IMPARTIE. — CHAPITRE I
rendre digne de Louise ; je songeais aux diverses situations où je m'étais trouvé. Ce fut alors que je commençai à écrire la première partie de ces mémoires 1 Je souriais de mes fautes plus que je ne m'en affligeais ; je me promettais d'avoir, pour défendre Louise contre les coups du sort, autant d'activité , autant de force d'âme que j'avais eu dans mes dangers personnels d'insouciance et de légèreté. Puis, me berçant d'idées riantes, je finissais par m'endormir sur mon méchant grabat; et dans mes songes, j'étais libre, je voyageais , je faisais fortune , mes pauvres orphelins sortaient de peine, et j'étais l'heureux époux de Louise.
Cependant, les journées s'écoulaient sans apporter de changement à ma situation. Je trouvais que monsieur de Naudé prenait bien du temps pour réfléchir , et je commençais à perdre l'espérance que j'avais mise en lui. Un soir, Divane arrive , et d'un air empressé, me dit : « J'ai pour vous faire « sortir de prison un moyen sûr ; et vous « ne pouvez le refuser , car il ne me comte promet pas. — Un moyen sûr? — Infaillible .
80 JACQUES FALVEL.
« — Vite , expliquez-vous. - Je suis allé « causer avec les gens de sir Revers pour « découvrir quelles sont les personnes qui « pourraient avoir sur lui de l'influence. Ce « mylord a une maîtresse qu'il ne songe pas « à quitter, malgré son prochain mariage; « il en est fou ; il a pour elle plus de coince plaisance que jamais. Je n'ai pas perdu de « temps ; j'ai vu la femme de chambre de « la demoiselle; c'est vraiment une bonne « personne. Si vous pouvez lui donner cinq « ou six cents livres, et trois mille ou seu- « lement deux mille à mademoiselle Rosalie, « c'est le nom de la maîtresse, je vous ré- « ponds que vous êtes hors de prison dans « vingt -quatre heures. — Eh! mon cher « Divane, s'il faut que je paye une rançon « pour sortir d'ici, je crains d'y rester « long-temps. —Vous n'avez point d'argent?
«Eh bien! j'irai chez l'honnèle fabricant « qui a tant d'amitié pour vous; je lui con- « terai mes démarches , et j'espère que ce « digne homme vous tirera d'affaire. — Ah!
« je n'en doute pas... » Puis, après quelques momens de réflexion : «Non, je ne peux
II e PARTIE. — CHAPITRE I. 8r
« accepter. » Déjà comblé des bontés de monsieur Dumarsy , il m'eût répugné de lui devoir le nouveau service , le service pécuniaire qu'il s'agissait de lui demander.
D'ailleurs , s'il m'eût fait obtenir ma liberté par sir Rovers, il se fût regardé comme obligé à des ménagemens envers cet Anglais que je voulais, tôt ou tard, contraindre à reconnaître les enfans de son frère. Divane insista vainement; je fus inébranlable dans mon refus.
Dès le lendemain, j'eus à me féliciter de ma conduite. A huit heures du matin, ma porie s'ouvre , Divane s'élance rayonnant de joie : «Monsieur Fauvel , monsieur Fauk vel , s'écrie-t-il, vous êtes libre! » et il rassemble à la hâte mes effets. — « Libre !
« comment ? par quel moyen ? — Je n en « sais rien : ce n'est point par mademoiselle « Rosalie , puisque vous avez refusé son « secours ; mais vous êtes libre. » Je l'embrasse , et nous descendons.
Tandis que le concierge écrit sur son registre , j'aperçois une femme un peu âgée.
Je reconnais à son attendrissement la mère
8z JACQUES FAUVEL.
de Divane. Gêné par le lieu où nous nous
trouvons , je ne puis moi-même m'expri-
mer que par mes regards. Le concierge me
fait sortir, et je cours chez monsieur Du-
marsy.
II e PARTIE. — CHAPITRE II.
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