LETTRE DE L'INTENDANT POMEREU
LETTRE DE L*IIITENDA1ÏT POMEREU AU CHANCELIER SÉGUIER '. (Voy. p. 63.)
Moulins, 33 septembre 1665.
Monseigneur,
11 est de mon debvoir de vous faire sçavoir qu'en exécution des ordres que j'ay receus, j'ay faict toutes les diligences possibles pour donner à MM. les commissaires des Grands-Jours les mémoires et esclaircissements des abus et désordres qu'il est important de corriger dans l'estendue de mon département. J'ay mis pour cet effect entre les mains de M. le président de Novion, à son passage, plusieurs papiers et instructions sur lesquelles il sera aisé de dresser ensuite des procédures régulières. J'en ay depuis aussy entretenu M. Talon et je me suis chargé envers luy de l'exécution des décrets et de tous les autres mandements de la conmiission dans mes généralités, lorsqu'il prendroict la peine de m'escrire ce qui seroit nécessaire pour le service du Roy et l'authorité de la justice. Je prétends encore en travaillant aux départements des tailles faire une revue générale de toute l'estendue de mon employ et donner advis des choses qui me paroistront dans le desreiglement. Ainsy, monseigneur, j'espère que vous serez très-satisfaict de mon application en ce rencontre, et que vous aiu:ez sujet de continuer dans la bonne opinion que vous avez conceu de ma conduite. Je m'estimeray bien glorieux si vous voulez avoir tousjours des sentiments aussy advantageux pour moy, et si je puis jamais avoir le bonhem: de vous plaire. Du moins j'ose bien vous asseurer qiie, de tous ceux qui sont attachés à vostre service par leurs charges , par leur debvoir et par leur incli-
1. Cette lettre autographe se trouve à la Bibliothèque impériale, mai. Saint-Germain fr. , n* 709, t. XL, fol. 144. Elle prouve que les intendants, comme on le voit dans les Mémoires de Fléehier^ p. G3 , étaient chargés de fournir aux commissaires des Grands-Jours tous les renseignements pour la poursuite et la punition des crimes.
nation, il ny en a pas un qui ayt un plus profond respect pour vostre personne que moy, ny qui soit dans une plus parfaite sousmission.
Monseigneur,
Vostre très-humble et très-obeyssant serviteur,
De Pomereu.
(Voy. p. 41.)
Messieurs ,
Pour si infinie que paroisse la multitude et la variété des choses capables d'occuper nos affections et nos connoissances, on les peut néanmoins toutes réduire à deux : à celles qui sont proches de nous et celles qui en sont éloignées, et rien n'est si admirable dans la nature, que les différentes impressions de tristesse ou de joie, d'inquiétude ou de repos, d'amour ou de haine que cette distance ou cette proximité produit dans nos esprits et dans nos cœurs.
Les sens, comme les plus matériels , n'agissent que sur des objets présents : il faut que les parties destinées aux fonctions de l'attouchement et du goût reçoivent l'impression des corps qui les approchent sans intervalle et sans milieu, autrement ils ne les connoîtroient point. L'odorat souffire un peu plus de distance; la vue et l'ouïe davantage, toujours néanmoins dans un espace encore modéré. Il n'en est pas ainsi des facultés inteDeotuelles : la mémoire porte son souvenir dans les temps les plus reculés ; l'esprit et l'imagination n'ayant besoin que de la seule image des choses poiu: les comprendre, qu'elles soient présentes , qu'elles soient absentes , elles en sont connues également.
Le même effet que produit l'éloignement ou la proximité des objets à l'égard des lumières naturelles, se vérifie encore dans l'ordre du gouvernement politique; quelques-uns ont cru que
plus les souverains se tenoient absents et se rendoient invisibles, plus le respect des peuples devenoit religieux et les idées que Ton en concevoit magnifiques.
Cest par cette maxime que l'on a vu, que l'on voit encore à présent tant de princes d'un accès si difficile; ils s'imaginent que leur cabinet est un voile mystérieux qui couvre tous leurs défauts, et que la rareté de leur présence augmente le prix de leur mérite. Telle étoit, au sentiment de Ruper, la pensée du superbe Âssuérus , qui ne s'exposoit presque jamais aux yeux du public , ne, dit ce grand bomme, vUior fieret ex usu publicœ viswnis.
