrivée à Gênes, son mal s'aggrava; le a6 novembre il fut frappé d'un coup d'apoplexie
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et expira à Fâge de soixante-douze ans. Le Roi, mon souverain, perdit un ami^ un serviteur fidèle 9 et la Prusse, un des honii](ies d'État les plus distingués et l'un des plus heureux qu'elle ait eus ; il eut la consolation de la laisser, en mourant, plus forte et plus puissante qu'il ne l'avait trouvée.
Je fis personnellement une perte immense dans la personne de c6 puissant et bienveillant protecteur, qui avait daigné apprécier ânes services, mon zèle et n^on dévoùment pour la cause des souverains. J'avais éprouvé jadis combien la perte de M. le duc d'Avaray était pour moi irréparable auprès de S. M. Louis XVin. Je sentis qu'il en serait de même , à l'égard de mes rapports avec le cabinet prussien, par suite de la mort récente du prince de Hardenberg. Mes ennemis eux-mêmes en jugèrent ainsi, et agirent en conséquence. Bientôt en effet l'intrigue l'emporta, et les personnes qui, par leur position , auraient dû me soutenir soit en Suisse, soit à Berlin, me délaissèrent ou me desservirent.
Toute sorte de traverses et de tracasseries me furent suscitées. Persistant dans son refus de me reconnaître, le Directoire fédéral déclara dans sa note du 4 février, qu'il ne pourrait /«/wezw donner son assentiment à mon installation dans une
agence politique ou officielle quelconque : or^ on yitle8 mêmes hommes qui en i8i4 et en 1 8i5 ayaient partagé mes opinions et suivi ma ligne politique 9 changer tout-à^foit, et se dédarer contre moi en i8aa. Ce n'est pas seulement dana des variations d'opinion qu'on trouverait les causer d'une telle versatilité , mais dans des in« téréts de parti mis en jeu avec un art perfide.
Avec un si fiàcheux concours de circonstances, il était iippossible que je ne fusse pas sacrifié.
La lettre suivante que m'adressa S. Exe. M. le comte de Bernstorff , dissipa tous les doutes à cet égard.
«Monsieur,
« La fiicheuse extrémitévà laquelle Vafhire de « votre admission comme consul général en a Suisse a été réduite, ne m'a pas permis de dif- « « férer plus long^temps d'en faire mon rapport à a Sa Majesté. Le Roi, sur ce rapport, a jugé à « propos de m'ordonner de laisser tomber une a demande qui a amené des discussions dont la n prolongation ne servirait qu'à compromettre <x des apports auxquels Sa Majesté attache le plus « grand prix- Sa volonté est qu'en considération <c des complications survenues , et pour éviter de a nouveaux désagrémens,: vous regardiez dès à
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«présent vôtre commission comme éteinte, et « que pour le moment vous vous absteniez de fc retourner en Suisse.
« Sa Majesté., dans sa bonté, étiint disposée à « vous aecorder une pension ^ je ne tarderai pas « à vous £giire connaître ses résolutions à cet « égard.
a Recevez, monsieur, Tassurance de ma parfaite «c considération.
o Berlin, ce 18 mars 1623.
« Signé, BERNSTORPF. *
Du reste, M. le comte de Meuron, qui, dés
Torigine, loin d'avoir rien fait pour remplir les
intentions de sa cgur à tnon égard, avait con--
tribué sourdement À me faire succcmiber dans la
discussion avec le Directoire fédéral, fut égale^
ment rappelé de Suisse au moment même où il
semblait triompher de la suppression de ma
place. Dès-lors tombèrent lés bruits que mes
ennemis avaient fait courir que j'étais dans la
disgrâce de mon bien aimé souverain. Ses bontés
royales ne s'éteignirent heureusement pas comme
ma commission; et la pension que Sa Majesté
daigna m'accorder^ fut pour moi un gage certain
que je n'avais pas démérité dans son estime.
