‹ Mémoires de Fléchier sur les Grands-jours d'Auvergne en 1665, annotés et augmentés d'un appendice par m. Chéruel, et précédés d'une notice par m. Sainte-BeuveChapitre 64 sur 147 · J8G MÉMOIRES DE FLÉCHIER · texte numérisé non relu

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assemblées qui peuvent passer pour des demi -conciles. Nous rencontrâmes un père qui paroissoit des plus habiles et des plus considérés de la maison, qui nous fit accueil et se mit de la conversation le plus civilement du monde. Il nous dit d'abord mille antiquités de son ordre et de son établissement en Auvergne, et n'oublia rien de ce qui pouvoit nous donner du respect pour sa profession. Nous l'écoutions avec tant de complaisance qu'il nous jugea dignes de nous découvrir les mystères de son ordre, et pour soulager sa mémoire, nous interpréta de certaines peintures qui sont autour du cloître, et qui ne sont ni belles ni intelligibles, mais qui ont quelque éclat par la confusion des couleurs et des personnages qui s'y rencontrent. Il nous fit remarquer premièrement que c'étoit un usage bien ancien et bien raisonnable parmi les ordres religieux de tapisser leur cloître d'une peinture généalogique de leur fondateur, et de divers portraits de ceux qui ont vécu saintement dans leur institut, afin que leurs frères apprissent la vertu par leurs exemples , et que les étrangers apprissent leur histoire pai' cette représentation ; et que, comme les hommes du siècle faisoient gloire d'avoir des portraits de leurs ancêtres et de les montrer à leurs amis , ainsi les religieux dévoient avoir cette ambition de faire voir à tout le monde les images de ceux qui ont excellé parmi eux ou en science ou en piété ; qu'on pouvoit donner cette louange aux enfants de saint Dominique, d'avoir soin d'embellir leurs murailles de ces sortes de décorations, et d'être zélés pour manifester la gloire de leurs confrères. Nous louâmes fort leur zèle, et pour l'engager à nous déchiffrer tous ces tableaux, nous y trouvâmes et de l'artifice, et de la proportion, et de la piété , si bien qu'après nous avoir dit que c'étoit un de leurs pères qui en étoit l'inventeur et l'ouvrier, il nous montra un endroit où étoient peints des rois et des empereurs, et nous avertit que c'ét oient

fut achevé qu'en 1246. Ce fut dans la cathédrale de cette ville que se réunit l'assemblée présidée par le pape Urbain II.

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là les parentés et les alliances de leurs fondateurs, qui étoient d'une des plus nobles maisons d'Espagne, d'où étoient sortis des rois et des reines, et qu'ainsi, quoiqu'ils ne fussent que fils spirituels de l'un, ils pouvoient se dire alliés des autres, et s'appeler un ordre royal ; qu'il y avoit peu de fondateurs d'ordre d'aussi bonne maison que la leur, et que saint Ignace, dont les jésuites élevoient si fort la noblesse, n'étoit que simple gentilhomme, au lieu que saint Dominique étoit un des grands du royaume, et que, sans mépriser personne, leur institut étoit bien plus noble que leur société. Pour prouver ce qu'il disoit, il nous fit lire les vers écrits au-dessous de ces portraits :

La maison des Gusmans, jointe à celle d'Autriche, Te montre en cette branche et marque ouvertement Que là où les vertus ont établi leur niche. L'honneur et la valeur y ont leur logement.

Ces empereurs, ces rois, ces princes, ces princesses, Issus de sang illustre et de royal estoc , Font voir que leur grandeur, la gloire et les richesses Ont pris pour leur objet l'humilité d'un froc.

0 vous qui travaillez à vous faire paroître , Concevez tout le bien qu'on pourroit figurer ; Puis apprenez ici que le recoin du cloître Comprend tous les honneurs qu'on pourroit espérer.