Dans cette retraite orgueilleuse , ils s'érigent en fausses divinités; leur seul nom imprime de la terreur; toutes leurs colères semblent des foudres , et , cachant tout ce qu'ils ont de foible et d'humain , l'on révère ce qu'on ne connoît point , et l'on ne conçoit pour eux que de l'admiration et de la crainte , parce que rien ne paroît d'eux qu'une autorité sévère et des mystères où l'on ne peut atteindre. Mais cette circonspection ne peuf fkre utile qu'à l'égard des puissances barbares, dont la présence, découvrant les imperfections , diminueroit leur estime, et qui, ressemblant aux spectres de la nuit, perdroient une partie de leurs grandeurs , si l'on s'en pouvoît approcher de plus près. Il n'en est pas ainsi des princes parfaits et magnanimes : mieux ils sont connus, plus ils sont vénérables ; plus ils se communiquent, plus ils paroissent adorables, soit que cette communication se fasse par la montre précieuse de leurs sacrées personnes, soit par de vivantes images sur lesquelles ils impriment le caractère de leur puissance , et auxquelles ils font part de quelques rayons de lem* souveraine autorité , c'est-à-dire par des officiers qu'ils destinent comme leurs truchements et leurs organes , pour répandre sur la terre cette pluie féconde de la justice qui fait et la sûreté et la gloire des Etats , et la félicité des siècles heureux : Bonitatem seculi non de tempestatibus^ ted de magistratibus xstimcmdam.
Le monarque est dans son empire comme le soleil dans le monde. Ce roi des planètes , bien qu'attaché à sa sphère , n'éclaire pas seulement les astres voisins ; mais poussant sa vertu jusque dans le centre de la terre , là il produit les métaux, ici il fait croître et fiructifier les plantes; d'un côté, il excite des tremblements, et de l'autre, il allume des feux capa-
bles de faire des embrasements effroyables : telle est l'étendue de la puissance du souverain, toujours présente en toutes les parties soimiises à sa couronne.
Ce n'est pas dans les ténèbres que l'astre du jour étale sa splendeur et fait briller son plus grand éclat, c'est dans le milieu de sa carrière, et lorsque, étant parvenu à son midi, ses rayons tombent à plomb sur nos .tètes. Il y a des temps où l'on diroit que sa force est perdue et sa lumière éclipsée ; mais quand, après un si long éloignement, il revient et semble renaître sur notre hémisphère, pour lors nous jouissons en liberté de scm agréable présence; pour lors il nous fait ces beaux jours, il nous donne ces longues chaleurs, sources inépuisables de richesse et de fécondité ; et cette ardeur qui achève la maturité des finiits, qui remplit nos gi;^niers d'une moisson abondante, qui réjouit toute la natiu:e , est encore la même qui fait tarir les petits ruisseaux et sécher les plantes inutiles.
Quel portrait plus naif de la démarche de notre invincible héros et des progrès glorieux que cet astre bénin a faits dans sa course depuis qu'il s'est levé sur l'horizon de cette monarchie! Quelle saison plus difficile et quel temps plus rigoureux que celui dans lequel sa lumière a commencé de parottre ! Jamais le ciel fut-il plus armé de foudres, ni l'air plus troublé de vapeurs et plus agité de tempêtes ? Quels jours plus ténébreux? queDes nuits plus longues et plus fâcheuses? Partout désordre, partout licence et impunité ; partout misère et désolation ; mais on Ta vu surmonter tous ces nuages qui s'élevoient du sein de la terre dans la moyenne région , et ramener partout le calme et la sérénité.
Après donc tant de villes forcées et tant de provinces réunies à sa couronne; après avoir compté le nombre de ses victoires par celui de ses batailles ; après avoir porté l'éclat de ses actions immortelles et la terreur de son nom aux extrémités du monde ; après avoir donné la paix à toute l'Europe , et réparé toutes les ruines que ce long hiver avoit laissées ; après avoir par-dessus tout cela recherché les malversations commises dans l'administration des finances , racheté les nouvelles rentes qui rendoient toute la France tributaire du luxe de Paris , rétabli les manufactures et le commerce , délivré la mer de l'insolence des pirates , protégé l'Eglise , secouru ses alliés et dompté l'orgueil des troupes infidèles qui menaçoient l'Allemagne ; après enfin
tant de prodiges et de miracles consacrés à la gloire et à la réformation de son Ëtat , que pouvoit-il concevoir de plus important et de plus illustre que de faire part de son irradiation aux provinces éloignées du siège de l'empire , d'en reconnoître les besoins soit par lui-même , soit par le ministère de personnes d'une fidélité éprouvée, commençant par celles où le mal est plus grand et le secours plus nécessaire; à l'exemple de ce grand vase de lumière , dont la chaleur, bien qu'également favorable à toutes les choses qui lui sont inférieures , redouble toutefois son activité quand il faut percer des nuages dont l'opiniAtreté et l'épaisseur ne pourroient être vaincues , ni dissipées par un eflfort ordinaire ?
