XXX INTRODUCTION
M. Nau le croquemitaine, qui fait donner la question avec la même fureur qu'il danse lui-même la bourrée , ce sont moins là encore des portraits que des personnages d'une comédie de société et d'un proverbe : on les voit agir et vivre. Fléchier n'a rien de Molière en lui, mais il a du Théodore Le Clercq : qu'on me pardonne bien vite ce rapprochement.
Les honneurs des Grands-Jours sont et devaient être dans le récit de Fléchier pour M. de Caumartin, son Mécène. Par un tour délicat il a mis l'éloge de M. de Caumartin dans la bouche d'un homme de considération avec qui il est censé s'entretenir en route , et en se promenant le long du canal de Briare. Ce résumé des impressions reçues durant ces quatre mois de haute judicature, et du rôle que chacun y a tenu, est d'un écrivain qui ne laisse rien au hasard, et qui sait comment on termine un ouvrage même facile, et qu'il ne publiera pas.
Cependant, après avoir vaqué au charme et à l'amusement de ce qui l'entourait, Fléchier devait songer à ce qu'on pourrait montrer au public : il fit donc une pièce de vers latins, In Conventus jurklicos Arvernis habitos Carmen, où il célébrait tout le monde, et, par-dessus tout, le roi, qui faisait revivre pour l'Auvergne , en proie jusqu'alors aux violences et aux crimes, un âge meilleur et le règne d'Astrée. Cette pièce officielle, qui fut imprimée à Clermont (1665), ressemble aussi peu à la Relation des Grands-Jours qu'une oraison funèbre ressemble à la vie réelle de l'homme. Un peu avant son retour il envoyait un exemplaire de ce petit poëme à l'éternel et inévitable Chapelain, qui lui répondait (11 février 1666) : «... J'ai eu un fort grand sujet de contentement dans la lec-
fait prononçant à l'audience des arrêts dont aucun des deux côtés n'avoit été d'avis: en sorte qu'un côté s'étonnoit de l'avis unanime de l'autre, et ainsi réciproquement, et que, sur ces injustices réitérées, le roi prit enfin le parti de l'obliger à se défaire. » Il dut quitter sa charge (1689), et fut remplacé par M. de Harlay. Le Novion de Fléchier prépare et présage à merveille celui de Saint-Simon. — La justice oblige toutefois à remarquer que Saint-Simon avait ses motifs pour ne pas bien traiter les Novion.