‹ Mémoires de Fléchier sur les Grands-Jours d'Auvergne en 1665 (volume 2)Chapitre 35 sur 98 · Exécutés en effigie · texte numérisé non relu

Exécutés en effigie

2. Jean Chardon, seigneur de Saint-Bonnet, né vers 1642, devint conseiUer à la cour des aides de Clermont, en 16G3. Voy. Appendice, n*XXin*

SUR LES GRANDS-JOUftS DE 1665. 228

issez raisonnable. Chardon le âls , ayant épousé une fille {ui étoit des sujettes de M. le comte de CaniUac, sous espérance d'en tirer beaucoup de bien , et , n'ayant pas trouvé xmt ce qu'il espéroit , fit plusieurs petites persécutions à \m beau-père, lequel se trouvant pressé céda 2000 livres m comte de Canillac le père, à condition qu'il le protégeroit contre son gendre. 11 le fit pendant sa vie, et laissa en [Dourant un mémoire à son fils pour la décharge de sa conscience. Celui-ci, pour ne manquer point à un devoir si lé- ^time, et pour accomplir abondamment la recommandation qai lui avoit été laissée par testament, non-seulement il protégea le beau-père , mais encore il persécuta le gendre et toute sa famille , et leur fit des affronts si sanglants qu'il les réduisit au désespoir, et les obligea de s'en aller plaindre à la cour, ne pouvant avoir aucune protection d'ailleurs, lorsque le roi eut résolu d'arrêter les oppressions de cette province , et qu'il eut choisi M. de Novion pour présider à la Chambre, ce suppliant présenta requête, remontra l'alliance du président avec sa partie, ne cessa point de se [todre jusqu'à ce que le roi lui eût promis qu'aucune alliance n'empêcheroit qu'on ne lui rendit toute sorte de jortice. Sur cela, il espéroit le faire périr et lui suscitoit tous les témoignages qu'il pouvoit. Il a été trois mois dans la conciergerie, où, dans les moments d'impatience qui lui arrivent assez souvent, il écrivoit des lettres injurieuses, non-seulement à Mme sa femme , mais encore à tous ses alliés dont le secours lui étoit si nécessaire , et au président ©éme de qui dépendoit toute sa fortune. Enfin il fut jugé i peu près comme on l'avoit cru. M. le président l'interrogea, et lui fit une très-belle réprimande, lui reprochant tous les dérèglements de sa vie passée, en des termes assez forts; il l'exhorta à s'amender, lui fit connoitre que toute la cour étoit persuadée qu'il étoit coupable de toutes les accusations lont on le chargeoit; que toutes les apparences étoient que es preuves avoient été écartées et les témoins corrompus;

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qu'ainsi il devoit prendre garde pour l*tfemr. Son arrtt porta qu*il payeroit 500 livres d*amende et qu'il seroit mis hors de procès. D sortit fièrement de prison, s'attirant eootre lui et contre les juges l'indignation de toute la province, qui étoit persuadée qu'il est un des plus criminels. H y eut un des juges qui opina à une réparation considéraUe pour sa partie, à une plus ample information, et à lui donner cependant pour prison les chemins de Glermont à Paris. Mais il ne fut pas suivi. M. Talon avoit conclu au bannissement, à une grosse amende, et l'obligation de se défaire de sa charge. Mais on jugea bien, quand on vit M. de Novion président, qui est son allié, et M. de Yaurouy, rapporteur, qui est l'amant de sa belle-sœur, que cela loi vaudrait des lettres de grftce et d'abolition de tous ses crimes. D est vrai qu'on n'a rien à imputer aux juges , qui ne fondent l&an arrêts que sur les preuves, et qui ne sont pas ddigés de condamner sur la mauvaise réputation et sur la notoriété publique. Ceux qui croient savoir le secret, disent (p'ilen a coûté beaucoup pour détourner les témoins, qui pouvoient être en assez grand nombre. Cette douceur n*a pas laissé || de décrier un peu les Grands-Jours. Les amis de M. du Pilais prétendent qu'il avoit été dans la même action quelui\ outre les autres qu'il avoit commises, et se plaignant de leur malheur et de la partialité des juges, et plusieurs antres qui craignent ses violences , étant d'avis qu*il falkât

Torgne, et rapportant des informations inflnies contre la )lesse qui réside dans les montagnes, demandoit instamnt la continuation des Grands-Jours, et craignoit que tes les recherches qu'il avoit faites avec tant de péril , is une saison si incommode, fussent inutiles. Il est vrai il avoit fait des actions qui marquent bien Tautorité abae du roi. dans son royaume et la terreur que la justice Ai imprimée dans Tesprit des peuples. On Ta vu lui seul ubler toute la contrée des montagnes ; faire reconnoitre droit où il n'avoit jamais été , et porter la crainte dans I lieux qui avoient toujours été inaccessibles à la justice.

