‹ Mémoires de Fléchier sur les grands-jours d'Auvergne en 1665Chapitre 9 sur 129 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

plume et à badiner avec ses amis sur les singularités d'un voyage extraordinaire, il se trouve nous avoir ouvert un jour sur un coin de l'ancienne France qui, à travers ce style si poli, éclate d'autant plus brusquement à nos yeux.

On ne sait presque rien de l'état des provinces au xvii6 siècle ; il faut en chercher les documents épars dans les correspondances administratives. On cite le Journal de l'intendant Foucault comme comblant en partie cette lacune. La spirituelle gazette de Fléchier nous montre le dedans d'une province à une date un peu antérieure et non moins à nu que ne ferait un journal d'intendant : on y a en sus l'élégance1.

Les Grands-Jours supposaient un état de choses où la féodalité avait encore ses usurpations et ses licences, où elle se riait de la justice locale et la bravait, et où il fallait que le roi, protecteur de tous, étendît le bras pour rétablir le niveau de l'équité. Le roi alors nommait un tribunal extraordinaire exerçant une justice souveraine ; les lettres patentes qui conféraient aux juges commissaires cette pleine autorité étaient soumises à la formalité de l'enregistrement, et rien ne manquait à l'appareil de ce parlement improvisé et sans appel. Lorsque Louis XIV prit en main le gouvernement après la mort de Mazarin , l'Auvergne était un des pays les plus signalés par le nombre comme par l'impunité audacieuse des crimes; dès 1661 et dans les années suivantes, les intendants ne cessaient d'y dénoncer à Colbert toutes sortes d'abus de pouvoir et d'excès de la part des nobles , protégés et couverts qu'ils étaient par les officiers mêmes de justice : ce fut aussi l'Auvergne que l'on jugea à propos de choisir pour commencer la réparation dans le royaume. Le bras de Colbert se reconnaît à ce coup de

1 . On peut consulter avec fruit un ouvrage récent , le tome second de l'Histoire de l'Administration monarchique en France, par M. Chéruel (1855). On y trouvera l'exposé le plus exact, et puisé aux meilleures sources, de l'état intérieur de la France dans ces premières années du gouvernement de Louis XIV.

INTRODUCTION. \vn

vigueur frappé au début el dont le retentissement fut immense. D'autres provinces depuis eurent aussi leurs Grands- Jours ; Le Wla\ eut les siens, Limoges égali'inent. .Mais ceux de Clermont paraissent avoir été les plus autorisés (pour parler avec Fléchier) qui se soient jamais tenus, même en aucun temps précédent, et du moins ils sont les derniers qui nous représentent avec éclat toute la solennité et l'étendue de pouvoir inhérentes à cette institution. Elle fut plus tard remplacée et suppléée par la tenue des Assises. L'unité d'organisation mise en vigueur et appliquée dans le royaume pendant le long règne de Louis XIV rendit désormais inutile la création de ces machines extraordinaires et réparatrices, qualifiées du titre effrayant de Grands-Jours et destinées surtout à abattre les restes de la tyrannie seigneuriale *.

La déclaration du roi portant établissement des Grands- Jours à Clermont, datée du 31 août 1665, fut vérifiée et enregistrée au Parlement le 5 septembre , et le même jour le roi adressa aux échevins et habitants de Clermont une lettre où il était dit :

« Chers et bien amez, la licence qu'une longue guerre a introduite dans nos provinces, et l'oppression que les pauvres en souffrent, nous ayant fait résoudre d'établir en notre ville de Clermont en Auvergne une Cour vulgairement appelée des Grands-Jours , composée des gens de haute probité et d'une expérience consommée, pour, en l'étendue du ressort que nous lui avons prescrit, connoitre et juger de tous les crimes , punir ceux qui en seront coupables, et faire puissamment régner la justice; à présent qu'ils s'en vont pour vaquer à la fonction de leurs charges, et satisfaire à nos ordres , nous voulons et vous mandons que vous ayez à leur préparer les logements qui leur seront nécessaires, etc. »

M. de Novion, président à mortier, était établi président de

1. Voir à la fin du volume, en tête de l'Appendice . la Notice de M. Cheruel sur l'origine et l'institution des Grands-Jours.

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