Dans le premier livre de la Pharsale, v. 427 et
« Arvernique ausi Latio se fingere fratres, Sanguine ab Iliaco populi.... »
2. Antoine Coiffier, maréchal d'Effiat, né en 1581, morl en 1632. Le ?rand écuyer Cinq-Mars (Henri d'Effiat) était son second fils.
SI It LES GRANDS-JOURS DL Uiii.V ,.;
n*est point achevé, et se ressent un peu du désordre de la famille ; et le lendemain nous aperçûmes
Ces vallons où Vichy, par ses chaudes fontaines, Adoucit tous les jours mille cuisantes peines.
Je me souvins de ces deux vers de M. Chapelain1 ; il est vrai que c'est le plus beau paysage du monde. On y voit , d'un côté , des plaines ; de l'autre , des montagnes qui font un aspect différent , mais qui sont également fertiles , et qui fournissent au plaisir des yeux et aux nécessités de la vie tout ensemble. On ne sauroit s'imaginer un lieu plus charmant , quand on se voudroit faire à plaisir une perspective. Un de mes amis qui fait les plus jolis vers du monde , et qui est encore plus honnête homme que bon poète , me disoit qu'il venoit y passer tous les ans six semaines , non pas tant pour sa santé que pour son divertissement :
Et pour voir ces lieux à loisir , Où la nature a pris plaisir De mettre dans son étendue2 Tout ce qui peut plaire à la vue :
Les villages et les châteaux , Les vallons avec les coteaux, La perspective des montagnes Plus fertiles que les campagnes s ; La rivière qui dans son cours Forme à leur pied mille détours ; La belle verdure des plaines , Le cristal de mille fontaines , Les prés, les ruisseaux et les bois, Toutes ces beautés à la fois , Rendent ce pays admirable ;
1. Nouvelle flatterie à l'adresse du protecteur de Fléchier. Voy. page 2.
2. L'extrait des Mémoires de Fléchier, publié par l'abbé Ducreux, présente ici quelques van'antes :
« A réunir dans l'étendue.... »
:{ Variantes de l'extrait de l'abbé Ducreux :
« Couronnant de vastes campagnes :
Le beau fleuve qui dans son cours.... »
Et , dans cette vue agréable ' , L'œil ne sait de tous ces beaux lieux Celui qui l'embellit le mieux.
Tous les efforts que la peinture Fait pour embellir la nature, Ne sont que de foibles crayons Des beautés que nous y voyons.
Auprès de toutes ces merveilles, Qui peut-être sont sans pareilles , Je n'estimerois pas un clou Le paysage de Saint-Cloud ; Non plus que celui de Surène , Arrosé des flots de la Seine ; Et qui vante Montmorency, N'a rien vu s'il n'a vu ceci 3.
La rivière d'Allier , qui serpente dans ce vallon et qui porte en cet endroit de grands bateaux , est un des beaux ornements de cette campagne. On travaille à la rendre navigable entièrement , à l'occasion d'une mine de charbon qu'on a trouvée dans les montagnes :
On voit le cristal de son onde Se rouler le plus pur du monde , D'un cours diligent et pressé.
Ce fleuve n'est point ramassé Dans un lit de juste étendue; D'où vient que souvent à la vue Il paroît large en un endroit , Et dans l'autre il est fort étroit.
Mais, en remontant vers sa source, On veut en égaler la course , Et rassembler toute son eau Pour lui faire porter bateau.
Mais ce qui est de plus considérable en ce lieu , c'est qu'on
1. Variantes de l'extrait donné par l'abbé Ducreux : a Et dans ce séjour délectable , Séjour à jamais préférable A celui qu'habitent les dieux, On pense, et c'est chose croyable, Que pour l'utile et l'agréable, Jamais on ne peut trouver mieux. ..»
?. Idem. a Se tairoit, s'il eût vu ceci.»
