‹ Mémoires de Fléchier sur les grands-jours d'Auvergne en 1665Chapitre 32 sur 129 · Vov. à la fin du volume. Appendice . n° VIII · texte numérisé non relu

Vov. à la fin du volume. Appendice . n° VIII

Vous méprisez notre ville Par un désespoir jaloux ; Mais la fourbe est inutile, Us vous ont quittés pour nous.

De vos apprêts magnifiques Les Grands-Jours se sont passés; Adieu , fermez vos boutiques :

Ils vous ont vus ; c'est assez.

Si vous n'avez pu leur plaire.

N'en soyez point en courroux; Quand ils n'auront plus que faire, Us repasseront chez vous.

L'autre est une petite chanson assez badine sur la harangue de l'échevin , que je ne rapporterai pas tout entière , parce qu'elle contient plusieurs couplets.

Les Grands-Jours vous ont quittés.

0 la triste aventure !

Us ne vous ont visités Que pour vous voir dépités ; J'en jure.

Vous n'avez rien oublié

Pour arrêter leur course :

Vos députés ont crié, Et vous avez déplié La bourse.

Après deux ou trois repas ,

Us ont quitté la place; Toutefois n'en pleurez pas , Car vous savez qu'ici-bas Tout passe.

Votre consul se vantoit ,

Après beaucoup d'injures, Qu'il en étoit satisfait.

Ainsi le renard faisoit Des mûres.

Mais laissons à part les différends de ces deux villes, el

passons à des choses plus agréables. Le lieutenant général,

chez qui nous étions logés, se piqua de nous faire voir tout ce qu'il y avoit de beau dans la ville ; il nous donna le divertissement de la promenade dans un jardin qui est assez propre, et qui passe pour le Luxembourg du pays1. Pour achever sa civilité et pour divertir un peu nos dames, il leur fît voir, le lendemain, tout ce qu'il y avoit de galant ; et, comme il se trouve dans toutes les villes ou quelque esprit ou quelque beauté qu'on produit pour l'honneur de la patrie, il fut bien aise de leur montrer une dame qu'ils estiment, et pour le corps et pour l'esprit , une des merveilles du monde. Elle est âgée d'environ vingt-deux ans , fille d'un président au présidial 2 ; ce qui s'appelle être de la première qualité dans la province. Elle a la taille fort belle, les yeux beaux, le teint fort uni, mais un peu trop chargé de rouge, et tous les traits du visage assez réguliers. On pourroit dire qu'elle a un peu trop d'embonpoint; mais sa taille haute, un certain air sérieux et plein de majesté font une proportion qu'un peu d'embonpoint ne gâte pas. Enfin, ce n'est pas une beauté achevée, mais c'est ce qu'on appelle une très-agréable personne. Ceux qui la connoissent particulièrement trouvent en elle quelque chose de plus charmant que cet extérieur, et disent que c'est l'esprit le plus doux, le plus enjoué, le plus insinuant et le plus adroit du monde, qui pense très-justement , donne un tour très-galant à ce qu'elle pense. Ils avouent qu'elle a de la fierté et de l'ambition, et qu'elle est très-artificieuse ; mais que ce qui seroit crime aux autres lui sied si bien, que c'est une perfection pour elle ; qu'elle tempère cet air fier de certains agréments qui font une douceur vive et animée; que l'ambition est en elle une passion raisonnable, parce qu'elle mérite beaucoup ; et que, si elle est artificieuse, ce n'est que pour être plus engageante et plus aimable. Aussi tiennent-ils la conquête de ses yeux sûre, et ne croient pas que les cœurs les plus

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