‹ Mémoires de Fauvel. Volume 2Chapitre 12 sur 32 · II« PARTIE. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

II« PARTIE. — CHAPITRE I

que moyen d'évasion; une heure s'écoula, on me fît rentrer.

La nuit arriva ; je relisais le billet de Louise à la lueur d'une petite lampe. J'entends un bruit léger.., Je ne me trompe pas j on tire doucement les verrous qui ferment ma porte en dehors ; la clef tourne avec précaution dans la serrure ; on ouvre : un jeune homme paraît , vient à moi, s'arrête comme n'osant m'embrasser. « M. Fauvel !

« mon cher M. Fauvel,» me dit-il en me serrant les mains avec tendresse... Je le regarde, ses traits ne me rappellent aucun souvenir ; il se nomme , je crois entendre son nom pour la première fois ; enfin , les détails qu'il me donne viennent au secours de ma mémoire. C'était Divane, ce jeune homme qui, pendant que j'étais soldat, fut amené au régiment par le vieux recruteur , ce jeune homme qui regrettait si vivement sa mère et dont j'avais acheté le congé. Peu après son retour , son père était mort ; sa mère avait épousé en secondes noces le concierge du For-1'Evêque. La veille , au moment où j'entrais en prison , il m'avait re-

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connu, et s'était empressé de confier à sa mère que j'étais ce bon et généreux soldat auquel il avait dû de revenir près d'elle. « Sur- « le-champ, me dit-il , nous nous sommes « promis de vous servir , à l'insu de mon « beau-père qui est un assez mauvais mari , « mais un excellent geôlier. Ma mère a ga- « gné le guichetier chargé de vous surveil- « 1er; et moi, j'y suis décidé , je ferai tout « pour mon bienfaiteur , tout, jusqu'à vous « procurer les moyens de fuir; et, s'il le « faut , je m'enfuirai avec vous. »

Que je fus ému des sentimens de Divane !

mon premier mouvement fut d'accepter ses offres ; je sentis presque aussitôt combien je l'exposerais. « Qu'importe, répondait-il ? Je « donnerais ma vie pour vous. — Le seul « service que je vous demande , lui dis-je , « c'est de voir M. Dumarsy , fabricant au « faubourg Saint - Antoine. — Je le ver- « rai , et demain vous aurez de ses noucc velles. » J'allais le prier de remettre en secret à Louise la lettre que j'avais écrite... ; je m'arrêtai : pouvais - je , sans me rendre coupable , laisser échapper la moindre in-

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discrétion ? « Mon cher Divane , repris-je , « exprimez à M. Dumarsy, à sa femme, à « toute sa famille... » (je n'osais prononcer le nom de Louise); «exprimez-leur mon « affection , mon respect ; ajoutez et répé- « tez exactement mes paroles : Ne plaignez « point Fauvel ; un ange a choisi Vm- « stant de son malheur pour lui donner « une nouvelle existence. Vous en sou-

« viendrez-vous ?

oui. » 11 ré-

péta mes paroles , et je vis cpie le Bon jeune homme s'en faisait l'application à luimême. Ne pouvait-il pas en effet s'y méprendre ?

Au moment de sortir, il revint : « Je suis

« si troublé, me dit-il, que j'oubliais

« Voilà l'argent que vous donnâtes pour ra- « cheter mon congé ; je vous le dois depuis « long-temps. Ah ! M. Fauvel , qui m'eût ce dit que je vous le rendrais en prison ? »

Je l'obligeai, non sans peine , à garder cet argent qui lui était nécessaire pour subvenir à mes dépenses ; et je lui promis que nous compterions ensemble dès que j'aurais vu cesser mon infortune.

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