SIR LES GRANDS-JOURS DE 1 GOTi. I»S
y trouve non-seulement à se divertir quand on le regarde, et à s'y nourrir quand on l'habite, mais encore à s'y guérir quand on est malade, et qu'on y trouve la beauté, l'abondance et la santé. Même, outre ces sources inutiles, qui arrosent les champs et ne font que récréer la vue , on en voit qui fortifient le corps et qui soulagent les malades ; par de longs canaux souterrains, elles courent au secours de cent misérables qui viennent de tous les pays y chercher la lin de leurs tourments, et, passant par le soufre ou par le vitriol , elles se rendent dans de grands bassins qu'on leur a faits, et se présentent en bouillonnant à tous ceux qui viennent rechercher leur assistance. Aussi on les renferme sous des grilles de fer, et l'on les tient aussi chères que les liqueurs les plus précieuses. Un capucin fort vénérable , et à qui sa barbe seule pourroit donner de l'autorité, vint d'abord nous en faire le panégyrique. Il nous parcourut toutes les maladies , nous donna des exemples de guérison de toutes les parties du corps humain , et conclut qu'il falloit que ces sources fussent des canaux de la piscine probatique dont il est parlé dans l'Évangile1, et nous connûmes bien ensuite l'intérêt qu'il avoit à louer ces fontaines.
La saison étoit fort avancée , et la plupart des buveurs s'étoient déjà retirés; il n'y restoit presque que ceux qui y viennent les premiers et restent toujours les derniers : je veux dire des religieux et des religieuses , que le grand soin de leur santé, et bien souvent le dégoût du cloître, retient longtemps après les autres. La facilité qu'on a d'entrer en conversation, et la liberté de se voir à toute heure, me fit bientôt connoître que, de sept ou huit religieuses qui prenoient les eaux, il y en avoit quelquesunes qui avoient obtenu des ordres de la cour, pour y venir en dépit de leur évêque , d'autres qui avoient eu congé de leur évêque en dépit de leurs supérieures. 11 y
i . Joannet , V, 2 sqq.
avoit trois sœurs de différents monastères qui s'étoient donné rendez-vous à la fontaine de Yichy. De tout ce nombre, j'en trouvai deux qui avoient de l'esprit. L'une étoit si retirée et vivoit si régulièrement , qu'elle ne sortoit point de sa cellule , et passoit tout ce temps de liberté que les autres prennent, dans une exactitude de retraite, comme si elle eût été dans la clôture; elle étoit fille de qualité, et avoit du mérite infiniment. L'autre étoit une sœur de M. de La Feuillade1, qui se communiquoit un peu davantage , et qui n' avoit pas moins d'esprit et de vertu. Je passai quelques moments d'entretien avec elle ; mais comme ces beautés voilées ont je ne sais quoi de triste et de contraire à mon inclination, je m'attachai particulièrement à la conversation de Mme de Brion, qui fut ma meilleure rencontre. C'est une dame de Paris, fille de M. de La Barde2, autrefois ambassadeur en Suisse, qui est une personne aussi aimable qu'on en puisse voir. Elle est encore fort jeune, mais elle a plus de prudence et plus de vertu que d'âge. Elle n'est pas de ces beautés qui ont grand éclat et grande apparence , mais elle a quelque chose de doux et d'agréable , qui vaut mieux que tout le beau et tout le brillant des autres. Son esprit est fort vif et fort réglé , et l'on remarque bientôt en elle beaucoup de discernement et beaucoup de modestie. Elle avoit été accordée à M. Malo, conseiller au parlement; mais quelque différend étant survenu inopinément , le traité fut rompu. M. de Brion3 fut plus heureux que lui, quoiqu'il eût peut-être moins de réputation et qu'il demeurât en Auvergne, où il a de fort belles terres. 11 emporta les parents de la fille par son bien , et ôta à la fille la peur de la pro-
1. Elisabeth d'Aubusson, sœur de François d'Aubusson, duc de La Feuillade. Après avoir été prieure des Carmélites de Riom, elle devint abbesse de la Règle à Limoges, et y mourut le 12 mars 1704.
2. Jean de La Barde, marquis de Marolles-sur-Seine, né vers 1600, mort en 1692. Il a laissé une histoire de la minorité de Louis XIV (1643-1652), écrite en latin.