XXIV INTRODUCTION
Ion aussi, dans sa morgue magistrale, réclamait une première grande victime exemplaire, qui imprimât la terreur à la ronde. Fléchier nous fait discrètement sentir ces raisons combinées, et il exprime, en la partageant, Topinion de M. de'Caumartin, plut humain «t plus équitable. On sent déjà, à cette modération du narrateur, le futur évêque de Ntmes, qui, dans sas luttes diocésaines avec les protestants, aura à adoucir sansttsse Thumeur et les procédés expéditifs de M. de BAville.
Cette première arrestation de H. de Canillac , et celle d'un autre gentilhomme, H. de Montvallat, firent une grande impression dans les campagnes : à force d*y paraître appuyer les faibles , les Grands-Jours rendirent tout à coup ceux-ci insolents, et peu s*en faut oppresseurs à leur tour. M. de Novion a l'air de s'en applaudir, et, dans une lettre adressée à Colbert, il disait (octobre 1665) : c Nous avons quantité de prisonniers ; tous les prévôts en campagne jettent dans les esprits la dernière épouvante. Les Auvergnats n'ont jamais si bien connu qu'ils ont un roi comme ils font à présent. Un gentilhomme me vient de faire plainte qu'un paysan lui ayant dit des insolences , il lui a jeté son chapeau par terre sans le frapper , et que le paysan lui a répondu hardiment qu'il eût à lui relever son chapeau , ou qu'il le mèneroit incontinent devant des gens qui lui en feroient nettoyer l'ordure. Jamais il n'y eut tant de con-
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sommes jaloux , » a dit quelque part llysse chez Homère. Dure et ingrate nature humaine , pétrie au fond d'envie , bien plus que de bonté , qui ne sort guère d*un excès que pour un autre , et qui , dès qu'elle n'est plus foulée et à terre , a besoin de fouler quelqu'un : c Si on ne leur parle avec honneur, nous dit Fléchier dans son récit, et si l'on manque à les saluer civilement, ils en appellent aux Grands-Jours, menacent de faire punir, et protestent de violence. Une dame de la campagne se plaignoit que tous ses paysans avoient acheté des gants et croyoient qu'ils n^étoient plus obligés de travailler , et que le roi ne considéroit plus qu'eux dans son royaume. Lorsque des personnes de quadité , d'esprit et de fort bonnes mœurs , qui ne craignoient point la plus sévère justice , et qui s'étoient acquis la bienveillance des peuples , venoient à Clermont , ces bonnes gens les assuroient de leur protection , et leur présentoient des attestations de vie et mœurs , croyant que c'étoit une dépendance nécessaire, et qu'ils étoient devenus seigneurs , par privilège, de leurs seigneurs mêmes. » Mais voici ce qu'ajoute Fléchier , et qui est plus curieux que tout , car on y retrouve cette éternelle question des biens chez une race avare et âpre au partage : « Ils étoient encore persuadés que le roi n'envoyoit cette Compagnie que pour les faire rentrer dans leur bien , de quelque manière qu'ils l'eussent vendu , et sur cela ils comptoient déjà pour leur héritage tout ce que leurs ancêtres avoient vendu , remontant jusques à la troisième génération. » En n'ayant l'air que de sourire , le futur évêque de Nîmes se montre encore ici un connaisseur très-clairvoyant et très-expérimenté de la nature humaine, et ne versant d'aucun côté. C'est un moraliste qui connaît les grands , et déjà les petits.
L'humanité , dont Fléchier donne en plus d'un endroit des marques, ne prend jamais la forme à laquelle le xvnr siècle nous accoutumera ; il ne fait point état de phi-