Que si , entre plusieurs provinces qui gémissent depuis longtemps dans l'oppression , celles-ci ont été plutôt choisies pour servir de théâtre aux premières représentations de l'innocence protégée et de la violence punie, ce n'est pas tant un effet de la nécessité qu'une marque de cette autorité bienfaisante qui , à l'imitation dé la chaleur naturelle, ne fait jamais mieux éclater sa vigueur que lorsque, non contente de conserver les parties nobles , elle porte sa vertu salutaire à celles qui sont le plus éloignées des principes de la vie. Ainsi, au même temps que notre auguste prince donne un accès libre et facile à ceux qui implorent sa protection; au même temps qu'il écoute luimême leurs plaintes, et soulage leur misère de ses propres mains; au même temps encore, il a voulu formçr un corps d'élite tiré de la même compagnie qui , par la sainteté et la droiture de ses jugements, peut être appelée l'oracle de la France, pour faire sentir les influences de son secours aux lieux qui ne peuvent être favorisés de sa présence, pour donner par préférence à cette province le privilège de recevoir la justice dans son propre sein, de la trouver sans fatigue, de la demander sans crainte et de l'obtenir sans délai; et tout cela avec une certitude infaillible de goûter tous les fruits que cette fille du ciel attire à sa suite, tels que sont le maintien des personnes foibles et abandonnées, contre la persécution de celles qui leur font injure ; la défense des lois et des magistrats contre l'audace et la rébellion des hommes qui les méprisent; le rétablissement de la sûreté publique et particulière contre les assemblées illicites , la force et la violence.
Ce ne sont pas des mains étrangères ou suspectes que notre
monarque destine à cet emploi ; ce sont les mêmes sur lesquelles repose continuellement sa puissance, et auxquelles il a confié la garde des lois et le précieux dépôt de la justice. Car quelquesuns ont cru que les Grand&Jours ont donné naissance aux parlements non sédentaires en leur origine , et que cette forme de terminer les procès est tirée de l'ancien usage des assemblées dont parle Jides César dans ses CommerUaires ; d'autres veuloit que l'institution en soit plus nouvelle, et que leur établissement n'ait conunencé que depuis trois siècles. Biais, sans entrer dans cette dispute, ce corps de réserve possède et le nom et l'autorité tout entière du sénat. Fortifiée par un nouveau concours de la puissance souveraine , elle est d'autant plus digne de révérence qu'elle est présente et absente en même temps, et ceux qui méprisent avec plus d'orgueil les armes ordinaires de la justice , doivent d'autant plus trembler aux nouveaux bruits de ces foudres et aux premiers éclats de cette vengeance tant divine que royale, qui porte toujours la mort et la destruction sur tout ce qu'elle frappe.
Mais ce qui doit inspirer plus d'obéissance et de vénération pour ces lumières ardentes et ces feux animés, c'est leur rare mérite et leur incorruptible probité. Ces rayons vivants de la majesté souveraine , choisis dans le temple le plus auguste de la justice, abandonnent le repos que leurpromettoit le sommeil des affaires publiques; ils se privent de la douceur de la campagne pour venir, le flambeau à la main , éclairer ceux qui habitent dans une région de ténèbres , et leur donner ime nouvelle vigueur par les douces influences d'une chaleur modérée, ou les consumer si, par l'excès des crimes , elle se trouve injustement irritée.
