‹ Mémoires de Fauvel. Volume 2Chapitre 15 sur 32 · IMI · texte numérisé non relu

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« glais. Je ne veux pas qu'il s'expose davan- « lage à subir les refus humilians de mon « ennemi. » Je le suppliai, je le conjurai dans ma réponse de ne pas se présenter de nouveau chez sir Rovers.

Deux jours après, j'eus d'agréables nouvelles. Le père de Louise m'écrivait que le hasard l'avait mieux servi que ses démarches. La duchesse d'Aurêne était venue chez lui voir des étoffes pour un ameublement :

elle avait remarqué l'affliction de madame Dumarsy, l'air de tristesse répandu dans toute la maison; et avec beaucoup de bonté , elle en avait demandé la cause. A peine instruite de mon malheur , elle s'était écriée qu'elle voulait le faire cesser; que le soir même elle parlerait à son mari , dont le haut rang nous assurait un prompt succès. En montant en voiture, elle avait bien recommandé à M. Dumarsy de ne pas manquer d'aller chez elle le lendemain dans la matinée : <x Comp- « tez sur moi , disait - elle , sur monsieur le « duc; je me charge de tout, je réponds de « tout ; vous ne tarderez pas à revoir votre « jeune commis. » Toute la famille se li-

II e PARTIE. — CHAPITRE I. 77

vrait à l'espérance ; Divane était plein de joie , et je fus enchanté.

Le lendemain, quel changement ! M. Dumarsy, exact au rendez-vous , fut reçu par madame la duchesse avec une extrême froideur : « La bonté de mon cœur , lui dit-elle, « me fait toujours promettre étourdiment.

« J'ai parlé à monsieur le duc; il ne veut « point se mêler de votre affaire, et je sens « toute la force de son motif. 11 y a un ordre «' du roi : monsieur le duc ne peut faire une « démarche contre les ordres du roi. » Sur quelques observations qui lui furent soumises : « Mon cher monsieur, reprit elle, vous a ne vous rendez pas compte de la position « de monsieur le duc. Si ce petit commis « avait eu quelque démêlé avec la justice , si « un jugement le retenait en prison , monte sieur le duc emploîrait volontiers son cré- « dit ; mais il y a un ordre du roi : il faut. « du respect pour les ordres du roi. »

Celait porter un peu loin ce respect que de l'étendre à des ordres dont le roi n'avait pas la moindre connaissance , bien que des agens obscurs les eussent donnés sous son

nom. Loin de rn'abaltre , cette déconvenue m avisa de chercher si je ne pourrais trouver un protecteur plus courageux que monsieur le duc; et je pensai à M. de Naudé, ce conseiller au parlement dont j'avais été le secrétaire , et qui m'avait permis d'invoquer son témoignage. « Ancien frondeur , jan- « séniste , et zélé parlementaire , peut-être « se fera-t-il un point d'honneur d'obtenir « la révocation d'une lettre de cachet. » Je lui écrivis, j'envoyai ma lettre à M. Dumarsy qui n'eut pas de peine à obtenir une audience de M. de Naudé; mais l'audience fut courte. Le conseiller de grand'chambre lut mon épître sans laisser paraître aucune émotion ; il entendit avec la même imperturbabilité tout ce que M. Dumarsy ajouta pour l'intéresser à mon sort ; et , sans parler de moi ni en bien ni en mal , il dit qu'il examinerait l'affaire , et réfléchirait au parti qu'il devait prendre.

Celte réponse n'était pas encourageante ; heureusement j'avais des ressources pour tromper mes ennuis. Je m'enivrais de mon amour ; je formais mille projets pour me

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