XXII INTRODUCTION
ment en tout et partout, même dans le récit des plus grands crimes. De ces défauts il gardera les uns jusqu'à la fin, et il les fondra dans cette manière compassée et ornée, qui, s'appuyant d'une période nombreuse et d'une parfaite justesse de diction, composera son éloquence. D'autres défauts pourtant tenaient à sa jeunesse , et ils disparaîtront avec l'âge. C'est ainsi que, dans les Grands-Jours y il parle des habitants des monts « qui ne menacent que de brûler ceux qui leur font quelque déplaisir, et qui, étant toujours som la neige^ne laissent pas d'avoir souvent recours au feu pour se venger. » C'est ainsi qu'il dira, par le même jeu de mots que Racine : « Cependant il est certain que pendant qu'il ( un mari ) faisait brûler ce chaume, sa femme brûloit d* amour avec son galant. » Pour marquer la fécondité des femmes de Clermont, et le grand nombre d'enfants qu'ont la plupart d'entre elles, il dira que la petite vérole, qui est la contagion des enfants, « s'étant répandue s'est enfin lassée dans la ville , et après en avoir emporté plus de mille, s'est retirée de dépit qu'elle a eu qu'il n'y parût pas. »• Par cette disposition de bel esprit qui s'arrête et se complaît à la bagatelle, Fléchier n'est point de l'école sévère et judicieuse de Boileau : il a en lui de ce goût qu'aura Pontenelle, et qu'avait Benserade, un goût de rudles dans le meilleur sens du mot.
Quoique bon et exquis écrivain à sa date, il n'est pas attique : l'atticisme est proprement l'opposé du genre asia-
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dans les recueils du temps, et (le plus étant prédicateur déjà fort goûté. Le compliment guindé qtie lui adressent les prédeoses du -lieu en l'abordant ; l'Art d'aimer y traduit par le président Nicole, qu'elles trouvent sur sa table, et qu'il leur prête avec le regret de ne pouvoir en même temps les Itmdre plus aimables ; la demande d*un sermon à faire, qui lui arrive précisément ce jour-là, tout cet ensemble compose un petit tableau malin, moqueur, assorti pourtant, et où rien ne jra^. Fléchier, en écrivant son récit, ne songeait qu'à faire sourire son beau monde aux dépens des fausses précieuses : aujourd'hui, quand nous le lisons, une partie de notre sourire lui revient à lui-môme, à Tabbé spirituel et fin, si bien tourné, si pénétré de son bon goût, mais un peu précieux.
Arrivant à son sujet principal, qui est la chronique des Grands-Jours^ il nous montre le premier coup qui frappe sur une tête altière et imprudente , le vicomte de La Mothe de CanOlac, « fort considéré pour sa qualité dans la province, et, au sentiment de tous, le plus innocent de tous les CamQac. » Ce qui n'empêchait pas qu'il n'eût bien à. se reprocher quelques petits crimes; mais allié et parent du président même des Grands-Jours, de M. de Novion , et fort de son innocence relative, le vicomte de Canillac devait se croire à l'abri des recherches , et il fut le premier atteint. H avait contre lui les souvenirs de la Fronde, et d'avoir guerroyé contre le roi. Le président, comme les honunes peu sûrs de leur <îonscience, était avide le commencer par un coup d'éclat, qui mît la sienne en honneur, et qui affichât hautement son impartialité ^ M. Ta-
f . CeU est si Trai que M. de Novion se h&tait là-dessus d'écrire à Colbert (20 octobre 1665) : « Tai lait arrêter hier au soir le comte de Canillae Poot-du-Château , beau-frère de mon gendre. Jugez si je recule pour per- <OQDe quand il s'agit du service du roi. Je ne sais pas encore quelle sera la dttrge que produira contre lui sa partie ; mais enfin voilà un assez grand tÔDoignage que la justice se fait ici sans discernement. » ( Correspondance •émimt$raiifP€ sous le règne de Louis XIV, 1861 , t. II, p. 165.)