Il nous fit remarquer ensuite que le même qui avoit fait les tableaux avoit fait les vers, et qu'il étoit lui seul le peintre et le poète ; qu'il savoit les belles-lettres parfaitement, et qu'il avoit traduit en vers une partie de la Somme de saint Thomas, qu'il n' avoit point voulu publier par humilité, quoique ses supérieurs l'eussent bien souvent exhorté de ne cacher point ses talents de la poésie que Dieu lui avoit donnés. Après cette petite digression, il nous fit prendre garde à une grande confusion de portraits de jacobins qui sont tous ornés diversement d'une façon assez plaisante. Le peintre, qui de plus étoit poëte, en avoit fait des représentations bizarres et poétiques. Les uns portoient des massues dans leurs mains

comme des Hercules, vêtus d'un froc, au lieu de sa peau de lion ; les autres tenoient des lances couronnées d'épines, comme s'ils eussent voulu courre la bague. Il y en avoit qui portoient des torches ardentes ou des épées teintes de sang. « A'oilà, nous disoit ce bon père, nos premiers martyrs qu'on a assommés à coups de massue , percés à coups de lance et brûlés avec des flambeaux ardents ; cela n'inspire-t-il pas la dévotion? » Nous en vîmes qui flattoient des lions et des renards, et qui tenoient une colombe ou un pivert sur le poing, comme on voit des chasseurs qui sont prêts à chasser l'oiseau. « Ceux-là, nous disoit-il, sont ceux qui ont vécu dans la justice originelle, et qui, selon notre docteur angéhque.... « Il nous alloit citer deux ou trois articles de saint Thomas ; mais nous l'arrêtâmes pour lui demander l'explication d'un des plus curieux de tous ces portraits. C'étoit un jacobin qui tenoit une balance en main, où il y avoit d'un côté un panier plein de fruits, et de l'autre un panier avec cette inscription : Betribuot tibi Dcus (Dieu vous le rende), et ce Dieu vous le rende étoit si pesant qu'il emportoit cette grande quantité de fruits qu'on avoit mis de l'autre côté. <« Voilà , s'écria-t-il là-dessus, un des beaux exemples qui soient arrivés et des plus instructifs. Ce miracle que Dieu a fait par un de nos religieux montre bien que les aumônes qu'on donne aux personnes consacrées à Dieu sont assez bien payées d'un remercîment que nous en faisons. Il seroit bon qu'on prêchât souvent cette histoire ; les gens du monde en deviendroient plus charitables, et nous en serions plus à notre aise ; car le siècle est si peu porté à faire du bien.... » Il alloit déclamer contre le siècle, mais nous avançâmes vers une autre peinture en perspective, qui représente saint Dominique et saint François qui se saluent. Il nous dit là-dessus l'alliance de ces deux ordres et quelques particularités de leur établissement, et nous trouvâmes le dessin assez beau et la peinture plus délicate que les autres. Le seul défaut que j'y remarquai, c'est que le peintre avoit représenté ces deux saints

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avec un peu trop d'einboiipoint, et leur avoit donné tout l'air de gaieté de leurs religieux d'aujourd'hui, au lieu de leur donner leur ancien air de mortification. Cette galerie étoit linie par une représentation du pape environné de plusieurs cardinaux, à qui saint Dominique présentoit une requête, et, au bas du tableau, on voyoit le cheval de Troie traîné par Priam et par des messieurs et des dames de la ville, qui croyoient rendre un grand service à leur déesse Minerve, avec toutes les circonstances que Virgile décrit dans son second livre de V Enéide. Je fus étonné de ce mélange, et je cherchai longtemps le rapport qu'il pouvoit y avoir de l'histoire d'Enée avec celle de saint Dominique, du fondateur des Romains avec le fondateur des Jacobins. «Je vous avois bien dit, me dit alors notre interprète , que le père qui a travaillé à ces ouvrages savoit fort bien les belles-lettres, et qu'il savoit quelque chose de plus que la Somme de saint Thomas ; il avoit lu tous les bons auteurs, et entendoit Virgile et Homère comme son bréviaire ; et comme il étoit pieux autant que savant, il faisoit un bon usage de ses lectures, et les appliquoit avec beaucoup d'esprit et de piété à Dieu et aux saints. »

