PARTIE. — CHAPITRE X
« — Dans trois semaines au plus lard ; n'est-ce « pas, mon cousin? — Dans trois semaines ï « reprend Duclos ; j'ai la somme ; mon ami « peut en disposer. » La joie qui brilla dans les yeux de Louise , dans ceux de ses parens, fit un contraste parfait avec le dépit qu'Anselme cherchait vainement à déguiser. Cependant il se remit : « Que vous êtes heutc reux , dit-il à Duclos, de pouvoir obliger « un ancien camarade de collège ! Moi , je « voudrais être utile à mon parent ; mais le « puis-je , quand mon mariage vient de m m'entraîner à de si grandes dépenses ? — « De si grandes dépenses ! dit madame An- « selme d'un ton piqué ! les regrettez-vous, « monsieur ? — Je n'ai pas dit cela , mon « cœur. — Vous l'avez fait entendre , mon « ami. — Vous aimez à me supposer des « torts, madame. » Un dialogue assez vif s'établit entre les deux époux. Mon cousin abrégea la visite, et sortit en se querellant avec la jeune mariée, qui m'avait paru si timide .
Dès qu'ils se furent éloignés, je me jetai dan* les bras de Duclos. « Que je reconnais
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« bien ton amitié ! lui dis-je ; mais je ne « souffrirai pas que tu te gênes pour venir « à mon aide. » Sans écouter ni mes remercîmens ni ceux de Ja famille, il me reprocha d'un air froid de lui avoir laissé ignorer ma position. Je m'excusai, j'affirmai que j'étais convenu avec M. Dumarsy de garder le silence sur un embarras passager dont nous espérions sortir aisément. « Non, « non, reprit-il en se fâchant, je n'admets k point tes excuses. Tu as manqué de fran- K chise; je ne peux donc me fier à ce que tu « me dis maintenant de tes espérances, et tu « n'as qu'un moyen de ne pas te brouiller « avec moi ; c'est de m'accepter pour seul « créancier. » Je résistai vainement ; il fallut céder. Dans la semaine, Duel os partit pour Clermont ; et bientôt il me fit parvenir les fonds qu'il s'obstinait à nous prêter avec tant de générosité. Quels nouveaux sentimens pénétrèrent mon cœur lorsqu'un mois après le hasard me révéla que Duclos, ne possédant pas cette somme, avait engagé tous ses biens pour me la procurer !
Louise , toujours bonne, m'avait témoi-
II e PARTIE. — CHAPITRE X.
gné le désir de rendre visile à son ancienne amie ; je consentis à ce qu'elle allât avec sa mère chez mon cousin : je me dispensai de les accompagner. Anselme comprit très bien que je ne me souciais pas de le voir.
Il ne reparut point chez M. Dumarsy ; mais madame Anselme y venait quelquefois.
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