XLVIII PORTRAIT OU CARACTÈRE DE FLËCHIER
sentir qu*il aime, et de connottre qu'il est aimé. Il youdroit pouvoir toujours être là où est son inclination. Il s'entretient à cœur ouvert, il est en pleine confiance, il ne se pique pas de briller comme il feroit dans une compagnie indifférente , et l'on diroit qu'il donne son esprit à ses connoissances , mais qu'il garde son cœur pour ses amis. Aussi son amitié n'est pas de ces passions discoureuses qui s'évaporent en beaux sentiments, elle sent beaucoup plus qu'elle ne dit, et pourvu qu'elle se fasse bien entendre , elle ne se met pas en peine de se faire admirer.
Il observe tous les soins qu'on prend, et tous les pas qu'on fait pour lui , et dans l'impuissance où l'on est de se rendre de grands services, il sait qu'il y a une espèce de fidélité et d'exactitude dans les moindres choses qui répond de celle qu'on auroit dans les grandes , et que tout se doit compter entre amis, n est délicat et difficile sur ce qu'on se doit quand on s'aime ; il veut qu'on s'entende à demi-mot , qu'on se prévienne, et qu'on devine ce qui peut plaire; mais il n'exige rien d'autrui qu'il ne s'impose à lui-même, et s'il se plaint pour peu de sujet qu'il en ait, il souffre aussi qu'on se plaigne pour peu de sujet qu'il en donne. D a quelquefois des absences d'esprit qui le font soupçonner d'avoir quelques intervalles d'indifférence , mais il répare cela par des redoublements de tendresse qui lui prennent de temps en temps.
ECItlT PAR LUI-MÉHE. xlix
s, il délie sa chaîne et ne la rompt jamais avec éclat, etseîenge de T injustice qu'on lui fait, non pas par la colinioaparla haine » mais par une profonde indifférence. Voilà, mademoiselle, quelles sont les mœurs et les habitodesde notre Axni. Si la peinture que je vous en ai faite répond à Tidée que vous en aviez , je ne me repentirai pas de TOUS avoir obéi : sinon , tenez-vous-en à Timage que TOUS TOUS en êtes formée vous-même, et laissez à votre cœur le soin de vous le représenter avec les qualités que Toos lui souhaitez. Surtout faites-lui , je vous prie, un secret de cet écrit que je vous envoie. Tenez toujours un voile tiré sur son portrait, et ne me brouillez pas avec un homme ([oi rougit de ses vertus comme de ses défauts , et qui faisant parler les autres de son mérite , n'en parle lui-même jamais.
ami)