Nous avons un prélude de cette vérité dans le psamne icvi, lequel, bien que sans titre, se trouve néanmoins avoir été composé par David au retour de ses victoires. Ce prince, après avoir fait sentir aux rebelles et aux étrangers la pesanteur de son bras, et donné la paix au peuple d'Israël , chanta ce beau cantique qui commence Doininus regnamt.... moveatur terra; et dans ce saint enthousiasme , il publie les louanges du Seigneur, il rapporte à la gloire du ciel le succès de ses entreprises et de ses armes, et fait, en peu de mots, \m fidèle récit du progrès de ses triomphes dont tous les degrés sont autant de crayons des voies par lesquelles notre Hercule gaulois s'est
rendu paisible dans son Etat et formidable à ses ennemis; si bien que nous pouvons dire , usant des termes de ce prophète, que ses conseils ont été profonds , ses pensées impénétrables , ses desseins mûrement concertés et toujours heureux ; que la justice est le premier fondement de son trône ; qu'il est la terreur des méchants ; que le feu , qui dévore tout , marche devant sa £ice; que les éclairs et les foudres l'environnent de tous côtés ; que la terre s'en est émue ; que les princes les plus fiers , que les montagnes les plus orgueilleuses ont fait joug à son autorité, et se sont hundliés pour éviter son indignation; que le del partout a pris ses intérêts, a combattu pour lui; que Sîon , figure de l'Eglise et glorieuse de sa protection , par des bymnes d'allégresse , célèbre le triomphe de ses dernières victoires qui ont arrêté le progrès des légions barbares, et empêché la ruine et la désolation de l'empire.
Mais, après tant de trophées et d'acclamations pubUques, une chose reste encore à désirer pour le dernier fruit de ses travaux, pour le couronnement et l'entière consommation de sa gloire, savoir : que lux orta est justOy qu'une lumière se lève, ou plutôt, comme parle la version littérale de la langue sainte : lux sparsa estjusto , qu'une lumière se répande sur les hommes justes; qu'ils soient tous environnés et comme pénétrés d'une clarté nouvelle; qu'elle dirige leurs pas et donne une profonde paix à leurs consciences , afin de vérifier cet oracle du sage : Viajustorum sicut semita splendescens y et crescit utque in perfectvm diem , que le chemin des justes est un sentier tout brûlant ; que plus ils y marchent , plus ils acquièrent d'intelligence , et que leur perfection , croissant tous les jours par ime appUcation continuelle aux fonctions de la justice, ils deviennent eux-mêmes comme des astres luisants , capables d'éclairer et de conduire les autres.
Il n'en est pas ainsi du jour qui paroît sur la tête des impies : c'est un flambeau qui s'éteint aisément; c'est un feu toujours pernicieux et qui ne sert qu'à faire des incendies. S'il en sort quelque flamme, elle s'évanouit aussitôt; elle se convertit en une noire et épaisse fumée, capable d'obscurcir le soleil dans son midi et d'empester tout par l'infection de sa mauvaise odeur. Si donc ce rayon de l'esprit divin, cette étincelle de probité et de lumière que le plus sage des rois appelle une loi domestique gravée dans le fond de nos cœurs,
vient à s*affoiblir peu à peu par le désordre de nos affections corroiiqpues ; si Tintérét particulier , unique source de toutes les contentions, menace notre raison d*une éclipse si funeste, ..de qui pouvons-nous attendre un secours plus puissant que de la lumière et de la force de la loi, confirmées par les illustres fonctions de la justice, qui seules peuvent servir de barrières entre les bons et les méchants, entre l'innocence et le crime?
C*est particulièrement pour être les dépositaires de ce précieux trésor, que les rois ont été établis sur la terre et élevés au-dessus des autres hommes; c*est pour en fsdre part à leurs principaux officiers par un épanchement ou plutôt par une réflexion de cette lumière souveraine, laquelle n'étant point séparée de son centre, conserve toujours la dignité et la \tgueur de son origine. Il n'en est pas ainsi des magistrats subalternes et qui administrent la justice dans les provinces éloignées : bien que, descendant par une ligne droite, il ne puisse souffirir aucune altération, la force de ce rayon de la suprême autorité ne laisse pas de diminuer, lorsqu'une trop longue distance le dilate et l'obUge d'occuper un plus grand espace de lieux. Gomme l'interposition d'un corps opaque suffit pour empêcher que nous ne recevions une libre effusion de la lumière; ainsi la violence et le crédit dont se servent les personnes de condition, pour opprimer les peuples et commettre toute sorte de crimes, joints à la foiblesse et à la connivence des magistrats , forment tant d'obstacles au passage de cette divine lumière, que la licence de mal faire est devenue générale, et les ténèbres de l'injustice ont couvert toute la face de la terre.
