CHAPITRE XL
Scènes de ménage.
PLUsiEurs opérations très heureuses me permirent en quelques mois de dégager les biens de Duclos. Je me trouvai quitte d'argent , mais non de reconnaissance envers mon ami.
Nos affaires prenaient un rapide accroissement. J'élais en état d'exécuter les projets d'agrandissement que j'avais formés , et je m'occupai d'établir en province une seconde manufacture. J'appris que madame Guersey, veuve d'un des principaux fabricans de la ville de Tours , pensait à quitter le commerce. Celle dame, âgée et valétudinaire, était venue à Paris pour consulter les médecins : j'allai la voir. Nous fûmes bientôt
II e PARTIE. — CHAPI1RE XI. i 7 5 d'accord pour l'acquisition de ses bàlimens ; mais son mari avait laissé une succession embarrassée, il me fallut discuter avec des avocats , des procureurs. Quinze jours se passèrent en conférences longues et mulli pliées qui prenaient tout mon temps, et m'éloignaient de Louise. On juge à quel point j'étais contrarié : j'eus bientôt une contrariété plus pénible.
Un soir, à mon retour , Louise me parut triste. Je craignis qu'elle ne fût malade ; elle me dit qu'elle se portait à merveille.
Le lendemain sa tristesse continuait ; je la questionnai , je lui demandai si elle avait quelque chagrin; elle me répondit que non , et se plaignit d'une migraine. Cependant son air rêveur, la mélancolie de ses regards, et les larmes qui lui échappaient , annonçaient autre chose qu'une indisposition. Point de doute; Louise a des peines dont elle me fait mystère. En vain lui renouvelai-je mes questions avec douceur , avec amour ; je les suspendis, craignant de l'affliger encore plus. Je l'avais toujours vue si heureuse depuis noire mariage ! je me sentais dou-