Ta vu faire des violences innocentes où Ton en faisoit it de criminelles; entrer dans les châteaux les plus forés; faire ouvrir les cabinets les plus secrets, et envoyer

plas fiers et les plus puissants de la province , sous la rde d'un exempt, à Clermont, pour rendre raison de leur dduite. D envoya même les sieurs officiers du présidial

Saint-Flour, sous la conduite d'un prévôt, pour être aminés sur quelques affaires où ils ne s'étoient pas comités assez généreusement. Les prisonniers arrivèrent, le évôt vint rendre le paquet des lettres que M. Le Peletier rivoit à M. Talon, lequel ayant lu la lettre où il y avoit 8 plaintes contre le prévôt même, le fit attendre quelque nps , et lui ordonna d'aller conduire ses prisonniers dans conciergerie; il les conduisit, les logea, et comme il fut la porte pour sortir, le geôlier lui demanda son nom , et î dit qu'il n'étoit pas nécessaire qu'il s'en allât; qu'il y avoit le place pour lui dans les prisons, et l'arrêta de la part du i avec les autres*. Cette adresse ne parut pas assez géné-

I. Le Procèi-aerbal det conférences tenuet pour l'examen det articles 9f0sés pour la composition de Vordonnance criminelle de 1670 , sur Tarie lî , édit. de L'Isle , 1697 , in-4 , p. 25-29 , prouve que l'on était frappé xtte époque des abus commis par les prévôts des maréchaux. Ces juges ^ , qui dataient du règne de François I*' , étaient spécialement chargés

fûre le procès à tous les vagabonds et gens sans aveu et sans domicile.

paifiage suivant du procèt-rerhalt que Ton vient de citer, atteste à quelles

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reuse , et quelques-uns qui la bl&moient , disoient que la justice ne devoit point agir avec ces détours ; qu'il ne faU(Ht point donner du dégoût à ces personnes qui servent le roi très-utilement en ces occasions , et qui courent la campagne avec beaucoup d'incommodité ; et la plupart des conseillers mêmes furent d'avis de le tirer de prison le lendemain; et dans le dessein qu'ils avoient de partir bientM, résolurent de ne plus s'arrêter qu'aux grandes afiEûres. Mais H. Talon ne voulut point présenter sa requête pour son élargissement, ou pour ne démentir point sa sévérité ordinaire, ou pour ne donner point cette mortification à H. Le Pdetier.

H. de Lévy \ lieutenant de roi dans la province de Bourbonnois, fut jugé, quelques jours après, avec assez de sivérité. Il y avoit deux chefs d'accusation contre lui, qù étoient assez importants , mais qui n'étoient pas tout à fait bien prouvés. Le premier étoit une violence exercée contre un prévôt qui étoit homme accoutumé à mille crimes, fort décrié dans la province, et qui, pendant les guerres civiles» avoit été fort redouté dans le pays. Il y eut contre lui {dosieurs poursuites qui obligèrent le parlement à donner un

▼iolences ils se livraieDl : « M. le premier président (Guillaume de Lamoignon) a dit que rintention qu'on avoit, lorsqu'on a institué les préfMi

des maréchaux , étoit bonne; mais que la plupart de ces officiers sont

plus à craindre que les voleurs mêmes, et qu'on a reconnu aux Grandi- Jours de Clermont, que toutes les affaires criminelles les plus atroces avoient été éludées et couvertes par les mauvaises procédures d« prévôts des maréchaux.... M. Talon a dit que.... comme ces offieien, ni leurs archers, n'ont point de gages pour subsister, il n'y a pas de malversations auxquelles ils ne se soient abandonnés. Ils ne font aueant fonction, sMls n'espèrent en retirer de l'émolument; et toutes les oppressions que peuvent commettre ou les voleurs ou les personnes puissantaf qui s'engagent à mal faire, n'approchent point des concussions des prévôts des maréchaux et de leurs officiers subalternes. Cette vérité a été r«connue aux Grands-Jours de Clermont , où Ton a fait le procès à plosison officiers de la maréchaussée; mais l'on a été persuadé d'ailleurs qu'il o'f en avoit pas un seul dont la conduite fût innocente et exempte dt n* proche.... »

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