Nous ne doutons pas néanmoins que les maîtresses roues qui font jouer les principaux ressorts de cette importante machine, n'aient été fort régulières dans leurs mouvements; c'est aussi ce qui nous persuade qu'elles recevront avec plus de satisfaction et de fruit les instructions, les maximes et les exemples d'intégrité et de courage que cette auguste compagnie leur donnera ; que le goût qui leur en demeurera leur sera continuellement délicieux; que la bonne odeur s'en conser\'era avec soin; que l'idée en persistera à jamais fidèlement gravée dans leur mémoire, et que les monmneuts qui en resteront se rendront éternels par le témoignage de ceux qui, en ayant
été et les spectateurs, et les auditeurs, et les admirateurs tout eusemble, en transmettront de race en race le souvenir jusqu'à la dernière postérité; en sorte que l'on pourra dire à la gloire du roi, à l'honneur du parlement et au repos perpétuel de ceiT provinces, ce que chantoit autrefois David dans le psaume qu'il semble avoir consacré au panégyrique de la loi. Là, après avoir fait parottre l'éloquence du ciel pour l'instruction des hommes, après avoir regardé le firmament et ces sphères qui roulent sur nous, comme autant de chefs-d'œuvre qui annoncent la grandeur de leur ouvrier, et admiré le soleil comme im tabernacle, ou, pour mieux dire, comme im trône d'où, comme d'un abtme de lumière, s'épandent de toutes parts un nombre infini de rayons; enfin, pour toute conclusion , il décide que la loi est une beauté sans tache, qui, par la force de ses charmes, convertit les coupables et sanctifie les innocents; que ces préceptes sont fidèles et capables d'inspirer la sagesse aux enfants ; que ses menaces engendrent une crainte toute pure et désintéressée, puisqu'elle n'est fondée que sur l'amour; que ses jugements^e justifient par eux-mêmes, et que, bien loin de causer de l'amertume dans l'esprit de ceux qui les observent, elle leur donne de la tranquillité et de la joie, parce qu'ils lui consacrent leur cœur et toutes leurs afiections, qu'ils trouvent ses enseignements et ses conseils plus doux que le miel, et en font plus d'estime que des plus riches trésors et des métaux les plus précieux.
Recevez donc avec respect ces grandes lumières qui vous visitent. Leur imique but est d'exécuter les ordres de celui qui les envoie, d'éclairer votre horizon, de purifier l'air qu'on y respire, d'en modérer l'intempérie , et d'en bannir la corruption. Rendez mille actions de grâces à ce soleil de justice qui vous donne des marques si visibles de sa protection r priez le ciel de verser mille bénédictions sur sa tête sacrée, de multiplier ses jours d'un grand nombre d'années, de combler cette longue course et ce règne glorieux de toutes sortes de félicités, et de faire que ces vœux que nous concevons en sa faveur, soient comme autant de vapeurs élevées dans l'air, qui retomberont sur lui en rosées dé grâces et de prospérités. Quels souhaits pourroient être plus justes, puisqu'il est vrai que, par l'établissement de ce tribunal, il rend la voix à ceux dans la bouche de qui elle sembloit étouffée ; qu'il redonne la liberté
que les menaces et la crainte de Toppression avoient tyraxmiquement enchaînée; qu'il rétablit l'ancienne splendeur dans les trois ordres de son royaume, d'où elle étoit depuis longtemps éclipsée, remettant ainsi tout le monde en état de pouvoir vivre paisible et heiu^ux, chacun selon sa mesure et sa condition!
Après toutes ces espérances, saurions-nous plus glorieusement couronner ce discours que par cette illustre période d'un grand prophète, lequel parlant de la sévérité des jugements de Dieu sur ceux qui attirent son indignation et sa colère, et de l'abondance de ses grâces sur ceux qui observent les commandements de la loi, dit : Omnes sxiperbi^ et omnes facientes mpietatem, stipula : et inflammaHt eos dies veniens.... et orutur vobis timentilms nomen meum sol justitiœ. (Malach., iv, 1 et 2.)