Nous entrions cependant dans une autre galerie qui achève le tour du cloître, où nous lûmes d'abord une inscription latine en grands caractères, qui nous fit connoître que nous allions voir les miracles du saint Rosaire. Ce fut en cette occasion que ce bon religieux fit valoir tout ce qu'il avoit d'éloquence, et qu'il nous dit mille curiosités que nous ne savions pas sur ce sujet. « Voyez, nous dit-il, dans ce tableau, cet évèque qui est emporté par les eaux de ce fleuve rapide qui l'entraîne, et qui lève les mains au ciel pour implorer son assistance dans l'extrémité du péril où il se trouve. C'étoit un prélat qui ne croyoit point au Rosaire, qui ne vouloit point souffrir qu'on en établît des confréries dans son diocèse, et qui n'aimoit point les frères prêcheurs';

1. Nom des moines dominicains qu'on appelait aussi jacobins, parce qu'ils s'établirent d'abord dans la rue Saint-Jacques à Paris.

mais Dieu, qui prend le soin de protéger les siens, le donna en proie à l'impitoyable élément de l'eau, qui l'eût sans doute englouti, sans les prières de ce saint homme que vous voyez au bord du fleuve. C'étoit un jacobin qui lui tendoit la main sur le rivage. Dieu le convertit enfin là-dessus ; il eut de la foi après ce danger, et nous n'avons jamais eu depuis plus grand approbateur des confréries. » En disant cela, nous avancions, sans nous arrêter, jusqu'au dernier tableau de la galerie, parce que le reste étoit assez connu et que nous n'avions pas besoin d'explication. Il nous pria de vouloir considérer cette dernière peinture qui nous apprendroit un des grands miracles qui soient jamais arrivés parmi les confrères du Rosaire. Elle représentoit un festin où il y avoit un fort beau jeune homme qui paroissoit assez modeste parmi les excès de la bonne chère, et qui pourtant sembloit être assez passionné. Onvoyoit auprès de lui une demoiselle qui, par son sein découvert, ses habits magnifiques, et certain air un peu déréglé que le peintre avoit tâché d'exprimer, témoignoit que ce n' étoit pas une fort honnête personne, et deux autres de même figure, et par conséquent de même façon de vivre. « Voilà, nous dit-il , une chose aussi remarquable et aussi extraordinaire qu'on puisse imaginer, et qu'il seroit assez difficile de croire, si elle n'étoit écrite dans un livre des miracles approuvé par deux théologiens de notre ordre ; car enfin on ne voit rien de semblable dans les miracles mêmes du scapulaire, et il faut que les carmes en ce point le cèdent aux jacobins. Sachez donc qu'il y avoit dans une des principales villes, je crois que c'est de l'Itahe, une fille de qualité fort belle et fort enjouée, qui fut l'admiration de tous ceux qui avoient le bonheur de la voir. Comme la beauté et l'enjouement sont deux choses qui attirent extrêmement les hommes du monde et qui causent le libertinage , comme nous ne savons que trop par les confessions que nous entendons, cette demoiselle ne fut pas longtemps sans être recherchée. Plusieurs jeunes hommes lui offrirent leur

