‹ Mémoires de Fléchier sur les Grands-jours d'Auvergne en 1665, annotés et augmentés d'un appendice par m. Chéruel, et précédés d'une notice par m. Sainte-BeuveChapitre 63 sur 147 · MÉMOIRES DE FF.ÉCHIER · texte numérisé non relu

MÉMOIRES DE FF.ÉCHIER

et que pour lui il ne devoit recevoir aucune sorte de tempérament. En effet, les puissances en avoient ainsi parlé ; mais de l'autre il avoit reçu des avis secrets de quelques amis particuliers, que Sa Majesté alloit faire uno déclaration dans le parlement, où l'établissement du droit annuel pour trois ans et l'évalution des charges dévoient assez tourmenter le parlement, sans y ajouter de la mortification de la présidence des maîtres de requêtes ; qu'on auroit peine à pousser tant d'affaires à la fois, quoiqu'on eût toute l'autorité et peut-être tout le dessein de le faire, et que la politique feroit peut-être relâcher, en sorte qu'on enverroit ordre sur ordre , et qu'on les laisseroit tous sans exécution , jusqu'à ce que la fm des Grands-Jours fût arrivée. La prudence obligea donc M. de Caumartin à répondre avec une fermeté mêlée de beaucoup de civilité et de respect pour le roi, sans faire paroître ni aucune présomption ni aucune défiance de la cour, qu'il feroit toujours tout ce qu'un homme d'honneur devoit faire en sa place, et qu'on devoit attendre de lui qu'il soutiendroit les intérêts de sa charge, autant qu'il plairoit au roi de les appuyer, mais qu'il le feroit toujours avec toute la civilité et toute l'amitié qu'il doit à ces Messieurs ; qu'au reste il seroit bien fâché que l'autorité du roi fût commise en sa considération, et que Sa Majesté exerçât contre eux des sévérités qui lui fissent tant soit peu de peine ; que pour lui il aimoit bien mieux recevoir quelque expédient raisonnable qui ne lui fût point désavantageux ni à sa compagnie, et dont Sa Majesté fût satisfaite. M. Talon fut fort content et des sentiments et de la conduite de M. de Caumartin, et ne voulut point rendre aucune réponse à ces Messieurs de ce jour-là, et le lendemain, la Chambre étant assemblée, il proposa les ordres qu'il avoit reçus, présenta l'arrêt et la commission, et, après avoir conclu à l'enregistrement, sortit de la Chambre. On procéda aux avis, et M. de Caumartin fut le premier à opiner. Un des Messieurs voulut faire quelque difficulté et proposer qu'il eût été à propos que M. de Caumartin ne fût

SUR LES (]RANDS-JOURS DE lOO.i. IKo

point présent à la délibération , niais il ne fut point écouté ; il opina donc, comme on peut penser, à l'enregistrement, et voyant bien que c'étoit une chose difficile à persuader, il se défia de son éloquence en cette occasion et ne dit que son avis précisément. Deux autres opinèrent que la Chambre ne devoit ni ne pouvoit l'enregistrer, tout le reste fut d'avis de supplier le roi de faire recevoir l'arrêt et la commission au parlement, et qu'ils les recevroient après avec joie. Ainsi la délibération se passa avec beaucoup de douceur, et M. de Caumartin, suivant l'usage des jugements, étant obligé de revenir à l'avis le plus doux , revint à celui des derniers. L'après-dînée, Messieurs lâchèrent M. deB...., qui est fort des amis de M. de Caumartin, pour lui parler de l'expédient qu'on avoit proposé ; mais il répondit que c'étoit l'affaire du roi, non pas la sienne ; qu'il souhaitoit que Sa Majesté ne leur sût point mauvais gré de leur fermeté, et qu'elle reçût en bonne part toutes leurs raisons.

Après avoir passé quelques jours sans sortir de la maison, à cause de la rigueur de la saison, je résolus de jouir de la douceur de la promenade aux premiers rayons du soleil qui paroîtroient, et j'exécutai ma résolution dès le lendemain, accompagné de M. de B...., qui est un homme d'esprit qui sait fort bien les belles-lettres et qui est d'une conversation fort agréable. Les neiges et les glaces fondues par le soleil avoient rendu les chemins si difficiles que nous fûmes d'avis de ne sortir de la ville, d'entrer dans le cloître des Jacobins pour nous y promener plus à notre aise. Nous entrâmes dans cette maison religieuse qui est d'une fondation fort ancienne, et qui est encore célèbre, non pas tant par les religieux qui l'habitent, que par un concile qui s'y est tenu sous le pape Urbain II, l'an 1095, dans lequel on conclut cette grande croisade qui a été la plus célèbre expédition qui ait jamais été entreprise sur le royaume de Jérusalem', et par d'autres

1. Le concile où fui décidée la première croisade en 1095 n'a pu se tenir dans le couvent des dominicains ou jacobins de Cleimont. qui ne

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