Cette même année 189 3 fut marquée en France
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par Tadhésion du gouvernement du Roi aux vœux de la Sainte-Alliance, pour une prompte intervention dans les troubles de l'Espagne. La question de la paix ou de la guerre ayant été nettement posée dans le discours du trône, la tribune n'eut bientôt plus rien à révéler dès que le signal des combats eut été donné sur la Bidassoa. Le Roi avait déféré la direction suprême de la guerre à S. A. R. le duc d'Angouléme, et cette c^unpagne fut pour le prince la source d'une vraie gloire.
A mon retour à Paris, la France sortait avec avantage d'une guerre dont un parti avait affecté de tant craindre les calamités; elle en sortait avec une bonne armée acquise à la dynastie, avec toute sa gloire militaire et son influence diplomatique ancienne, avec un crédit public établi sur des capitaux abondans et sur la confiance universelle. En même temps, l'industrie nationale faisait des progrès incontestables; le mouvement de la prospérité générale ne s'arrêtait point; jamais l'atmosphère politique ne s'était montrée plus calme; la restauration semblait avoir été accomplie.
Il restait à accomplir à mon égard les promesses royales; rien ne devait plus s'y opposer; la France florissait, et ses finances étaient dans
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le meilleur ordre. Me rappelant la protection efficace et anticipée que m'avait offerte à Berlin M. le vicomte de Chateaubriand, je ne doutai pas que , puisqu'il était enfin ministre , il ne me tînt parole. Mais, grand Dieul quelle ne fut pas ma surprise, dans l'audience qu'il m'accorda, de voir le changement de dispositions et la froideur avec laquelle il nae reçut! C'était encore un eÉfet de l'influence occulte, «c Ne vous mêlez pas de <c cela », lui avait-on dit Plus tard, quand je le vis à Neuchâtel, il en convint.
Je ne pouvais pas concevoir comment il arri* vait que toutes les fois que je ip'adressais, soit à la personne auguste du Roi, soit à chacun des ministres successivement ou individuellement, j'en recevais les assurances les plus positives que mes services ne seraient ni oubliés ni méconnus, et que pourtant rien ne s'accomplissait en ma faveur. Mais qu'arrivait-il après de tellçs assurances! Les ministres d'abord, bien disposés pour moi , mettaient leurs bureaux sur la voie des informations dans la partie de la police secrète, et ceux-ci , autant par esprit de parti que par malveillance , n'ayant aucun égard à ma justification complète, laquelle avait frappé tous les ministres qui avaient apporté une attention sérieuse à l'examen de mon affaire, l'obscurcissaient à des-
sein, et cW alors qu'on répondait, d'après le
protocole imaginé jadii eoptre moi par BIM. de
Blaoas et de La Maisonfort : a Ne vous mêlez pas
« de cela. » On en inférait qu'il y avait quelque
chose de mystérieux qu'on ne devait pas appro*
fondir.
Je ne perdais pourtant pas tout espoir. Le royaume était dans un état prospère, et l'équité de S. M. Louis XYIII m'était connue. Mais ce prince, après dix années de règne effectif ^ tou« chait aux bornes de la vie; il venait d'ouvrir l'année i8a4 dont il ne devait pas voir la fin. Le 1 5 septembre, il descendit au tombeau, après avoir apparu sur la France comme l'aro^en^ciel après la tempête. L'avènement de son auguste frère, Charles X , vint consolider l'œuvre monar-* i^que de ce roi législateur. Charles X monta sur le trône de se^ ancêtres aux acclamations de tout un peuple souriant à l'espoir d'un nouveau règne. La légitimité triomphait, mais il manquait quelque diQse à la solennité de ce grand événement, et la religion n'avait point encore consacré le lien mystérieux qui unit le Roi à son peuple. Le sacre fut résolu. Les solennités de Reims, dont peu de personnes gardaient la mémoire, e^dtaient merveilleusement la curiosité publique, et je ne fus pas un des derniers à me rendre à la gracieuse
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invitation du souverain. La nouveauté du 8p©ctade, la pompe des cérémonies, et plus qtie tout cela une vague inquiétude dont on ne pouvait se rendre raison, mais qui n'en était pas moins réelle, Y vivait attiré un grand concours de nationaux de toutes les classes et d'étrangers de la plus haute distinction; c'était Paris en miniature, et c'était mieux encore; car dans Paris il y a place pour tout le monde; mais ici la place manquait en quelque sorte , et l'œil était ébloui de voir rassemblés en un seul point toutes les grandes notabilités, et pour ainsi dire les insignes de l'Europe entière. Je l'ai vu ce grand spectacle , «t je puis bien dire que rien de si grand n'a^vait encore frappé mes regards : un Roi, fils de l'exil et du malheur, venant humilier son front devant qui s'incline la France; un vénérable pontife , un autre Rémi , après trente ans de révolutions, répandant l'huile sainte sur une tête royale. Comment se rappeler les merveilles de cette journée sans en être ému ? Tout y fut grand et majestueux.
