‹ Mémoires de Fléchier sur les Grands-Jours d'Auvergne en 1665 (volume 2)Chapitre 8 sur 98 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

remis devant les yeux Timage d'un monde que j'avois presque oublié , et je me suis intéressé aux plaisirs et aux chagrins que vous avez exprimés dans vos ouvrages. Tout y est juste, poli, judicieux.... » Fléchier n'eut jamais honte de jeter un regard en arrière vers le premier idéal poétique qu'il avait conçu et cultivé dans sa jeunesse.

On lit, au tome neuvième de ses (Huvres complètes, un écrit intitulé : Réflexions sur les différents Caractères des Hommes^ et qui, bien qu'on s'explique peu le motif qui le lui aurait fait composer, se rapporte assez bien à l'ordre d'idées, d'habitudes sociales et d'inclinations littéraires, où l'on sait que Fléchier a vécu et auquel il resta fidèle jusqu'à la fin. Par exemple, le chapitre sur Y Esprit critique et satirique est d'un homme qui préférait de beaucoup la morale insinuante de La Fontaine fabuliste à la franche satire de Boileau et même de Molière ; on dirait que l'auteur continue de faire, à l'égard de ces derniers, quelques-unes des restrictions et des réserves de M. de Montausier. Dans le chapitre intitulé : du Cornmerce avec les Femmes, l'auteur insiste sur l'utilité honnête à en tirer, tout en marquant les sages précautions. Il est une classe de femmes du monde qu'il ne conseille pas de voir, les coquettes, les joueuses, etc.; mais, celles-là exceptées, il ne pense point que le commerce habituel avec des personnes du sexe qui ont du mérite puisse être blâmé et interdit; bien au contraire :

INTRODUCTION. xiil

bonne école pour un jeune homme que la maison d*une dame de ce caractère. •

Et Fauteur entre dans un détail d*exemples assez agréable. Gomme un homme qui dès sa jeunesse a vécu avec les honnêtes gens, il croit à la vertu chez les autres ; et même lorsque cette vertu n'est point parfaite d'abord, il estime qu'elle doit gagner avec le temps , et que , les années y mettant la main, elle se perfectionnera :

« Rien n'est plus capable, dit-il en concluant ce chapitre , de rendre un homme sage qu'une femme sage; et on peut maintenant dire à la louange des dames, qu'elles apprennent à vivre à ceux qui les voient. A parler de bonne foi, elles ont plus de vertu que les hommes, et si elles sont un peu plus dans la bagatelle, l'innocence s'y conserve toujours et la pureté des mœurs n'en souffi*e aucune atteinte.

« Un peu de jeunesse et un peu d'amour-propre leur fait aimer ce qu'elles mépriseront un jour, mais elles aiment déjà ce qu'elles aimeront un jour davantage. •

Le style est un peu traînant, mais la pensée est délicate. Je dois avertir cependant que, bien qu'il se trouve recueilli parmi les GEuvres de Fléchier et que , selon moi, il ne les dépare pas, cet écrit est reconnu pour ne pas être de lui, mais d'un ecclésiastique de son temps et de son école ; d'un abbé Goussault * oublié aujourd'hui, et auteur de plusieurs ouvrages dont celui-ci est de beaucoup le meilleur. C'est un disciple un peu moins vif, mais doux, et qui fait bien comprendre , et par principes en quelque sorte, cette manière honnête et non sauvage de vivre avec le sexe ; l'abbé Goussault, dans cet écrit où il recommande « les réduits de gens d'esprit et de qualité, » ne fait qu'imiter Fléchier, dans l'oraison funèbre de la duchesse de Montausier, se souvenant si complaisamment « de ces cabinets que l'on regarde encore avec tant de vénération, où Tesprit se puri-

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