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cœur, elle offrit le sien à plusieurs aussi , et, perdant petit à petit toute sa pudeur et sa retenue, elle s'abandonna à toute sorte de libertés , et ses passions furent le scandale de toute la ville, comme sa beauté en avoit été l'admiration. Dans l'état même de la plus grande débauche, elle conserva toujours, par une grélce particulière, le respect qu'elle devoit à la confrérie où elle s'étoit enrôlée, et comme ceux-là ne sauroient périr qui se sont mis dans ce pieux engagement, elle fut retirée du danger où elle étoit de se perdre par une voie tout à fait extraordinaire. » Il nous raconta ensuite que ce jeune homme du tableau, de la tète duquel on voyoit sortir certains petits rayons presque éteints, étoit Notre-Seigneur qui s'étoit travesti en galant, tout comme seroit un très-beau jeune homme, selon les paroles du Sage, speciosus forma. Il n'avoit pas eu peine à s'introduire ; qu'on lui avoit fait même bonne chère ; et nous montrant une autre partie du tableau : <- Voilà , continua -t- il , un effet d'une grande miséricorde. Après le repas, cette pauvre abusée voulut parler de sa passion ; mais Notre-Seigneur lui représenta la sienne, et, changeant de figure, parut avec sa croix sur ses épaules et sa couronne d'épines sur la tête ; ce qui toucha le cœur de cette fille débauchée, et la remit dans une vie non-seulement honnête, mais sainte. »

Il nous lit observer un côté du tableau où cette demoiselle étoit représentée se mettant dans son lit assez en désordre , et ce jeune homme portant sa croix , qui semble l'exhorter à sa conversion , et l'autre où étoit peint un oratoire où sans doute cette pénitente du Rosaire avoit fait sa confession générale. Je ne pus point m'empêcher de lui dire qu'il y avoit des peintures plus dévotes et plus touchantes que celles-là , et que ces déguisements de Jésus- Christ en galant étoient un peu extraordinaires ; qu'il y avoit tant d'autres histoires peut-être plus véritables et plus édifiantes.... «Il est vrai, reprit-il, en ne s'arrêtant pas à mon sens , qu'il y en a bien d'autres , et un de nos

pères en a fait un volume enlier..,. » Je crois qu'il nous alloit raconter ce volume entier d'histoires ; mais une choche sonna , par bonheur , qui l'appeloit à vêpres : il nous fit mille excuses sur robligation qu'il avoit d'aller à l'office , mais qu'il ne manqueroit pas de revenir , et qu'il avoit mille belles choses à nous dire. Ainsi se termina notre conversation. Il ne lui fut pas malaisé d'obtenir du prieur son congé , et nous ne fûmes pas assez patients pour l'attendre. Nous fîmes de fort plaisantes réflexions sur les choses que nous venions de voir et d'entendre ; et faisant encore un tour de cloître , M. 13***, qui se souvient de toutes les plaisantes aventures , me fit considérer , dans les portraits des alliances de saint Dominique , deux personnages qui sont remarquables, et qui furent autrefois le sujet d'une plaisanterie dont on parle encore. Dans le temps que ce bon père, peintre et poète, travailloit aux tableaux et aux vers dont nous avons parlé, un jeune homme, nommé Pascal, qui s'entendoit en peinture , passant par le cloître un moment après qu'il eut quitté l'ouvrage pour aller en communauté , monta par curiosité sur l'échafaud , et après avoir considéré l'art et le dessin de cette peinture , trouvant les couleurs toutes préparées , prit le pinceau , et voyant ces deux personnages fort disposés au dessein qu'il avoit par leur posture d'admiration, peignit un tambour à l'un et une flûte à l'autre , et se retira bien à propos derrière un pilier , pour voir toutes les grimaces du peintre. 11 ne manqua pas de revenir bientôt à son travail , et voyant que deux de ses plus sérieux portraits et oient devenus deux portraits burlesques , et qu'au lieu des deux grands d'Espagne , il ne troLivoit plus que des joueurs de tambour et de flûte , il demeura quelque temps en suspens , sans pouvoir comprendre d'où venoit une si grande révolution , et quel hasard avoit fait ce changement de condition. Comme il étoit tout occupé à représenter des miracles , il crut qu'il s'en étoit passé un actuellement , et que le

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diable , pour se moquer du saint , avoit fait cette sotte raillerie en la personne de deux de ses parents. Il fit plusieurs signes de croix sur la peinture , mais elle n'en étoil pas moins éclatante ; et quelque exorcisme qu'il fît , les couleurs n'en disparoissoient point. Ce jeune plaisant, qui s'étoit caché et qui voyoit toutes ces grimaces, ne put point s'empêcher d'éclater de rire : ce qui mit ce bon religieux dans un si grand emportement de zèle , que , pour venger l'affront qu'on avoit fait h la maison de son patriarche , il le poursuivit deux ou trois tours de cloître pour le punir de sou effronterie ; mais Dieu le sauva de ses mains , et l'affaire ne fut que ridicule. Voilà comme finit notre conversation et notre promenade tout ensemble.