Mais parce que tous ceux qui sont assis sur les fleurs de lis, et qui ont part au sacerdoce de la justice, doivent concourir à l'exécution de ce dessein, non pas par des vœux inutiles et en levant au ciel des mains oisives, mais par im mouvement régulier et un travail assidu; pour ce sujet nous exhortons les avocats d'user avec autant de probité que de chaleur de ces vives et pénétrantes lumières qui rendent leur condition si illustre et leur mérite si recommandable. Nous les conjurons de secourir indifféremment tous ceux qui demanderont leur conseil ou qui imploreront leur assistance; et comme l'importante fonction qu'ils exercent est une des principales de la justice, elle désire aussi des esprits perçants et faciles, im jugement solide et un zèle non moins religieux que brûlant. Pour cela, nous souhaiterions que le même ange qui, avec un charbon pris sur l'autel, toucha autrefois les lèvres d'im prophète pour le rendre capable de son ministère, purifiât, et en même temps embrasât les vôtres, pour vous donner autant de ferveur qu'en doivent avoir tous ceux dont le plus noble emploi consiste à défendre la foiblesse, à détruire la calomnie et à protéger l'innocence.
Quant à nous, messieurs, nous aurions à désirer, pour satisfaire au devoir de nos charges et à la dignité de cette auguste compagnie, d'être remplis de cette lumière de discipline que Tertullien appelle cemarium lumen ; nous voudrions avoir l'activité, la vigueur de ces grands génies qui nous ont précédés, et qui, assis en des occasions pareilles dans la même place
que nous avons rhonneur mamtenant d'occuper, ont combattu le vice avec tant de sévérité, ont poursuivi avec une si noble ardeur la vengeance des crimes, qu'ils nous obligent, pour marcher sur leurs pas glorieux et suivre leurs illustres vestiges, de prendre aujourd'hui pour devise ces généreuses paroles qu'Eutiphron, dans son dialogue avec Socrate, croyoit être la juste définition de la véritable piété : "Aicotv 8* àîixoCvTi lice^uvai, attaquer partout l'injustice, nous déclarer, sans acceptions, ennemis de toute violence, et exercer la censure publique à l'ombre de votre autorité.
FAMILLE DE U ROGHEFOUCAULD.
(Voy. p. 4.)
Charles I" de La Rochefoucauld avait eu de Fulvie Pic de La Mirandole quatre enfants :
!• Jean-Louis de La Rochefoucauld, qui a tenu, sous le nom de comte de Randan, le premier rang en Auvergne durant les guerres de la Ligue ;
2* François de La Rochefoucauld, qui fut abbé de Toumus à quinze ans, évéque de Clermont à vingt-six (de 1585 à 1609), puis cardinal, évéque de Senlis, etc., mort en 1645 ;
3* Alexandre de La Rochefoucauld, prieur de Saint-Martinles-Vallées, abbé de Saint-Pourçain ;
4» Marie-Sylvie de La Rochefoucauld , qui épousa Louis de Rochechouart, seigneur de Chandenier.
Jean-Louis de La Rochefoucauld périt à la bataille de Cros- RoUand, près Issoire, le 14 mars 1590. Le corps de ce seigneur fut porté à Riom et déposé dans une chapelle de l'église des Cordeliers. Il y resta jusqu'au mois d'avril 1664, époque où la marquise de Senecey, sa fille, le fit porter à Randan et placer dans le tombeau de ses pères. (Voy. de Bastard, Rech.y p. 221, et Imberdis, p. 311.) On lit dans l'inscription placée sur son tombeau et conservée aujourd'hui dans l'église du Marturet à Riom : Dum munus suum, hoc est imperatoris
BELUa, STREmJE OBIT, NEFARIE PER FRAUDEM INTEREMPTI...
Fléchier, en disant qu'il est mort martyr pour la défense de la religion catholiqxiey fait peut-être allusion à l'épitaphe suivante :
Randandii periisse putas, pietate colenda
Spectatum , pro qua fortiter occubult?
Falleris : asternum vivit. Seu sidéra spectes ,
Seu terras , nusquam gloria vera périt.
Gallia, si grata est, illi imroortale trophœum
Ponet, et excelsa rupe super statuet.
Extremaque basi (relegant quod postera secla)
Hoc solide incisum marmore carmen erit.
Maxima RANDANI gestarum gloria renim
Percurret vivax Solis utramque domum.
Qui vitam aeterna pro reUigione profundunt ,
Illos aDternum gloria lata manet.
N. MORBLETDS.
Cette épitaphe a été publiée à la suite d'un poëme français consacré à la mémoire de Jean-Louis de La Rochefoucauld, intitulé : Le tombeav de havlt et pvissant seig. Jean^Louis de La Roche foucault^ comte de Randan^ etc., par N. Le Digne; Paris, 1600 ; 84 pages, petit in-12.
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