La cérémonie fut fort longue; mais l'attention ne $e ralentit pas un seul moment, car l'intérêt était puissamment soutenu. On était curieux d'entendre les paroles que proférerait le nouveau David et les prières du nouveau Samuel ; on était
impatient de les comparer à celles qui avaient été proférées au sacre de Louis XVI, et de saisir les modifications que le temps et les nouvelles mœurs leur auraient £ait subir.
Enfin 9 le moment solennel arriva ; et Charles X, une main sur les saints Évangiles, d'une voix forte et sonore, jura la Charte constitutionnelle, qui depuis cette consécration devint la loi de l'État et le code de tous les Français.
Le 6 juin Paris revit son Roi : il serait difficile de peindre l'enthousiasme qu'excita sa présence. On se rappelait , non sans attendrissement , qu'onze années étaient à peine révolues depuis que ce précurseur des Bourbons , saluant le premier la ville de Henri, s'écria d'une voix que l'émotion rendait plus solennelle : a Mes amis, arien n'est changé, il n'y a qu'un Français de « plus ! »
Pouvais-je hésiter de porter aux pieds d'un Roi si bon et si af£able mes persévérantes réclamations, auxquelles tôt ou tard sa justice ne pouvait manquer de faire droit?
TjC 3 janvier i8a6. Sa Majesté daignant me recevoir en audience particulière, j'eus l'honneur de déposer à ses pieds un Mémoire dans lequel, rappelant les services que, durant trente années, j'avais rendus à la cause de la légitimité, je ré-
clamstis raccomplissetnent des promesses royales. Ce Mémoire ftit gracieasement accueilli, et le Roi me fit la grâce de me dire : « Mon cher Fauche, «je sais que vos services sont de tous les temps « et de toutes les époques; je ne les oublierai pas. « Laissez-moi votre Mémoire, j'en parlerai à M. de «Villèle; voyez-le de ma part. »
. Rassuré par ces augustes paroles, je vis le ministre. « Le Roi, me dit M. de Villèle, m'a remis «votre Mémoire; nous l'avons lu avec tout l'in- « térêt qu'il mérite. Soyez tranquille, monsieur «Fauche, le ministère actuel ne conseillera ja- « mais au Roi de laisser sans récompense les ser- «vices qu'on a pu rendre à sa cause, et surtout «ceux de la nature des vôtres; vous n'aurez «jamais à regretter d'avoir servi les Bourbons. « — -Monseigneur, répondis-jè , je n'avais que des <c espérances , vous me donnez des assurances ; je «suis heureux de pouvoir aller rassurer ma « famille et mes créanciers. » Et en effet, je partis pour la Suisse plein d'espoir.
A mon retour, recommandé de nouveau de la part du Roi par le duc de Rivière, je revis M. de Villèle. Il me dit que le Roi était toujours dans l'intention de faire droit à de justes réclamations; mais que la liste civile se trouvant surchargée, on se proposait de demander aux Chambres un