L'affaire de M. le prieur de Saint-Germain fut jugée : c'est un honnête ecclésiastique qui est de qualité , de la maison d'Apchon , mais qui n'a pour tout bien que le revenu de son bénéfice. Quoiqu'il s'acquitte assez bien de son devoir dans son église, par ses soins et par l'exactitude du service , il retient poui'tant toujours quelque chose de sa naissance. L'on connoît , par ses humeurs promptes et impatientes , qu'il est gentilhomme ; et le caractère du sacerdoce n'a pas tout à fait emporté certaines inclinations violentes qui sont le caractère de la noblesse de ce pays. Il étoit accusé d'avoir eu quelque chose à démêler avec une personne , touchant quelques intérêts de ses fermes ; de l'avoir fait venir un jour dans la sacristie , et lui avoir donné les étrivières avec toute la cruauté imaginable. Tout le monde sait que les Grands-Jours sont particulièrement la justice des opprimés contre les tyrans ; aussi fut-il bientôt déféré et arrêté par l'ordonnance de ^L le président. Ce qui rendoit son procédé moins criminel, étoit la certitude qu'on avoit que sa partie l'avoit irrité par diverses façons désobligeantes. On faisoit voir que ce mot de sacristie étoit équivoque , et qu'on s'en servoit malicieusement pour marquer un lieu sacré , bien que ce ne fût qu'une maison particu-

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lière du sacristain ; et l'on faisoit entendre qu'après plusieurs discours insolents que son délateur avoit tenus contre lui , il s'étoit échappé à lui donner quelques coups d'une houssine qu'il trouva par hasard sous sa main. Mais lorsqu'il fut sur la sellette , il avoua qu'il s'étoit servi de verges, et fit connoître aux juges qu'il étoit coupable. On le condamna donc à 800 livres d'amende , au bannissement de trois ans , et à quelques réparations à sa partie. Il fut encore assez heureux que son bénéfice lui fût conservé. Ses moines sollicitoient instamment pour lui, et je tenois à bon augure qu'ils fussent ainsi d'intelligence ; mais on en jugea autrement , et la plupart furent d'avis que l'amitié étant fondée sur la ressemblance , bien loin de justifier le prieur par ses moines, il falloit soupçonner les moines par leur prieur.

Comme il se trouve partout de bons ecclésiastiques , on jugea presque en même temps un bon curé de village qui , par un zèle extraordinaire , s'étoit emporté dans ses prônes contre le roi et ses ministres. Il avoit dit fort sérieusement à ses paroissiens que la France étoit mal gouvernée ; que c'étoit un royaume tyrannique ; qu'il avoit lu de si belles choses dans un vieux livre qui parloit de la république romaine , qu'il trouveroit à propos de vivre sans dépendance et sans souffrir aucune imposition de tailles ; que le peuple n' avoit jamais été plus tourmenté, et plusieurs autres choses de fort grande édification , qui lui sembloient , aussi bien qu'à ses auditeurs grossiers , plus agréables que l'Évangile. Ce petit peuple trouva le prône fort bien raisonné ce jourlà, et que c'étoit une grande vérité que la pensée de vivre sans payer la taille , et furent tous d'avis que le curé avoit si bien prêché ce jour-là, qu'il s'étoit surmonté lui-même. Ils croyoient qu'après ce raisonnement , le roi devoit vivre en repos de son revenu , et qu'il n'y auroit plus de collecteurs' au monde. Le plus prude de la paroisse eut quelque

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