CHAPITRE I er
Fauvel prisonnier d'Etat.
Sans doute un homme privé de sa liber lé depuis quelques heures ressent une impression pénible quand , après un court sommeil, il regarde autour de lui, et ne voit que les murs de son étroite prison : pour moi, la surprise que j'éprouvai fit place en un instant aux transports les plus doux. J'étais aimé de Louise ! Je n'avais pas cessé de tenir son billet; je le relus, je le couvris de
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nouveaux baisers ; je voulus le relire encore ; des larmes délicieuses obscurcirent mes yeux. Cependant je repris bientôt le cours des réflexions qui m'avaient occupé la veille; une force nouvelle pénétrait mon âme. «Oui, « me dis-je, il avait raison, mon bon oncle « le pasteur, dans cet entrelien dont j'ai si « bien gardé le souvenir ; c'est de courage a qu'il faut être armé dans les situations « importantes de la vie. Je saurai mériter « l'amour de Louise, et vaincre les obsta- « clés qui s'opposent à notre bonheur. »
J'étais encore au lit lorsqu'un guichetier entra et posa dans un coin un panier auquel je ne fis pas alors attention. Je demandai à cet homme s'il pourrait me procurer tout ce qui m'était nécessaire pour écrire.
« Concierge et guichetiers, me dit-il en sortant brusquement , nous serions tous « chassés si nous donnions une plume à un « prisonnier d'Etat. » J'avoue qu'à ce mot je ne pus m'empêcher de rire : qu'y avaitil de commun entre l'État el moi ? « Ainsi > « pour avoir essayé d'être utile à deux pau- «. vres enfans, je suis prisonnier d'Etatisé-