‹ Mémoires de Fléchier sur les Grands-Jours d'Auvergne en 1665 (volume 2)Chapitre 13 sur 98 · INTRODUCTION. XXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXI

blement Tintervalle. On est dans une longue allée plantée des deux côtés et arrosée d'un double ruisseau : «on découvre en éloignement les montagnes de Forez d*un côté , et une grande étendue de prairies, qui sont d'un vert bien plus frais et plus vif que celui des autres pays. Une infinité de petits ruisseaux serpentent dedans, et font voir un beau cristal qui s'écoule à petit bruit dans un lit de la plus belle verdure du monde. On voit de l'autre les montagnes d'Auvergne fort proches, qui bornent la vue si agréablement, que les yeux ne voudroient point aller plus loin , car elles sont revêtues d'un vert mêlé qui fait un fort bel effet, et d'ailleurs d'une grande fertilité.... » Fléchier en chaque occasion aura de ces descriptions de la nature, descriptions un peu maniérées et qui empruntent volontiers aux choses des salons, au cristal, à l'émeraude, à l'émail, leurs termes de comparaison et leurs images : toutefois , sous l'expression artificielle , on sent un certain goût et un sentiment fleuri de la nature.

Chemin faisant il se raille un peu des harangueurs de campagne qui saluent au passage et retardent la marche de messieurs des Grands-Jours. Dès l'arrivée à Clermont sa raillerie change d'objet, et il montre M. Talon dans son zèle, visitant avant tout les prisons « pour voir si elles étoient sûres et capables de contenir autant de criminels qu'il espéroit en faire arrêter ; et, suivant les chambres et les cachots, il minutoit déjà les conclusions qu'il devoit donner. » Ainsi débute et va procéder cette douce ironie sans trop avoir l'air d'y toucher; et un peu plus loin il nous donnera de la magnifique harangue d'ouverture de H. Talon une analyse exacte et qui est à la fois malicieuse.

Ce n'est pas que la plaisanterie de Fléchier soit toujours irréprochable; il a du bel esprit, et par endroits du prédeux ; il a du mauvais goût. Il caresse volontiers son idée jusqu'au bout et concerte son expression ; il pousse et redouble à plaisir son antithèse. Il veut introduire de l'agré-

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